Comme la chienne, Louise Chennevière

Subjuguée, bouleversée, par ces femmes, toutes ces femmes qui habitent « Comme la chienne » le premier roman de Louise Chennevière

couverture du roman comme la chienne de Louise Chenneviere photo Domi C Lire

D’abord, il y a la lecture, l’impatience, la surprise, l’attente de la suite, puis la compréhension… me voilà face à un recueil de nouvelles qui parlent à chaque fois d’une femme autre, différente, mère, grand-mère, fille, sœur, épouse, amante, voisine, amie, elle y sont toutes, elles vivent, pleurent, espèrent, aiment, détestent tour à tour.

C’est bouleversant d’amour ou de haine, émouvant, douloureux parfois, surprenant toujours, mais tellement vrai au fond que c’est un véritable choc.

Une écriture sculptée dans les émotions, le verbe, le vrai. Porté comme un souffle de rage et de violence, de haine et d’amour, d’espoir et de crainte. Il y a une force incroyable qui émerge de ces pages, courts textes le plus souvent, mais qui en quelques lignes disent tout, y compris l’indicible, des sentiments forts que l’on tait ou que l’on exprime, avouables ou inavouables, des corps qui se frôlent, se croient, se plaisent, s’aiment ou proclament toute leur haine dans les mots et les gestes, la violence ou le silence. Alors elles s’expriment ces femmes, elles disent, elles vivent, elles ressentent, et le lecteur écoute, entend, pleure ou s’émeut avec elles. De toutes ces violences contenues, acceptées, réprimées, de tout cet amour qui veut éclore mais que l’on tait, de cette attente de l’autre, ou de ce rejet du mal, celui des hommes ou des femmes qu’elles rencontrent, dont elles croisent la vie, quelques instants, ou si longtemps.

C’est un livre qui bouscule les normes, qui se lit comme une supplique, celle d’entendre et de comprendre l’autre, cette femme qui ne s’exprime pas mais qui souffre, cette femme qui ne dit pas mais qui aime, et toutes celles qui disent, qui font, qui espèrent. Et puis toutes les autres. On tourne les pages sans pouvoir s’arrêter…. Jusqu’à pas d’heure pour les rencontrer toutes. Il y a une telle puissance dans ces mots, dans ces pages, une violence et une intelligence qui accrochent définitivement le lecteur. Quelle écriture, quel rythme, quelle découverte !

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.

Catalogue éditeur : P.O.L

« La destinée de la femme est d’être comme la chienne, comme la louve : elle doit appartenir à tous ceux qui veulent d’elle. » Sade, La philosophie dans le boudoir.

Une femme parle. Elle accuse. Elle raconte. Elle prend la voix de plusieurs femmes. Récit fragmenté, éclaté comme les mille images entre lesquelles est tiraillé le corps de la femme. Chaque récit est un instant arraché à l’intime, une voix sauvée du silence, ce silence qui est l’histoire des femmes. Ce texte est une tentative de faire entrer par effraction dans la parole ce qui en a été toujours exclu, dire l’immense violence et les infimes douleurs. Et…Lire la suite…

Louise Chennevière a 26 ans. Elle vit à Paris. Comme la chienne est son premier roman.
avril 2019 / 256 pages, 18,9 € / ISBN : 978-2-8180-4713-2

La vraie vie. Adeline Dieudonné

« La vrai vie » c’est celle d’avant… Cette vie dont parle Adeline Dieudonné dans ce premier roman intense et puissant.

Domi_C_Lire_la_vraie_vie_adeline_dieudonne_iconoclaste.jpg… Avant cette scène qui change tout dans la vie de Gilles et de sa grande sœur, il avait déjà une famille si terriblement « glaciale… »
Dans cette famille il y a le père, chasseur de gros gibier sur des terres lointaines, qui rapporte en conquérant les trophées, massacres et autres bêtes empaillées qui ornent la chambre des cadavres si justement nommée.
Il y a la mère, qualifiée d’amibe, quel surnom à la fois terrible et terriblement évocateur du dégoût que cette mère inspire à sa fille, femme soumise, acceptant les coups la peur au ventre et dans le regard, assouvissant son besoin d’amour avec sa perruche et ses chèvres, comme s’il était impossible d’accorder de l’amour à sa propre famille, à ses enfants.
Il y a le frère, Gilles, de trois ans plus jeune, il est le rayon de soleil, le petit qu’il faut aimer et protéger.
Il y a enfin cette fillette de dix ans qui raconte, qui nous raconte leur vie pendant six ans. Cette narratrice brillante et sensible, passionnée de mathématiques quantiques, et qui aime tant son petit frère qu’après l’accident, sa vie ne sera plus comme avant. Elle n’a plus dès lors qu’un rêve, qu’une seule ambition, revenir à avant, retrouver La vraie vie.

