Jamais, Duhamel

Quand une veuve pêchue et aveugle fait de la résistance et affronte les éléments… Jamais, une BD touchante et humaniste

Jamais ! C’est dit, Jamais Madeleine n’acceptera de quitter la maison qu’elle partage avec le souvenir de Jules, son marin de mari.

Mais Madeleine aveugle et vieille a perdu son mari en mer, et aujourd’hui, sa maison est prête à basculer dans le vide. Car à Troumesnil, sur la côte normande, l’érosion de la falaise est critique. Seule maison à rester encore debout, elle s’effondrera comme les autres. La catastrophe écologique qui s’annonce est d’ailleurs plus visible ici qu’ailleurs. Pourtant monsieur le Maire, responsable pénalement de ces concitoyens, va tout tenter pour la faire changer d’avis. Par la force ou la douceur, par les armes ou la roublardise. Mais Madeleine n’est pas de ces femmes-là. Il faut se rendre à l’évidence, bien qu’aveugle, elle se rend tout à fait compte des évolutions du climat et des changements du paysage… Elle assume tout, y compris sa solitude, dans cette maison chargée des souvenirs de sa vie d’avant.

Mais alors, qu’est-ce qui pourrait la faire changer d’avis, pour sa propre sécurité ? À découvrir en lisant cette BD particulièrement réussie.

Avec un graphisme aux couleurs claires et douces, au trait vif et allègre, l’auteur nous dévoile des sentiments à travers des situations cocasses ou dramatiques et des échanges aussi légers que drôles entre les différents personnages. Les dialogues sont subtils, fins et réalistes et plongent le lecteur dans une réalité contemporaine qui bien que menaçante est très touchante.

Le petit plus : les photos en fin d’album, qui montrent où l’auteur a puisé son inspiration…

Catalogue éditeur : Grand Angle

Dessin & Couleur : Bruno DUHAMEL

Face à une catastrophe naturelle, il faut une force de la nature. Madeleine, c’est les deux.

Troumesnil, Côte d’Albâtre, Normandie. La falaise, grignotée par la mer et le vent, recule inexorablement de plus d’un mètre chaque année, emportant avec elle les habitations côtières. Le maire du village parvient pourtant, tant bien que mal, à en protéger les habitants les plus menacés. Tous sauf une, qui résiste encore et toujours à l’autorité municipale. Madeleine, 95 ans, refuse de voir le danger. Et pour cause. Madeleine est aveugle de naissance.

Prix France : 15,90 € / 54 pages / Paru le 10 Janvier 2018 / ISBN 978-2-81894-381-6

Que faire à Paris ? Aller voir l'immeuble Lavirotte

Vous aimez marcher, vous aimez découvrir ? Alors ne manquez pas cet immeuble chef d’œuvre de l’art nouveau création de l’architecte Jules Lavirotte entre 1900 et 1901.

Cet immeuble haut de six étages, vainqueur du prix des façades de la ville de Paris en 1901, est un foisonnement de modèles et de décors en tous genres : fleurs, animaux, motifs, personnages… tout ce que l’on peut placer sur une façade s’y retrouve.

On peut noter l’architecture à la fois irrégulière et asymétrique de la façade et l’ornementation à outrance de la porte d’entrée. L’Art Nouveau a apporté un souffle de fantaisie, bousculant l’architecture classique avec son style antiacadémique tout à fait propice aux œuvres les plus farfelues et les plus surprenantes. L’Immeuble Lavirotte en est un des plus complets et plus brillants exemples. On ne peut s’empêcher en le voyant de penser aux œuvres de Gaudí à Barcelone.

C’est semble-t-il la première fois que Paris voit apparaître une façade avec autant de céramiques. C’est carrément une vitrine pour les réalisations d’Alexandre Bigot, un grand spécialiste des grès flammés, et pour qui l’immeuble a été créé au départ.

