Meurtre à Montaigne, Estelle Monbrun

Meurtre à Montaigne, d’Estelle Monbrun célèbre les 25 ans de la collection chemins nocturnes, des éditions Viviane Hamy.

En Dordogne, à Saint-Michel-de-Montaigne, les touristes adorent visiter la tour et la célèbre librairie du château de Montaigne. Olivier, un étudiant spécialiste de l’auteur fait le guide pendant ses vacances. Un matin, il découvre le corps inanimé d’un jeune homme au pied de la tour.
Sur l’Ile d’Oléron, Mary, une étudiante américaine assistante de Michel Lespignac est aussi la baby-sitter des petites filles de ce grand spécialiste de Montaigne. Sur la plage, elle retrouve Caro, une jeune fille rencontrée lors de son arrivée à Paris…  Un instant d’attention, et les petites filles ont disparu…
Le commissaire Foucheroux  vient de prendre sa retraite et n’a pas encore trouvé son rythme. Lorsqu’on l’appelle à la rescousse pour résoudre cette affaire d’enlèvement qui s’avère plus complexe que prévu, il est ravi de seconder son ancienne assistante, la commissaire Leila Djemani. Ils doivent être efficaces et très discrets, eu égard au statut de Lespignac. Ce dernier doit très prochainement faire paraitre une bombe qui va secouer le milieu littéraire et les aficionados de Montaigne.

De l’enlèvement aux découvertes multiples sur les personnalités et le passé des différents protagonistes, faux-semblants, trahison, envie, jalousie, désir de vengeance, filiation et généalogie, de nombreux  thèmes vont être adroitement abordés par Estelle Monbrun. L’intrigue est parfois embrouillée et semble traitée avec légèreté, trop fin de siècle peut-être (mais où est passée la police scientifique ?) Sans doute parce que nous avons affaire à des littéraires purs et durs ! Par contre l’humour et les références littéraires sont constamment présents dans ce polar rocambolesque qui plonge le lecteur dans l’histoire des lieux et de l’écrivain. Malgré tout, ce thriller plus littéraire que noir se laisse lire fort agréablement. N’y cherchez pas une enquête fouillée et des policiers aguerris, mais plutôt une écriture et un texte érudits qui donnent envie de découvrir ces lieux chers à Montaigne, parce que c’était lui, parce que c’est vous !

Catalogue éditeur : Viviane Hamy

Un rapide pincement des lèvres rouge vif aurait indiqué à une personne moins naïve que Mary que sa présence n’était pas vraiment souhaitée. Mais sa proposition fut acceptée, et, en chemin, elle apprit que Caro faisait ses études à l’École des beaux-arts et habitait à la Cité universitaire. Après deux bises à la française, que les Américains appellent air kisses et qui n’engagent à rien, Mary suivit des yeux sa nouvelle connaissance, qui emprunta l’avenue Foch après lui avoir fait un petit signe faussement désinvolte. Quelques instants plus tard, Caro envoyait sur son portable le message suivant à une adresse cryptée­ : « Le cabillaud sera une rascasse. Veronica. »

Avec Meurtre chez tante Léonie, Estelle Monbrun a inauguré la collection « ­Chemins Nocturnes­ » aux Éditions Viviane Hamy. D’autres « meurtres » suivront. On la compare souvent à David Lodge et à Agatha Christie : « L’auteur emprunte au premier des références sarcastiques sur le milieu universitaire, représenté avec un humour impitoyable, mais aussi attendri. À la seconde, son art de la narration, des fausses pistes, des coups de théâtre. » René de Ceccatty, Le Monde.
Vous voilà prévenus.

