Je m’appelle Lucy Barton. Elizabeth Strout

Découvrir Elizabeth Strout avec « Je m’appelle Lucy Barton » est une jolie surprise. Cet auteur, qui a reçu le prix Pulitzer en 2009 pour un précédent roman, a une façon très particulière de vous plonger dans l’intimité et la psychologie de ses personnages, sentiments et frustrations, amour et désamours deviennent ici le fil rouge de la relation entre une mère et sa fille.

DomiCLire_je_m_appelle_lucy_bartonLucy Barton, écrivain, mariée, deux enfants, a plutôt bien réussi sa vie.  Elle se souvient de cette époque, quelques années auparavant, où elle a été hospitalisée pendant de longues semaines à New-York, dans cette chambre d’hôpital d’où elle pouvait voir scintiller le Chrysler Building.

Suite à une banale opération, un complication inattendue la contraint à rester de longs jours alitée. Ses filles sont encore petites, son mari doit gérer le quotidien, aussi, cherchant à pallier à sa solitude, il fait venir la mère de Lucy.

Cette mère avec qui elle n’avait pas parlé depuis des années, va la veiller nuit et jour assise sur une chaise au pied de son lit. Et elle parle cette mère, même si elle ne répond pas aux questions de Lucy. Elle meuble les heures avec des souvenirs, des anecdotes, et cette relation pour le moins étrange avec une mère pourtant absente va se transformer en moments d’amour non-dits, de silences à l’ombre d’une vie, d’une enfance difficile mais pour lesquels Lucy ne semble pas avoir de ressentiment.

Au milieu de cette logorrhée sans fin, Lucy va égrener elle aussi les souvenirs de son enfance à Amgash, dans l’Illinois. Car l’enfance de Lucy, on le comprend vite, a été très difficile. Une famille pauvre, qui habite dans un garage, n’ayant pas les moyens de se procurer l’essentiel, encore moins le superflu. Le père, terrible, absent, les abus que l’on devine. Cette différence sociale, la promiscuité, la  pauvreté extrême, qui ne permet pas d’inviter des camarades d’école, de pouvoir échanger sur toutes ces choses que l’on partage enfants ou adolescent et qu’elle ignore.

Elle attend un mot de sa mère, une expression de ses sentiments, un élan qu’elle n’aura jamais. Et pourtant, l’amour est là, entre une mère et sa fille qui se comprennent sans se parler, qui s’aiment sans se le dire, qui ont besoin l’une de l’autre sans jamais vouloir être ensemble.

Lucy pense à ces moments qui lui ont permis d’évoluer, de lui faire comprendre  que le passé nous construit, que l’enfance, la famille, sont les bases de ce que l’on devient. Roman étrange, qui dégage une forme d’optimisme dans sa grande tristesse apparente. Si la solitude et la pauvreté sont extrêmes, elles n’y sont pas vécues comme des freins à mener une vie normale et heureuse. Et où transparait l’amour, d’une mère, d’une fille, jamais dits, mais tellement évidents, malgré les silences.


Catalogue éditeur : Fayard

Hospitalisée à la suite d’une opération, Lucy Barton reçoit la visite impromptue de sa mère, avec laquelle elle avait perdu tout contact. Tandis que celle-ci se perd en commérages, convoquant  les fantômes du passé, Lucy se trouve plongée dans les souvenirs de son enfance dans une petite ville de l’Illinois – la pauvreté extrême, honteuse,  la rudesse  de son père,  et  finalement son départ pour New York, qui l’a définitivement isolée des siens. Peu à peu, Lucy est amenée à évoquer son propre mariage, ses filles, et ses débuts de romancière dans le New York des années 1980. Une vie entière se déploie à travers le récit lucide et pétri d’humanité de Lucy, tout en éclairant la relation entre une mère et sa fille, faite d’incompréhension, d’incommunicabilité, mais aussi d’une entente muette et profonde.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Brévignon

Publié aux États-Unis en janvier 2016 / EAN : 9782213701356 /Parution : 30/08/2017 /208 pages /Format :135 x 215 mm
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Miss Cyclone. Laurence Peyrin

Des années 80 à la mort de Lennon, puis au 11 septembre 2001, en passant par l’affaire Monica Lewinsky, Laurence Peyrin utilise l’histoire de New-York et des USA pour fait évoluer ses personnages et nous donner envie de les suivre.

