Kimono, musée du Quai Branly jacques Chirac



Plus de 200 kimonos, anciens et plus modernes, mais aussi objets, gravures, etc. sont là pour nous raconter l’histoire de ce vêtement emblématique porté au Japon depuis le XVIIe siècle.
Un kimono est toujours en forme de T, sa diversité vient du choix des matières, broderies, accessoires associés.
On peut d’ailleurs voir dans cette expo une grande variété de tissus, soieries, cotons, et de somptueuses broderies.
Mais aussi techniques de teinture particulières, comme le Kanoko shibori, ou couleurs extravagantes à base de pigments naturels.

Vêtements aussi bien féminin que masculin, porté à tout âge, y compris par les enfants. Il existe depuis plus de 1000 ans.
Ici, on peut voir des vêtements de l’époque Edo, de 1603 à 1868 jusqu’à aujourd’hui.

S’il est un vêtement emblématique de l’histoire du Japon, il est également toujours d’actualité.

On peut voir des pièces rares comme un kimono fabriqué par Kunihiko Moriguchi, mais aussi Yves Saint Laurent, John Galliano, etc. car il est toujours une source d’inspiration pour les grands couturiers.

L’expo est magnifique. Réservation obligatoire, mais l’un des avantages de ce musée c’est que le billet dure toute la journée y compris si vous sortez. Je suis donc allée voir les blacks Indians le matin avec mon petit fils, et suis retournée seule l’après-midi voir cette somptueuse exposition.

Où : musée du Quai Branly jacques Chirac

Quand : jusqu’au 28 mai.

Black Indians de La Nouvelle-Orléans

En décembre je suis allée voir cette exposition que l’on pouvait voir jusqu’au 15 janvier 2023 au musée du quai Branly Jacques Chirac.

If you go to New Orleans you ought to go see the Mardi Gras” (Si tu vas à La Nouvelle-Orléans, tu devrais aller voir le Mardi Gras) disait déjà Professor Longhair dans son titre emblématique, Mardi Gras in New Orleans (1949). Aller là-bas pour le mardi gras, c’est un must car c’est l’événement par excellence qui incarne l’identité de La Nouvelle-Orléans. Le carnaval, ses chars et ses fanfares défilant dans le Vieux Carré de la ville. Mais ce que l’on découvrait en allant voir cette exposition, c’était ces festivités héritées de l’époque coloniale française, les spectaculaires défilés de Black Indians, avec leurs incroyables costumes colorés, ornés de perles, sequins et plumes.

« Ces parades sont un véritable marqueur social et culturel pour les Africains-Américains de Louisiane. Portées par les percussions et les chants des Big Chiefs et Queens issus d’une quarantaine de « tribus », elles célèbrent la mémoire de deux peuples opprimés, amérindiens et descendants d’esclaves. Elles témoignent de la résistance de la communauté noire aux interdits de la ségrégation raciale et aux festivités de Mardi Gras dont elle était autrefois largement exclue. Tout en rendant hommage aux communautés amérindiennes ayant recueilli les esclaves en fuite dans les bayous. »

J’ai visité cette exposition avec mon petit-fils de 7 ans qui a apprécié les fabuleux costumes contemporains mais aussi la partie plus ancienne qui retraçait l’histoire de cette région à partir des conquêtes française de Cavellier de la Salle jusqu’à nos jours. Avec bien sûr les tribus des Indiens natifs, puis l’esclavage et l’arrivée des africains sur le territoire, enfin la façon dont les descendants des afro-américains se sont emparés des traditions des amérindiens avec ces costumes colorés qui évoquent leurs tenues. La partie sur l’esclavage n’était pas forcément la plus facile à expliquer, mais elle l’a beaucoup intéressé. Choqué par cette notion d’esclavage et de privation de liberté, il en a je pense retenu l’essentiel.

L’exposition présentait ce que le musée appelle une culture singulière, construite par plus de trois siècles de résistance contre les assauts de la domination sociale et raciale, encore présente aujourd’hui. C’était en tout cas une véritable découverte, qui m’a donné envie d’aller faire un tour à la Nouvelle-Orléans si possible à cette période spécifique de l’année.

Cette exposition était organisée par le musée du quai Branly Jacques Chirac avec le soutien du Louisiana State Museum.

