La maîtresse du peintre, Simone van der Vlugt

Faire tomber Rembrandt de son piédestal à travers sa relation avec Geertje Dircx, la nourrice de son fils

Geertje Dircx n’est sans doute pas née sous la meilleure étoile possible, même si une partie de sa vie a malgré tout été heureuse et confortable. Pourtant, Simone van der Vlugt nous dévoile ici la relation ambiguë qu’elle a eu avec Rembrandt et la façon bien peu glorieuse qu’à eu l’artiste pour s’en débarrasser. Car s’en débarrasser est bien l’expression qui convient. En 1650, lorsque s’ouvre le roman, Geertje est arrêtée par la maréchaussée et emmenée de force dans une maison de correction dans laquelle elle passera douze très longues années. Que s’est-il donc passé pour en arriver là ?

Issue d’un milieu très modeste, la jeune femme travaille à Édam au marché aux poissons, puis part à la ville pour se proposer comme servante dans une auberge à Hoorn. Elle y rencontre Abraham, un marin qui souhaite rapidement l’épouser. Hélas, la jeune femmes devient veuve très jeune et ses espoirs de vie meilleure s’envolent avec le décès prématuré de son époux. La voilà ensuite entrée au service d’une famille aisée de sa ville pour s’occuper de leurs enfants. Elle entre au service de de Rembrandt, pour aider son épouse, puis devient gouvernante de son fils Titus au décès de Saskia.

Une relation d’abord ambiguë, puis amoureuse s’instaure alors entre l’artiste et la jeune femme. Mais dans la Hollande puritaine de l’époque, il est impossible de vivre une relation amoureuse hors mariage. De promesses en mensonges, Rembrandt se lassera vite de celle qu’il ne pourra dans tous les cas jamais épouser.

Ce que j’ai aimé ?

Cette incroyable et violente incursion dans la vie de Geertje, la façon dont elle sera traitée par son amant qui pourtant a tant besoin d’elle, la violence du rejet après l’amour et le bonheur de façade, jamais consolidé par de quelconques liens. Et surtout la façon ignoble dont le maître absolu de la peinture flamande s’est débarrassé de celle qui le gênait.

Je ne peux que vous recommander cette lecture, émouvante, instructive, avec de vrais accents féministes, qui replace les hommes à leur vraie place et montre une fois de plus à quel point il est difficile pour les petits d’entrer durablement dans le cercle des grands. J’ai aimé le côté historique du roman qui nous fait découvrir les us et coutumes du Amsterdam du siècle d’or. Cela m’a fait penser au roman Miniaturiste, Jessie Burton, qui se situe en 1686, et que j’avais également beaucoup aimé.

Catalogue éditeur : 10/18, Philippe Rey

Traduction de Guillaume Deneufbourg

L’histoire saisissante et vraie de Geertje Dircx, maîtresse désavouée du peintre Rembrandt, ici réhabilitée. Un jour de juillet 1650, Geertje Dircx est arrêtée par la ville d’Amsterdam, poussée de force dans une voiture et conduite à la Spinhuis de Gouda, maison de correction pour femmes où elle restera enfermée douze… Lire la suite

Auteure à succès aux Pays-Bas, Simone van der Vlugt a publié des romans historiques et des thrillers. Elle a reçu plusieurs récompenses, dont le prestigieux Prix du Livre de l’année.

Date de parution : 20 mai 2021 EAN : 9782264078063 / pages 312 / prix 7.80 €

Quartier libre, Vincent Lahouze

Mourir pour s’en sortir, le roman social et humaniste d’un auteur à suivre

A Toulouse, dans le quartier du Mirail, Olivier assiste aux obsèques d’Ismahane, une jeune fille qu’il connaît depuis des années. Ismahane la belle et lumineuse rebelle s’est suicidée. Olivier veut découvrir ce qui a motivé son geste incompréhensible.

Flash-back de quelques années, quand le jeune Olivier débarque dans ce quartier du Mirail à Toulouse pour travailler comme animateur social dans une école. On ne peut pas dire qu’il ait la vocation, mais il n’a pas le choix. Son père lui impose de prendre ce poste. Ses parents en ont raz le bol de voir leur fils de vingt ans planté devant son ordinateur et ses jeux en ligne à longueur de journée. Il est temps de se confronter au monde du travail.

