Helena. Jeremy Fel

Quand Jeremy Fel nous plonge avec Helena dans un univers noir qui parle de filiation et de détresse, un roman où la normalité bascule dans la violence et tient ses lecteurs en haleine.

Helena, mais qui est Helena ? Tourner les pages avec avidité – et un soupçon d’inquiétude – pour plonger dans l’univers noir, très noir de Tommy, Norma et Hayley, puis chercher à comprendre, savoir qui est cette Helena que l’on attend, que l’on espère dans cette ambiance particulièrement sombre et pesante.

Au Kansas, hors du temps, dans une région qui semble à l’écart du monde, là où les hommes peuvent se noyer ou mourir à la chasse, là où les abattoirs fermés depuis longtemps abritent SDF et jeunes en mal de repères, là où tous les repères de la normalité éclatent en morceaux, l’auteur a réuni ses protagonistes pour une rencontre totalement improbable.

Tommy, au lourd secret d’enfance et à l’esprit qui disjoncte, rêve de monstres ; Norma veuve soulagée mais culpabilisée, est éblouie par la beauté de sa petite Cindy ; Graham, le grand frère si raisonnable est amoureux et rêve d’évasion et de liberté ; Healey, jeune femme de 17 ans orpheline de mère, est insouciante et trop spontanée pour réfléchir et ne pas se flanquer dans les plus mauvaises situations. Tous campent des caractères tellement normaux, tellement classiques même et pourtant, tous sont à un moment ou un autre sur le fil du rasoir, au risque de franchir la frontière entre normalité et folie…

Helena est un roman émouvant et bouleversant, sanglant et angoissant ! Oui, tout à la fois, mais en fait, une fois dépassées les premières impressions, on n’a qu’une seule envie, aller au bout de ce lourd pavé !

L’auteur aborde dans ce roman noir de nombreux thèmes difficiles. On y trouvera la pédophilie et le viol, avec le silence des victimes comme des témoins, la dépression qui ronge des vies et l’abandon, et surtout, prépondérant, l’amour maternel, qui n’est pas toujours une évidence, mais qui peut aussi être porté à son paroxysme avec cette louve qui protège ses petits, parfois un peu trop tard, parfois à cause d’une culpabilité qui la ronge, enfin, l’ambivalence des personnalités, où le bien et le mal cohabitent et luttent pour savoir lequel des deux va prendre le lead sur la vie, les actions de chacun… Le tout avec des personnages poussés à l’extrême, qui malgré tous leurs défauts, et c’est un doux euphémisme, sont pourtant difficile à détester.

Il me semble enfin que Jeremy Fel approfondit la complexité des relations intrafamiliales, et le fait qu’elles sont normales ou au contraire à quel point elles peuvent être parfois totalement ambiguës, ici entre parents et enfants, frère et sœurs ou entre sœurs.

Avec Helena, Jeremy Fel nous offre un grand classique digne du thriller américain, son écriture est d’ailleurs totalement cinématographique. C’est à la fois lourd, sombre et addictif au possible, une réussite !

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : Rivages

Kansas, un été plus chaud qu’à l’ordinaire.
Une décapotable rouge fonce sur l’Interstate. Du sang coule dans un abattoir désaffecté. Une présence terrifiante sort de l’ombre. Des adolescents veulent changer de vie. Des hurlements s’échappent d’une cave. Des rêves de gloire naissent, d’autres se brisent.
La jeune Hayley se prépare pour un tournoi de golf en hommage à sa mère trop tôt disparue.
Norma, seule avec ses trois enfants dans une maison perdue au milieu des champs, essaie tant bien que mal de maintenir l’équilibre familial.
Quant à Tommy, dix-sept ans, il ne parvient à atténuer sa propre souffrance qu’en l’infligeant à d’autres…
Tous trois se retrouvent piégés, chacun à sa manière, dans un engrenage infernal d’où ils tenteront par tous les moyens de s’extirper. Quitte à risquer le pire.
Et il y a Helena… 

ISBN : 978-2-7436-4467-3 / EAN : 9782743644673 / Parution : août, 2018 / 800 pages / Format : 14.0 x 20.5 / Prix : 23,00€

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Le malheur du bas. Inès Bayard

« Le malheur du bas »  d’Inès Bayard est un roman coup de poing, un premier roman qui parle de violence faite aux femmes, un étonnant roman de solitude et de mort.