Regardez bien la porte principale de l’Immeuble. Elle est à la fois insolite et d’aucun disent très sexuellement suggestive, pour cela il faut regarder (ou interpréter ?) son dessin central …

Mais j’en retiens surtout la victoire de l’imagination, les architectes ont osé des fleurs, des animaux, des décors insolites et variés, pour le plus grand bonheur des promeneurs, et sans doute aujourd’hui encore des habitants.

Quoi : Immeuble Lavirotte
Où : 29, avenue Rapp, 75007
Métro : École Militaire (ligne 8)

La coquille Saint-Jacques, sentinelle de l’océan, Laurent Chavaud

Laurent Chauvaud, directeur de recherche au CNRS, nous livre avec « La coquille Saint-Jacques sentinelle de l’océan » un récit à la fois étonnant, instructif et écologique

Elle trône sur nos tables de fête, et nous l’apprécions souvent pour ses qualités gustatives, pourtant elle n’est pas que cela, même si ce serait déjà beaucoup ! Symbole religieux, point de ralliement des marcheurs de Saint-Jacques de Compostelle, ou symbolique des peintures des maitres italiens avec en particulier la vénus de Botticelli, la Saint-Jacques est tout cela, mais bien plus encore.

Parce que décrypter la vie secrète de cet étonnant bivalve mieux connu sous le nom de coquille Saint-Jacques peut mener loin, l’auteur le démontre dans ce petit livre fort instructif.

L’auteur nous entraîne dans son laboratoire et à ses côtés tout au long de ses années de recherche sur ce coquillage qui ne mène pas seulement jusqu’à Compostelle mais qu’il nous présente comme une véritable machine à remonter le temps, sentinelle du milieu marin et du réchauffement climatique. Et nous parle de ses recherches sur les différentes mers du globe, de la rade de Brest à la  Mauritanie, de la Nouvelle-Calédonie à l’Arctique, Il est parti à l’écoute de la coquille (et croyez-le ou pas, il l’a même entendue chanter) sous tous les climats et toutes les latitudes.

Par exemple, ses stries nous renseignent sur sa croissance. Mais il est très intéressant de les étudier. Car ces stries que ce mollusque fabrique chaque jour et où qu’il se trouve, permettent de comprendre l’état de la mer. Et de remonter le temps pour mieux appréhender les changements de température de l’eau, les effets de la pollution, les changements climatiques, des évènements aussi divers que variés mais qui tous ont une influence sur le comportement du mollusque et sur sa composition. Car oui, les stries que l’on trouve sur la coquille sont bien des éléments caractéristiques du milieu dans lequel elle vit. Sédentaire, elle ne nage quasiment pas, elle est donc un témoin important de la mer et des lieux où elle se cantonne. Révélateur de la pollution, du changement de température, mais aussi témoin des éléments toxiques versés dans l’eau, c’est une véritable sentinelle. Si son étude peut nous éclairer sur la vie aquatique passée, elle nous avertit également pour le futur, car les changements constatés ne sont pas anodins.

Voilà donc un petit livre très pédagogique, y compris pour les néophytes comme moi. Et si comme moi vous aimez la savourer dans votre assiette, je suis sûre que vous aussi vous ne la verrez plus de la même façon.

Catalogue éditeur : équateurs

Depuis son apparition il y a 25 millions d’années en Europe sur la côte Atlantique, la coquille n’a cessé de fasciner les hommes. Dans l’Antiquité, on l’utilisait comme une parure, puis la coquille devint un symbole religieux (sur le chemin de Compostelle) et artistique (associée à Vénus, à la féminité et à la maternité). Ce n’est qu’au début du XXème siècle que des Bretons ont commencé à la pêcher et à la manger. Et grâce aux recherches les plus récentes, menées notamment par Laurent Chauvaud, cet animal est devenu un outil scientifique … lire la suite

144 pages / format 120×190 / 15.00 € / paru le 27 novembre 2019 / ISBN : 9782849906606

Le répondeur, Luc Blanvillain

A l’ère des communications instantanées, découvrir « le répondeur » ce roman absolument réjouissant de Luc Blanvilain publié chez Quidam, éditeur indépendant dénicheur de pépites


Étonnant, plein d’humour, un rythme prenant, je vous conseille cette lecture qui sous ses airs légers nous fait également réfléchir à nos besoins de communication dans l’urgence, de réponses immédiates, qui parfois polluent notre quotidien.