DomiCLire_miss_cycloneA Coney Island, New-York, en bord de mer, la fête foraine est une institution depuis les années 20. Là Angela et June vont vivre leur adolescence et grandir à l’ombre du Cyclone, les célèbres montagnes russes. Elles ont 16 ans, elles avaient tout pour ne jamais se rencontrer mais elles seront amies pour la vie…pourtant, leurs destins vont être bouleversés par des évènements en apparences inoffensifs mais qui bouleversent le cours d’une vie.

Un soir de fête à Central Park, alors que toute la jeunesse est réunie en hommage à John Lennon qui vient d’être assassiné, Angela accepte d’avoir une relation avec son petit ami jusque-là si respectueux, mais particulièrement saoul et trop stone pour réellement comprendre ce qu’il fait. Le silence, la honte, puis les conséquences de cette relation vont avoir des répercussions sur l’avenir d’Angela et June, mais également bien au-delà, sur Nick et Adam, leurs amis.

Impossible de résumer ou inutile de dévoiler une intrigue dont l’intérêt tient essentiellement dans les vies, les amours, les rencontres, les mariages et les divorces, les chagrins et les espoirs, les forces et les faiblesses de ces deux jeunes femmes, issues de milieux si différents et que tout devrait opposer. L’auteur nous surprend, car si la trame parait légère, il y a cependant de grands moments d’amour, d’amitié, de recherche de soi. Mais l’intérêt tient aussi par le récit fait en toile de fond sur la ville et sur les événements qui ont bouleversé notre histoire récente. Le livre idéal pour les vacances.

Enfin, fermer ce livre et se dire qu’il faut vivre ses rêves, qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, qu’il ne faut pas persister dans l’erreur si l’on ne veut pas passer à côté de sa vie !


Catalogue éditeur : Calmann-Lévy

Une amitié indéfectible vibrant au rythme de New York, la ville où bat le cœur du monde

Coney Island, là où New York se jette dans la mer, est un endroit enchanteur l’été, avec sa fête foraine légendaire, et fantomatique l’hiver quand les manèges sont à l’arrêt. C’est là qu’Angela et June, 16 ans, ont grandi ensemble. Deux jeunes filles vives et joyeuses, que rien ne destinait à s’entendre, et que rien ne peut séparer.

Mais une nuit, la nuit où toute la jeunesse new-yorkaise pleure la mort de John Lennon, leur vie prend un tour inattendu : Angela, par un mélange de fatalisme et d’innocence, accepte de son petit ami ce qu’elle ne voulait pas vraiment. Parce qu’elle n’ose pas en parler à June, son silence devient un secret… Et leur destin à toutes les deux en sera changé à jamais.

Date de parution : 29/03/2017 / EAN : 9782702161517 / Nombre de page : 342

Star fuckers. Gihef, Alcante, Teague

Ah, mais comment, une bande dessinée pour adultes ? Car enfin, une nana bien sexy dans une coupe de champagne en couverture et toutes les suppositions, tous les rêves sont permis, non ?

DomiCLire_starfuckers_kennes_editionsMais non, si Maria a des formes généreuses et un joli petit … heu, ben oui quand même – merci au dessinateur pour ses jolies formes – en fait il s’avère vite qu’elle n’a pas que ça ! Maria est Mexicaine, elle vit de l’autre côté du Rio grande. Une nuit elle franchi la frontière et devient une de ces « dos mouillés » ceux qui ont réussi la traversée à la nage et sans papiers pour chercher une vie meilleure, la gloire et la sécurité de l’autre côté, en Californie.

Et si Maria rêve, c’est de réussir sa vie à Hollywood et pourquoi pas dans les bras de Hugh, la vedette, le beau gosse. Mais son quotidien n’a rien de bien flambant, elle fait du lap danse dans un cabaret et passe quelques minutes « en privé » avec le gros Bill, mais sans jamais aller au-delà des convenances. Elle doit aussi payer cher le passeur qui la raquette chaque soir.

DomiCLire_starfuckers_riviere.JPGPourtant, un jour, un imprésario lui propose une soirée, discrète, bien payée avec, elle le comprend vite, un acteur très en vogue (mais aux habitudes sexuelles peu classiques), soirée où elle n’aura rien d’autre à faire qu’exécuter ce qui lui sera demandé. Mais Maria n’est pas la petite sotte docile que pourrait le laisser penser se formes généreuses. Elle se rebelle et cherche à se venger, puis à se protéger.