Vers la flamme, David Hennebelle

Un cri d’alerte pour une planète en danger

Un livre né de la rencontre d’une femme blanche avec les Yenomami, communautés d’indiens semi-nomades de la forêt amazonienne.

Dans les années 69, Paliki part pour une mission en forêt amazonienne. Elle veut devenir photographe et souhaite réaliser un reportage sur les Yanomami. Un séjour au milieu d’eux lui permet de les comprendre et de les apprécier. Elle souhaite les photographier mais découvre avec stupeur que le flash des photos leur fait peur. Il pourrait figer les morts auprès des vivants et ils les hanteraient pour toujours. Il est hors de question d’aller à l’encontre de ces croyances auxquelles elle prête une grande attention.

Soucieuse de les respecter, elle fera plusieurs séjours avant d’être acceptée et de pouvoir les photographier librement et ouvertement.
Mais peu à peu cette communauté de vie à priori provisoire devient sa norme. Elle ne reviendra plus à Brazilia et reste auprès d’eux pour partager leur vie.

Ce roman se lit d’un souffle. Ce souffle est celui de la vie des peuples natifs de l’Amazonie qui sont chassés peu à peu de leurs territoires par les garimperos. Mais surtout par l’appât du gain des grands groupes internationaux, poussés par la gouvernement actuel du Brésil, et qui n’hésitent plus à défricher la forêt amazonienne.
Le poumon de la planète est en danger. Ce n’est plus un abri sûr pour les peuples qu’il a longtemps protégés, et sa disparition programmée est une catastrophe pour l’homme.

Court, humain, intense et porteur de sens, un roman qui fait réfléchir au sens profond de la vie et à l’indispensable communion des hommes et de la nature.

Catalogue éditeur : arléa

Paliki sait-elle que la première expédition en forêt amazonienne d’où elle veut ramener des photos des Yanomami changera pour toujours sa vie ? Avant de choisir définitivement de rester avec eux, elle alertera le monde sur ce qu’il faut bien appeler la destruction massive d’une communauté humaine ainsi que celle de la forêt où ils vivent.

David Hennebelle est né à Lille en 1971. Professeur agrégé et docteur en histoire, il a publié aux éditions Autrement Mourir n’est pas de mise, 2018, Prix Georges Brassens 2018, et Je marcherai d’un cœur parfait, 2020. Vers la flamme est son troisième roman.

Prix public TTC 18.00 € / Date de publication 05/01/2023 / EAN 9782363083210

La porte du vent, Jean-Marc Souvira

Quand le vent de l’Histoire souffle sur le présent, un polar humain et intelligent

Dans ce nouveau roman tant attendu, Jean-Marc Souvira nous entraîne auprès de clans mafieux qui réalisent ensemble des opérations financières frauduleuses à grande échelle, alors que tout devrait les séparer, culture, origine, religion.

D’un côté le clan Nathan, ce sont des juifs qui habitent du côté de Saint Mandé et aiment faire démonstration de leur force et de leur richesse.
De l’autre côté l’empire du chinois Shen Li. Le patriarche prend soin de gérer son empire sans jamais montrer son immense fortune. Une vieille voiture, des gardes du corps habillés comme de simple travailleurs, une société du côté d’Aubervilliers, il habite avec sa famille en Seine et Marne. Il ne se mêle jamais de trafic de drogue, c’est trop risqué à tout point de vue pour toute sa famille, c’est même absolument interdit.
Pourtant, à la suite de l’exécution en pleine rue de Richard Nathan, de son chauffeur et du garde du corps, que les bruits imputent à Shen Li, puis en représailles celle de son ami Sun Hao exécuté devant chez lui, il semble évident que quelqu’un parmi les siens a franchi la limite. Les morts violentes ne s’arrêtent pas là et bientôt les mafieux et les flics sont confrontés à une véritable hécatombe.

L’enquêteur en charge de ces affaires est Paul Dalmate, il doit tout mettre en œuvre pour élucider ces meurtres. Ancien séminariste, ce flic solitaire aime la musique, surtout depuis que Mistral (ceux qui ont lu les précédents roman de l’auteur apprécieront) lui a fait découvrir autre chose que les musiques sacrées. Dalmate traîne aussi quelques traumatismes venus d’une enfance difficile et qui vont se dévoiler peu à peu.

