Une fille sans histoire, Constance Rivière

Quand une jeune femme s’invente une vie pour enfin exister aux yeux du monde, « Une fille sans histoire » un roman choral glaçant qui oscille entre rêve et mensonge, et bouscule nos certitudes

Elle passe des heures à la fenêtre de son petit appartement tout à côté du Bataclan, cette salle de concert où elle voudrait aller un de ces jours, mais sa vie passe à côté d’elle, et jour après jour elle s’enferme dans sa solitude. Jusqu’à ce soir du 13 novembre 2015 où tout bascule. Le bruit, les sirènes, les secours, la peur et la violence sont sous sa fenêtre.

Elle, c’est Adèle.
Adèle doit trouver comment exister pour survivre, car depuis toujours elle est transparente aux yeux de tous. Enfant puis adolescente, personne ne la voyait, elle est insignifiante, d’un physique trop quelconque pour accrocher le regard ou l’intérêt des gens quelle côtoie. Et depuis qu’elle a perdu son père, elle n’existe plus pour personne. Aussi, lorsqu’elle voit la photo de Matteo, ce jeune homme qu’elle avait l’habitude de servir dans ce café où elle a travaillé quelques mois, elle décide de s’inventer une vie, et grâce à ce subterfuge trouve enfin une utilité à son existence.

Elle s’en persuade, elle vivait une histoire d’amour avec Matteo, cette relation naissance et secrète qu’elle va porter à bout de bras, exposer à tous et vivre dans sa tête, relation qui lui donne une consistance, lui permet d’être quelqu’un, d’être enfin utile. Cette appropriation, quelle sait injuste, ce mensonge dont elle n’anticipe pas le traumatisme qu’il va provoquer autour d’elle, la sauve du vide sidéral dans lequel elle évolue et lui donne enfin cette confiance en elle qui lui manquait tant.

Cette fille sans histoire prend la forme d’un roman choral. D’abord Saïd, l’un des tous premiers impliqués dans le soutien psychologique aux victimes, puis Francesca, la mère de Mattéo, et enfin plus brièvement Jacques, le patron du bar dans lequel Adèle a rencontré Matteo, chacun prend la parole à tour de rôle, et comme lors d’une déposition auprès de la police, explique la facette d’Adèle qu’il ou elle a connue.

Si j’ai parfois eu du mal à rentrer dans son histoire, tant elle parait incongrue et ignoble dans ces circonstances que l’on connait tous, j’ai eu envie de la comprendre, de l’aider à réaliser que même sans cela elle existe aux yeux des autres. Difficile pourtant d’avoir beaucoup d’empathie, une fois encore du fait de ces évènements dramatiques qui ont touché tant de familles. Est-ce crédible ? Et comment un mensonge aussi ignoble n’est-il pas détecté plus rapidement ? Comment ose-t-on s’approprier le chagrin des vivants ? Quand on sait que quelques fausses victimes ont été réellement détectées et condamnées, cela fait froid dans le dos, non ?
A la fois émouvant et glaçant, avec des personnages qui dérangent, « Une fille sans histoire » est un roman qui interroge et bouscule nos certitudes.

Catalogue éditeur : Stock

13 novembre 2015. Comme tous les soirs, Adèle est assise seule chez elle, inventant les vies qui se déroulent derrière les fenêtres fermées, de l’autre côté de la cour. Quand soudain, en cette nuit de presqu’hiver, elle entend des cris et des sirènes qui montent de la rue, envahissant son salon, cognant contre ses murs. La peur la saisit, elle ne sait plus où elle est, peu à peu elle dérive. Au petit matin apparaît à la télévision l’image de Matteo, un étudiant porté disparu, un visage qu’elle aimait observer dans le bar où elle travaillait. Sans y avoir réfléchi, elle décide de partir à sa recherche, elle devient sa petite amie. Dans le chaos des survivants, Adèle invente une histoire qu’elle enrichira au fil des jours, jouant le personnage qu’on attend d’elle. Les autres la regardent, frappés par son étrangeté, mais ils ne peuvent pas imaginer qu’on veuille usurper la pire des douleurs.

Une histoire contemporaine où l’on est happé par l’émotion et le trouble. Un roman nécessaire.

144 pages / Format : 138 x 217 mm / EAN : 9782234088221 / Prix : 17.50 € / Parution : 21/08/2019