Sous des aspects aguicheurs et légers, les auteurs abordent le problème des émigrés en situation irrégulière, leur clandestinité les rend redevables de passeurs sans scrupules qui leur prennent souvent tout ce qu’ils gagnent. Leur situation est périlleuse car dans l’adversité, comme faire respecter la loi si l’on est sans papiers ? Comment se faire respecter ? C’est le premier tome d’une série, mais on comprend bien vite que le lap danse et les soirées dans le cabaret ne seront qu’un court épisode dans la vie de Maria la clandestine et qu’un avenir plus radieux l’attend. Quelques dialogues un peu osés tout de même, et un graphisme  plus sexy qu’érotique sans être jamais vraiment vulgaire cachent un sujet grave et actuel. Je suis plutôt surprise par cette BD que l’on m’a proposée et que je n’aurai certainement pas lue de moi-même !


Catalogue éditeur : Kennes éditions

Scénario : Gihef et Alcante / Dessin : Dylan Teague

Date de parution : 18 janvier 2017 / Nombre de pages : 48 pages

La drôle de vie de Bibow Bradley. Nicolaï Pinheiro

Cette adaptation BD très réussie du roman d’Axl Cendres nous entraine dans les années 60 à la suite de Bebow Bradley, de la guerre du Vietnam au mémorable concert de Woodstock.

domiclire_la_drole_de_vie_de_bebow_bradleyDans un bar de l’Illinois, Bebow Bradley se souvient. Et le lecteur de revivre avec lui ses souvenirs en partant de son enfance dans le bar des parents. Aucun de ses parents n’ayant pensé à l’inscrire à l’école, il y arrive en ayant appris la vie, mais pas la moindre lettre de l’alphabet…totalement décalé par rapport aux autres enfants, il va bien sûr se faire renvoyer de l’école. Puis vient le temps de partir à l’armée, pour aller tuer du Vietminh avec les jeunes de son âge qui meurent bien trop nombreux au Vietnam. Là, Bebow pète un câble et risque gros, très gros. Mais son cas  intéresse la CIA car il souffre d’un mal rare : il ne connait pas la peur !

Rapidement recruté, il est envoyé en mission sur tous les fronts, en URSS  mais aussi pour infiltrer les bandes de jeunes Hippies. D’abord parce que la CIA a le soucis de mieux les cerner et les comprendre, puis lorsque leurs doléances se propagent à travers le pays, quand ils contestent un peu trop bruyamment le bienfondé de la guerre au Vietnam et jusqu’au mémorable festival de Woodstock. On va donc suivre Bebow de son enfance au présent, à l’image d’un Forest Gump il est aussi le reflet d’une Amérique qui se cherche.

On plonge avec plaisir dans cette vision moins superficielle qu’il n’y parait de l’Amérique des années 60/70 , de la guerre froide avec l’URSS, de la vague hippy  et de ses revendications et contestations non-violentes pour l’arrêt de la guerre au Vietnam. On se souvient d’ailleurs de la comédie musicale « Hair » qui affirmait ces mêmes revendications … Le récit est superbement adapté, porté par le graphisme et les couleurs très seventies, on s’y immerge totalement… c’est un très agréable moment de lecture.


Catalogue éditeur : Sarbacane

Bibow Bradley : l’homme qui ne connaissait pas la peur !

USA, début des 60’s. Né dans un trou paumé de l’Illinois, le jeune Bibow Bradley est destiné à finir, comme son père et son grand-père avant lui, derrière le comptoir du Bradley’s and son, le bar des tocards ! Mais la guerre du Vietnam éclate, et à 18 ans, le voilà parachuté au cœur de la jungle !
Sauf que Bibow a une particularité, un don qui s’avérera très utile aux yeux de la CIA : il n’a jamais peur. Les balles peuvent bien siffler à ses oreilles, lui, il s’en moque !! Mais de mission en mission, entre activistes communistes à Moscou et rassemblements hippies à Woodstock, Bibow découvrira une chose qu’on ne lui a jamais enseignée : le facteur humain.

