GrassKings, Matt Kindt et Tyler Jenkins

GrassKings, une BD de la sélection Polar Sncf et Fauve d’Angoulême 2020, éditée par Futuropolis

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De 1450 à aujourd’hui, aux États-Unis. GrassKings, une ville hors du monde, avec ses propres règles, ses lois et sa communauté soudée et autonome. On dit même que Grasskings hébergerait un tueur…

Nul ne peut pénétrer dans GrassKings, les tireurs veillent, et si les intrus en ressortent vivant c’est qu’on l’a bien voulu. Mais ceux de Cargill, la ville à côté, sont bien trop curieux. Quand Lo vient fouiner par-là, c’est bien pour qu’il puisse rapporter l’avertissement au shérif Humbert qu’on le laisse repartir.

La ville est gouvernée par Robert, qui reste pourtant affalé dans son fauteuil à bascule en buvant ses bières tout au long de la journée. C’est Ashur, son frère, qui veille pour maintenir le royaume en l’état. Car robert est perdu dans ses pensées sombres, des années auparavant, sa fille Rose a disparu pendant qu’il la gardait. sa disparition est restée inexpliquée, faisant voler en éclats la vie de Robert. Depuis, ses pensées et son esprit errent sur les berges où elle a été vue pour la dernière fois.
Mais la femme du shérif de Cargill vient se réfugier à Grasskings, elle sort de l’eau telle une Rose ressuscitée. Troublé, hésitant, Robert décide de l’héberger. Pourtant il le sait, les complications ne font que commencer…Car le shérif ne l’entend certainement pas de cette oreille.

L’intrigue se déroule et nous perd dans ses méandres malsains et lourds de suspicion. Le récit actuel alterne avec des flashbacks, des scènes de violence essentiellement, des temps anciens, depuis l’occupation des terres par les indiens et leur spoliation par les migrants jusqu’à aujourd’hui. Comme si la terre elle-même restituait aux hommes tout le mal qu’il lui ont fait.

Cet étonnant graphisme prend des airs d’inachevé, tantôt fait de coups de traits fins et précis, tantôt de grandes touches de couleurs imprécises, et embarque ses lecteurs dans une intrigue pour le moins complexe.

Un récit de Matt Kindt, dessin et couleur de Tyler Jenkins, est publié en trois tomes de 6 épisodes chacun, qui reprennent la version de la bande dessinée américaine. Il m’en reste donc encore deux à découvrir.

Cette BD fait partie de la sélection 2020 du Prix SNCF du Polar, retrouvez tous les titres en compétition ici.

Catalogue éditeur : Futuropolis

Un bien étrange royaume dominé par trois frères, Bruce, le shérif au passé tumultueux, Ashur, le plus jeune et surtout Robert.
Robert est devenu alcoolique à la suite de la disparition de sa fille des années auparavant. Depuis sa femme l’a quitté, et il est devenu asocial.
Ce petit village cache de lourds secrets. Les morts violentes sont omniprésentes depuis la nuit des temps. L’arrivée de la femme en fuite du shérif du comté voisin, Humbert Jr, ravive les tensions. Robert voit en elle sa fille devenue adulte. Mais pour beaucoup, elle a été victime d’un tueur en série, peut-être un membre de la communauté. C’est ce que voudrait démontrer Humbert Jr.

185 x 290 mm / 176 pages / Prix de vente : 22 € / ISBN : 9782754825092

Ma sœur sérial killeuse, Oyinkan Braithwaite

Ma sœur sérial killeuse, d’Oyinkan Braithwaite, un roman teinté d’humour noir, quand deux sœurs unies à la vie à la mort bousculent nos habitudes

Korede aime sa sœur cadette, bien que celle-ci soit la plus belle et la favorite de leur mère. Elle s’est également donné pour mission de s’occuper d’elle. Mais Ayoola est une véritable mante religieuse, elle supprime ses amants quand elle n’en veut plus, ou peut-être quand ils se rapprochent trop d’elle. En tout cas, quelle qu’en soit la raison, le résultat est là, et c’est toujours la grande sœur qui doit faire le ménage pour la protéger.

Impossible de s’en ouvrir à leur mère, et comme le père n’est plus là… on comprendra d’ailleurs au fil des chapitre la relation ambigüe des filles au père.

Korede, infirmière à l’hôpital, est toujours célibataire. Tate, le médecin avec qui elle travaille, ne la laisse pas insensible. Aussi lorsque sa sœur s’en approche, elle compte bien sortir les griffes pour qu’il garde toutes ses chances d’avoir la vie sauve.

Vif, rythmé, fait de courts chapitres, qui donnent envie de continuer pour aller jusqu’au bout et de comprendre comment ces deux sœurs vont bien pouvoir s’en sortir. Mais permet de se poser des questions sur les méandres obscurs de la société nigériane avec ses strates infranchissables, une police inexistante, les relations hommes-femmes et la condition féminine pas forcément au top, les femmes qui luttent pour prendre la place qui devrait leur revenir.

Voilà un premier roman à la fois addictif et déjanté, décapant et hilarant. Famille et solidarité, société et culture africaine, de nombreux thèmes sont abordés par le biais de cet excellent thriller psychologique et sociologique. Un très plaisant moment de lecture que je vous recommande.