Tout le 36 est sur le pont, il ne faudrait pas que tout Paris s’embrase. Mais le mystère s’épaissit lorsque Avi Richter et Guo Tran, deux puissants responsables d’organisations criminelles débarquent à Paris. Ces vieillards sont des chefs incontestés qui ne se déplacent jamais. L’un arrive d’Israël l’autre de Chine. Ils partent se recueillir devant une tombe chinoise du plus grand cimetière de guerre du Commonwealth en France, et emmènent avec eux un fils Nathan et un fils Shen.

La suite du roman bascule alors dans le passé et nous propulse en automne 1916, en France, au plus près des combats. On y rencontre de nouveaux personnages, d’abord en Chine dans le village de Kaifeng, puis à Boulogne-sur-mer et à l’arrière de la ligne de front. Un retour en arrière qui éclaire d’un jour nouveau les liens entre les différents protagonistes.

Dans ces années 1916/1917, on compte déjà des milliers de pertes humaines. Les femmes ont remplacé les hommes dans les usines, mais on manque encore de bras. Les gouvernements de la France et de l’Angleterre, deux pays présents en Chine, ont l’idée d’enrôler des paysans chinois pour aller faire les manutentionnaires à l’arrière du front, ou dans le port de Boulogne-sur-mer. Il est indispensable de pallier à la logistique défaillante pour apporter le soutien nécessaire aux soldats qui se battent sans relâche dans les tranchées. Payés une misère, ces quelques 140 000 chinois ont signé un contrat de plusieurs années, ils reçoivent un salaire de misère, mais peuvent ainsi envoyer de l’argent au pays.

C’est dans ce passé et sur ces zones de guerre que se trouvent les racines de la fraternité aujourd’hui en miette entre les deux clans, celui des Nathan et celui des chinois de Shen Li. Là aussi que l’on comprend le pourquoi de la venue des deux chefs de guerre Avi Richter et Guo Tran.

Un thriller qui m’a entraînée bien au-delà de ce que j’imaginais. Merci Jean-Marc Souvira d’être allé chercher ces histoires oubliées, pour les mêler à celles des violence d’aujourd’hui, et surtout d’en faire un polar aussi intelligent, instructif, que passionnant, mêlant habilement une intrigue policière actuelle à un véritable roman historique. J’ai aimé découvrir la vie de ces chinois sur le front, dans les tranchées de la première guerre mondiale. Mais aussi retrouver les coins que Paris que je connais et les voir ainsi d’une tout autre façon. Tout au long du roman, on sent la maîtrise à la fois des métiers de la police et de ceux qu’elle doit combattre. Jean-Marc Souvira est un commissaire divisionnaire qui a exercé pendant trente ans dans la police judiciaire. Ce grand flic possède une excellente connaissance de l’institution mais aussi de ceux contre lesquels elle doit lutter.

Merci d’avoir réveillé pour nous cet épisode méconnu de l’Histoire, d’avoir donné une âme et une profonde humanité à ces personnages capables aussi de bienveillance et de solidarité.

Catalogue éditeur : Fleuve éditions

Pourquoi ces deux vieillards, venus l’un de Chine et l’autre d’Israël, ont-ils décidé de se recueillir ensemble sur cette mystérieuse tombe chinoise d’un cimetière militaire picard de la Première Guerre mondiale ? Pour le commandant Dalmate, la présence de ces personnages sur le territoire national n’augure rien de bon. En effet, ils sont, chacun dans leur pays, à la tête d’organisations criminelles dont les ramifications s’étendent jusqu’en France.
Or, depuis peu, les règlements de comptes entre ces communautés s’intensifient ; une escalade de violence qui semble échapper au contrôle des forces de l’ordre. Mais le monde ne date pas d’aujourd’hui, et c’est peut-être dans le passé que se trouvent les réponses capables d’apaiser les esprits. Dans des amitiés nées il y a bien longtemps, au cœur des tranchées…

Date de parution : 05/01/2023 / EAN : 9782265156623 / Nombre de pages : 592 / 22.90 €

Le duel des grands-mères, Diadié Dembélé

Aller aux origines, retrouver ses racines pour trouver son chemin

A Bamako il est de bon ton de mettre ses enfants à l’école française pour qu’ils puissent un jour devenir des fonctionnaires, comme les voisins.