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Dès la première scène, j’ai l’impression d’avoir ouvert Chanson douce de Leila Slimani, tant le parallèle est édifiant.  Ici, le roman s’ouvre sur un repas de famille, une jeune maman, son fils, son mari…
Un repas de famille, une jeune femme qui empoisonne son fils, son mari, puis se suicide.
Pourquoi tant de violence, comment une jeune mère peut-elle décider de tuer son petit, son bébé, la chair de sa chair ?

Flashback dans la vie de Marie. Cette jeune et jolie femme est bien mariée à un époux qu’elle aime et qui le lui rend bien. Lui est un avocat qui commence à être reconnu, leur vie est relativement aisée, un appartement confortable, une famille aimante, un métier à la banque qui sans la satisfaire démesurément, lui convient parfaitement pour avoir une vie confortable. Leur prochain projet. Avoir un enfant, pour parfaire ce bonheur quotidien.

Jusqu’au jour où son vélo est détérioré et elle doit rentrer à pieds ou se faire raccompagner par quelqu’un, qu’elle connait, en qui elle a confiance… puis la sidération, l’incompréhension, la scène de viol, dévastatrice, violente, dérangeante, puis le retour… se laver, se débarrasser de l’infamie, enfin la douleur, le silence, obstiné, confus, honteux… la vie qui devrait reprendre mais qui subitement s’est interrompue un soir d’automne.

Avouer le viol, c’est accepter le regard de l’autre, son mépris, ses interrogations, imaginer qu’elle est même fautive peut-être ? Ce sera donc le silence, la haine qui peut à peu va s’insinuer en elle, le changement qui s’opère dans la vie, dans le cœur, dans la tête de Marie. Revenir au bureau, blaguer avec les amis, être légère, amoureuse, heureuse dans son couple, quand tout au fond d’elle la haine et les ressentiments prennent toute la place. Alors Marie va faire comme si, avancer mais ne pas oublier, garder la douleur au fond d’elle.

Pourtant, l’enfant attendu par le couple va arriver… mais l’angoisse et les interrogations de Marie sont plus forts que tout, plus forts que l’amour d’une mère, plus forts que ces bras, ce sourire, cette peau de bébé qu’elle rejette autant qu’elle le peut. Pour elle cet enfant est l’enfant du viol, l’enfant du monstre,  il ne peut en être autrement. Lui viennent alors des envies d’abandon, de meurtre… Peu à peu, la haine s’installe, violente, exclusive, dévorant jusqu’à ses pensées, sa vie, son intimité. Jamais la jeune femme ne pourra aimer cet enfant, jamais elle ne pourra lui pardonner, sombrant peu à peu dans une folie cruelle et quasi inhumaine, dévastatrice.

Il y a dans ce roman une analyse étonnante et bouleversante des réactions d’une femme violée, de la façon dont la situation se retourne contre elle, coupable d’avoir été violée au moins à ses propres yeux, blessée, meurtrie, mais niée au fond d’elle, et sombrant dans la folie de l’incompréhension en s’enfermant dans sa solitude intérieure et son désespoir. Pourtant il y a aussi des scènes et situations par trop invraisemblables pour faire accepter l’ensemble de l’intrigue, l’ami intime, gynécologue, le mari rêveur qui ne comprend décidément rien, la mère qui découvre sa fille dans un état second et ne réagit pas… Alors bien sûr, il s’agit d’un premier roman, avec ses imperfections forcément, mais j’ai eu un peu de mal à être touchée, et surtout convaincue par cette brutalité des mots, de l’écriture, brusque, ardente, réaliste et terriblement violente. Il est difficile pourtant de lâcher ce roman, tant la descente aux enfers de cette jeune femme émeut, bouleverse, dérange. Étrange attirance d’ailleurs, car la violence du verbe et la fin dramatique sont connus des lecteurs dès les premières pages…