Format: 21,5 x 29 cm / Nombre de pages: 112 /Parution: 7 septembre 2016 / ISBN: 9782848659152 / Prix: 19,50 €

 

Transcolorado. Catherine Gucher

Quand une jeune fille un peu paumée traverse les plaines dans le Transcolorado cela donne un beau premier roman dans lequel Catherine Gucher allie avec bonheur nature et humanité.

domiclire_transcoloradoLe Transcolorado, c’est un bus qui fait la route jusqu’au montagnes, dans un coin perdu de l’Oregon. Là, au milieu des plaines hostiles, sans travail, sans domicile, un jeune fille étrange, paumée, attachante, traine sa vie de champs de récoltes en bureau des postes, pour y glaner de quoi se chauffer, ou pour y retirer sa pension, son seul moyen de subsistance dans ce pays par trop inhospitalier. Chaque jour elle va au bar de la route et là, Joe lui sert un café-whisky, le seul moyen qu’elle a trouvé pour oublier ce quotidien morne, sombre et sans avenir. Et quand elle peut, elle grimpe à bord du bus, et parcourt le trajet aller-retour, pour l’espoir, les rêves, l’illusion d’un ailleurs plus souriant. Pour oublier cette vie dans laquelle depuis si longtemps il ne se passe rien, pour oublier aussi les araignées de la peur qui s’infiltrent dans sa tête, et ses dents noires qui l’empêchent de sourire.

Jusqu’au jour où dans le bar de Joe, Tommy, un balafré,  un apache sans doute, lui propose « on se fait un Transcolorado. » Et ce n’est même pas une question, juste un proposition, comme une évidence, un espoir, une connivence entre deux paumés que la vie pourrait bien rassembler. Alors ils montent, ils roulent, vers un peu d’espoir, vers des lendemains plus faciles peut-être. Car au bout de la route, il y a les pins Douglas, les billets de la chance à gratter, les Amish, leurs chapeaux et leurs règles contraignantes et sectaires, rassurants peut-être, enfin un temps seulement. Elle quitte Tommy, elle s’installe chez les Amish, soigne les chevaux, émerveillée par la majesté et l’indépendance des Appaloosa, puis elle grandit, évolue, retrouve Tommy et le bar du vieux Joe….

Roman de la solitude et de l’espoir, de la nature et de ces contrées où les hommes vivent à la dure, mais où les rêves sont possibles malgré tout. L’auteur nous entraine dans les hautes plaines, au plus près de la misère, des doutes, des vies cabossées. C’est un roman étonnant par ce qu’il dégage sur la difficulté de la vie, mais aussi par la délicatesse de l’écriture et par l’optimisme des personnages qui bien que meurtris par la vie ne perdent pas l’espoir d’un avenir meilleur.


Catalogue éditeur : éditions Gaïa

Au-dessus des grandes plaines, quand le ciel immense est trop bleu, une fille un peu cabossée par la vie monte dans le bus. Le Transcolorado l’emmène jusqu’à l’arrêt des quatre montagnes, et puis elle rentre. Le jour où Tommy avec sa balafre passe la porte du bar du bout de la route, elle sait que quelque chose s’avance qui peut changer un bout de son existence.

Roman français / Littérature générale / ISBN 978-2-84720-745-3 / 176 pages – 17 € / format 13×22 / Janvier 2017

La Peinture américaine des années 1930 « tHe AgE of aNxiEty » Musée de l’Orangerie

Plus que quelques jours pour aller découvrir les grands peintres américains du XXe siècle. L’exposition se termine le 30 janvier.

domi_c_lire_expo_peinture_americaine_1Si nous connaissons parfois bien nos peintres majeurs français, et au moins quelques peintres européens, pour l’art des États-Unis, il est souvent plus difficile de citer des noms lorsque l’on se pose la question.
Le musée de l’orangerie nous permet donc de faire un tour d’horizon  des artistes qui ont émergé sur le nouveau continent à la période difficile de la grande crise.  Après la chute de la bourse à Wall Street en 1929, le pays plonge dans La Grande Dépression, elle aura des effets jusqu’en Europe. Tous les artistes présentés dans cette exposition témoignent à leur façon de la réalité de ces années anxiogènes, où il était peut-être parfois compliqué de croire en l’avenir, où le paysage se transforme. De rurale, l’Amérique devient urbaine avec les migrations des ouvriers agricoles vers les grandes villes.  Mais dans les années 30, on assiste également à l’émergence de l’industrie et de sa puissance, en parallèle la misère sociale entraine cette migration des campagnes vers les villes, ces dernières prennent alors une grande importance dans le paysage national. Tout cela n’empêche pas d’avoir le goût de la fête, de la danse et de la musique, d’ailleurs un magnifique tableau nous rappelle le roman de Horace Mac Coy, on achève bien les chevaux, quand on pratiquait des marathons de danse, sur plusieurs jours, pour un gain misérable.