Hamet est de ces enfants qui doivent oublier les dialectes, bambara ou soniké pour ne parler que le français mieux que les français. Mais c’est un enfant indiscipliné qui préfére retrouver les copains, manger en cachette, faire l’école buissonnière, tout plutôt que de risquer d’avoir le symbole, cette pénalité qui s’impose à ceux qui n’ont pas parlé correctement. Alors il parle en signes, c’est plus sûr, alors il fugue en cachant son sac, et doit élaborer des mensonges en espérant ne pas se faire prendre.

Mais lorsque Mr Diarra dévoile le subterfuge à M’ma la leçon est difficile à recevoir, des cours chaque jour de la semaine, et des cours les samedi et dimanche. Puis lorsque le jeune Hamet dépasse les bornes en maquant de respect à l’un de ses proches, la sentence est encore contraignante. P’pa l’a décidé depuis la France où il tente de gagner de quoi faire vivre la famille, Hamet doit quitter Bamako pour être envoyé au village. Le village des origines, là où se trouvent ses deux grands-mères, le village des vraies identités, un terrain miné où tout est danger pour celui qui débarque de la ville.

Là, il va apprendre ce qu’est la vie au village, la nourriture différente de celle à laquelle il était habitué, l’eau au goût saumâtre, le manque de fruits et de légumes frais. Mais surtout les habitudes de chacun, le travail au champs, les regards de ceux pour qui il est un étranger, les rivalités.

Ses journées deviennent autres, travailler au champs, jouer avec les enfants de ce village, et surtout découvrir l’histoire de sa famille.

Peu à peu, Hamet va entrer dans la vie de ce village, comprendre et apprécier ceux qui l’entourent, et enfin entendre les vieilles histoires de famille qui lui permettent de mieux comprendre ses parents restés à Bamako. Car est-il encore besoin de le démontrer, les secrets de famille polluent bien plus que ceux qu’ils ont affecté au départ.

L’écriture est vive, imagée, bourrée de mots de dialecte qui rendent encore plus vivants et réalistes les mots et les sentiments du jeune Hamet. Parfois un peu trop pour suivre sereinement le cours de l’intrigue, mais cela renforce aussi l’impression d’un vécu. Il y a autant d’impertinence que d’émotion, de passion que de sagesse en devenir dans ces moments de vie au contact des autres, à la fois inconnus et pourtant si proches. Un bémol, ce duel sans doute trop attendu, le conflit entre ces grands-mères pas assez présent et qui me laisse comme un goût d’inachevé.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : JC Lattès

Parce qu’il fait l’école buissonnière pour lire, manger des beignets et jouer aux billes, parce qu’il répond avec insolence, parce qu’il parle français mieux que les Français de France et qu’il commence à oublier sa langue maternelle, Hamet, un jeune garçon de Bamako, est envoyé loin de la capitale, dans le village où vivent ses deux grands-mères.
Ses parents espèrent que ces quelques mois lui apprendront l’obéissance, le respect des traditions, l’humilité.
Mais Hamet en rencontrant ses grands-mères, en buvant l’eau salée du puits, en travaillant aux champs, en se liant aux garçons du village, va découvrir bien davantage que l’obéissance : l’histoire des siens, les secrets de sa famille, de qui il est le fils et le petit-fils. C’est un retour à ses racines qui lui offre le monde, le fait grandir plus vite.

Nombre de pages 224 / EAN 9782709668613 Prix du format papier 19,00 € / EAN numérique 9782709668903 Prix du format numérique 13,99 € / Date de parution 05/01/2022

La maîtresse du peintre, Simone van der Vlugt

Faire tomber Rembrandt de son piédestal à travers sa relation avec Geertje Dircx, la nourrice de son fils

Geertje Dircx n’est sans doute pas née sous la meilleure étoile possible, même si une partie de sa vie a malgré tout été heureuse et confortable. Pourtant, Simone van der Vlugt nous dévoile ici la relation ambiguë qu’elle a eu avec Rembrandt et la façon bien peu glorieuse qu’à eu l’artiste pour s’en débarrasser. Car s’en débarrasser est bien l’expression qui convient. En 1650, lorsque s’ouvre le roman, Geertje est arrêtée par la maréchaussée et emmenée de force dans une maison de correction dans laquelle elle passera douze très longues années. Que s’est-il donc passé pour en arriver là ?