Parution : 14/03/2019 / ISBN : 9791097417277 / Pages : 224 p. / Prix : 19€

Estelle Monbrun (nom de plume d’une proustienne émérite) s’est lancée dans une carrière de professeur de littérature française contemporaine aux États-Unis, à New-York puis à Saint-Louis. Elle s’avère être une spécialiste reconnue dans le monde entier de l’œuvre de Marcel Proust et de celle de Marguerite Yourcenar. Parallèlement à son métier d’enseignante, Estelle Monbrun écrit des polars publiés par les Éditions Viviane Hamy. Ses écrits mêlent fraîcheur d’écriture, par l’aspect ludique et parodique de sa production littéraire, et profondeur, par la qualité documentaire et scientifique que ceux-ci proposent.
« Mes livres peuvent être lus comme de simples romans policiers, mais, si on connaît le texte source sur lequel je m’appuie, on peut s’amuser à reconnaître des citations cachées, des références stylistiques, des noms de personnages codés… C’est comme un clin d’œil permanent, une complicité à trois : un écrivain, une romancière, un lecteur. »

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Personne n’a peur des gens qui sourient, Véronique Ovaldé

Roman noir, roman d’amour d’une mère pour ses filles ? Avec « Personne n’a peur des gens qui sourient » Véronique Ovaldé nous entraine dans un road trip du sud jusqu’en Alsace.

Gloria est la jeune maman de Stella, une adolescente et de Loulou, une fillette de six ans. En ce matin de juin, tout semble prêt, au moins dans son esprit à elle, pour partir loin toutes les trois, fuyant on ne sait quoi. Depuis son sud-est ensoleillé, elle prend la route pour la maison de la grand-mère en Alsace, plus de téléphone, pas de message, l’affaire semble sérieuse, elle ne part pas, elle fuit.

Il faudra au lecteur quelques dizaines de pages pour comprendre qui est Gloria et d’où elle vient. De cette enfance entre deux parents qui ne s’aiment pas assez, avec une mère qui quitte le foyer en l’abandonnant avec un père inconsolable et son ami Giovanelli, qui est aussi son associé dans le bar La Trainée. A la mort du père, ce sera justement tonton Gio qui s’occupera d’elle, aidé par maitre Santini, l’avocat Corse, encore un ami du père, qui gère l’héritage de Gloria jusqu’à sa majorité.

Lorsqu’elle quitte l’école, Gloria travaille à La trainée. C’est dans ce bar qu’elle rencontre le beau et si séduisant Samuel, l’amour de sa vie, le père de ses enfants. Samuel l’absent, dont on comprend rapidement qu’il est décédé dans l’incendie de son atelier. Incendie criminel semble-t-il, mais cela nulle enquête ne l’a établi. Alors Gloria fuit, et le lecteur s’interroge, pourquoi part elle se terrer avec ses filles, que risque-t-elle ? …

Alors roman, ou roman noir ? En alternant le présent et le passé, Véronique Ovaldé fait monter le suspense et nous embarque dans les pas de Gloria. Tout en faisant quelques incursions dans le texte, comme si l’auteur s’adressait à nous ses lecteurs, pour nous impliquer dans son intrigue. Elle nous dévoile une jeune femme bien étrange, pas si faible que ça, pas si fragile, et capable d’aller jusqu’au bout pour protéger ses filles. Elle nous dit aussi l’amour, maternel, fraternel, celui d’un père, d’une mère absente, le recherche de soi, comment se construire sur l’abandon d’une mère. Elle nous dit l’amour d’une mère qui se bat pour ses filles, elle nous dit la folie…

C’est rythmé, surprenant, émouvant, révoltant parfois, et c’est en cela aussi que l’auteur nous dit la vie !

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Flammarion

Gloria a choisi ce jour de juin pour partir. Elle file récupérer ses filles à l’école et les embarque sans préavis pour un long voyage. Toutes trois quittent les rives de la Méditerranée en direction du Nord, la maison alsacienne dans la forêt de Kayserheim où Gloria, enfant, passait ses vacances… Lire la suite

Paru le 06/02/2019 / 270 pages – 138 x 210 mm / EAN : 9782081445925 / Prix : 19€

Fantazmë, Niko Tackian

Fantazmë, de Niko Tackian, c’est noir, très noir et on aime ça. Le commandant Tomar Khan mène l’enquête, et nous entraine dans des lieux sombres à la poursuite d’un tueur insaisissable.