La découverte va être totale, face à ces jeunes des quartiers difficiles, venus de familles souvent issues de l’immigration et qui vivent dans ces immeubles où il est plus facile de vendre de la drogue que d’espérer trouver un emploi. D’abord intrigué par son nouvel environnement de travail et souvent découragé, Olivier peu à peu apprend à connaître et aimer ces enfants qui le testent puis l’acceptent. En particulier la jeune Ismahane, rebelle, courageuse, meneuse de groupe et particulièrement intelligente.

La vie pourrait devenir belle avec Sophie son amoureuse, les enfants qu’il accompagne et cette vie d’animateur dans laquelle Olivier s’épanouit chaque jour un peu plus. Mais c’est sans compter sur les déboires sentimentaux. Sans compter surtout sur les caïds qui veulent mener la loi et maintenir sous leur coupe ces jeunes qui pourraient leur échapper. Et qui n’apprécient pas qu’on leur fasse de l’ombre.

Quartier libre est un roman très actuel, social et humain, ancré dans la réalité, prenant et terriblement émouvant. Il est à la fois déprimant face au sort inéluctable qui attend ces jeunes, et empli d’espoir envers ceux qui déploient ces étincelles de vie avec autant de pugnacité pour s’en sortir.
J’ai aimé l’écriture, le contexte, l’énergie qui s’en dégage. On a tellement envie de les prendre dans nos bras, mais parfois aussi de les secouer, de leur ouvrir les yeux, ou tout simplement de compatir, d’accepter ces vies tracées par la société, la famille, les traditions, et pour lesquelles au final on est impuissant à pouvoir faire quelque chose. Une totale découverte de cet auteur, et une vraie réussite.

Catalogue éditeur : Michel-Lafon

Février 2017, Olivier, éducateur d’une trentaine d’années, assiste à la veillée funèbre d’Ismahane, l’une de ses protégées qu’il connaissait depuis sa plus tendre enfance. Ismahane l’insolente, la libre et charismatique Ismahane, s’est suicidée à la veille de ses seize ans.
Pour lui rendre hommage et pour tenter de comprendre le geste irréparable de celle qui aurait dû avoir la vie devant elle, il décide de mener l’enquête. L’occasion pour lui de revenir sur ses débuts d’éducateur inexpérimenté catapulté dans ce quartier difficile de la banlieue de Toulouse. Un quartier régi par ses propres lois qui vous broie et vous recrache aussi bien qu’il peut vous porter.

Une réflexion bouleversante sur des quartiers où la vie tient de la survie, où la violence côtoie la plus grande humanité. Un livre coup de poing.

Parution : 15/10/20 / Prix : 17.95 € / ISBN : 9782749938974

Les impatientes, Djaïli Amadou Amal

Patience, mes filles ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie

Un livre comme un cri, celui de trois femmes, trois filles, Ramla, Hindou, et Safira, qui se dévoilent tour à tour dans cette vie d’acceptation et de patience imposée aux femmes peules musulmanes, au nord du Cameroun. Mais comment ne pas penser que c’est le sort d’un grand nombre de femmes en pays musulman, où Dieu et les hommes sont tout puissants.

Une fille ne doit pas aller à l’école, nul besoin d’être éduquée pour être soumise à la volonté d’un père, puis d’un époux omnipotent et d’une belle famille. Dans ces familles aux pères polygames, les filles sont une monnaie d’échange qui permet de conforter leur pouvoir et leur place au sein de la tribu et dans la communauté. Elles sont mariées en fonction de tractations entre les hommes, qui à un plus âgé, qui à un cousin, doivent accepter les autres épouses qu’on leur impose, n’ont aucun droit si ce n’est d’être patiente, obéir, se soumettre et accepter.

Safira, la première épouse, devient une daada saaré  lors de l’arrivée de la deuxième épouse âgée d’à peine dix-sept ans, Ramla. La jalousie de celle qui fut pendant plus de vingt ans l’épouse unique, et les médisances qui accompagnent la nouvelle épouse, belle et jeune, vont rendre la vie bien difficile à l’une comme à l’autre. Pendant ce temps, Hindou, la sœur de Ramla, va subir les coups, la violence, les viols répétés (comme le dit l’auteur au Sahel, le viol est une habitude, voire une culture, surtout les soirs de noces) de son incapable, alcoolique et drogué de mari qui est aussi son cousin. Car dans ces familles aux multiples épouses, les enfants sont légions, et les filles sont données en mariage sans aucune considération de leurs desiderata. D’ailleurs, les femmes ne doivent même pas exprimer la moindre volonté, ni ensuite parler de leurs problèmes ou de leurs malheurs car cela pourrait porter préjudice à la fratrie, à leur mère, et se retourner contre la famille, seul le silence et la patience sont possibles.

