Ces rêves qu’on piétine. Sébastien Spitzer

« Ces rêves qu’on piétine » est un premier roman émouvant et sombre, déjà couronné d’un succès mérité, qui nous entraine vers l’horreur et la mort mais nous montre également la force de la mémoire, de l’espoir, de la vie.

DomiCLire_sebastien_pitzer_ces_reves_qu_on_pietine.jpgAlors que les armées russes et américaines avancent vers le front, l’auteur alterne son récit entre les derniers jours de Magda Goebbels et celui de prisonniers qui viennent d’être libérés des camps de Silésie, dont le sort est plus que précaire, Hitler ayant ordonné de ne laisser aucun survivant. Comme deux trajectoires qui s’inversent et qui sait, se croiseront peut-être, l’une tendant inexorablement vers le bas, la fin d’un règne, la mort, l’autre qui essaye avec beaucoup de difficultés et d’hésitation de monter vers la lumière, la vie, la liberté. Deux histoires qui se recoupent dans l’horreur.

D’un côté, il y a Magda Goebbels, la figure féminine la plus emblématique du IIIe Reich. Dans Berlin assiégée, elle se terre avec son mari Josef Goebbels et ses six enfants, dans le bunker le plus célèbre de la seconde guerre mondiale, celui d’Hitler et d’Eva Braun. Là, nous assistons à ses derniers jours tout en remontant le temps, redécouvrant sa rencontre avec Josef Goebbels, la façon dont elle va renier son père et ses origines juives, puis son ascension au plus près du pouvoir, devenant la femme arienne par excellence, digne pondeuse perpétuant la race selon les volontés du dictateur. La fin de la guerre approche, les soldats sont vaincus, son sort est scellé,  pourtant Sébastien Spitzer va nous immerger dans son esprit malsain et désespéré.

De l’autre côté, à l’Est, il y a Ava, née dans le camp d’Auschwitz, ainsi que des milliers de juifs, prisonniers exsangues libérés des camps, qui fuient la mort et la peur sur les routes ouvertes à tous les dangers. En particulier parce que les soldats et la population veulent respecter les dernières consignes et anéantir ces survivants de l’horreur, derniers témoins de pires exactions du IIIe Reich. Parmi eux, un homme porte sur lui les vestiges de quelques lettres, celles écrites par un père désespéré à sa fille, Juif mort dans les camps, abandonné par celle qui l’a renié dès les premiers mois de guerre, Richard Friedländer, le propre père de Magda Goebbels. Des hommes et des enfants vont à leur tour porter ce rouleau de lettres, ce messager symbolique, car à travers lui se matérialise l’espoir au-delà de la mort, la vie malgré l’extermination, c’est un passeur de vie au monde et aux vivants.

Ce roman est particulièrement poignant (d’ailleurs, c’est difficile d’écrire après ces mots). D’abord du fait de son écriture, directe, vive, tonique, incisive, qui contraste avec la peur, la lenteur de ces hommes anéantis, blessés, mourants, sans espoir, qui contraste également avec l’immobilité évidente de Magda Goebbels, bloquée avec sa famille dans le bunker, sans nouvelles de l’extérieur, anéantie mais pas sans ressources, ayant encore le courage (ou la folie ? ) morbide d’assassiner ses propres enfants. Ensuite bien sûr par l’Histoire qu’il nous raconte, celle d’une femme douée de raison qui va pourtant choisir de tuer ses propres enfants, mais aussi celle d’un épisode de la seconde guerre mondiale que l’on a trop souvent oublié.

Mais « Ces rêves qu’on piétine »  est aussi un roman porteur d’espoir. Transmettre pour savoir, transmettre pour ne jamais oublier ! Car la vie est là, si infime, si fragile, et en même temps si présente. Merci à Sébastien Spitzer de nous faire découvrir son écriture bouleversante et parfaitement maitrisée avec ce premier roman, une œuvre aussi touchante que magistrale. Alors oui, peut-être en y repensant, peut-être qu’un roman sur la vie de Martha Goebbels ne m’attirait pas particulièrement au départ ? Qu’elle erreur c’eut été de ne pas le lire !


Catalogue éditeur : L’Observatoire

Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets.

Au même moment, des centaines de femmes et d’hommes avancent sur un chemin poussiéreux, s’accrochant à ce qu’il leur reste de vie. Parmi ces survivants de l’enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d’une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d’un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d’un homme et le silence d’une femme : sa fille.