Dans ce premier roman qui se lit d’une traite, dans un souffle, l’amour et l’espoir viennent éclairer les temps sombres, ceux de l’innocence perdue, de la quête d’un passé qui ne reviendra plus jamais. Mais il s’agit aussi ici de maltraitance, parfois sans violence, enfin sans trop de violence, envers des enfants soumis à leurs parents, par amour, par obligation, par peur aussi sans doute. De maltraitance envers une femme, qui par crainte de voir cette violence changer de cible accepte tout, les mots qui tuent, les gestes qui blessent, les attitudes qui vous transforment en amibe justement. Pour ne pas éveiller la frustration de celui qui frappe ? Par peur, par lassitude, par soumission ? Et si c’était la violence au quotidien, si tristement réelle, le véritable sujet du roman ?
La violence au quotidien, celle qu’on accepte, celle qu’on combat, celle qui vous tue à petit feu dans l’indifférence…

Dans La vraie vie, il y a aussi la recherche désespérée d’une machine à remonter le temps, puis la révolte d’un frère que l’on imaginait passif, sursaut indispensable, absolument vital.

Par certains côtés, ce roman m’a fait penser à My absolut Darling… par la relation terrible entre un père et sa fille, ou comme ici entre un père et son fils. Et l’on se demande quel est le moyen d’en sortir, si ce n’est en répondant à tant de violence par la violence elle-même ?

Premier roman encensé par les critiques et les lecteurs, La vraie vie est un roman à l’écriture vive, acerbe et directe, qui évoque une situation familiale dramatique et difficile… Et le lecteur de s’attacher à cette narratrice tellement émouvante, dont on espère qu’elle arrivera à ses fins, forcément…

Petit bémol peut-être, ce père toxique m’a parfois semblé un peu trop caricatural, et donc ce parallèle que je n’ai pu m’empêcher de faire avec le roman de Gabriel Tallent. Mais Adeline Dieudonné reste une auteure à suivre, assurément.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : L’Iconoclaste

Un roman initiatique drôle et acide. Le manuel de survie d’une guerrière en milieu hostile. La fureur de vivre.
Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

Format 135 x 185 mm / prix 17 € / nombre de pages 270 /  EAN : 9782378800239

Sujet inconnu. Loulou Robert

A la première personne, dans un style haché terriblement dynamique, je découvre dans un souffle le dernier roman de Loulou Robert, « Sujet inconnu ».

Domi_C_lire_sujet_inconnu_loulou_robertLa narratrice a tout juste huit ans et elle a déjà compris que sa vie ne sera pas ordinaire. Elle vit – elle survit – dans le nord-est, cette région si triste à ses yeux qu’elle décide alors qu’il est impossible d’y rester une vie entière…

Elle est entourée de parents certes aimants, mais qui ne la comprennent pas, et ce malgré l’attachement viscéral de sa mère pour cette fille unique, si unique dans son genre. Son seul véritable ami est Sam, sa peluche, peut-être aussi l’un des seuls à être nommé dans ce roman. Elle a une scolarité en dent de scie, avec quelques passages en hôpital psychiatrique. Malgré un look singulier qui la distingue c’est une solitaire. Un jour, l’oiseau prend son envol et quitte sa ville pour la capitale, pour vivre enfin. Car nonobstant le chagrin causé à cette mère qu’elle aime, sa seule issue est de partir, loin, longtemps, pour ne plus revenir.

Au fil des pages, des années, le lecteur assiste impuissant à cet étrange parcours qui la pousse à tout accepter, jusqu’à l’Amour, mais amour poison et possessif d’un homme qui la détruit plus qu’il ne l’aime, jusqu’aux coups, aux humiliations, jusqu’à la fuite.

L’écriture est hachée, brève, parfois violente, elle rythme le récit comme un cœur qui bat, une respiration étonnante, vibrante, pressée, comme cette vie qu’il faut vivre sur un fil, mais qui semble toujours s’échapper, ce bonheur qu’il faut atteindre mais qui n’est pas fait pour vous.  

