Ilya Répine (1844-1930), Peindre l’âme russe

Jusqu’au 23 janvier 2022, le Petit Palais présente la première rétrospective française
consacrée à Ilya Répine, l’une des plus grandes gloires de l’art russe. Répine est né en 1844 à Tchougouïev, une petite ville de l’Empire russe qui est aujourd’hui située en Ukraine, non loin de Kharkov. A l’époque l’Ukraine est une des régions qui composent l’Empire russe.

Ilya Répine, Les Haleurs de la Volga, 1870-1873, Huile sur toile © Musée d’État russe, Saint-Pétersbourg

Ilya Répine et le portrait

Ilya Répine est l’un des portraitistes les plus courus de son temps, il a réalisé près de 300 portraits. Les visiteurs peuvent admirer la multiplicité des sujets abordés : hommes politiques, le Tsar et sa famille, auteurs, scientifiques, écrivains, femmes du monde et personnalités influentes des milieux artistiques, mais aussi proches de l’artiste.

Dès les années 1860, il prend pour modèles les membres de sa famille, sa première épouse Véra, et ses enfants, la petite Véra, Nadia et Youri, comme le font d’ailleurs de nombreux artistes, c’est en particulier pour la facilité à les faire poser à loisir. C’est aussi dans le cercle familial qu’il peut donner libre cours à son imagination, à ses expérimentation, abordant la lumière et les couleurs à la façon des impressionnistes par exemple, on le remarque dans Libellule ou le portrait de Léon Tolstoï allongé dans l’herbe.

Plusieurs œuvres de l’exposition font référence à la fierté de Répine d’être originaire de sa région d’Ukraine, comme le montre par exemple ce portrait d’une Ukrainienne en costume traditionnel.

Lorsque Répine et Léon Tolstoï se rencontrent pour la première fois en 1880, dans l’atelier du peintre, l’auteur de Guerre et paix et d’Anna Karénine est déjà un auteur mondialement célèbre. Cet homme né dans une ancienne famille de la noblesse russe refuse son statut de nantis et veut donner un nouveau but à sa vie, en vivant plus proche de la nature et des paysans. Répine a réalisé de très nombreux portraits de l’auteur, quelques uns sont présentés dans l’exposition.

Répine et l’Histoire de la Russie

Grand peintre d’histoire, Ilya Répine excelle dans la représentation des personnages historiques. Pour être le plus juste, il voyage, se documente, fait des recherches sur les costumes, décors, etc. qu’il met ensuite en scène avec rigueur et exactitude.

Les Cosaques zaporogues, 1880-1891

On peut admirer des formats immenses (et se demander comment ils sont arrivés jusque là) où tout le talent de l’artiste est démontré dans la précision, le détail, la finesse.

Une magnifique exposition proposée par le Petit Palais jusqu’au 23 janvier. Jusqu’au 22 février 2022, on peut admirer également quelques tableaux d’Ilya Répine de La Collection Morozov, icônes de l’art moderne à la Fondation Vuitton .

A crier dans les ruines, Alexandra Koszelyk au château de Maffliers

C’était une belle soirée hier, ce diner aux chandelles du cercle littéraire de Maffliers

Là comme chaque mois depuis des années, Corinne et Jean-Pierre Tartare recevaient un auteur au Château de Maffliers. Hier soir, c’était Alexandra Koszelyk, et une belle tablée de vingt-neuf convives qui avaient tous lu le roman d’Alexandra « A crier dans les ruines publié aux éditions Les Forges de Vulcain.

Instant magique, et c’est bien Alexandra qui en parle le mieux, sur son fil Instagram :

Quand un auteur écrit, il déverse sur le papier un des nombreux mondes qu’il porte en lui, une sorte d’accouchement solitaire dont la gestation peut prendre des années.
Et puis, arrive ce miracle de la rencontre de l’autre, de ce lecteur avide d’un nouvel univers à explorer.
La magie de la littérature est là, dans ces ponts qu’elles créent entre deux imaginaires.