Après avoir lu Toxique (également disponible au Livre de Poche, que je vous conseille malgré tout de lire avant si vous pouvez) je découvre Fantazmë, l’excellent roman de Niko Tackian.

Paris, en janvier 2017. Nous avions fait la connaissance du commandant Tomar Khan lors du précédent roman, nous le retrouvons ici pour une enquête beaucoup plus sombre. Il nous entraine dans les milieux mafieux des pays de l’Est, où la violence règne sans partage. Des corps sont découverts, torturés à mort, le sang, les blessures, rien ne nous est épargné. Ici, les corps atrocement torturés sont le plus souvent ceux de malfrats pour lequel la mort est presque un cadeau, tant ils ont fait eux-mêmes preuve de inhumanité… Mais qui peut bien leur en vouloir à ce point ? Et surtout, quel bon flic peut avoir envie de mener une enquête pour trouver ce coupable au bras vengeur ?

Sur fond de guerre des gangs, de filières d’albanais, de trafic de femmes enlevées dans les pays de l’est pour les forcer à travailler dans des réseaux de prostitution, le mystère est épais et l’équipe de Tomar Khan doit faire preuve une fois de plus de sagacité et de persévérance.

L’auteur sait une fois encore nous faire partager la vie de ses personnages. Tomar et son amie et collègue Rhonda, leurs atermoiements, leurs interrogations existentielles qui pourrissent la vie de Tomar au risque de lui faire également manquer sa vie amoureuse, poursuivit sans cette par ces fantômes au risque de perdre la raison. Mais on y retrouve aussi les manipulations, les travers de la police, comme ceux du monde extérieur, qui sont particulièrement bien mis en exergue. J’aime l’écriture de Niko Tackian, ses intrigues, ses personnages… Un auteur à suivre !

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Calmann-Levy

Janvier 2017, Paris, XVIIIe arrondissement. Le corps d’un homme atrocement mutilé est retrouvé dans une cave. Le commandant Tomar Khan pense d’abord à un règlement de comptes. Le genre d’affaire qui reste en suspens pendant des années, se dit-il. Mais voilà, l’ADN relevé sur les lieux a déjà été découvert sur le corps d’un dealer, battu à mort dans une cave lui aussi. Et bientôt une rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable, un Fantazmë, un « spectre » en albanais, qui s’en prend à la pègre.

Avec cette enquête troublante, Tomar Khan plonge dans des zones d’ombre où s’affronteront inévitablement son devoir de policier et ses sentiments d’être humain.

Un polar très noir, mais aussi humain, voire bouleversant. Aujourd’hui en France.

Un excellent thriller. Remarquable. Femme actuelle.

288 pages / Date de parution : 02/01/2019 / EAN : 9782253237532

Le procès du cochon. Oscar Coop-Phane

Avec « Le procès du cochon » Oscar Coop-Phane revient des siècles en arrière pour dire la peur, et en fait une satyre actuelle de nos sociétés.

Lui, c’est le monstre, il erre dans la campagne, sans abri et sans nourriture, jusqu’au jour où il passe devant une maison, là, un couffin est posé dans l’herbe avec un bébé joufflu à l’intérieur. Alors l’envie est trop forte de croquer les joues, la chair tendre de l’épaule, et de s’enfuir. Mais l’enfant décède, tout le monde bat la campagne à la recherche du coupable.. il est vite rattrapé, confondu, arrêté, emprisonné. Malgré son mutisme, le procès va avoir lieu…

Coupable, pas coupable, qui va le défendre, qui va l’accuser, qui est ce porc qui a osé, il faudra que le châtiment soit exemplaire, le bourreau va avoir du travail…

Voilà un étonnant roman écrit en quatre parties pour dire le crime, le procès, l’attente et le supplice, pour présenter tour à tour les différents personnages et les situations. Roman dans lequel le protagoniste principal, ce monstre assassin, n’est jamais clairement identifié, à chacun de trouver son coupable. Pourtant à l’époque à laquelle est supposée se dérouler cette intrigue, même les animaux ont été jugé, et condamnés de façon exemplaire, pour donner l’exemple, pour soulager les victimes, pour amuser la population sans doute.