Issue d’un milieu très modeste, la jeune femme travaille à Édam au marché aux poissons, puis part à la ville pour se proposer comme servante dans une auberge à Hoorn. Elle y rencontre Abraham, un marin qui souhaite rapidement l’épouser. Hélas, la jeune femmes devient veuve très jeune et ses espoirs de vie meilleure s’envolent avec le décès prématuré de son époux. La voilà ensuite entrée au service d’une famille aisée de sa ville pour s’occuper de leurs enfants. Elle entre au service de de Rembrandt, pour aider son épouse, puis devient gouvernante de son fils Titus au décès de Saskia.

Une relation d’abord ambiguë, puis amoureuse s’instaure alors entre l’artiste et la jeune femme. Mais dans la Hollande puritaine de l’époque, il est impossible de vivre une relation amoureuse hors mariage. De promesses en mensonges, Rembrandt se lassera vite de celle qu’il ne pourra dans tous les cas jamais épouser.

Ce que j’ai aimé ?

Cette incroyable et violente incursion dans la vie de Geertje, la façon dont elle sera traitée par son amant qui pourtant a tant besoin d’elle, la violence du rejet après l’amour et le bonheur de façade, jamais consolidé par de quelconques liens. Et surtout la façon ignoble dont le maître absolu de la peinture flamande s’est débarrassé de celle qui le gênait.

Je ne peux que vous recommander cette lecture, émouvante, instructive, avec de vrais accents féministes, qui replace les hommes à leur vraie place et montre une fois de plus à quel point il est difficile pour les petits d’entrer durablement dans le cercle des grands. J’ai aimé le côté historique du roman qui nous fait découvrir les us et coutumes du Amsterdam du siècle d’or. Cela m’a fait penser au roman Miniaturiste, Jessie Burton, qui se situe en 1686, et que j’avais également beaucoup aimé.

Catalogue éditeur : 10/18, Philippe Rey

Traduction de Guillaume Deneufbourg

L’histoire saisissante et vraie de Geertje Dircx, maîtresse désavouée du peintre Rembrandt, ici réhabilitée. Un jour de juillet 1650, Geertje Dircx est arrêtée par la ville d’Amsterdam, poussée de force dans une voiture et conduite à la Spinhuis de Gouda, maison de correction pour femmes où elle restera enfermée douze… Lire la suite

Auteure à succès aux Pays-Bas, Simone van der Vlugt a publié des romans historiques et des thrillers. Elle a reçu plusieurs récompenses, dont le prestigieux Prix du Livre de l’année.

Date de parution : 20 mai 2021 EAN : 9782264078063 / pages 312 / prix 7.80 €

Quartier libre, Vincent Lahouze

Mourir pour s’en sortir, le roman social et humaniste d’un auteur à suivre

A Toulouse, dans le quartier du Mirail, Olivier assiste aux obsèques d’Ismahane, une jeune fille qu’il connaît depuis des années. Ismahane la belle et lumineuse rebelle s’est suicidée. Olivier veut découvrir ce qui a motivé son geste incompréhensible.

Flash-back de quelques années, quand le jeune Olivier débarque dans ce quartier du Mirail à Toulouse pour travailler comme animateur social dans une école. On ne peut pas dire qu’il ait la vocation, mais il n’a pas le choix. Son père lui impose de prendre ce poste. Ses parents en ont raz le bol de voir leur fils de vingt ans planté devant son ordinateur et ses jeux en ligne à longueur de journée. Il est temps de se confronter au monde du travail.

La découverte va être totale, face à ces jeunes des quartiers difficiles, venus de familles souvent issues de l’immigration et qui vivent dans ces immeubles où il est plus facile de vendre de la drogue que d’espérer trouver un emploi. D’abord intrigué par son nouvel environnement de travail et souvent découragé, Olivier peu à peu apprend à connaître et aimer ces enfants qui le testent puis l’acceptent. En particulier la jeune Ismahane, rebelle, courageuse, meneuse de groupe et particulièrement intelligente.

La vie pourrait devenir belle avec Sophie son amoureuse, les enfants qu’il accompagne et cette vie d’animateur dans laquelle Olivier s’épanouit chaque jour un peu plus. Mais c’est sans compter sur les déboires sentimentaux. Sans compter surtout sur les caïds qui veulent mener la loi et maintenir sous leur coupe ces jeunes qui pourraient leur échapper. Et qui n’apprécient pas qu’on leur fasse de l’ombre.