Baptiste galère dans le théâtre que tient tant bien que mal son ami Vincent, chaque soir il fait des imitations d’hommes politiques ou d’artistes que la plupart de ses spectateurs ne connaissent même pas ; mais c’est ainsi qu’il conçoit son métier d’imitateur, avec ces voix et ces textes qu’il a envie de partager. Pourtant le succès peine à venir.
Aussi lorsqu’un soir, à la fin de son spectacle, l’auteur qu’il admire lui demande de l’aider, Baptiste n’en croit pas ses oreilles.
Mais oui, alors qu’il est dans l’écriture de ce qu’il pense être son meilleur roman, le grand Chozéne a besoin de calme et n’en peut plus de devoir répondre aux dizaines d’appels qu’il reçoit chaque jour sur son mobile.
Le talent d’imitateur de Baptiste le rassure. Il va lui confier son téléphone et la gestion de son carnet d’adresse. Et avec ce carnet d’adresse, Baptiste va pouvoir se fier aux fiches que Chozéne a rédigées à propos de chacun de ses interlocuteurs, cela devrait au moins l’aider à répondre et à comprendre qui il a au bout du fil.

Mais confier sa vie à un autre n’est pas sans risque, et chacun des deux hommes va en faire l’expérience à sa façon. Chozéne, libéré du stress, des obligations et des contraintes liées à la réponse immédiate attendue à chaque coup de fil, au temps et surtout à l’énergie que cela lui fait gagner, va se consacrer à l’écriture de son roman, serein, apaisé, il peut enfin prendre son temps.

Baptiste quant à lui va se prendre au jeu, chercher à découvrir qui se cache derrière les voix qu’il va entendre au bout du fil, derrière ces fiches qui décrivent des interlocuteurs qu’il a envie de découvrir. Et peu à peu se prendre au jeu de remplacer cet autre qu’il n’est pas. Et entrer en contact avec les proches du grand auteur, cela n’est certainement pas sans risque, mais il est prêt à en faire l’expérience.

Voilà assurément un livre étonnant, fantasque et malicieux, Jubilatoire et réaliste, qui ne laisse cependant pas de côté l’humanité qu’il y a en chacun de nous. C’est un vrai régal, l’auteur nous prend dans son intrigue avec talent, humour, bienveillance et pose de vraies questions sur notre société de communication à tout va, où les réseaux sociaux, le besoin de savoir, de connaître, d’avoir toujours quelqu’un au bout du fils prennent le pas sur les véritables relations entre humains, sans oublier le sentiment de perte de liberté qui en résulte.

Du même auteur, je vous avais parlé lors de sa parution du premier roman Nos âmes seules, mon avis à retrouver ici

Catalogue éditeur : Quidam

Baptiste sait l’art subtil de l’imitation. Il contrefait à la perfection certaines voix, en restitue l’âme, ressuscite celles qui se sont tues. Mais voilà, cela ne paie guère. Maigrement appointé par un théâtre associatif, il gâche son talent pour un quarteron de spectateurs distraits. Jusqu’au jour où l’aborde un homme assoiffé de silence.
Pas n’importe quel homme. Pierre Chozène. Un romancier célèbre et discret, mais assiégé par les importuns, les solliciteurs, les mondains, les fâcheux. Chozène a besoin de calme et de temps pour achever son texte le plus ambitieux, le plus intime. Aussi propose-t-il à Baptiste de devenir sa voix au téléphone. Pour ce faire, il lui confie sa vie, se défausse enfin de ses misérables secrets, se libère du réel pour se perdre à loisir dans l’écriture.
C’est ainsi que Baptiste devient son répondeur. A leurs risques et périls.