Elle aurait pu le sauver.
Elle s’appelle Magda Goebbels.

Sébastien Spitzer est journaliste. Ces rêves qu’on piétine est son premier roman.

Parution : 23/08/2017 / Prix : 20€ / Format : 140 x 200 cm, 304 pages / ISBN : 979-10-329-0071-0

 

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Les étoiles du temps. Victor Hussenot

Prendre son temps et lire la BD de Victor Hussenot « Les étoiles du temps ».
« Le temps, le temps, le temps n’est rien d’autre, celui des uns, et  celui de autres… »

DomiCLire_les_etoiles_du_temps_victor_hussenotComment définir le temps ? Vaste sujet, et vaste question, combien de temps me donnez-vous pour répondre ? Vous avez une idée ? Non ? Alors pourquoi n’irions nous pas demander à Victor Hussenot, et ainsi découvrir sa relation au temps, avec ce roman graphique qui vient tout juste de sortir chez Gallimard.

Les années passent sans que l’on s’en rende compte, l’école, les copains, le permis de conduire, un boulot, la vie, la vie, la vie qui passe… Les vacances d’été qui durent si longtemps, puis qui raccourcissent inexplicablement d’année en année. Se souvenir, oublier, raconter, puis comprendre que les autres n’ont pas les mêmes souvenirs d’un même évènement que nous, et souvent pas la même notion du temps que nous. C’était il y a longtemps, mais non, c’était hier ! Se poser un instant et regarder, passer le temps, perdre son temps, courir après du temps pour réussir à bien employer son temps ? …ouf, j’ai plus le temps !

Alors le héros s’interroge, se questionne sur sa relation au temps, sa représentation du temps. Le temps historique, le temps individuel, le temps quotidien, sur lequel doit-on vraiment s’appuyer ? Et si comprendre le temps n’avait aucun rapport avec vivre l’instant ? Que faut-il privilégier, la représentation ou la réalité ?

Mais, et vous, êtes-vous plutôt chronophage ou préférez-vous vous prélasser pendant les heures creuses, avez-vous peur de perdre votre temps ? C’est très difficile de savoir, pas le temps de se poser la question en fait. Alors arrêtons de perdre notre temps, vite, lisons « Les étoiles du temps », pour ne plus le gaspiller sans pour autant oublier quel est le seul qui a de l’intérêt, le temps véritable, celui que nous avons envie de vivre, chaque jour, en toute sérénité. Merci à Victor Hussenot de nous le rappeler !

Un graphisme étonnant, celui de l’enfance est doux et chaleureux, celui de l’urgence a des dominantes de rouge et noir, celui de l’inquiétude aussi, puis de la sérénité bien sûr. Un peu perplexe au départ, finalement j’aime assez cette représentation de nos angoisses et de nos craintes, qui nous permet aussi de les matérialiser et sans doute de les éloigner, enfin, au moins pour quelque … temps !


Catalogue éditeur : Gallimard

Le temps est mathématique, mais aussi aléatoire, subjectif… insaisissable. Pour preuve, plus on vieillit et plus il semble s’accélérer. De raisonnements logiques en déambulations imaginaires, le personnage principal de cette enquête singulière s’interroge sur notre perception du temps et ses représentations. Une quête qui le mène de l’enfance aux divers âges de la vie. Mêlant intime et universel, Victor Hussenot poursuit ici avec brio sa réflexion graphique et poétique sur l’existence humaine.

Collection : Bandes dessinées hors collection / Date de parution : 21 / 09 / 2017 / 96 pages / 20 € / 210 x 280 mm / ISBN : 9782075076821

Un certain M. Piekielny. François-Henri Désérable

Si vous aussi, vous avez aimé « Evariste » et le talent singulier de François-Henri Désérable, alors découvrez vite son dernier roman « Un certain M. Piekielny ».

DomiCLire_un_certain_m_peikielny.jpgL’auteur est jeune, il a un style bien à lui qui nous entraine dans ses biographies romancées à sa façon. Car sous des airs de romans, il s’agit bien avec « Un  certain M. Piekielny » d’une biographie de cet auteur au grand talent qu’était Romain Gary.