Quartier libre est un roman très actuel, social et humain, ancré dans la réalité, prenant et terriblement émouvant. Il est à la fois déprimant face au sort inéluctable qui attend ces jeunes, et empli d’espoir envers ceux qui déploient ces étincelles de vie avec autant de pugnacité pour s’en sortir.
J’ai aimé l’écriture, le contexte, l’énergie qui s’en dégage. On a tellement envie de les prendre dans nos bras, mais parfois aussi de les secouer, de leur ouvrir les yeux, ou tout simplement de compatir, d’accepter ces vies tracées par la société, la famille, les traditions, et pour lesquelles au final on est impuissant à pouvoir faire quelque chose. Une totale découverte de cet auteur, et une vraie réussite.

Catalogue éditeur : Michel-Lafon

Février 2017, Olivier, éducateur d’une trentaine d’années, assiste à la veillée funèbre d’Ismahane, l’une de ses protégées qu’il connaissait depuis sa plus tendre enfance. Ismahane l’insolente, la libre et charismatique Ismahane, s’est suicidée à la veille de ses seize ans.
Pour lui rendre hommage et pour tenter de comprendre le geste irréparable de celle qui aurait dû avoir la vie devant elle, il décide de mener l’enquête. L’occasion pour lui de revenir sur ses débuts d’éducateur inexpérimenté catapulté dans ce quartier difficile de la banlieue de Toulouse. Un quartier régi par ses propres lois qui vous broie et vous recrache aussi bien qu’il peut vous porter.

Une réflexion bouleversante sur des quartiers où la vie tient de la survie, où la violence côtoie la plus grande humanité. Un livre coup de poing.

Parution : 15/10/20 / Prix : 17.95 € / ISBN : 9782749938974

Les impatientes, Djaïli Amadou Amal

Patience, mes filles ! Munyal ! Telle est la seule valeur du mariage et de la vie

Un livre comme un cri, celui de trois femmes, trois filles, Ramla, Hindou, et Safira, qui se dévoilent tour à tour dans cette vie d’acceptation et de patience imposée aux femmes peules musulmanes, au nord du Cameroun. Mais comment ne pas penser que c’est le sort d’un grand nombre de femmes en pays musulman, où Dieu et les hommes sont tout puissants.

Une fille ne doit pas aller à l’école, nul besoin d’être éduquée pour être soumise à la volonté d’un père, puis d’un époux omnipotent et d’une belle famille. Dans ces familles aux pères polygames, les filles sont une monnaie d’échange qui permet de conforter leur pouvoir et leur place au sein de la tribu et dans la communauté. Elles sont mariées en fonction de tractations entre les hommes, qui à un plus âgé, qui à un cousin, doivent accepter les autres épouses qu’on leur impose, n’ont aucun droit si ce n’est d’être patiente, obéir, se soumettre et accepter.

Safira, la première épouse, devient une daada saaré  lors de l’arrivée de la deuxième épouse âgée d’à peine dix-sept ans, Ramla. La jalousie de celle qui fut pendant plus de vingt ans l’épouse unique, et les médisances qui accompagnent la nouvelle épouse, belle et jeune, vont rendre la vie bien difficile à l’une comme à l’autre. Pendant ce temps, Hindou, la sœur de Ramla, va subir les coups, la violence, les viols répétés (comme le dit l’auteur au Sahel, le viol est une habitude, voire une culture, surtout les soirs de noces) de son incapable, alcoolique et drogué de mari qui est aussi son cousin. Car dans ces familles aux multiples épouses, les enfants sont légions, et les filles sont données en mariage sans aucune considération de leurs desiderata. D’ailleurs, les femmes ne doivent même pas exprimer la moindre volonté, ni ensuite parler de leurs problèmes ou de leurs malheurs car cela pourrait porter préjudice à la fratrie, à leur mère, et se retourner contre la famille, seul le silence et la patience sont possibles.

Un seul mot d’ordre donc, la patience, celle d’endurer, d’écouter, de subir, de souffrir, d’enfanter, de se taire, de travailler, d’obéir. Un époux et un père ont tous les droits, une fille n’en a qu’un, accepter.