Luc Blanvillain est né en 1967 à Poitiers. Agrégé de lettres, il enseigne à Lannion en Bretagne. Son goût pour la lecture et pour l’écriture se manifeste dès l’enfance. Pas étonnant qu’il écrive sur l’adolescence, terrain de jeu où il fait se rencontrer les grands mythes littéraires et la novlangue de la com’, des geeks, des cours de collèges et de lycée.
Il est l’auteur d’un roman adulte qui se déroule à la Défense, au sein d’une grande entreprise d’informatique: Nos âmes seules (Plon, 2015).

260 pages 20 € / janv. 2020 / 140 x 210mm / ISNB : 978-2-37491-123-6

L’impasse, Olivier Descosse

Plonger dans ce thriller pour découvrir un auteur de roman policier à suivre, Olivier Descosse nous mène dans L’impasse et le lecteur aime ça

Mais qui est Marc Caron, cet auteur de romans noirs dont la vie bascule dans une intrigue aussi embrouillée que celles qu’il s’applique à dénouer dans ses bestsellers ?

Marc Caron est un auteur à succès, ses livres se vendent bien, il les travaille longtemps pour rendre ses intrigues crédibles, plonge dans la noirceur à chaque opus et ce réalisme plait. Son dernier roman est un franc succès, il pose la délicate question du jusqu’où peut-on aller par amour, pour sauver son fils par exemple. Pourtant, sa vie n’est plus un long fleuve tranquille, séances de psy, alcool et antidépresseurs à haute dose, son épouse Lucile -une femme merveilleuse issue d’une grande famille d’industriels- ne veut plus partager sa vie, et il délaisse tellement son fils Arthur, y compris les matins où il doit le garder, que ce dernier n’est plus vraiment enclin à partager ses journées avec ce père par trop indifférent.

Le jour où Lucile lui annonce qu’elle souhaite le quitter, sa vie bascule. Le lendemain à son réveil, Marc ne sait plus ce qu’il a fait pendant plusieurs heures, et son fils a disparu. Marc souffre de crise de somnambulisme mais ne veut rien révéler de son état dépressif, encore moins à son épouse.

Une course contre la montre commence alors. Cet homme que tout accuse de l’enlèvement de son fils doit arriver non seulement à prouver qu’il n’y est pour rien, mais également le retrouver car le temps presse. Le chemin est long et semé d’embuches. Interrogatoires, arrestation, rappeurs fous et gangs imprévisibles de la cité, intrigue flico-politico-financière ou vengeance d’un ennemi  aussi insoupçonné qu’organisé, Marc devra éprouver, prouver, démontrer.

Et l’angoisse et l’intrigue de s’étoffer peu à peu, après quelques pages où le lecteur ne sait pas trop où il va. Puis il embarque vers ces frontières de plus en plus sombres que Marc tente de suivre. Sa femme l’a quitté, son fils a disparu, vient la sidération suite à l’interrogatoire qu’il doit subir, face aux preuves qui s’amoncellent, l’avocat véreux, l’expérience traumatisante de la prison, et la confiance ou la crainte envers ses codétenus…

Je n’en dis pas plus, car il faut vraiment lire pour cheminer dans la tête de Marc, le voir slalomer entre les pièges qui se mettent en travers de son parcours et tenter de sortir de L’impasse. Tout au long de ces 630 pages, Olivier Descosse va nous tenir en haleine, fausses pistes, contre temps et espoir, explosion de violence et tendresse retrouvée, cauchemars et rêves fous, tout y passe et il nous mène par le bout du nez de façon tout à fait machiavélique.

J’ai passé un excellent moment de lecture, embarquée dans cette histoire où les pièges et les contradictions pimentent le parcours de l’écrivain maudit. Un auteur que je découvre et dont j’avoue n’avoir jamais entendu parler avant L’impasse.

Catalogue éditeur : Michel Lafon

Il a écrit le pire, à présent il le vit.

Marc Caron a tout pour être heureux. Une femme merveilleuse, Lucile ; un adorable fils de onze ans, Arthur ; et en tant qu’auteur de thrillers, un succès planétaire.

