A la ligne, Joseph Ponthus

A la ligne, le premier roman captivant de Joseph Ponthus met en scène le quotidien de l’usine, expérience éprouvante qu’il transcende avec poésie et talent.

Ouvrir ce roman et comprendre qu’il n’ira pas, à la ligne, en tout cas pas de façon classique, avec des points et des virgules… Non, même pas à la ligne pour respirer, car le souffle indispensable pour lire ce roman est à puiser au plus profond de soi. Ce n’est pas un récit ordinaire, mais celui du travail à l’usine, à l’abattoir, difficile, sanglant, violent.

Passées les premières pages, où l’œil et l’esprit s’habituent à la forme atypique, le récit est comme scandé et le lecteur est happé…

J’écris comme je travaille
A la chaîne
A la ligne.

C’est un homme instruit, lettré, qui a quitté son travail en région parisienne pour suivre sa femme en Bretagne. Mais là, il y a trop peu d’emploi, aussi est-il prêt à accepter tout ce qu’on lui propose. Travailler à l’usine de poisson, plats cuisinés, cuisson de bulots à la chaine, tofu à égoutter, rien ne le rebute, même si tout cela lui parait bien difficile. Mais ça c’était avant de connaitre le travail qui l’attend, à l’abattoir. Car lorsque vous êtes intérimaire, pas possible de dire non, sinon le prochain poste disponible ne sera pas pour vous. Et des sous, il faut en gagner pour vivre. Alors on bosse, on se fatigue, on pleure même de douleur et d’épuisement la nuit en rentrant, quand il faut encore sortir le chien qui vous attend en vous faisant la fête, car la pénibilité des postes de l’usine, de l’abattoir, il ne les connait pas. Alors on attrape une vendredite aigüe, mais on s’y fait finalement… Et on essaie de gagner un peu de sommeil, un peu de repos, pour repartir dès lundi matin, ou à pas d’heure, c’est tout le charme du travail à l’usine ces horaires de fou, enfermé sans voir ni le jour, ni la nuit.

Chaque soir, le narrateur inventorie tout, les gestes, les phrases, les répétitions, les problèmes, la douleur, les petits bonheurs, les heures supplémentaires ou les heures gagnées tous ensemble pour finir plus vite, ou moins tard, c’est selon. Mais aussi toutes ces pensées qui l’assaillent, qui peuplent son esprit pendant que son corps fait les gestes mille fois répétés, automatisme salvateur qui permet à l’esprit de s’évader. Il nous fait sentir également cette solidarité et en même temps cette pénibilité que tous doivent subir ensemble. Le courage qu’il faut, le soir, quand il tombe d’épuisement pour continuer à coucher sur le papier les mots qui disent les maux, les gestes, les souffrances quotidiennes.

Étonnant témoignage, qui a la puissance de cet écrit si particulier qu’il vous oblige presque à le lire d’une traite jusqu’au bout. Hypnotique et puissant, rythmé, porté par la poésie qui s’en dégage, il est le témoignage d’une fatigue immense, dévorante. D’un malaise aussi, celui des ouvriers à la peine qui doivent accepter et subir pour continuer à vivre.

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Catalogue éditeur : La Table Ronde

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer.

Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Parution : 03-01-2019 / 272 pages, 140 x 205 mm / Achevé d’imprimer : 01-10-2018 / ISBN : 9782710389668 /  Prix : 18,00 €

Le paradoxe d’Anderson. Pascal Manoukian

Dans cette France de la fracture sociale qui s’invite à grand bruit dans la rentrée littéraire, Pascal Manoukian fait réfléchir ses lecteurs autrement, avec beaucoup d’humanité.