Un seul mot d’ordre donc, la patience, celle d’endurer, d’écouter, de subir, de souffrir, d’enfanter, de se taire, de travailler, d’obéir. Un époux et un père ont tous les droits, une fille n’en a qu’un, accepter.

Tout au long du roman au style parfois déconcertant de simplicité, mais sans doute puise t-il là toute sa puissance, ce mot là est répété à l’envi, patience, Munyal.

Ce livre a fait surgir en moi les émotions ressenties à la lecture du roman Syngué Sabour, Pierre de patience de Atiq Rahimi, ce long monologue d’une femme musulmane qui vit en Afghanistan, encore un pays où la femme se doit d’être uniquement une épouse soumise qui accepte tout en silence. Je ressors de cette lecture encore plus révoltée contre ces hommes qui imposent, qui mutilent, qui exploitent les filles au prétexte qu’elles sont femmes, et en utilisant l’alibi facile de la religion et de la tradition. Mais aussi contre ces femmes soumises qui se taisent et permettent aux traditions de perdurer et de toucher à leur tour leurs filles.

Djaïli Amadou Amal, qui a subit a dix-sept ans un mariage forcé avec un homme plus âgé qu’elle, ose dénoncer la condition des femmes au Sahel, briser les tabous, élever la voix dans le silence des familles, des communautés. Cette figure de proue de la nouvelle littérature camerounaise écrit pour faire savoir et dénonce les mariages forcés, l’enfer de la polygamie, les discriminations faites aux femmes. C’est une voix qui compte pour aider les filles de son pays et de tant d’autres encore.

Munyal; les larmes de la patience est son troisième roman, il paraît en septembre 2017 et reçoit le 1er Prix Orange du Livre en Afrique en 2019. Cette version, publiée par Emmanuelle Collas, est également en lice pour le prix Goncourt 2020.

Catalogue éditeur : Emmanuelle Collas

Un roman poignant, qui lève le voile sur la condition des femmes au Sahel. Une des valeurs sûres de la littérature africaine.

Date de parution : 04/09/2020 / EAN : 9782490155255 / Prix 17€

Du miel sous les galettes, Roukiata Ouedraogo

Une belle surprise, un roman qui fait du bien !

Il n’a rien du conte de fée et pourtant il est émouvant, attendrissant, révoltant, et terriblement positif. Roukiata Ouedraogo y raconte son enfance à Fada N’Gourma au Burkina Faso.

Du miel sous les galettes commence alors qu’elle est encore un bébé porté sur le dos de sa mère, dans ce pagne qui offre cette belle communion entre la mère et l’enfant, et permet à l’enfant de voir le monde au niveau de sa mère. Un jour, le père est arrêté pour un cambriolage qu’il n’a certainement pas commis. L’affaire devrait être vite réglée, et le père de famille pourra rejoindre sa femme et ses sept enfants. Mais non, c’est sans compter sur la justice locale à la pire mode africaine, celle des petits juges qui veulent assoir leur autorité, qui n’écoutent que leur propre conscience (ou qui sait qui d’autre) et voilà le père en prison pour de nombreuses années.

Sans le salaire du père, la mère va devoir s’occuper seule de sa famille, et subvenir aux besoins élémentaires de chacun en vendant quelques objets et surtout les galettes qu’elle cuisine si bien. Tout en aidant son mari, elle donne la priorité aux enfants, leurs études, la nourriture. C’est un travail de chaque jour, il ne faut pas sombrer. Face à l’immobilisme de la justice locale, cette combattante de l’ombre part chercher de l’aide à Ouagadougou. Pendant cinq ans, celle que l’on surnomme la Baronne va se battre, remuer ciel et terre pour faire sortir le dossier de son époux des limbes dans lesquelles il avait été enfoui et oublié.

J’ai aimé ce roman qui est une véritable ode à la mère. Il reflète l’amour d’une fille pour celle qui a tout donné pour les siens, envers et contre tous, y compris parfois contre son mari. Cette femme forte et déterminée est un exemple pour ses enfants, malgré certaines douleurs dont parle l’auteur en particulier quand elle évoque l’excision qu’elle a subie lorsqu’elle avait trois ans.

