Hadamar. Oriane Jeancourt Galignani

Dans « Hadamar », son dernier roman, Oriane Jeancourt Galignani évoque avec justesse et mesure un pan oublié de l’histoire, les plans du IIIe Reich pour supprimer les malades mentaux.

DomiCLire_hadamar.jpgRescapé de Dachau, Franz arrive à Hadamar. Il a survécu à cinq ans d’enfer, enfermé à cause de ses convictions politiques et suite à son opposition affichée au troisième Reich.  Après la mort de sa femme, il avait élevé son fils seul, mais avec la montée du nazisme, l’isolement dans lequel ils vivaient leur rendant la vie impossible, son fils est entré dans les Jeunesses Hitlérienne, comme tous les jeunes gens à cette époque. Depuis, il l’a perdu de vue, mais espère qu’il aura su se protéger et survivre dans cette région isolée de l’Allemagne. Pourtant la rencontre ne sera pas aussi idyllique que ce qu’il avait imaginé, partout sur sa route, les hommes se taisent, les volets sont clos, les villageois invisibles, un chape de plomb pèse sur Hadamar, et seul un soldat américain désire percer le mystère, comprendre, faire punir les coupables.

Entrer dans Hadamar, c’est pénétrer dans l’antre des fous, mais les plus malades ne sont pas ceux qu’on imagine. Car ici, on trouve la mort au fond des caves, là où des centaines, des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, sont arrivés entre janvier et aout  1941 pour ne jamais en repartir. Le lieu existe, il est l’un des centres du programme Aktion 4. En 1947, le procès a révélé l’infamie (plus de 70 000 morts sur les différents sites) et punis certains coupables. Mais l’Histoire oublie parfois, et ici l’auteur nous remémore ce pan de la stratégie d’extermination des malades psychiatriques et handicapés mentaux, cette « mort miséricordieuse » mise en place par les nazis qui refusaient que leur société prenne en charge les faibles,  et que l’on préfère souvent occulter tant notre esprit a du mal à l’imaginer.

Alors le lecteur plonge avec Franz à la recherche de la vérité, à la recherche de Kasper, sur les traces des faibles et des puissants, pour comprendre, dire, affronter le mal, et tenter de reprendre le fil de la vie… sans oublier. Les mots sont justes, les situations émouvantes et réalistes nous emportent au plus profond de l’horreur, dans l’attente et dans l’espoir, la crainte et la peur de ce père qui apprend, qui découvre, qui comprend et rejette ce que ses pairs ont fait subir à une partie de l’humanité. A lire, à poser, à méditer sans doute.

Extrait :

– Vous savez pourquoi la fée électrique sait tout ce qu’il va se passer ? […]
– Parce qu’on lui a mis de l’électricité dans la tête, c’est pour ça qu’elle voit des choses. C’est magique. Mais elle le dit à personne, elle a pas le droit. Les fées électriques, s’ils les attrapent, ils les laissent pas repartir. C’est pour ça que c’est un secret, et que sa maman l’a enlevée de chez les fatigués.

Catalogue éditeur : Grasset

En 1945. Un homme sort de Dachau. Il y a été emprisonné pour ses articles d’opposition au Troisième Reich qui vient de s’effondrer. Dans le désastre physique et moral de l’Allemagne vaincue, il part à la recherche de son fils, dont il ne sait plus rien depuis qu’il l’a inscrit aux Jeunesses hitlériennes avant d’être emprisonné. Il retourne dans sa ville natale. Les habitants sont énigmatiques, fuyants : une femme élude ses questions ; un soldat américain venu enquêter sur un mystérieux programme « Aktion T4 » des nazis garde des informations secrètes. C’est alors que l’homme entend des rumeurs au sujet de l’hôpital d’Hadamar. Il s’y rend, décidé à retrouver son fils, quel que soit le prix de sa quête.
Collection Le Courage, dirigée par Charles Dantzig.
Parution : 04/01/2017 / Pages : 288 / Format : 140 x 205 mm / Prix : 19.00 € / EAN : 9782246863618

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