La magie d’écouter un auteur, mais aussi le contexte particulier qui fait que tous les participants ont lu et aimé le roman, procurent une harmonie incroyable à ces diners, chacun donne son avis, son ressenti, sa vision du roman, dans une ambiance particulièrement agréable et conviviale.

Alexandra Koszelyk a réussi un magnifique premier roman dont elle a parlé avec beaucoup d’émotion et de ferveur, l’Ukraine, Tchernobyl, ses grands-parents, la belle histoire, souvent triste, entre Lena et Ivan, et tant d’émotions impossibles à partager.

Alors si vous ne l’avez pas encore lu, courrez  en médiathèque, chez votre libraire, et découvrez ce roman.

Retrouvez mon billet de ce roman lu aussi dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

De bonnes raisons de mourir, Morgan Audic

De bonnes raisons pour mourir, l’excellent polar de Morgan Audic nous entraine à Tchernobyl, dans un paysage aussi fascinant qu’effrayant

Le 26 avril 1986, explosion de la centrale de Tchernobyl
Le 26 avril 1986, découverte des corps mutilés de deux femmes, dans la maison de l’une d’entre-elles…
Aujourd’hui, à Pripiat, un homme est retrouvé mort…

La première thèse du policier dépêché sur place est le suicide. Mais vu la position du corps, crucifié sur une façade d’immeuble, il faut se rendre à l’évidence, c’est impossible… une enquête sordide commence alors. Dans ce paysage d’un autre temps, dans cette zone qui devrait être abandonnée de tous, une vie parallèle a repris son cours. Entre ceux qui sont revenus vivre dans cette zone qu’ils considèrent comme leur seul refuge, ceux qui poussés par une curiosité malsaine, qui veulent voir où tant d’hommes, les liquidateurs pour ne pas les citer, ont trouvé la mort, la zone pullule de visiteurs venu faire provision de radiations et de frayeurs.

Dépêchés sur place par deux canaux bien différents, l’un plus officiel que l’autre, deux flics qui ne se sont jamais vu tentent de percer le mystère, tout en se mettant réciproquement quelques bâtons dans les roues. Le capitaine Joseph Melnyk est le policier ukrainien en charge de l’affaire, Alexandre Rybalko, un ancien flic russe qui n’a plus rien à perdre, a été envoyé là secrètement par le père de la victime.

Dans cette ambiance post nucléaire totalement glaciale, la résolution de l’enquête va s’avérer plus difficile que prévu. Entre les mensonges par omission des personnes impliquées pourtant sensées coopérer, les visiteurs fantômes non autorisés et les tours opérateurs qui profitent du système, il faut remonter dans le temps, au moment de l’explosion, pour dénouer les fils fort embrouillés de ces secrets bien enfouis dans les mémoires.

Un tueur fou de taxidermie, des morts à la pelle, des secrets à déterrer, un paysage de fin du monde et cette ambiance délétère donnent à ce polar d’un nouveau genre un côté hors du temps et novateur que j’ai particulièrement aimé. Différent des schémas auxquels nous sommes habitués, voilà un roman qui emprunte des territoires quasi vierges, qui est fouillé et documenté sans pour autant être fastidieux, même si finalement il me semble que Tchernobyl est ces derniers temps un coin très attrayant pour les romanciers ou les scénaristes. Alors je crois que j’ai attrapé un niveau de contamination maximum … J’en redemande et j’ai hâte de savoir si le prochain roman de Morgan Audic saura autant nous embarquer !

Vous aimez les romans qui vous entrainent vers le monde post cataclysme de Tchernobyl, n’hésitez pas à lire d’excellent roman d’Alexandra Koszelyk A crier dans les ruines, publié aux Forges de Vulcain, ou celui de de Lucile Bordes 86, année blanche chez Liana Levi.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou  qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée. Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

Édition brochée 21.90 € / 2 Mai 2019 / 496 pages / EAN13 : 9782226441423

A crier dans les ruines, Alexandra Koszelyk

A crier dans les ruines, le roman d’une innocence perdue qui nous parle de catastrophe nucléaire mais aussi de légendes ; d’exil, mais surtout d’amour par-delà le temps et l’absence.