C’est assez habilement écrit pour que l’on puisse se demander qui est le coupable et l’identifier à sa guise, enfin, si l’on ne lit pas la 4e de couverture. Étonnante caricature de la peine de mort, de son absurdité, de sa soi-disant exemplarité, des leçons que l’on veut donner aux foules abâtardies et à celle sur qui l’on règne. Simulacre de procès, de défense, de façon de recueillir des aveux, tout le ridicule, toute la complexité des affaires est aussi raillée dans ce texte lourd de sous-entendus.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Grasset

Dans un village et un temps reculé, un monstre croque la joue et l’épaule  d’un bébé laissé quelques instants seul par sa mère, puis repart tranquillement vers la forêt. Il est bientôt rattrapé par une horde d’hommes décidés à le tuer, mais dans le monde des hommes, la justice, comme la mort, se rendent au tribunal. Même si le monstre en question est un cochon qui n’a ni conscience ni parole pour se défendre. Peut-on se faire entendre sans mots  ? Les gendarmes l’embarquent donc et le jettent en prison, avant son grand procès.
Dans un texte court et puissant, Oscar Coop-Phane nous raconte le procès d’un cochon, à l’image de ceux qu’on intentait aux animaux jusqu’à la fin du XVIII ème siècle, une pratique aussi étrange que méconnue de nos jours. Lire la suite…

D’une langue tranchante et pénétrante, Oscar Coop-Phane nous ramène des siècles en arrière pour fouiller les sentiments humains, la peur, la colère, la cruauté et la soif de vengeance, mais aussi l’empathie ou la peine. Un texte allégorique où chacun reconnaitra dans l’animal, le porc qu’il voudra.

Parution : 09/01/2019 / Pages : 128 / Format : 120 x 185 mm / Prix : 12.00 € / EAN : 9782246812371

Les prénoms épicènes. Amélie Nothomb

Pour renouer le temps d’un roman avec l’écriture lapidaire et le sens de la tragédie (moderne) d’Amélie Nothomb, lire « Les prénoms épicènes »

Domi_C_lire_les_prenoms_epicenes_amelie_nothomb_albin_michel.jpgDans ce roman il y a deux de mes prénoms, Dominique et Claude, l’un est Lui, l’autre est Elle. Voilà ce que sont les prénoms épicènes, ceux qui sont tant masculins que féminins … Ennui des parents, manque d’imagination, incertitude sur celui ou celle qui arrive et qui n’était pas celui ou celle que l’on attendait ? Toujours est-il que dans le roman d’Amélie Nothomb Claude rencontre Dominique

Claude est amoureux de sa Reine, avec elle l’amour semble une évidence depuis cinq ans, mais elle le quitte pour épouser Jean-Louis. Car avec lui la vie confortable est une évidence, pas forcément l’amour, mais Reine est une jeune femme qui veut réussir sa vie, enfin, au moins en apparence.

Un jour, Dominique rencontre Claude à la terrasse d’un café de province. Un verre de champagne, quelques bavardages et quelque coups de téléphone plus tard, voilà Dominique et Claude mari et femme. Ils s’installent à Paris. La vie passe, une fille va naitre, nommée Épicène, en rapport avec leurs deux prénoms, le succès professionnel est au rendez-vous pour Claude, mais une soif de s’élever dans la société le taraude, il demande à Dominique de se rapprocher d’une famille qui va lui permettre de réaliser ses rêves de grandeur.

Dans tout ce roman se pose la question de ce que veut réellement dire aimer, son mari, sa femme, sa fille, son père… Et surtout comment Épicène, cette fille qui nait de l’union de Claude et Dominique, mais que son père ne saura jamais aimer,  peut-elle se construire ? Car peut-on aimer un parent qui ne vous aime pas ? Cruelle démonstration de haine partagée, Claude n’aime pas sa fille, comme si elle n’existait tout simplement pas, sa fille se paye donc ce luxe inouï et destructeur de détester ce père absent et tellement égoïste.