S’il parle de la mère et de l’amour filial, il évoque aussi l’importance de la famille, le rôle de la femme africaine, les lenteurs et les extravagances de la justice et le poids traditions, sans oublier le climat difficile et les paysages qui sont particulièrement bien décrits.

Enfin, tout au long du roman, l’artiste d’aujourd’hui, écrivaine mais surtout une actrice, humoriste et chroniqueuse radio qui œuvre à la défense de la francophonie, et ses projets de vie viennent ponctuer les événements vécus par la petite fille du Burkina Faso.

Catalogue éditeur : Slatkine et Cie

Roukiata est née au Burkina-Faso. De sa plume, légère et nostalgique, elle raconte avec tendresse et humour ses années d’enfance, son pays, ses écrasantes sécheresses et ses pluies diluviennes, la chaleur de ses habitants, la corruption et la misère. Elle raconte sa famille, sa fratrie, ses parents, l’injustice qui les frappe avec l’arrestation de son père. Mais, surtout, elle raconte sa mère. Cette femme, grande et belle, un « roc » restée seule pour élever ses sept enfants, bataillant pour joindre les deux bouts, en vendant sur le pas de sa porte ses délicieuses galettes.

Paru le 10 septembre 2020 / 190 pages / Prix : 17€ / ISBN : 978-2-88944-139-6

Un jardin en Australie, Sylvie Tanette

Deux femmes, une passion et la magie d’un jardin en Australie

Dans les années 1930, Ann a quitté Sydney. Contre l’avis de sa famille, elle a suivi l’homme qu’elle aime dans l’Outback australien. La famille de Justin a fait fortune grâce à l’exploitation de la bauxite dans la cité minière de Salinasburg. L’Australie est encore aujourd’hui le premier producteur de bauxite au monde.

De nos jours Valérie et Frédéric, deux jeunes français qui se sont rencontrés en Australie décident de s’installer à Salinsaburg, dans ces mêmes Territoires du Nord qui s’étendent sur plus de 1 300 000 km². Ils ont le coup de foudre pour une vieille maison abandonnée, celle de Ann et Justin, et pour son jardin asséché et envahi d’herbes folles et de ronces.

Frédéric est médecin. Après ses études en art contemporain, Valérie est embauchée pour organiser le salon d’art contemporain de la région. Cette région dans laquelle on trouve de nombreux artistes et galeries d’Art Aborigène.

Le roman alterne les récits de ces deux femmes attirées l’une après l’autre par cette terre rouge en apparence si hostile. L’une est portée par l’envie de créer un jardin enchanteur dans ces contrées arides, l’autre a décidé de se consacrer à l’art aborigène en réalisant ce festival d’art contemporain sur ces mêmes terres. Chacune à sa façon rêve de se réaliser. Mais cette émancipation n’est pas sans conséquences pour ceux qui les entourent et qui leur sont les plus proches, Justin pour Ann et Elena pour Valérie.

Ann hante toujours cette maison qui était toute sa vie. Il y a une certaine poésie dans sa façon de transmettre sa singularité, sa force et son amour de la nature à Valérie et à sa petite Elena. Un roman qui parle d’amour et de transmission, de vie et de passion.

J’ai aimé l’évocation des traditions aborigènes, tant dans les croyances évoquées face aux tragédies qui ponctuent la vie d’Ann, qu’aujourd’hui à travers le respect de ces traditions et la mise en avant par Valérie de l’art aborigène, ce bagage culturel qui se transmet de génération en génération depuis des millénaires, grâce à la mise en avant d’artistes contemporains.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Grasset

Deux femmes se racontent depuis cet endroit que les Aborigènes nommaient « le lieu d’où les morts ne partent pas ».

Au début des années trente, en Australie. Contre l’avis de sa famille, Ann choisit de suivre son mari dans un bourg reculé du centre du pays. Là, en bordure de désert, elle conçoit le projet insensé d’entourer sa maison d’un verger luxuriant.
Soixante-dix ans plus tard, une jeune Française, Valérie, crée dans la même région un festival d’art contemporain. Sur un coup de tête, elle s’installe avec son compagnon dans une maison délabrée mais pleine de charme, cachée au fond d’un enclos envahi de ronces, et y attend bientôt un enfant. Alors qu’à trois ans la petite Elena ne parle toujours pas, Valérie, inquiète, décide de faire revivre avec elle ce qui reste du jardin d’Ann…

168 pages / Prix : 7,20€ / Date de parution : 29/04/2020 / EAN : 9782253934127

Grasset : Format : 134 x 205 mm / Pages : 180 / EAN : 9782246818403 Prix : 16.90€ / EAN numérique: 9782246818410 prix : 11.99€

Lettre d’amour sans le dire, Amanda Sthers

L’amour sans le savoir, sans le dire, sans le vivre, tendresse et émotion au rendez-vous

Un peu comme pour tout, Alice est une femme enfermée dans une vie qu’elle ne s’autorise pas à savourer pleinement. Elle est professeur de français et vient du nord de la France. Mais a rejoint la capitale pour se rapprocher de sa fille. Pourtant, elle se sent seule et étrangère.