En mai 2014, l’auteur est bloqué en Lituanie, il  a quelques heures à tuer dans les rues de Vilnius. Il passe incidemment devant une maison dans laquelle a vécu Roman Kacew, de 1917 à 1923, bien avant qu’il ne devienne Roman Gary. Une plaque commémorative  lui rappelle cet épisode, il se remémore alors cette phrase gravée dans sa mémoire et titrée du chapitre VII de La Promesse de l’aube, le roman édité par Gallimard en 1960, phrase que Romain Gary attribue à son voisin, cette triste souris grise : Promets-moi de leur dire : au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny…

Mais nous passons tous, chaque jour, devant des maisons et surtout des plaques commémoratives, des informations qui nous traversent, nous intéressent, mais de là à en faire un roman ? François-Henri Désérable est un fan absolu de ce roman qu’il a lu et relu un grand nombre de fois, la promesse de l’aube, et de son auteur, et à partir de cet instant, il n’aura de cesse de retrouver des traces de cet homme, le voisin, la souris triste.

Prétexte donc à nous parler d’avantage du romancier que de M. Piekielny, l’auteur nous entraine à la suite de Romain Gary. Il va le suivre, le chercher, tenter de le découvrir, lui qui apparemment le connait si bien. Avec un style bien particulier, qui tient presque du dialogue avec le lecteur, et dans lequel l’auteur se met également en scène, il nous dévoile quelques parts d’ombre de celui qui a réussi ce que sa mère avait toujours rêvé pour lui, devenir un grand écrivain, diplomate, aviateur, auteur à succès qui par deux fois a reçu le prix Goncourt. Il va le suivre de Vilnius à Nice, pendant la guerre et lors de ses succès, vivre intensément  avec ses personnages, et regretter amèrement comme tant d’autres la mort de l’écrivain qui a préféré tirer sa révérence un jour de 1980.

Intéressante approche de l’auteur, qui évoque la possibilité pour Romain Gary d’avoir utilisé sa souris triste pour donner corps à tous ces juifs qui ont vécu la barbarie nazie au cœur du ghetto de Vilnius. M. Piekielny est alors un symbole de vie, immortel à sa façon, puisque Romain Gary en parle dans le monde entier, partout et à tous les grands qu’il va rencontrer en particulier lorsqu’il sera ambassadeur.

Bien que parfois elle me déroute, j’aime cette écriture étonnante, très singulière. L’auteur nous fait découvrir des biographies et des personnages historiques sous des airs de romans et d’échange, en y mettant beaucoup de son propre personnage, vécu ou romancé, et là, qu’importe !

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A conseiller si vous n’êtes pas un fervent lecteur de biographies ou de romans historique, mais que vous avez envie d’apprendre et d’apprécier une écriture différente, pleine d’humour et malgré tout de sérieux.

Retrouvez également mon avis sur Evariste


Catalogue éditeur : Gallimard

« »Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny… »

Quand il fit la promesse à ce M. Piekielny, son voisin, qui ressemblait à « une souris triste », Roman Kacew était enfant. Devenu adulte, résistant, diplomate, écrivain sous le nom de Romain Gary, il s’en est toujours acquitté : « Des estrades de l’ONU à l’Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l’Élysée, devant Charles de Gaulle et Vichinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n’ai jamais manqué de mentionner l’existence du petit homme », raconte-t-il dans La promesse de l’aube, son autobiographie romancée.

Un jour de mai, des hasards m’ont jeté devant le n° 16 de la rue Grande-Pohulanka. J’ai décidé, ce jour-là, de partir à la recherche d’un certain M. Piekielny.»

Collection Blanche, Gallimard  / Parution : 17-08-2017 / 272 pages, 11 ill., 140 x 205 mm  Achevé Genre : Romans et récits Catégorie > Sous-catégorie : Littérature française > Romans et récits / Époque : XXIe siècle / ISBN : 9782072741418

La serpe. Philippe Jaenada

Vous aimez les enquêtes ? Vous aimez être surpris, amusé, emporté, bousculé dans vos certitudes, alors ce roman est pour vous. Lisez « La serpe » de Philippe Jeanada.

DomiCLire_la_serpe_philippe_jaenadaLa Serpe, j’ai envie d’y mettre une majuscule alors qu’en général je suis plutôt fâchée avec, tant ce roman m’a impressionnée, fait rire aux éclats, bouleversée, amusée. Merci monsieur Jaenada, Philippe (ou Phlipppe  on ne sait plus) oui, parce qu’il nous fait aussi flipper parfois, le Phlipppe, c’est sûr.