Ce qui est étonnant dans les romans d’Amélie Nothomb, c’est toujours qu’en si peu de mots, si peu de pages, l’essentiel du message qu’elle veut faire passer est dit. La substantifique moelle des sentiments, amour, haine, violence, désespoir, est tirée, mise en exergue. Tout est là, vengeance, amour, colère, tout est ressenti au plus profond de soi, c’en est parfois glaçant ! Avec ce roman, je renoue un peu avec l’engouement que j’avais connu en lisant Stupeur et tremblement, mais qui m’avait pourtant abandonnée par la suite.

Citation :

-J’ai écrit une thèse sur le verbe « to crave ».
-Peux-tu traduire ?
-Cela signifie « avoir un besoin éperdu de »
To crave. Eh bien, c’était le verbe de ma vie et je ne le connaissais pas. J’en ai pourtant sacrément exploré le sens.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin-Michel

« La personne qui aime est toujours la plus forte. »

17.50 € / 22 Août 2018 / 130mm x 200mm / EAN13 : 9782226437341

Le jour d’avant, Sorj Chalandon

Découvrir l’écriture de Sorj Chalandon avec son roman « le jour d’avant » et se dire qu’il est grand temps de lire tous les autres !

Domi_C_Lire_le_jour_d_avant_sorj_chalandon.jpgQuarante ans après, Michel Flavent est toujours un homme en colère. Son frère est mort tué lors du coup de grisou au fond d’une galerie de la fosse 3, dite Saint-Amé du siège 19 du groupe de Lens-Liévin, il a trouvé la mort avec 42 autres mineurs. Ce 27 décembre 1974, à 6 h 30 du matin, un violent souffle a dévasté la mine, et les hommes qui se trouvaient là ont quasiment tous péri, âgés de vingt-cinq à cinquante-quatre, ils laissent une centaine d’orphelins et de nombreuses familles dévastées. Le jugement définitif a eu lieu  en janvier 1981 a conclu sans ambiguïté aucune, et pour la première fois dans l’histoire de la mine, à la condamnation d’une société exploitante pour faute inexcusable.

Le jour d’avant, les deux frères avaient passé la soirée ensemble, dans l’insouciance et la fraternité. Depuis le drame, le père s’est suicidé, la mère a sombré, et chaque jour Michel Flavent se remémore son malheur. Devenu veuf, celui qui n’a plus rien à perdre décide de se venger pour enfin effacer tous ces tourments ressassés et endurés depuis si longtemps. Il ira frapper au cœur même des responsables de l’accident mortel qui a couté la vie à son frère. Pourtant, il est bien étrange de constater que ce frère n’a jamais été nommé et que personne ne le considère comme l’une des victimes. Mais Michel Flavent est un homme obstiné, qui veut aller au bout, tous les stratagèmes sont bons, louer une maison, se faire passer pour un étranger à la région, entrer en contact avec le principal protagoniste, celui dont il considère qu’il est entièrement fautif, l’approcher, l’amadouer, pour mieux agir…

Ce roman est avant tout prétexte à nous montrer au plus près la vie de ces hommes, de ces familles, dans ces corons du nord exploités par des sociétés minières souvent sans scrupules. L’auteur montre bien la misère, le manque d’éducation, la vie toute tracée au fond du puits, dans les charbonnages qui détruisent la santé de générations d’hommes sans que personne ne s’en inquiète, les veuves et le orphelins à la rue du jour au lendemain, et toute une région qui a vécu longtemps sur des exploitations qui aujourd’hui ne sont plus. Il est porté par une écriture allant crescendo dans l’inquiétude, le désir et la réalisation de la vengeance mais également l’effet de surprise, ce qui en fait assurément un excellent roman.

Ce que j’ai aimé ? Le mensonge instillé peu à peu dans une vie comme un poison mortel, la soif de vengeance qui permet de vivre, de survivre même, jusqu’au moment où elle détruit tout. Mais également la part qui est donnée par l’auteur à toutes ces victimes dont on ne parle jamais, les autres, les perdants, ceux qui restent et doivent vivre avec le manque, le chagrin, la folie, le vide.