Il y a comme une urgence dans cette écriture, comme une soif de vivre autre chose, vite, fort, longtemps… Voilà un auteur qui a un talent certain et une belle dose d’intelligence dans les mots, l’écriture, pour faire passer toute la violence, la singularité, les vies de ses personnages.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Julliard

J’avais huit ans quand j’ai su que je ne finirais pas mes jours ici. Qu’ici je ne deviendrais personne. Qu’ici je n’aimerais personne. Qu’ici, rien. Je ne ressentirais rien.
J’avais huit ans et j’ai décidé de partir un jour. J’ai choisi de ressentir. J’ai choisi de souffrir. À partir de là,…

EAN : 9782260032465 / Nombre de pages : 252 / Format : 130 x 205 mm

Loulou Robert est l’auteure de Bianca (2016) et Hope (2017).

Qui ne dit mot consent. Alma Brami

« Qui ne dit mot consent » est un roman étrange, prenant, oppressant… étouffant même. Mais un roman à lire absolument !

DomiCLire_qui_ne_dit_mot_consentÉmilie a suivi son mari, alors que les enfants étaient encore jeunes, pour s’isoler en province, car son mari avait besoin de respirer au vert après ses journées harassantes de travail.

Mais en province, la vie n’est pas facile, le collège est loin, la classe du village englobe tous les âges, les enfants ont du mal à s’adapter et ont perdu leurs amis. Qu’importe, celui qu’elle appelle « mon mari » est heureux ainsi. Pourtant, comme Émilie s’ennuie et déprime, monsieur va poster des annonces pour lui trouver de nouvelles amies, amies qui vont s’installer et se succéder à la maison, amies avec qui son mari partage de bien étranges intimités, fille d’une amie, rencontre d’un moment, passade dont il va se lasser…

Mais elle, oui, elle comment vit-elle tout cela ? Ah, bien sûr, avant même le mariage, ses vieux parents (car ils étaient déjà vieux quand elle est née) lui ont dit tout le mal qu’ils pensaient de ce mari si étrange. Mais comme souvent le cas, Émilie n’a cure de leurs remarques, de leurs sentiments, et sa relation, puis son mariage, vont rapidement la couper de sa famille.

Alors les années passent, les amies passent aussi, dans la maison, dans la chambre d’ami, et Émilie accepte, ne voit rien, ne dit rien, amoureuse de ce mari qui lui impose tout, qui la manipule, la soumet, jusqu’à  l’oubli de sa propre personne, par crainte sans doute de ne plus être capable de vivre seule, loin de ce pervers qui la détruit à petit feu. Jusqu’au jour où les enfants vont enfin ouvrir les yeux à sa place, car elle ne voit et ne comprend plus rien, pauvre femme anéantie par son tortionnaire depuis si longtemps.

Quel roman oppressant, on a envie de la bousculer cette femme qui s’enlise dans une relation perverse et destructrice, mais on n’ose rien dire, on pense qu’elle va réagir.  Un peu comme le facteur qui passe chaque jour boire son café, et qui essaie de dire, enfin, à peine, ou si peu…

Manipulation, perversité, soumission, envers un homme qui détruit doucement sa femme, sans coups de poings, sans trop de pleurs ni de bleus, mais au contraire tout en finesse au travers d’un  chantage affectif immonde. Désescalade de l’amour, silence étouffant d’un foyer où personne ne veut voir l’indicible…Alma Brami signe là un roman qui me fait penser à celui de Violaine Bérot,  Nue, sous la lune découvert lors de la rentrée 2016, et que je trouve aussi émouvant et terrible.

💙💙💙

#RL2017


Catalogue éditeur : Mercure de France

Émilie a suivi son mari à la campagne quand les enfants étaient encore petits, depuis ils ont grandi et quitté la maison. Dehors, il y a une vigne qui donne des raisins, il y a aussi une table en bois, des chaises, un banc, pour les petits déjeuners copieux, il y a des tommettes rouges dans le salon, un grand escalier qui mène à l’étage, et à l’étage, une chambre d’amis.
Chaque famille a ses secrets.
Que se passe-t-il dans cette maison au bout de la route du grand chêne ?
Dans ce terrible huis clos, Alma Brami dresse brillamment le portrait d’une femme meurtrie pour qui le couple est devenu un piège.

Collection Bleue / Parution : 24-08-2017176 pages, 140 x 205 mm / Époque : XXIe siècle /ISBN : 9782715245358