Je me promets d’éclatantes revanches, Valentine Goby

Émotion, courage, tristesse, colère, survie, devoir de mémoire, que de mots, de sentiments contradictoires se succèdent à la lecture du très beau récit de Valentine Goby « Je me promet d’éclatante revanches » publié par les éditions L’iconoclaste.

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Tiens, Valentine Goby a une revanche à prendre ? Sur la vie ? Sur l’écriture ? Sur quelqu’un ? Voilà un titre qui pourrait nous le faire penser, mais non, absolument pas. Valentine nous parle de revanche, mais avant tout de rencontre, de partage, de découverte, et de la vie, après…

La découverte c’est celle d’un auteur dont on parle trop peu, Charlotte Delbo.

Charlotte a vécu sans doute à la plus mauvaise époque, déportée dès 1943 à Auschwitz, dans « le convoi du 24 janvier », là où étaient déportés essentiellement les juifs ou les Tziganes, puis à Ravensbrück. Charlotte arrivée là du fait de ses idées politiques, elle la communiste qui a perdu très tôt son mari, celui qu’elle aime tant, fusillé au Mont Valérien. Charlotte morte en 1985 après des années à travailler pour l’ONU, à écrire, à porter la parole de tous ceux qui se sont tus, qui ont disparu dans les camps d’extermination. Charlotte « revenue d’entre les morts » pour vivre, intensément, ardemment, passionnément et obtenir cette « éclatante revanche » sur l’horreur, la mort, la haine. Charlotte Delbo, passeur d’âmes, d’émotions, celle qui témoigne, qui explique, qui soulève l’indignation face à l’horreur indicible. Elle écrit, des poèmes, des récits, elle raconte les femmes, les regards, la peur, la maladie, des destins, des trajectoires brisées. Charlotte, auteur et femme à découvrir, assurément !

Alors, oui, Valentine Goby nous donne envie, de lire, de connaître, de comprendre cette femme dont on ne sait presque rien. Quel livre étrange, qui fait revivre avec amour et passion cette auteure jusqu’alors  inconnue.

Je ne sais pas ce que je préfère chez Valentine Goby, son écriture, ou le fait qu’elle nous éveille a des faits de société, à des événements historiques, en les mettant par son récit et la façon dont elle s’en empare, à notre portée. Je pense bien sûr à Kinderzimmer, où elle parle des pouponnières du camp de Ravensbrück, ou à Un paquebot dans les arbres  qui évoque la maladie, la tuberculose, les difficultés que cela engendre d’être malade avant les début de la sécurité sociale, avec beaucoup de retenue et de sobriété, de réalisme également, mais sans jamais faire de son lecteur un voyeur de l’insupportable.

Une fois encore, l’écriture est belle et son apparente simplicité rend la lecture abordable pour chacun, permettant à ses lecteurs d’entrer en communion avec son sujet, de voir, sentir et savoir, un peu comme Charlotte en somme. Si Charlotte Delbo craignait l’oubli, merci à Valentine Goby de nous la restituer dans cette vie et ce chemin si difficile vers l’après, quand les lendemains souffrent du poids des morts, du poids des souvenirs, mais que la parole portée est essentielle.


Catalogue éditeur : L’iconoclaste

Un manifeste pour la littérature à la lumière de Charlotte Delbo.
« J’ai ouvert Aucun de nous ne reviendra, et cette voix m’a saisie comme nulle autre. Je suis entrée à Auschwitz par la langue. »

L’une, Valentine Goby, est romancière. L’autre, c’est Charlotte Delbo, amoureuse, déportée, résistante, poète ; elle a laissé une œuvre foudroyante. Voici deux femmes engagées, la littérature chevillée au corps. Au sortir d’Auschwitz, Charlotte Delbo invente une écriture radicale, puissante, suggestive pour continuer de vivre, envers et contre tout.
Lorsqu’elle la découvre, Valentine Goby, éblouie, plonge dans son œuvre et déroule lentement le fil qui la relie à cette femme hors du commun. Pour que d’autres risquent l’aventure magnifique de sa lecture, mais aussi pour lancer un grand cri d’amour à la littérature. Celle qui change la vie, qui console, qui sauve.