Alors pourquoi ces crises d’angoisse terrifiantes, ces cauchemars sanglants et ces épisodes de somnambulisme qui le laissent sans souvenirs au réveil ?
Seule certitude, depuis six mois il ne maîtrise plus rien.
Même si elle l’aime toujours, Lucile est à bout. Un soir, elle lui annonce qu’elle va le quitter et emmener leur fils.
Le lendemain, Arthur disparaît. Lire la suite…

Parution : 17/10/19 / Prix : 20.95 € / ISBN : 9782749940953

Crazy Brave, Joy Harjo

L’étonnant parcours de vie et de spiritualité de Joy harjo, poétesse native américaine issue de la nation Muskogees

Crazy, ou Brave ?  Native américaine issue d’une mère à moitié Cherokee et d’un père Creek, Joy Harjo, poétesse renommée vit à Tulsa, en Oklahoma. Son parcours est semblable à celui de nombreuses femmes des tribus indiennes américaines, déplacées, parquées dans les réserves, mal mariées, puis divorcées, ayant eu pour mari des indiens alcooliques et violents. Elle a réussi à s’en sortir, et à trouver en elle ce qui fait la force des nations indiennes, la spiritualité, la connexion avec la terre et les âmes des ancêtres, une autre façon de voir et de sentir les autres, la vie, l’avenir.

Tout au long de cet émouvant récit, Joy Harjo raconte sa vie, l’enfance heureuse d’abord, puis la relation avec sa mère après le départ du père volage et alcoolique. Et enfin le remariage de cette dernière avec un blanc et le calvaire enduré par la famille avec ce beau père abusif, violent, manipulateur. Viennent rapidement les violences intrafamiliales qu’il faut accepter car elle ne pèse pas lourd même encore aujourd’hui la parole d’un indien face à un blanc. Ce beau père qui n’accepterait pas d’être quitté par sa femme, au risque de se venger sur la famille. L’enfant, puis l’adolescente se rebelle parfois, tente de soutenir la mère, de s’émanciper de cette autorité malfaisante et destructrice.

Vient ensuite le départ, d’abord pour l’Institute of American Indian Arts de Santa Fe, au nouveau Mexique, école où se retrouvent les jeunes indiens qui partagent un art, des coutumes, mais aussi des rêves de futur communs. Elle y développe ses talents d’artiste, écrivain et musicienne. Alors que dans l’école classique, les visions, la relation à la terre, à la nature, aux ancêtres, que possède Joy Harjo ne convenaient pas aux conventions et à l’univers dans lequel elle évoluait. Vient ensuite l’amour, un enfant alors qu‘elle est encore adolescente, et l’admission à l’Université du nouveau Mexique. Deux fois mariée puis deux fois divorcée, elle vit aujourd’hui de son art, la poésie devient son univers.

Laissant enfin libre cours à son don pour la musique puis pour la poésie Joy Harjo entretient une relation profonde et intime avec les êtres qui l’ont précédée, avec la nature qui l’entoure, entrant en communion avec la terre pour avancer en faisant preuve d’une grande spiritualité. C’est son départ du milieu familial qui a permis son émancipation, l’acceptation puis le développement de ses dons. Elle est en contact avec les ancêtres comme si elle était déjà là bien avant sa naissance, comme si ces visions pouvaient l’aider à vivre le présent. Elle a toujours su quelle était sur terre pour raconter l’histoire de son peuple, cette histoire qu’elle vit et qu’elle exprime dans son art, la poésie pour laquelle elle a reçu de nombreux prix et hommages. Elle et a été nommée U.S. poet laureate en juin 2019.

Le texte, par ailleurs passionnant, est entrecoupé de poèmes de l’auteur. C’est un récit particulièrement émouvant qui nous présente une femme au parcours singulier et atypique.