Catalogue éditeur : Delcourt littérature

Traduit de l’anglais (Nigeria) par Christine Barnaste

Korede s’est donné pour mission de protéger sa cadette envers et contre tout, et ce n’est pas une mince affaire. Non contente d’être la plus belle et la favorite de leur mère, Ayoola a aussi la fâcheuse habitude de tuer ses amants. Ainsi, au fil du temps, Korede est devenue experte pour faire disparaitre les traces de sang et les cadavres. Seulement, avec Femi, ça fait trois. Et à trois, on vous catalogue serial killer…
Korede a une vie à mener, elle aussi : elle est secrètement amoureuse de Tade, le séduisant médecin qu’elle croise tous les jours dans les couloirs de l’hôpital où elle travaille comme infirmière. Aussi, lorsque sa jeune sœur jette son dévolu sur Tade, Korede se trouve face à un dilemme : comment continuer à protéger Ayoola, sans risquer la vie de l’homme qu’elle aime ?
À l’instar d’une Jane Austen des temps modernes, Oyinkan Braithwaite interroge les liens du sang, tout en pratiquant une critique en règle de la société nigériane : sa corruption, ses différences de classe, son machisme exacerbé…
Une comédie noire et décalée, aussi grinçante que glaçante.

Parution le 13 février 2019 / 244 pages / 18.50€

Dans l’ombre du brasier, Hervé Le Corre

Avec son roman Dans l’ombre du brasier, Hervé le Corre plonge ses lecteurs aux heures les plus sombres de la Commune de Paris, dans une épopée singulière qui tient en haleine jusqu’au dernières barricades.

blog Domi C Lire photo du  livre "Dans l'ombre du brasier" Hervé le Corre

Pendant les derniers dix jours de la Commune de Paris, la capitale est dévastée par les affrontements entre communards et Versaillais. Pendant ces quelques jours, nous suivons trois protagonistes, Antoine Roques, Nicolas Bellec, soldat du 105e, et Caroline son amie.

Antoine Roques est menuisier, il vient d’être promu commissaire de police car ceux qui étaient en poste ont fui la ville. Il tente de se conformer du mieux possible aux exigences de ce rôle qu’on lui a attribué. Au milieu du chaos qui règne en ville, des parents lui font part de l’enlèvement de leur fille. Cette disparition n’est pas unique. Caroline, l’amie de Nicolas Bellec, a disparu elle aussi. Il faut dire que lorsque le mal est partout, enlever de jeunes filles pour les livrer aux prussiens ou pour les vendre à des réseaux de prostitution pour assurer repos des soldats ne décourage aucun malfrat.

Antoine Roques va tenter de poursuivre sa tâche vaille que vaille, et c’est dans ce contexte qu’il mène son enquête de police. Il découvre le revers de la bataille, et croise la route de Clovis, cet étrange personnage dont le nom est souvent évoqué au cours de l’enquête.

Autour d’eux, les immeubles s’effondrent, des barricades érigées tant bien que mal défendent à peine quelques rescapés, les morts sont enterrés à la va-vite, les blessés sont transportés vers des hôpitaux de fortune, la Commune perd chaque jour un peu plus de terrain.

À travers ces personnages s’affirme le rêve éperdu d’une république idéalisée où chacun aurait les mêmes droits, femmes et hommes, riches ou pauvres. Cet espoir vain d’un monde meilleur qui a pourtant entrainé l’anéantissement et la destruction de la Commune de Paris au cours de cette semaine sanglante.

J’ai aimé marcher dans ces rues, êtes au cœur de la bataille et suivre les aventures de ces personnages héroïques malgré eux, découvrir les banlieues lointaines aujourd’hui totalement intégrées à la capitale, les imaginer marchant, courant d’un quartier à l’autre. Tout comme j’ai aimé cette incursion dans le milieu parfois louche de la photographie, et celui encore totalement balbutiant des photographes de guerre. J’avoue que l’auteur m’a également donné envie d’approfondir mes connaissances sur cette période trouble parfois bien oubliée de l’Histoire. Hervé le Corre réussit l’exploit de nous embarquer dans son roman noir et d’en faire une épopée romanesque historique.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Rivages / Noir

La « semaine sanglante » de la Commune de Paris voit culminer la sauvagerie des affrontements entre Communards et Versaillais. Au milieu des obus et du chaos, alors que tout l’Ouest parisien est un champ de ruines, un photographe fasciné par la souffrance des jeunes femmes prend des photos « suggestives » afin de les vendre à une clientèle particulière. La fille d’un couple disparait un jour de marché. Une course contre la montre s’engage pour la retrouver. 
Dans l’esprit de L’Homme aux lèvres de saphir (dont on retrouve l’un des personnages), Hervé Le Corre narre l’odyssée tragique des Communards en y mêlant une enquête criminelle haletante. 

ISBN : 978-2-7436-4584-7 / EAN : 9782743645847 / Parution : janvier, 2019 / 384 pages / Format : 15.5 x 22.5 / Prix : 22,50€