La catastrophe de Tchernobyl en avril 1986, tout le monde y pense de façon plus ou moins lointaine, plus ou moins impliquée. Mais que savons-nous de ceux qui l’ont vécue dans leur chair et comment ont-ils survécu ?

Lena et Ivan vivent à Pripiat, cette ville si moderne qui vit grâce à la centrale de Tchernobyl. Ils se connaissent depuis l’enfance, ils ont treize ans à peine lors de l’explosion de la centrale nucléaire. Le père d’Ivan vit proche de la nature, de la forêt et de tout ce qu’elle peut apporter aux hommes qui la respectent. C’est d’ailleurs dans cette forêt que les deux adolescents se retrouvent, sous cet arbre sur lequel ils sont tracé la preuve de leur amour naissant.

Les parents de Lena sont des scientifiques qui travaillent à la centrale. Les premiers informés, les premiers avertis du risque, les premiers à fuir en laissant leur vie derrière eux, dans ce train qui les emmènera jusqu’en Normandie avec Lena et sa grand-mère.

Pour mieux accepter l’exil, faut-il tout oublier ? Si Lena s’inquiète du sort d’Ivan, pour son père, il est forcément mort, comme le sont les souvenirs et la vie laissée là-bas. Et dans sa vie il y a désormais un avant et un après l’apocalypse.  Alors il faut réapprendre à vivre, une langue, des habitudes, un nouveau prénom pour sa mère qui veut s’intégrer à sa nouvelle vie. Bercée par les légendes que lui conte inlassablement sa grand-mère, ce sera pour Lena des études et un nouvel exil, volontaire celui-là, vers Paris. Là, nourrie de littérature, de légendes et d’espoir, elle va enfin vivre un nouvel amour, avec cet Yvan qui est autre et qu’il est si difficile d’aimer vraiment pour une jeune femme qui attend, qui rêve et qui espère elle ne sait plus quoi exactement.

Forgée par les contes et les légendes, par la littérature et sa soif d’apprendre, Lena ressent pourtant chaque jour le manque, l’absence et l’exil. Car l’amour à lui seul est un monde, et le sien est resté dans les ruines de Tchernobyl. Jusqu’au jour où elle décide de retourner à Pripiat, sa ville martyre.

A crier dans les ruines nous parle de déracinement et de souffrance, de silence et d’attente, d’amour et de déception, de vies qui passent. L’écriture est ciselée, délicate, et fourmille de détails, de références à la mythologie mais aussi à l’histoire, celle de l’Urss et de l’Ukraine en particulier, références importantes pour mieux comprendre le contexte et la psychologie des personnages. Les personnages sont attachants dans ce qu’ils ont de plus extrême, de plus profond dans cette fidélité sans faille à leur terre, à leurs racines et à leur amour. Le style dense fourmille de références, peut-être un brin trop par moment, mais qu’importe car quel beau roman pétri d’une élégance rare. Merci aux Forges de Vulcain de nous faire découvrir une auteure à suivre, et une fois de plus, de nous étonner et nous séduire avec cette couverture si étonnante signée Elena Vieillard.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : Aux Forges de Vulcain

Tchernobyl, 1986. Lena et Ivan sont deux adolescents qui s’aiment. Ils vivent dans un pays merveilleux, entre une modernité triomphante et une nature bienveillante. C’est alors qu’un incendie, dans la centrale nucléaire, bouleverse leur destin. Les deux amoureux sont sépares. Lena part avec sa famille en France, convaincue qu’Ivan est mort. Ivan, de son côté, ne peut s’éloigner de la zone, de sa terre qui, même sacrifiée, reste le pays de ses ancêtres. Il attend le retour de sa bien-aimée. Lena grandit dans un pays qui n’est pas le sien. Elle s’efforce d’oublier. Un jour, tout ce qui est enfoui remonte, revient, et elle part retrouver ce qu’elle a quitté vingt ans plus tôt.

Prix 19.00 € / 254 pages / Format : 13 x 20 cm / ISBN : 9782373050660