💙💙💙


Catalogue éditeur : Albin Michel

« Au cœur de la nuit, face au mur qu’elle regardait autrefois, bousculée par le plaisir, le malheur du bas lui apparaît telle la revanche du destin sur les vies jugées trop simples. »
Dans ce premier roman suffoquant, Inès Bayard dissèque la vie conjugale d’une jeune femme à travers le prisme du viol. Un récit remarquablement dérangeant.

Édition brochée 18.50 € / 22 Août 2018 / 140mm x 205mm / EAN13 : 9782226437792

Qu’il emporte mon secret. Sylvie Le Bihan

« Qu’il emporte mon secret » de Sylvie Le Bihan est avant tout une histoire d’amour, c’est également une histoire d’émotion, de failles et de souffrance, une histoire humaine en sorte !

DomiCLire_qu_il_emporte_mon_secretVoilà une histoire d’amour qui commence et se termine aussitôt et dont l’héroïne veut s’expliquer dans une longue lettre à Léo qui, nonobstant le fait qu’elle soit une lettre de rupture, devient aussi une tentative d’explication, une véritable recherche intérieure.

Hélène Dutilleul, ou plutôt Hélène le Floch est un écrivain à succès. Elle se souvient. A seize ans elle est laissée pour morte, frappée, blessé, violée par trois hommes que l’on ne retrouvera jamais. Mais la famille, la loi même, conseillent d’oublier, et parfois hélas conseillent bien mal. Car ne rien dire, ne pas porter plainte, ne pas aller au bout de ce que l’on a vécu en essayant de l’occulter, c’est se condamner à vivre avec une blessure enfouie tout au fond de soi toute sa vie, c’est amputer sa vie de ce rayon de soleil qu’est la confiance en l’autre et la confiance en soi, l’insouciance, qui font avancer et grandir.

Hélène a rencontré Léo dans le train pour la foire du livre de Briançon, et malgré leur différence d’âge, d’expérience, c’est avec lui qu’elle a passé la nuit. Ils ont rendez-vous dans quelques jours mais elle sait déjà qu’elle n’ira pas le rejoindre. Car Hélène est incapable d’aimer, de s’attacher, incapable de se donner sans retenue.

Aujourd’hui, Hélène attend. Elle est insomniaque, car demain elle a rendez-vous au tribunal. Elle va revoir  celui qui a fait émerger un passé si douloureux qu’il l’entraine au-delà de la nuit dans un abime de désespoir et de souffrance, en particulier celle de ne pas être allée au bout.

« Qu’il emporte mon secret »  est un roman construit en plusieurs strates parallèles. Le passé et les souvenirs, le présent et cette histoire d’amour déjà finie alors qu’elle commence à peine, enfin le futur et ce rendez-vous, demain… Emporté par ces récits parallèles, le lecteur entend cette souffrance, comprend le manque, la difficulté de l’oubli, de la mémoire qui occulte, et refait avec Hélène le chemin vers sa propre rédemption… mais tout n’est pas si clair, tout n’est pas si simple, et l’auteur retourne avec adresse et machiavélisme le lecteur pour un final époustouflant.


Catalogue éditeur : Seuil

« Je ne peux pas t’expliquer pourquoi, pas maintenant, mais sois patient, je te raconterai dès que j’aurai trouvé les mots. J’ai besoin de respirer, encore un peu, un autre air que celui, étouffant, de l’été 1984, celui que j’avais refoulé et que j’ai retrouvé dans une salle de la prison de Nantes, il y a trois semaines ».Deux nuits ont bouleversé la vie d’Hélène à 30 ans d’intervalle, la troisième, à la veille d’un procès, sera peut-être enfin celle de la vérité…Alternant le présent et le passé… Lire la suite

Date de parution 12/01/2017 / 17.00 € TTC / 224 pages / EAN 9782021337563

Garde-corps. Virginie Martin

Garde-corps, de Virginie Martin, voilà un court roman coup de poing qui vous laissera sans doute un goût amer ; mais qui ne s’oubliera pas de sitôt !