On ne manquera pas de visiter son site : Joy Harjo

Catalogue éditeur : Globe

Crazy. Folle. Oui, elle doit être folle, cette enfant qui croit que les songes guérissent les maladies et les blessures, et qu’un esprit la guide. Folle, cette jeune fille de l’Oklahoma qui se lance à corps perdu dans le théâtre, la peinture, la poésie et la musique pour sortir de ses crises de panique. Folle à lier, cette Indienne qui ne se contente pas de ce qu’elle peut espérer de mieux : une vie de femme battue et de mère au foyer.
Brave. Courageux. Oui, c’est courageux de ne tenir rigueur à aucun de ceux qui se sont escrimés à vous casser, à vous empêcher, à vous dénaturer. De répondre aux coups et aux brimades par un long chant inspiré. D’appliquer l’enseignement des Ancêtres selon lequel sagesse et compassion valent mieux que colère, honte et amertume.
Crazy Brave. Oui, le parcours existentiel de Joy Harjo est d’une bravoure folle. Comme si les guerres indiennes n’étaient pas finies, elle a dû mener la sienne. Une guerre de beauté contre la violence. Une guerre d’amitié pour les ennemis. Et elle en sort victorieuse, debout, fière comme l’étaient ses ancêtres, pétrie de compassion pour le monde. Les terres volées aux Indiens existent dans un autre univers, un autre temps. Elle y danse, et chacun de ses pas les restaure.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Nelcya Delanoë et Joëlle Rostkowski

15 × 22,5 cm / 176 pages / 19 € / 978-2-211-30665-2 / Parution : 22 janvier 2020

L’homme qui n’aimait plus les chats, Isabelle Audy

Roman singulier, entre conte et fable intemporelle, cette dystopie des temps modernes est avant tout un manifeste contre la dictature et les dangers de la manipulation de masse

Une ile, entre le ciel et l’eau, une ile, sans hommes ni bateaux…. Non, là une ile avec des hommes et des femmes qui se connaissent tous, qui s’apprécient plus ou moins, mais qui vivent en bonne intelligence ; amoureux, solitaires, retraité, pêcheur, institutrice, chacun vit sa vie. Et quelques chats, oui, quelques chats, jusqu’au jour où tous réalisent que justement, les chats, on ne les voit plus. Discrets, indépendants, ils ne faisaient pas d’ennui et on vivait avec, mais leur disparition surprend la population. Que s’est-il passé ? Où sont-ils passés ?

Pour pallier au manque, des hommes et femmes étranges venus du continent apportent sur l’ile des chats qu’ils offrent, de force, aux iliens. Des chats qui ressemblent étrangement à des chiens, tenus en laisse, qui dorment dans leur niche et protègent les maisons des intrus. Mais sur l’ile, il n’y a pas d’intrus, puisque tout le monde se connait et chacun tolère, ignore, protège ou respecte l’autre.

Les réactions de chacun vont être très différentes, montrant aussi les différentes façons de réagir à ce qui nous arrive, au niveau de l’individu, de l’ile, d’un pays pourquoi pas ? Avec ce récit largement dystopique, l’auteur nous offre une fable sur l’homme, les dérives du langage, si faciles à installer, mais aussi les règles de société qui nous étouffent et que l’on accepte sans les vouloir au fond, sans se rebeller.

Impression de déjà vu dans l’installation peu à peu d’une forme de dictature, et de soumission au changement. S’il est comparé à 1984, ce court premier roman m’a aussi fait penser à La vague de Todd Strasser ; ce roman qui m’avait marquée a été adapté en film en 2009.

Roman lu dans le cadre de ma participation aux 68 premières fois

Catalogue éditeur : éditions Le Panseur

Traité sous la forme de la transmission orale, l’auteur nous offre une œuvre qui s’inscrit dans la lignée des grandes dystopies telles 1984 et Matin Brun. Mais là où ces histoires nous condamnent à subir un demain qui s’écroule, L’homme qui n’aimait plus les chats est bien plus qu’une utopie, c’est un possible, un autrement : un aujourd’hui déjà en train de se relever.

Parution : 16/03/2019 / EAN : 9782490834006 / Nombre de pages : 128