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Aline et Christophe, un couple, une vie de famille bien rangée. Une fille qui prépare son bac avec l’espoir de continuer des études supérieures, un travail à l’usine textile et un mari qui a également un travail régulier, des parents dont on s’occupe, qui ont trimé toute leur vie et qui le mérite bien, et les copines, dans cette petite ville de l’Oise dans laquelle on a passé toute sa vie…

Un jour, une rumeur de déménagement et peut-être même de fermeture de leur usine se répand chez les ouvrières. Où, quand ? Puis un matin, les machines ont disparu, l’emploi afférant également. Les espoirs d’un futur serein se volatilisent en un clin d’œil, la situation est en équilibre instable. Avec la perte d’emploi, les crédits, les traites et les impôts à payer, les études des enfants, tout devient aléatoire.

Du jour au lendemain c’est la désescalade, tout s’effondre autour d’Aline et Christophe. C’est la fin de la sécurité et du confort, mais le couple décide de ne rien dire aux enfants, ni aux parents, ils ne méritent pas de se faire du soucis, on les aime, on les protège, et après tout on va bien y arriver. Puis, comme souvent dans ces cas-là, une catastrophe ne venant jamais seule, c’est à l’usine du mari que la grève est votée, plus d’heures sup pour rattraper le salaire perdu, même plus de travail pour survivre, être un couple normal intégré dans cette normalité qui disparait du jour au lendemain, sans qu’on y prenne garde, sans prévenir, sans précaution aucune…

Il y a bien sûr du conte social dans ce dernier roman de Pascal Manoukian, mais aussi du Karl Marx, de la pensée communiste et surtout humaniste. L’auteur y évoque avec  justesse la vie des ouvriers dans ces villes du nord de l’Oise. L’avalanche de délocalisations, quand les machines disparaissent en une nuit pour aller alimenter des usines à la main d’œuvre low cost qui font le bonheur des actionnaires, montrant une France à deux vitesses, qui part dans deux directions opposées, le bien des ouvriers d’un côté, le gain des actionnaires de l’autre… Dans ces villes sinistrées où le chômage touche une grande partie de ces populations qui n’avaient qu’un seul patron, l’usine locale, comme pour les Goodyear par exemple. Puis ce sont les grèves, les séquestrations de patrons, les dettes qui s’accumulent, la misère, les maisons vendues au plus offrant … et les enfants qui étudient, mais pourquoi si aucun espoir de vie meilleure ne vient éclaircir leur horizon ? Car tel semble bien être le paradoxe d’Anderson

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Du même auteur, on ne manquera pas de lire Les échoués, et l’avis de Nicole du blog Motspourmots.

Catalogue éditeur : Seuil

Plus rien n’est acquis. Plus rien ne protège. Pas même les diplômes.

À 17 ans, Léa ne s’en doute pas encore. À 42 ans, ses parents vont le découvrir. La famille habite dans le nord de l’Oise, où la crise malmène le monde ouvrier. Aline, la mère, travaille dans une fabrique de textile, Christophe, le père, dans une manufacture de bouteilles. Cette année-là, en septembre, coup de tonnerre, les deux usines qui les emploient délocalisent. Ironie du sort, leur fille se prépare à passer le bac, section « économique et social ». Pour protéger Léa et son petit frère, Aline et Christophe vont redoubler d’imagination et faire semblant de vivre comme avant, tout en révisant avec Léa ce qui a fait la grandeur du monde ouvrier et ce qui aujourd’hui le détruit. Comme le paradoxe d’Anderson, par exemple. « C’est quoi, le paradoxe d’Anderson ? » demande Aline. Léa hésite. « Quelque chose qui ne va pas te plaire », prévient-elle. Léon, dit Staline, le grand-père communiste, les avait pourtant alertés : « Les usines ne poussent qu’une fois et n’engraissent que ceux qui les possèdent.»

Photographe, journaliste, réalisateur, Pascal Manoukian a couvert un grand nombre de conflits. Ancien directeur de l’agence Capa, il se consacre à l’écriture. Il a notamment publié, aux éditions Don Quichotte, Le Diable au creux de la main (2013), Les Échoués (2015) et Ce que tient ta main droite t’appartient (2017).