Un jour d’ennui, elle entre dans un salon de thé et de massage et à la suite d’un quiproquo, rencontre des mains merveilleuses qui l’éveillent aux sens. Elle s’ouvre enfin au plaisir, intime, secret, inavoué. Elle se rend compte qu’elle est amoureuse de Akifumi, ce masseur japonais qui pourtant ne dit pas un mot. Car il ne parle pas français, ils ne peuvent donc jamais  échanger, seules ses mains sur elle, son regard, ses émotions lui parlent. Alice prend des cours de japonais pendant un an, attendant le moment propice pour avouer son amour.

Mais ce sera un amour platonique jamais déclaré, jamais dit, jamais vécu et cependant intense et réel. Un amour qu’elle va déclamer, écrire, verbaliser dans ce roman épistolaire singulier. Par cet amour sincère qui n’attend rien en retour, elle ose s’avouer ses propres sentiments, se dévoiler et enfin se libérer d’un passé parfois lourd et triste.

L’écriture est sensible et intimiste. C’est une belle déclaration d’amour à sens unique et la découverte de soi d’une femme qui approche de cette cinquantaine parfois traumatisante.  Éveil aussi à la finesse, à la volupté silencieuse et à l’étrangeté des traditions japonaises.

Catalogue éditeur : Grasset

Alice a 48 ans, c’est une femme empêchée, prisonnière d’elle-même, de ses peurs, de ses souvenir douloureux. Ancienne professeur de français, elle vit dans ses rêves et dans les livres auprès de sa fille, richement mariée et qui l’a installée près d’elle, à Paris.
Tout change un beau jour lorsque, ayant fait halte dans un salon de thé, Alice est révélée à elle-même par un masseur japonais d’une délicatesse absolue qui la réconcilie avec son corps et lui fait entrevoir, soudain, la possibilité du bonheur.
Cet homme devient le centre de son existence : elle apprend le japonais, lit les classiques nippons afin de se rapprocher de lui. Enfin, par l’imaginaire, Alice vit sa première véritable histoire d’amour. Lire la suite …

Parution : 3 Juin 2020 / Format : 121 x 188 mm / Pages : 140 / EAN : 9782246824954 Prix : 14.50€ / EAN numérique: 9782246824961 Prix : 9.99€

Eden, Monica Sabolo

Quel est donc ce paradis perdu, cet Eden ? Un conte moderne teinté de roman noir

Eden, le dernier roman de Monica Sabolo se déroule dans une réserve, celle d’amérindiens qui ne sont jamais expressément nommés. Ce territoire pourrait être réel mais il n’est qu’imaginaire et se situe dans cette zone d’ombre où chaque année un grand nombre de jeunes filles disparaissent sans que personne ne s’en émeuve. En tout cas sans que la police ne cherche vraiment à comprendre et à trouver des coupables.

Là vivent les adolescents autochtones. Dans cet univers clos nous suivons les trois personnages féminin principaux, Nita, la narratrice, Kishi sa meilleure amie et Lucy la blonde. Cette dernière arrive de la capitale avec son père, un homme austère qui applique scrupuleusement les préceptes religieux les plus stricts, elle sera aussi la première victime…. A leur côtés, trois jeunes hommes, encore adolescents mais déjà si maladroits, Scott, Conrad et Awan.

Le bar du coin porte bien son nom, c’est le « Hollywood ». Il a une bien mauvaise réputation dans ce territoire de nature, d’animaux et de forêts. Cinq femmes en sont l’âme et le cœur : Baby, Grâce, Diane, Eli et Ehawee. Les hommes que l’on croise le soir au Hollywood travaillent presque tous à l’exploitation forestière, détruisant la forêt, ce domaine magique des autochtones, dans lequel les locaux vont puiser leur force et alimenter leurs croyances animistes.

