Les impliqués. Zygmut Miloszewki.

Changer d’horizon avec cette immersion dans Varsovie d’aujourd’hui et d’hier, un très bon polar que je vous conseille par une maison d’édition bordelaise

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Parce qu’on oublie souvent que le procureur est un élément primordial de l’enquête, Zygmut Miloszewki nous le rappelle et en fait le personnage conducteur de son roman.

Varsovie, juin 2005. Teodore Szacki est un fonctionnaire intègre, trente-cinq ans, plutôt bel homme, marié sans passion à Weronica. Alors qu’il se demande  s’il peut encore tomber amoureux, la rencontre avec  une jeune journaliste va peut-être le détourner agréablement du droit chemin. Il exerce son métier avec le plus de rigueur possible. Et pourtant, la politique et les attentes de ses supérieurs voudraient parfois lui dicter les conclusions de ses enquêtes, pour que les résultats espérés soient au rendez-vous, bienvenue dans les arcanes de la justice polonaise.

Un homme est assassiné dans un ancien monastère dans lequel se déroulait une thérapie de constellation familiale. Est-ce le scénario de la thérapie qui a mal tourné, est-ce un homme désespéré qui a été poussé au suicide, est-ce un règlement de compte ? Les indices sont faibles, de nombreux suspects possibles, beaucoup trop, il faut peut-être chercher ailleurs, chercher plus loin. Faisant fi des règlements et des contraintes, les tâtonnements du procureur l’entrainent vers de nombreuses pistes en apparence sans liens entre elles. Sur fond de communisme et surtout de services secrets  tout puissants à une époque pas si lointaine, le procureur va déterrer des évènements qui lui permettront de découvrir le coupable. Mais les services de police veillent, la période sombre n’est pas si loin, et les risques sont réels et nombreux pour ceux qui osent lever le voile sur les actions passées. Avec cette plongée dans la Pologne angoissante des années Jaruzelski et de Solidarnosc, les intrigues s’emmêlent et les risques sont grands pour ceux qui s’en mêlent.

Bien sûr, les noms propres, ceux des rues ou des villes, perturbent légèrement le lecteur, mais on s’y fait vite et ce roman au départ un peu étonnant s’avère beaucoup plus subtil et profond qu’il n’en a l’air. L’auteur nous plonge dans une atmosphère un peu glauque, celle des relents d’une politique pas très claire et toujours puissante sous le manteau. Et en même temps, la vengeance, la manipulation, les regrets, toute une palette de scénarios et de sentiments trouvent leur place. Les lenteurs sont là pour perdre le lecteur… et le procureur, mais son intégrité et sa volonté lui permettront d’aboutir, pour un final à la façon d’Agatha Christie, où un Hercule Poirot réunissait les suspects pour une scène mémorable au cours de laquelle tous les fils se dénouent. On retrouve une même structure dans « les impliqués » pour le bonheur d’un lecteur perdu dans le brouillard jusqu’au bout de l’enquête.

C’est très bien mené, brillant, particulièrement bien traduit, d’une écriture très agréable et fluide. C’est une immersion dans Varsovie d’aujourd’hui et d’hier  pour un très bon polar que je vous conseille.

Catalogue éditeur : Mirobole

Un dimanche matin, au milieu d’une session de thérapie collective organisée dans un ancien monastère de Varsovie, l’un des participants est retrouvé mort, une broche à rôtir plantée dans l’œil. L’affaire est prise en main par le procureur Teodore Szacki. Las de la routine bureaucratique et de son mariage sans relief, Szacki ne sait même plus si son quotidien l’épuise ou l’ennuie.  Il veut du changement, et cette affaire dépassera ses espérances.
Cette méthode de la constellation familiale, par exemple, une psychothérapie peu conventionnelle basée sur les mises en scène… Son pouvoir semble effrayant. L’un des participants à cette session se serait-il laissé absorber par son rôle au point de commettre un meurtre ? Ou faut-il chercher plus loin, avant même la chute du communisme?