Date de parution 16/08/2018 : 19.00 € TTC /304 pages : EAN 9782021402438

Principe de suspension. Vanessa Bamberger

Dans ce roman au titre étrange « Principe de suspension », Vanessa Bamberger parle de la vie et des relations familiales, mais aussi du travail et la passion d’un chef de PME pour son entreprise dans le contexte difficile de la désindustrialisation des territoires.

DomiCLire_principe_de_suspension.jpgLes premières pages s’ouvrent sur un lit d’hôpital, Thomas est dans le coma, et Olivia, sa femme, espère, attend et d’une certaine façon réinvente son couple.
Thomas est un chef d’entreprise qui rêve de bousculer l’ordre établi, celui qui inéluctablement prive les villes de province de leur tissu industriel vieillissant. Il a racheté Packinter, une PME de la filière plastique qui travaille pour l’industrie pharmaceutique. Il faut dire que la médecine et la pharmacie, inconsciemment, sont comme un aimant pour cet homme marqué par le décès de sa jeune sœur handicapée alors qu’il était adolescent. Mais dans le Grand Ouest et comme partout en France, l’industrie est en déclin. Aussi lorsque Loïc se présente pour travailler avec lui, Loïc dont le fils est justement handicapé, Thomas se laisse séduire par cet homme avenant qui fourmille de projets. Thomas espère qu’il va l’aider à sortir son entreprise de l’ornière dans laquelle elle s’enfonce peu à peu, car les donneurs d’ordre opèrent des mutations vers les pays de l’est ou l’Allemagne.  Jusqu’au jour où….
En parallèle, Olivia tente de comprendre ce mari si peu présent, ce père tellement absent de la vie et de l’évolution de ses fils, qu’elle en vient peu à peu à se demander si la vie de couple est réellement ce qu’elle a de mieux à espérer, à vivre. Aussi le jour où un accident respiratoire inattendu plonge Thomas dans le coma, chacun s’interroge sur le bienfondé de son quotidien, sur son envie de poursuivre, sur son utilité, ses priorités.

Questionnements sur le couple, sa fragilité, son équilibre. Mais questionnement également sur la vie d’un patron de PME, contraint par ses employés, ses fournisseurs, ses clients, et surtout par l’évolution des marchés de l’emploi, la mondialisation et les coûts du travail, la tyrannie des actionnaires et les rachats d’entreprise. De flash-back en retour au présent, puis au futur, chaque chapitre est introduit par une définition, principe ou suspension…et le lecteur s’interroge avec Olivia, avec Thomas, sur l’importance de sa vie, de son couple, de ses choix, ses aspirations et sur l’utilité de ses actions, sur la réalité du quotidien. Voilà un premier roman intéressant qui nous plonge dans les affres de la réalité et du quotidien de ces petits patrons qui tentent tout pour faire survivre leurs entreprises.


Catalogue éditeur : Liana Levi

«10% de talent, 90 % d’efforts.» C’est la devise de Thomas pour défendre son usine et ses salariés. Depuis qu’il a racheté Packinter, une PME de la filière plastique, il lutte pour conjurer le déclin de l’industrie dans sa région du Grand Ouest. Un hiver pourtant tout bascule, et il se retrouve dans la chambre blanche d’un service de réanimation, relié à un respirateur. À ses côtés, Olivia, sa femme, attend son réveil. Calme, raisonnable, discrète. Comme toujours. Dans ce temps suspendu, elle revit les craintes des ouvriers, les doutes de Thomas, les trahisons intimes ou professionnelles qui les ont conduits jusqu’à ce grand silence, ce moment où se sont grippés le mécanisme des machines et la mécanique des sentiments. Parce que la vie s’accommode mal de l’immobilisme, il faut parfois la secouer un peu, selon le «principe de suspension».
Un premier roman juste et subtil sur le blues du petit patron et le fragile équilibre du couple.

Date de parution : 03-01-2017  / 14 x 21 cm – 208 pages / ISBN : 9782867468759 / 17,50 €