Un jour, Lucy disparait, elle ne réapparaitra que quelques jours plus tard, prostrée, blessée, mutique, ayant manifestement été violée. Autour d’elle et dans l’attente de son rétablissement, les jeunes de la réserve vont se dévoiler peu à peu, se découvrir et évoluer chacun à sa façon.

j’ai particulièrement aimé ces descriptions féeriques, magiques, réalistes, poétiques, dans cet univers clos qu’est ici la forêt dans ce qu’elle a de plus mystérieux. La forêt comme personnage à part entière, prépondérant même, puis les arbres, le lac, la chouette Beyoncé, chaque élément de la nature prend ici une place importante.

Mocica Sabolo a l’art des images, avec son vocabulaire et ses phrases magiques qui emportent ses lecteurs, vivantes, descriptives, poétiques, surnaturelles parfois. Ici, dans la version lue par Nancy Philippot pour Audiolib, c’est certainement encore plus flagrant, car les voix nous emportent et nous font découvrir la forêt obscure et mystérieuse, le lac et ses croix blanches, la clairière sombre et dangereuse, la chouette qui vient parler à l’oreille attentive de Kishi, les filles du Hollywood qui perpétuent les traditions indiennes en relation étroite avec la forêt, la nature, pour s’y fondre et s’y confondre, imitant les pas des animaux, les bruits des feuilles ou des branchages, les chants et les cris des oiseaux.

Mais elle doit aussi avoir une âme d’adolescente pour aussi bien transcrire leurs émois, leurs craintes et leurs espoirs, leurs attentes et leurs illusions parfois perdues avec autant de finesse et de véracité, les rendant aussi bouleversants que déconcertants.

Bravo à cette version audio, c’était un vrai bonheur de retrouver la voix de Nancy Philippot et d’embarquer dans cette histoire qui pose d’avantage questions qu’elle n’en a l’air. Et comme c’est souvent le cas, se laisser porter par l’écriture poétique et ciselée de Monica Sabolo.

Catalogue éditeur : Audiolib, Gallimard

« Un esprit de la forêt. Voilà ce qu’elle avait vu. Elle le répéterait, encore et encore, à tous ceux qui l’interrogeaient, au père de Lucy, à la police, aux habitants de la réserve. Quand on lui demandait, avec douceur, puis d’une voix de plus en plus tendue, pressante, s’il ne s’agissait pas plutôt de Lucy – Lucy, quinze ans, blonde, un mètre soixante-cinq, short en jean, disparue depuis deux jours –, quand on lui demandait si elle n’avait pas vu Lucy, elle répondait en secouant la tête : « Non, non, c’était un esprit, l’esprit de la forêt. » »

Dans une région reculée du monde, à la lisière d’une forêt menacée de destruction, grandit Nita, qui rêve d’ailleurs. Jusqu’au jour où elle croise Lucy, une jeune fille venue de la ville. Solitaire, aimantant malgré elle les garçons du lycée, celle-ci s’aventure dans les bois et y découvre des choses, des choses dangereuses…
La faute, le châtiment et le lien aux origines sont au cœur de ce roman envoûtant sur l’adolescence et ses métamorphoses. Éden, ou le miroir du paradis perdu.

Date de parution : 15 Janvier 2020 / Durée : 6h13 / Prix public conseillé: 21.50 € Livre audio 1 CD MP3/ EAN Physique : 9791035402037

Prix public conseillé : 19.45 € / EAN numérique : 9791035401788

Ceux que je suis, Olivier Dorchamps

Ceux que je suis, d’Olivier Dorchamps, un roman au ton juste qui parle de famille, d’identité, de filiation

Tarek et Khadija ont quitté le Maroc alors qu’ils étaient jeunes mariés pour aller vivre en France. Trois fils et une vie plus tard, Tarek décède brusquement. Passé le choc de sa disparition, les trois fils sont encore plus choqués d’apprendre qu’il faudra faire le voyage jusqu’au Maroc pour l’accompagner jusqu’à sa dernière demeure.

Difficile pour ces enfants devenus adultes d’accepter cette décision. Car depuis tant d’années que leurs parents vivent à Clichy, et avec des fils nés en France et sont donc français avant tout, c’est l’incompréhension. Ils se sentent frustrés et volés de ces moments de recueillement qu’ils ne pourront pas avoir sur sa tombe.