Tout au long du roman au style parfois déconcertant de simplicité, mais sans doute puise t-il là toute sa puissance, ce mot là est répété à l’envi, patience, Munyal.

Ce livre a fait surgir en moi les émotions ressenties à la lecture du roman Syngué Sabour, Pierre de patience de Atiq Rahimi, ce long monologue d’une femme musulmane qui vit en Afghanistan, encore un pays où la femme se doit d’être uniquement une épouse soumise qui accepte tout en silence. Je ressors de cette lecture encore plus révoltée contre ces hommes qui imposent, qui mutilent, qui exploitent les filles au prétexte qu’elles sont femmes, et en utilisant l’alibi facile de la religion et de la tradition. Mais aussi contre ces femmes soumises qui se taisent et permettent aux traditions de perdurer et de toucher à leur tour leurs filles.

Djaïli Amadou Amal, qui a subit a dix-sept ans un mariage forcé avec un homme plus âgé qu’elle, ose dénoncer la condition des femmes au Sahel, briser les tabous, élever la voix dans le silence des familles, des communautés. Cette figure de proue de la nouvelle littérature camerounaise écrit pour faire savoir et dénonce les mariages forcés, l’enfer de la polygamie, les discriminations faites aux femmes. C’est une voix qui compte pour aider les filles de son pays et de tant d’autres encore.

Munyal; les larmes de la patience est son troisième roman, il paraît en septembre 2017 et reçoit le 1er Prix Orange du Livre en Afrique en 2019. Cette version, publiée par Emmanuelle Collas, est également en lice pour le prix Goncourt 2020.

Catalogue éditeur : Emmanuelle Collas

Un roman poignant, qui lève le voile sur la condition des femmes au Sahel. Une des valeurs sûres de la littérature africaine.

Date de parution : 04/09/2020 / EAN : 9782490155255 / Prix 17€

Du miel sous les galettes, Roukiata Ouedraogo

Une belle surprise, un roman qui fait du bien !

Il n’a rien du conte de fée et pourtant il est émouvant, attendrissant, révoltant, et terriblement positif. Roukiata Ouedraogo y raconte son enfance à Fada N’Gourma au Burkina Faso.

Du miel sous les galettes commence alors qu’elle est encore un bébé porté sur le dos de sa mère, dans ce pagne qui offre cette belle communion entre la mère et l’enfant, et permet à l’enfant de voir le monde au niveau de sa mère. Un jour, le père est arrêté pour un cambriolage qu’il n’a certainement pas commis. L’affaire devrait être vite réglée, et le père de famille pourra rejoindre sa femme et ses sept enfants. Mais non, c’est sans compter sur la justice locale à la pire mode africaine, celle des petits juges qui veulent assoir leur autorité, qui n’écoutent que leur propre conscience (ou qui sait qui d’autre) et voilà le père en prison pour de nombreuses années.

Sans le salaire du père, la mère va devoir s’occuper seule de sa famille, et subvenir aux besoins élémentaires de chacun en vendant quelques objets et surtout les galettes qu’elle cuisine si bien. Tout en aidant son mari, elle donne la priorité aux enfants, leurs études, la nourriture. C’est un travail de chaque jour, il ne faut pas sombrer. Face à l’immobilisme de la justice locale, cette combattante de l’ombre part chercher de l’aide à Ouagadougou. Pendant cinq ans, celle que l’on surnomme la Baronne va se battre, remuer ciel et terre pour faire sortir le dossier de son époux des limbes dans lesquelles il avait été enfoui et oublié.

J’ai aimé ce roman qui est une véritable ode à la mère. Il reflète l’amour d’une fille pour celle qui a tout donné pour les siens, envers et contre tous, y compris parfois contre son mari. Cette femme forte et déterminée est un exemple pour ses enfants, malgré certaines douleurs dont parle l’auteur en particulier quand elle évoque l’excision qu’elle a subie lorsqu’elle avait trois ans.

S’il parle de la mère et de l’amour filial, il évoque aussi l’importance de la famille, le rôle de la femme africaine, les lenteurs et les extravagances de la justice et le poids traditions, sans oublier le climat difficile et les paysages qui sont particulièrement bien décrits.