DomiCLire_garde_corps.jpgGabrielle Clair commence sa vie de jeune femme en étant victime d’un acte violent inqualifiable et terrible, de ceux qui laissent des traces toute une vie. Car Gabrielle Clair, à 11ans, est violée par un voyou de son collège du Vaucluse.

Pourtant, malgré ce traumatisme, malgré des parents absents et égoïstes, Gabrielle va réussir ses études, découvrir Paris, La Sorbonne et Oxford, Science-Po puis l’ENA, pour embrasser une brillante carrière de ministre. Mais être ministre et crédible, quand on est une femme belle, talentueuse et brillante, c’est apparemment plus difficile que pour un homme.
Les collègues, la presse et les médias, la foule et les citoyens ont peu de respect ou de mansuétude pour une femme qui réussit. Elle a couché ? Elle est pistonnée ? Elle va échouer ?  Elle n’a pas une vie normale ? Où sont mari et enfants ? Et Gabrielle se demande alors où sont les sympathies, les soutiens, les amis, où sont au contraire les pièges, les accommodements qu’il lui faudrait accepter, les compromissions,  les coudes dont il faut jouer pour enfin atteindre le pouvoir. Jusqu’au jour où le hasard vient mettre sur sa route le beau Patrick, le violeur de petites filles…

Avec un langage parfois très cru (et le lecteur de s’interroger parfois sur le caractère indispensable des détails quand on veut décrire un viol…), Virginie Martin aborde avec réalisme et sans complaisance les violences faites aux femmes, qu’elles soient physiques, lorsqu’elle aborde le viol, ou psychologiques, la place qu’il faut arriver à se faire dans la société, la façon dont on se maintient face aux attaques. On imagine bien les souffrances et la difficulté d’exister dans un monde davantage fait pour les hommes, quoi qu’on en dise. En alternant de courts chapitres, qui présentent une Gabrielle enfant, adolescente, puis ministre, on comprend le cheminement, le travail sur soi, que doit faire une femme pour exister.

Voilà donc un roman qui parle souffrance, violence faites aux femmes mais aussi résilience, réussite, et place des femmes dans la société. Et quand on sait que l’auteur est connue tant pour ses travaux sur le féminisme que pour ses analyses de politologue, on comprend aisément que cette expérience apporte une crédibilité à l’étude psychologique de son personnage. Allez, je suis sure que vous aussi vous allez tenter par moment d’imaginer qui se cache derrière le personnage de Gabrielle.

Je vous invite à découvrir les avis de Nathalie du blog Eirenamg et de Virginie du blog les lectures du mouton


Catalogue éditeur : Le mieux éditeur

Carnavet, début des années 1980.
Gabrielle Clair, à peine entrée dans l’adolescence, est violée par un élève de son collège. Dès lors, elle se forge un masque de fer pour transcender ce drame, et se jure de quitter cette province devenue trop étouffante.

Paris, fin des années 2000.
Gabrielle Clair, ministre, mène sa carrière avec talent. Brillante, elle passe sous les fourches caudines du pouvoir, affrontant la ­condescendance et le machisme ordinaire. Jusqu’au jour où son chemin recroise celui de son violeur…

Violence sur les femmes, violence en politique…

Des pierres sèches du Vaucluse aux ors des palais de la République, on suit le parcours de ce personnage ambigu, dans un récit mêlant sexisme et politique. Qui domine ? Qui est dominé ? Tout ­n’est que rapport de force, et la morale n’est pas toujours au rendez-vous.

Genre : roman / Parution le 22 août 2016 / 176 pages, 15 €