Commence alors pour chacun un voyage vers les racines de la famille. Pas un simple voyage de Clichy à Casablanca, mais bien un voyage pour remonter le temps, un chemin vers les origines et ce qui a forgé l’identité de chacun. Cette identité que l’on se crée soi-même, et celle qui vient de Ceux que nous sommes. Au contact de la famille, une grand-mère qui n’a jamais parlé du passé, un ami fidèle, une mère devenue veuve, les fils vont apprendre d’où ils viennent, tenter de comprendre leurs différences, le pourquoi d’un départ et de ce retour. Mais apprendre aussi le poids des traditions, des croyances et de la religion dans une société dont ils ne maitrisent pas les subtilités.

Ceux que je suis est un livre au ton juste, qui parle de famille, de cette lignée qui construit chaque individu qui la compose, mais aussi de secrets enfouis profondément, de ceux qui marquent des générations sans qu’elles ne comprennent pourquoi. Un roman qui parle d’amour, celui d’un couple, mais également de l’amour filial et de celui des parents pour leurs enfants.

Merci Olivier Dorchamps pour ce beau roman d’identité et de filiation. Un livre qui dit sans juger, qui montre avec beaucoup d’humanité la complexité des sentiments, la douleur, le poids des traditions, l’importance de la famille et des générations qui nous ont précédés.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : Finitude

« Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hérité un prénom que je passe ma vie à épeler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver à Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études. »
Marwan est français, un point c’est tout. Alors, comme ses deux frères, il ne comprend pas pourquoi leur père, garagiste à Clichy, a souhaité être enterré à Casablanca. Comme si le chagrin ne suffisait pas. Pourquoi leur imposer ça ?
C’est Marwan qui ira. C’est lui qui accompagnera le cercueil dans l’avion, tandis que le reste de la famille ­arrivera par la route. Et c’est à lui que sa grand-mère, dernier lien avec ce pays qu’il connaît mal, racontera toute l’histoire. L’incroyable histoire.

13,5 x 20 cm / 256 pages / isbn 978-2-36339-118-6 / 18,50 euros
Talent Cultura 2019

Reste avec moi, Ayobami Adebayo

Ce roman inoubliable de Ayòbámi Adébáyò nous transporte dans le cœur d’une femme en mal d’enfants. Formidable surprise, « Reste avec moi » ne laisse absolument pas indifférent.

couverture du roman "Reste avec moi" Ayobami Adebayo photo Domi C Lire

Yejide a rencontré Akin à l’université. Pour cet homme, une seule certitude, c’est la femme de sa vie. Leur mariage est une évidence. Tout irait pour le mieux si seulement Yejide pouvait donner un héritier à ce fils ainé, comme le veut la tradition. Car au bout de quatre ans, aucune grossesse n’est venue récompenser le couple. La famille s’en mêle, et voilà Akin pourvu d’une seconde épouse, plus jeune, plus jolie.

Depuis plusieurs années déjà, Yejide a tout tenté pour avoir ce bébé tant attendu, et rien ne lui a été épargné… pourtant ce rêve fou met du temps à se réaliser. Jusqu’au jour où… puis les enfants sont là, mais leur vie ne tient parfois qu’à un fil.

Sur fond de bouleversements politiques dans ce Nigéria des années 80, nous assistons avant tout à la lutte sans merci d’une femme pour sauver son couple, pour rester maitre de sa vie, de son foyer, en résistant de toute son âme à la famille, au poids des traditions, mais aussi à la lâcheté et au mensonge. Ayòbámi Adébáyò décrit avec une grande justesse la complexité des sentiments qui habitent tant Yejide que Akin, son époux. Il y a dans ces pages toute la dualité entre l’amour dans le couple et la fidélité aux règles qui régisse la famille africaine, le respect des ainés et de sa propre liberté, toute la difficulté qu’il peut y avoir à trouver la limite entre la confiance et la duplicité, le silence et la vérité.

Une écriture superbe de véracité, d’émotions et de sentiments forts, une belle lecture qui transporte ses lecteurs dans une autre dimension, et un roman que l’on n’a absolument pas envie de lâcher avant la dernière page. Je vous le conseille vivement !

Catalogue éditeur : éditions Le Duc.s Charleston

Avec pour toile de fond les bouleversements politiques du Nigeria des années 1980, le portrait inoubliable d’une femme qui fait le choix de la liberté… envers et contre tout.