Traduit du polonais par Kamil Barbarski
Parution : 3 octobre 2013 / ISBN : 979-10-92145-09-0 / / Prix : 22 €

Jan Karski. Marco Rizzo

Jan Karski, résistant, témoin de l’horreur des camps de concentration, incompris par les grands de son époque

Jan Karski

Une BD largement inspirée de son livre témoignage « Mon témoignage devant le monde – Histoire d’un État secret », paru en 1948. Catholique Polonais, résistant, il fut l’un des tout premier à entrer dans le ghetto de Varsovie, puis dans les camps de concentration, pour porter témoignage d’abord à son propre gouvernement en exil puis au président des États Unis.

Prisonnier des soviétiques en 1939, puis remis aux allemands, il réussit à s’évader pour rejoindre la résistance à Varsovie. Passé maitre dans l’art de voyager d’un pays à l’autre sans se faire prendre, il va porter des informations jusqu’en France. Il trouve ce pays terriblement insouciant des malheurs et de l’ampleur des souffrances du peuple Polonais. Arrêté puis torturé, il réussit encore à s’évader et repart en résistance. En 1942, malgré la complexité de ce qu’il va tenter, il va pénétrer dans le ghetto de Varsovie. Là, il va être un témoin sidéré par l’horreur de ce qu’il contemple, sans possibilité d’agir. Il voit dans le ghetto des êtres humains qui n’ont plus rien d’humain. Il y découvre surtout dans des rues sales et nauséabondes des cadavres nus abandonnés, des passants faméliques, la misère, la déchéance. L’image d’un monde qu’il ne peut pas reconnaitre ou accepter comme étant le sien. Sous l’habit d’un gardien ukrainien, il entre également dans un camp de concentration.

Il est frappé par l’horreur des camps, par cette terreur indicible qu’il va tenter de porter en témoignage. Dans un récit précis et accablant sur l’extermination des Juifs en Pologne occupée par l’Allemagne, il va tenter de révéler au monde l’intention avouée d’Hitler, celle de la fin annoncée du peuple Juif. Face à ces révélations, l’ampleur de l’horreur est tellement monstrueuse que nul ne peut l’accepter, nul ne peut entendre. Les politiques rencontrés sont conscients qu’il ne ment pas mais que ce témoignage dépasse l’entendement humain. Lui déclarant en particulier : Jeune homme, je ne vous dis pas que vous êtes un menteur, mais je ne vous crois pas.

La force de cette BD tient dans son graphisme, sombre, tourmenté. Après une première partie relativement colorée et qui montre une époque joyeuse et insouciante, arrive rapidement l’époque obscure. Les visages sont parfois effacés, car seule compte l’idée des Hommes, pas les Hommes eux-mêmes. Les tonalités sont particulièrement sombres, froides, glaciales, les rues et les paysages sont enneigés, ventés, les scènes se déroulent de nuit, témoignant du monde de ténèbres qu’a découvert Jan Karski.

Les pages qui se rapportent à l’horreur dans les camps, montrant profusion de corps, hommes ou femmes, ou des situations que l’œil ne veut pas regarder, les textes de Karski étant reproduits sur le côté, décrivent à leur façon la noirceur de l’âme humaine et de cette période pendant laquelle la vie de certains Hommes valait si peu cher aux yeux de certains. C’est douloureux, difficile, oppressant parfois, mais c’est un témoignage qui questionne et une intéressante façon de présenter le parcours de cet homme exemplaire que je n’aurais sans doute jamais découvert sans cette BD.

Catalogue éditeur : Steinkis

Traduction de Marie Giudicelli

Monsieur, je n’ai pas dit que ce jeune homme mentait. J’ai dit que je suis incapable de le croire. Ce n’est pas la même chose.

1939. Jan Kozielewski, jeune Polonais de bonne famille, catholique, est happé par la guerre. Sous le nom de Jan Karski, il devient un agent de la résistance.  Sa mission : s’introduire au cœur du ghetto de Varsovie puis dans un camp d’extermination et  transmettre son rapport au Président des États-Unis.

Les auteurs : Journaliste, Marco Rizzo vit en Sicile. Sa passion pour la BD et son intérêt pour la critique sociale convergent dans son œuvre.
Lelio Bonaccorso est dessinateur et enseignant en arts plastiques à Palerme. Il publie régulièrement des illustrations et planches de BD dans la presse.

Date de parution : 01/11/2014 / EAN : 9791090090552