Enfin, tout au long du roman, l’artiste d’aujourd’hui, écrivaine mais surtout une actrice, humoriste et chroniqueuse radio qui œuvre à la défense de la francophonie, et ses projets de vie viennent ponctuer les événements vécus par la petite fille du Burkina Faso.

Catalogue éditeur : Slatkine et Cie

Roukiata est née au Burkina-Faso. De sa plume, légère et nostalgique, elle raconte avec tendresse et humour ses années d’enfance, son pays, ses écrasantes sécheresses et ses pluies diluviennes, la chaleur de ses habitants, la corruption et la misère. Elle raconte sa famille, sa fratrie, ses parents, l’injustice qui les frappe avec l’arrestation de son père. Mais, surtout, elle raconte sa mère. Cette femme, grande et belle, un « roc » restée seule pour élever ses sept enfants, bataillant pour joindre les deux bouts, en vendant sur le pas de sa porte ses délicieuses galettes.

Paru le 10 septembre 2020 / 190 pages / Prix : 17€ / ISBN : 978-2-88944-139-6

Un jardin en Australie, Sylvie Tanette

Deux femmes, une passion et la magie d’un jardin en Australie

Dans les années 1930, Ann a quitté Sydney. Contre l’avis de sa famille, elle a suivi l’homme qu’elle aime dans l’Outback australien. La famille de Justin a fait fortune grâce à l’exploitation de la bauxite dans la cité minière de Salinasburg. L’Australie est encore aujourd’hui le premier producteur de bauxite au monde.

De nos jours Valérie et Frédéric, deux jeunes français qui se sont rencontrés en Australie décident de s’installer à Salinsaburg, dans ces mêmes Territoires du Nord qui s’étendent sur plus de 1 300 000 km². Ils ont le coup de foudre pour une vieille maison abandonnée, celle de Ann et Justin, et pour son jardin asséché et envahi d’herbes folles et de ronces.

Frédéric est médecin. Après ses études en art contemporain, Valérie est embauchée pour organiser le salon d’art contemporain de la région. Cette région dans laquelle on trouve de nombreux artistes et galeries d’Art Aborigène.

Le roman alterne les récits de ces deux femmes attirées l’une après l’autre par cette terre rouge en apparence si hostile. L’une est portée par l’envie de créer un jardin enchanteur dans ces contrées arides, l’autre a décidé de se consacrer à l’art aborigène en réalisant ce festival d’art contemporain sur ces mêmes terres. Chacune à sa façon rêve de se réaliser. Mais cette émancipation n’est pas sans conséquences pour ceux qui les entourent et qui leur sont les plus proches, Justin pour Ann et Elena pour Valérie.

Ann hante toujours cette maison qui était toute sa vie. Il y a une certaine poésie dans sa façon de transmettre sa singularité, sa force et son amour de la nature à Valérie et à sa petite Elena. Un roman qui parle d’amour et de transmission, de vie et de passion.

J’ai aimé l’évocation des traditions aborigènes, tant dans les croyances évoquées face aux tragédies qui ponctuent la vie d’Ann, qu’aujourd’hui à travers le respect de ces traditions et la mise en avant par Valérie de l’art aborigène, ce bagage culturel qui se transmet de génération en génération depuis des millénaires, grâce à la mise en avant d’artistes contemporains.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Grasset

Deux femmes se racontent depuis cet endroit que les Aborigènes nommaient « le lieu d’où les morts ne partent pas ».

Au début des années trente, en Australie. Contre l’avis de sa famille, Ann choisit de suivre son mari dans un bourg reculé du centre du pays. Là, en bordure de désert, elle conçoit le projet insensé d’entourer sa maison d’un verger luxuriant.
Soixante-dix ans plus tard, une jeune Française, Valérie, crée dans la même région un festival d’art contemporain. Sur un coup de tête, elle s’installe avec son compagnon dans une maison délabrée mais pleine de charme, cachée au fond d’un enclos envahi de ronces, et y attend bientôt un enfant. Alors qu’à trois ans la petite Elena ne parle toujours pas, Valérie, inquiète, décide de faire revivre avec elle ce qui reste du jardin d’Ann…

168 pages / Prix : 7,20€ / Date de parution : 29/04/2020 / EAN : 9782253934127

Grasset : Format : 134 x 205 mm / Pages : 180 / EAN : 9782246818403 Prix : 16.90€ / EAN numérique: 9782246818410 prix : 11.99€