Format 135 x 185 mm / Prix 17 € / Nombre de pages 192 / Parution 30 août 2017

Un paquebot dans les arbres. Valentine Goby

Mais que cette histoire est triste, la maladie, la tuberculose, l’amour que l’on attend, celui que l’on mendie. Mais que ce roman est beau et bouleversant, qui sait nous happer jusqu’à la dernière page.

domi_c_lire_un_paquebot_dans_les_arbresDans les années 50, Odile et Paulot tiennent le café le Balto à La Roche-Guyon. Centre vital du village, des animations, des fêtes et des rencontres, il apporte joie et dynamisme à tous. Jusqu’au jour où Paulot s’effondre. Le poumon est touché, les bacilles s’installent, la tuberculose s’insinue, qui lui interdit de travailler. C’est le début de la fin pour la famille, vente du Balto, tentatives de petits boulots désespérés pour payer les soins, élever les enfants, payer les dettes et tenter de s’en sortir maintenant que tout le monde tourne le dos au tubard contagieux. La chute est rapide, vertigineuse.
Mais tout au long de ces pages, avec Odile, on découvre aussi l’amour d’une femme pour son homme, pour son Paulot. Celui que toute la ville admire et lui enlève soir après soir, et que finalement elle retrouve tout à elle dans la maladie, heureuse de ces mois à deux, à braver ensemble l’adversité.

Avec Mathilde, on découvre l’amour absolu, définitif et éternel, d’une fille pour son père, de ces amours qui font faire des folies pour être admirée, remerciée, remarquée, mais au final pour être tout simplement aimée en retour. Et Mathilde est une enfant puis une jeune femme fidèle, obstinée, dure à la douleur et au malheur. Et en retour, elle trouve l’amour de son père pour ce « petit gars » comme il l’appelle,  celle qui remplace son fils défunt et qu’il ne saura aimer que d’un amour tronqué, bancal, de ceux qui laissent des traces pour une vie entière. Mathilde qui va se battre pour ses parents, de famille d’accueil en émancipation, pour les soins, les visites, un semblant de normalité.
Il y a aussi Annie, l’ainée, celle qui quitte rapidement le cocon familial pour s’installer à Paris avec mari et enfant, puis Jacques, le fils, le petit dernier, qui ne connaitra de ses parents que la maladie, l’éloignement, la misère. C’est pour lui aussi que Mathilde va se battre.

Insidieuse, la maladie est là, contagieuse, elle effraie, elle rend mauvais les amis d’hier devenus les étrangers d’aujourd’hui, elle fait fuir les clients, elle isole les malades. La maladie est là, et l’auteur décrit la situation en marge de ces trente glorieuses qui n’ont pas porté ce nom pour tous. Les malades qui ne peuvent pas se soigner quand l‘argent manque. La sécurité sociale qui vient d’être crée mais ne s’adresse qu’aux salariés ou à ceux qui ont cotisé. Alors les petits entrepreneurs perdent tout le jour où la maladie s’installe, grave, persistante, et qu’elle anéantit le travail de toute une vie.

C’est la découverte du sanatorium d’Aincourt pour Odile et Paulot, dans ce petit village du Val d’Oise non loin de La Roche où ils vont tenter de guérir. Les sanatoriums, seul moyen d’isoler et éventuellement de soigner la tuberculose dont le moindre postillon est contagieux, à une époque où les antibiotiques en sont à leurs balbutiements et la médecine se cherche. Et en marge de la maladie, l’actualité des années cinquante, avec le drame de l’Algérie, de ces enfants qui partent mourir là-bas, mourir pour une terre qui n’est déjà plus française.

Voilà un roman qui évoque l’amour absolu, celui d’une fille pour ses parents, celui qui lui fait soulever des montagnes et vivre des moments terribles, de souffrance, de faim, de solitude, d’abandon avec pugnacité et dévouement. Valentine Goby nous offre une magnifique étude des personnages, et une véritable fresque sociale, devoir de mémoire en même temps qu’ode à celle qui a démontré tant de fidélité et de force en aidant ses parents, la véritable Mathilde, cette Élise Bellion que l’auteur a rencontrée et qui lui a parlé de ce paquebot dans les arbres.

#RL2016


Catalogue éditeur : Actes Sud

Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le cœur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.
Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine.
À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres.

Août, 2016 / 11,5 x 21,7 / 272 pages / ISBN 978-2-330-06648-2 / prix indicatif : 19, 80€