Yejide et Akin vivent une merveilleuse histoire d’amour. De leur coup de foudre à l’université d’Ifé, jusqu’à leur mariage, tout s’est enchaîné. Pourtant, quatre ans plus tard, Yejide n’est toujours pas enceinte. Ils pourraient se contenter de leur amour si Akin, en tant que fils aîné, n’était tenu d’offrir un héritier à ses parents. Yejide consulte tous les spécialistes, médecins et sorciers, avale tous les médicaments et potions étranges… Jusqu’au jour où une jeune femme apparaît sur le pas de sa porte. La seconde épouse d’Akin. Celle qui lui offrira l’enfant tant désiré. Bouleversée, folle de jalousie, Yejide sait que la seule façon de sauver son mariage est d’avoir un enfant. Commence alors une longue et douloureuse quête de maternité qui exigera d’elle des sacrifices inimaginables.

Née à Lagos, Ayòbámi Adébáyò a étudié l’écriture aux côtés de Chimamanda Ngozi Adichie et Margaret Atwood. À tout juste 29 ans, elle est l’auteure d’une œuvre saluée par de nombreux prix littéraires et reconnue comme une écrivaine d’exception. Reste avec moi, son premier roman, a été traduit dans 18 pays et a été sélectionné pour quatre prix littéraires, dont le prestigieux Women’s Prize for Fiction.

Prix 22,50 € / Format 145 x 230 / 320 pages / janvier 2019 / EAN : 9782368123393



Le courage qu’il faut aux rivières. Emmanuelle Favier

Lire « Le courage qu’il faut aux rivières » d’Emmanuelle Favier, c’est embarquer dans un espace-temps inconnu mais toucher à l’intime et à la féminité avec beaucoup de poésie.

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Dans un village des Balkans, Manushe a renoncé à sa vie de femme, elle est devenue une « vierge jurée » et cela lui donne un statut d’indépendance et une vie qu’elle n’aurait jamais pu avoir si elle était restée une femme seule. Mais à quel prix ! Car elle a dû renoncer à la vie de couple, aux enfants, à sa féminité, pour vivre dans cette solitude choisie à un moment précis de sa vie – lorsque le mariage allait lui être imposé avec un vieillard dont elle ne voulait pas – mais qui est sans doute difficile à supporter à mesure que les années passent.

Un jour arrive au village Adrian, un homme jeune, secret, dont la force, le magnétisme et la fragilité apparente la fascinent et la séduisent sans qu’elle ait le droit de céder à cette tentation, elle qui a juré de rester vierge et de se comporter en homme. Une relation va se tisser, tous deux vont réussir à tirer plaisir d’instants volés, liant leurs solitudes dans des songeries, des marches silencieuses au bord d’un lac, mais c’est une relation qui va éveiller à la sensualité, à l’amour peut-être, cette femme qui y avait renoncé.

Emmanuelle Favier nous offre un récit sensible qui interroge sur l’enfance, le genre, la féminité et la relation amoureuse, les relations, surtout les relations de dépendance entre homme et femme mais également sur le poids et la force des traditions, l’oppression envers les femmes en particulier. Étrange tradition que ces vierges jurées, que l’on retrouve encore aujourd’hui au nord de l’Albanie. Un peu comme ces files qui s’habillent en garçons en Afghanistan pour aider leurs familles, pour travailler, sortir faire les courses, mais pour elles, jusqu’à leur puberté (on se souvient par exemple du roman La perle et la coquille).

Il m’a peut-être manqué un petit quelque chose pour m’emporter dans l’âme de ses personnages. L’auteur privilégie la vie d’Adrian, nous faisant rencontrer Gisela, prostitué au grand cœur qu’il a rencontré à la grande ville, ville dont l’idée même terrorise ces habitants des bois et des campagnes. Peut-être aurais-je aimé mieux connaître Manushe, et sans doute Dirina, cette jeune fille en mal de repère et en recherche d‘identité dont on comprend vite d’où elle vient, et que l’on aurait envie de suivre un peu plus.

Mais je me suis laissée porter par les mots, car il y a une réelle poésie dans ces pages, dans les descriptions magnifiques des animaux, de la nature, et dans la dualité des sentiments, quel choix faire entre le respect des traditions et de la promesse donné, ou devenir soi-même ? Et surtout, l’auteur a réussi à nous placer dans un  espace-temps hors du temps justement, car nous sommes certainement en Albanie (elle en parle dans ses « précisions »), dans les Balkans, mais à quelle époque ? Le présent, le passé ? Rien ne transpire, nous sommes ailleurs.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin-Michel

Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté… Lire la suite

Édition brochée 17.00 €  / 23 Août 2017 / 224 pages / EAN13 : 9782226400192