Bel abîme, Yamen Manai

Cent pages d’émotion pure

Un adolescent de quinze ans parle avec l’avocat commis d’office puis avec le psy auquel il a été confié.
Dans sa cellule, il revit ses dernières années jusqu’à cet événement qui l’a amené là, dans la prison, seul, plus victime que coupable peut être malgré la gravité de ses actes.

Son long monologue est avant tout un prétexte à décrire la société tunisienne depuis le printemps arabe. Pas de révolution si ce n’est dans les paroles et dans la violence, mais la vie de certains tunisiens loin d’être meilleure semble beaucoup plus compliquée et encore plus misérable qu’avant.
Pourtant dans cette société qui ne veut pas s’occuper des jeunes, lui avait trouvé le bonheur auprès de Bella la fidèle, l’aimante, la douce. Bella, cette petite chienne qu’il avait recueillie âgée de quelques jours à peine et élevée contre l’avis de sa famille. Car dans les sociétés musulmanes, les chiens n’ont pas bonne presse, rejetés par la religion, ils n’ont pas leur place au sein des familles.

Il y a de l’amour et de la rage, de l’espoir et de la colère, de la passion et du mépris dans ce roman à l’écriture incisive et violente, désespérée et percutante. Le lecteur s’attache à ce jeune homme d’aujourd’hui prisonnier d’une société tunisienne qui n’arrive pas à comprendre, à aider ou à donner le moindre espoir à sa jeunesse en mal d’avenir.

Je n’en dit pas plus, mais courrez lire ce court, très court, mais fort, vraiment très fort roman. Il interpelle, bouscule, bouleverse. C’est un roman à mettre entre toutes les mains, une excellente idée de cadeau pour ces fêtes de fin d’année.

Catalogue éditeur : éditions Elyzad

Un jeune homme s’adresse tour à tour à son avocat et à un psychiatre venus lui rendre visite en prison. Avec une ironie mordante, le narrateur prend à parti ses interlocuteurs. Les charges qui pèsent sur lui sont sérieuses, mais il affirme ne rien regretter. Se dévoilent les raisons qui l’ont poussé au crime : un père qui l’a toujours humilié ; une société gouvernée par les apparences ; la domination des plus forts sans partage.
La pauvreté, la saleté, le mépris des animaux et de l’environnement. Les seuls élans d’affection que le jeune homme a connus ont été ceux de Bella, le chiot qu’il a recueilli. Mais dans ce pays, on tue les chiens « pour que la rage ne se propage pas dans le peuple ». Pourtant la rage est déjà là. Alors quand Bella a été tuée, il a fallu la venger.
Date de parution : 02/09/2021 / EAN :9782492270444

Ahlam, Marc Trévidic

Quand un juge antiterroriste se met à l’écriture…

Ahlam, un roman aux personnages attachants sur un fond de vérité politique et historique

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Paul Arezzo, célèbre peintre français en panne d’inspiration, débarque sur la petite île de Kerkennah, en Tunisie, pour se ressourcer et oublier une déception amoureuse. Là, il est totalement séduit par la beauté du paysage, par la chaleur des habitants, par la douceur de vivre en bord de mer. Il s’attache rapidement à Farhat le pêcheur, qui l’emmène avec lui sur sa felouque pêcher quelques bouteilles de rosé pour savourer ensemble les instants magiques et la beauté d’un coucher de soleil. Il est séduit par Issam et Ahlam , les enfants de Farhat et Nora, qui s’avèrent vite prodigieusement doués pour , la musique et la peinture, arts que Paul vénère car pratiqués jadis par ses propres parents. Il va alors passer de longues années à côtoyer cette famille et à inculquer la beauté au frère et à la sœur, en leur apprenant chaque jour la pratique des arts, toujours dans la fraternité et la douceur de vivre.

Nous sommes dans les années 2000, le pays gouverné par le clan Ben Ali, connaît des périodes difficiles mais dans un calme relatif, les étrangers sont acceptés, y compris dans les provinces les plus isolées, la vie se passe en relative bonne intelligence. C’est sans compter sur la montée de l’Islamisme des années 2010,impulsés par la révolution de jasmin et le printemps arabe. La révolte commencée par le peuple dans la douceur sera vite reprise par les factions rivales de En Nahda ou d’Al Qaida.

Tout l’art de Marc Trévidic tient dans sa façon de progresser dans une trame romanesque en nous expliquant peu à peu, avec une véracité qui n’est jamais ni dogmatique ni intransigeante, les différences, les éléments qui font que des jeunes vont passer au fondamentalisme, être tentés par le Jihad, ou endoctrinés par la pensée salafiste. Comment un peuple entier peut-il basculer dans l’intégrisme, ou être forcé à le faire, pas par choix mais pour survivre ? Comment les femmes passent d’un statut d’ « égale d’un homme » à « son complément » ? Comment les interprétations d’une même sourate ou d’un hadith peuvent être diamétralement opposées, mais sont toujours un argument pour combattre, pour forcer, pour imposer ou interdire ? Comment une fratrie peut s’égarer et se séparer jusqu’au point de non-retour, comment un peuple peut se retourner ? La trame de ce roman est réaliste et explicite. L’équilibre est aujourd’hui encore très instable en Tunisie, et l’on comprend peut être un peu mieux la subtilité du changement, la profondeur des doutes de la jeunesse, ses recherches incessantes de vérité. Et si Dieu avait raison ? Mais, et si ceux qui parlent en son nom avaient tort ? Et là forcement je pense au Pari de Blaise Pascal…

Difficile de lâcher ce roman, pour cette histoire d’amour fraternel et intemporel entre des hommes, des femmes, une famille, un pays, et pour tout ce qu’il nous apporte pour nous éclairer sans être péremptoire sur un pays en pleine évolution et dans lequel l’Histoire est en marche. Un coup de cœur, malgré peut-être quelques longueurs dans certaines descriptions. Je pense en particulier à quelques pages sur la peinture et la musique, l’auteur se voulait sans doute plus poète que pédagogue pour faire passer son message, mais qu’importe, j’ai aimé !

domiclire_POL2016 Sélection 2016 du Prix Orange du livre

Catalogue éditeur : JC Lattès

Lorsqu’en 2000 Paul, célèbre peintre français, débarque aux Kerkennah en Tunisie, l’archipel est un petit paradis pour qui cherche paix et beauté. L’artiste s’installe dans « la maison de la mer », noue une forte amitié avec la famille de Farhat le pêcheur, et particulièrement avec Issam et Ahlam, ses enfants incroyablement doués pour la musique et la peinture. Peut-être pourront-ils, à eux trois, réaliser le rêve de Paul : une œuvre unique et totale où s’enlaceraient tous les arts.
Mais dix ans passent et le tumulte du monde arrive jusqu’à l’île. Ben Ali est chassé. L’islamisme gagne du terrain. L’affrontement entre la beauté de l’art et le fanatisme religieux peut commencer.
EAN : 9782709650489 / Littérature française / Parution : 06/01/2016 324 pages 19.00 €