J’ai toujours dans ma PAL un roman de Sorj Chalandon qu’il m’avait dédicacé à la foire du livre de Brive… Et, ce n’est pas l’envie qui me manque de le lire, peut-être faut-il juste prendre le temps. Car j’ai aimé son écriture… même si d’aucuns pensent que Le jour d’avant n’est pas emblématique de son écriture, je me suis laissée prendre par cette vie dans les mines du nord de la France.

💙💙💙💙

Lire aussi la chronique de Virginie du blog Les lectures du mouton et celle de Joëlle du blog Les livres de Joëlle.


Catalogue éditeur :  Grasset

«  Venge-nous de la mine  », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Parution : 16/08/2017 / Pages : 336 / Format : 145 x 205 mm / Prix : 20.90 € / EAN : 9782246813804

Ils ont voulu nous civiliser, Marin Ledun

Une belle rencontre avec l’auteur aux Quais du polar à Lyon cette année, doublée d’une belle rencontre avec ses romans, et l’envie de vous dire Lisez Marin Ledun, vous allez aimer !

Domi_C_Lire_marin_ledun_quais_du_polar_lyon_2018_ils_ont_voulu_nous_civiliserJanvier 2009, pendant 48 heures dans les Landes. La tempête Klaus arrive et va frapper, fort, très fort cette région du sud-ouest de la France. Là, on fait d’abord la rencontre de Ferrer, un sacré looser, un petit malfrat de seconde zone qui vivote en faisant quelque razzias dans les élevages de canards voisins, canards qu’il refourgue à Baxter, un voyou ni très cool ni très régulier. Alors le jour où Ferrer, en manque de fric, sent bien qu’il se fait posséder par Baxter, la violence se déchaine, les coups pleuvent et Baxter est laissé pour mort par un Ferrer plus inquiet que rassuré par son acte. Il n’a plus qu’à fuir loin, très loin.

Mais pour Baxter, secondé par deux affreux malfrats à sa botte, commence une folle poursuite dans ces Landes tourmentées par les éléments déchainés. Car la tempête, en véritable protagoniste du roman, bloque Ferrer, isole les hommes, fait rugir le vent, noie le ciel et se ligue contre les hommes pour leur plus grand malheur.
Refuge provisoire et inespéré, Ferrer va se replier dans la forêt chez Alezan, un quasi Hermite qui ressasse ses souvenirs d’une guerre sans merci, celle de l’Algérie de sa jeunesse. A partir de là, tout s’enchaine, et les rencontres pas toujours heureuses vont se succéder… mais là, impossible d’en dire plus sans en dire trop !

Dans une intrigue portée par un rythme effréné, et tout en piochant dans le passé des différents protagonistes, Marin Ledun réussi le tour de force de nous faire aimer ses voyous. Qu’il soient solitaires ou quelque peu caractériels, il réussit à mettre en exergue à travers leurs personnalités tant la violence que la misère de ces paumés issus de milieux sociaux défavorisés, ces petites gens qui tentent par tous les moyens de garder la tête hors de l’eau. Même si ces protagonistes ne sont ni tout noir, ni pas très blanc, avouons-le, on se plait malgré tout pour certains à les plaindre et à les suivre avec émotion et espoir.

Est-ce donc ce que l’on appelle un roman social ? En tout cas c’est un roman qui vous prend et ne vous lâche pas, sombre et violent, mais aussi humain et fragile, comme ces hommes et ces arbres arrachés, ballotés par la tempête qui dévaste en une soirée toutes les vies… Marin Ledun est assurément un auteur à suivre !

 

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Catalogue éditeur : Flammarion

Thomas Ferrer n’est pas un truand. Pas vraiment. Les petits trafics lui permettent de sortir la tête de l’eau, même si la vie n’a pas été tendre avec lui. De petits larcins en détournements de ferraille, le voilà face à face avec un truand, un vrai cette fois. Celui-ci, laissé pour mort par Ferrer,… Lire la suite

Ombres noires / Paru le 11/10/2017 / 240 pages – 129 x 198 mm /  ISBN : 9782081398184