C’est également l’époque de la naissance du jazz dans les villes et à Harlem, mais aussi des inégalités, des discriminations et des violences raciales, perpétrées en particulier dans les états du sud. Période encore où les artistes réinventent un passé, celui des colons et de Thanksgiving, celui des austères sœurs de la révolution, celui beaucoup moins glorieux de l’esclavagisme. S’ils réinventent leur passé, ils sont toujours attentifs au présent, on retrouve dans les œuvres présentées des évocations du drame de Guernica qui, s’il a largement inspiré une œuvre majeure de Picasso, est également évoqué dans les toiles présentées ici, tout comme la montée du fascisme en Italie ou en Espagne.

Exposition intéressante qui nous fait découvrir de grands noms d’artistes très peu connus, qui préfigurent le réalisme, l’expressionnisme abstrait ou le pop art, qu’importe car ce qui est sûr, c’est que l’art moderne américain prend son envol à cette époque. Exposition ponctuée de deux superbes toiles de Hopper, dont j’avais particulièrement aimé la rétrospective au Grand Palais.


Exposition du 12 octobre 2016 au 30 janvier 2017

The Age of Anxiety

Les années 1930 sont, à plus d’un titre, décisives dans l’affirmation d’une scène artistique moderne aux États-Unis, à un moment particulièrement complexe de son histoire où la définition d’un art moderne américain ne peut être univoque. De l’abstraction au réalisme « social » en passant par le régionalisme, les univers esthétiques de peintres tels que Marsden Hartley, Georgia O’Keeffe, ou Edward Hopper cohabitent et se confrontent dans les mêmes foyers de création.
Organisée en collaboration avec l’Art Institute de Chicago, cette exposition présente un ensemble d’une cinquantaine de toiles issues de prestigieuses collections publiques américaines (l’Art Institute à Chicago, le Whitney Museum, le Museum of Modern Art à New-York…) et de collections particulières, dont la diversité reflète toute la richesse de cette période précédant la Seconde Guerre mondiale.

Certaines n’avaient jamais vu la mer Julie Otsuka

Espoir, illusion, déception : dans le très beau roman « Certaines n’avaient jamais vu la mer », Julie Otsuka nous fait entendre les voix multiples de ces jeunes japonaises qui ont traversé l’océan pour un rêve de vie meilleure.

Certaines n’avaient jamais vu la mer -

Dans les années 1900, de nombreuses jeunes filles japonaises ont traversé l’océan pour se marier aux états unis. Leurs famille avaient besoin de ce mariage, d’autres sœurs à marier, des familles pauvres qu’il faudrait aider, une hypothétique vie plus facile par-delà la mer, des lettres de leurs futurs maris tellement jolies et rassurantes. Expérience si difficile pour celles dont on sait que « certaines n’avaient jamais vu la mer »… où l’on comprend que partir du Japon, cette constellation d’Iles, ne pouvait être qu’un long et difficile voyage vers l’inconnu.
Le rêve était tentant. La réalité l’était souvent beaucoup moins, photos d’un autre, mensonges sur le véritable métier exercé et sur la réalité de la vie du futur époux, solitude, abandon des familles vers lesquelles on ne peut plus retourner sans honte, il faut donc rester sur le continent, et apprendre un autre vie, d’autres mœurs, d’autres coutumes.
Les japonaises seront ouvrières agricoles, dure à la tâche, silencieuses, fiables, aidant les maris bien peu fortunés, mariage, enfants, deuils, travail difficile et mal payé, puis la guerre avec le japon qui éclate, et les japonais accusés d’être des espions, enfermés et déportés dans des camps, abandonnées par une population autochtone qu’ils servaient et avec qui ils cohabitaient, mais qui ne les avait jamais vraiment acceptés ni intégrés.

Instantané de l’histoire décrit avec un style très particulier, la narratrice prend les voix de ces jeunes filles, de ces épouses, de ces femmes et de ces veuves, montrant chaque étape de leur vie, le voyage, l’arrivée, les futurs époux, les mariages, les enfants, la vie dans toutes ses étapes, englobant dans un « nous », en exemples multiples et lancinants, la réalité de toutes ces vies. Ce style parfois déroutant m’a gênée par moments, car il m’a semblé difficile de m’attacher à un personnage en particulier puisque aucun n’est réellement suivi. Mais quel beau livre malgré tout !


Catalogue éditeur : Phébus ; 10/18

L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi.
C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. Lire la suite

Littérature étrangère / Date de parution : 30/08/2012 / Format : 14 x 20,5 cm, 144 p., 15.00 € / ISBN 978-2-7529-0670-0