Alors bien sûr il y a l’intrigue, la base, le sujet proprement dit. Ou du moins la révélation par un copain de maternelle – enfin oui, vous savez bien, quand on va chercher nos loulous devant l’école et qu’on bavarde avec les papas de leurs copains qui deviennent des amis et tout et tout- donc le sujet c’est Henri Girard, le grand père, et c’est Emmanuel qui le confie à l’auteur, en lui disant qu’il devrait se pencher sur le cas de ce grand-père totalement atypique, qui a connu l’occupation, puis bourlingué en Amérique du sud, en est revenu avec un roman « Le salaire de la peur » écrit sous le nom de George Arnaud – dont nous avons tous vu au moins une fois le film avec un inoubliable Montant secondé par Lino Ventura. Enfin, moi c’est du camion dont je me souviens, et de la pétoche de le voir exploser tout au long du film – a eu de nombreux mariages et vécu des vies multiples et trépidantes, au service des autres en particulier.

Donc George Arnaud est un bourlingueur, aventurier, homme au grand cœur pourfendeur des causes impossibles, mais était dans sa jeunesse un homme pas facile, capricieux, violent, méprisant. Il a fait les 400 coups, dépensé sans compter l’argent de papa, soutiré tout ce qu’il pouvait à sa tante, abusé sans vergogne de la bonté de toute la famille, marié par erreur, juste pour prouver à papa qu’il pouvait s’opposer à ses volontés ou ses conseils. Bref, un petit morveux impossible et très peu recommandable. Et cerise sur le gâteau, ce jeune homme est accusé en 1941 d’avoir sauvagement assassiné à coups de serpe son père, sa tante, la bonne, de façon violente, un véritable massacre, dont il est bien étrangement le seul rescapé, dans ce château du Périgord fermé de l’intérieur. Enquête, bâclée sans doute, puisque le coupable est tellement évident… Procès, et coup de Trafalgar, acquittement, changement complet de vie pour Henri Girard, celui qui aura donc vécu des vies multiples sans que jamais la lumière ne soit faite sur l’affaire qui a changé sa vie.

Pas la peine d’en dire plus, à vous de lire, parce qu’il n’y a qu’en le lisant que vous saurez vous aussi. Car Philippe Jeanada est bel et bien parti enquêter sur Henri Girard, ce grand père intriguant. On l’imagine tout à fait avec ses accessoires à la Sherlock Holmes, un peu plus moderne sans doute (quoi que, la Mériva, elle a un voyant qui passe au rouge quand même ! ). Pendant de longs jours, des mois sans doute, il mène une enquête minutieuse, remonte les pistes, explore les méandres de plusieurs vies et les archives de la France sous l’occupation, s’embarque dans les sentiers comme dans les impasses, ne laisse aucun indice de côté, aucun interrogatoire, chaque mot est pesé, analysé, comparé. Du coup on souhaiterait presque que l’auteur reprenne le service des cold case de notre police tant son enquête est dense et exhaustive. Analyse précise qui explore la vie, les sentiments de ce jeune homme mal dans son époque, certainement incompris, et que l’auteur nous montre sous toutes ses facettes, celles qu’on lui a prêté, et ce qu’il était sans doute au plus profond. C’est presque à je t’aime moi non plus qu’il nous fait jouer avec son personnage tant il est complexe.

On est loin du thriller classique, et ce roman est un véritable régal. j’avoue, je n’ai pas encore osé lire La petite femelle, impressionnée par la taille de ce pavé qui est toujours sur ma PAL, mais ne devrait plus y rester trop longtemps. Du coup, je découvre avec La serpe le style et l’écriture de l’auteur, et j’adore tout simplement. La narration, l’enquête, l’humour détonnant et décapant, le côté je me prend pas au sérieux, et pourtant vous voyez bien, forcément, à quel point je le suis. Car l’auteur vous embarque dans sa vie (ou dans sa représentation romanesque, mais là qu’importe si c’est véridique ou pas) et pas seulement dans son roman, dans son vécu, chaque jour, on part avec lui au restau, dans la voiture, en famille, on voit le foulard de soie d’Anne-Catherine, la tendresse d’un père pour son fils Ernest, un couple au restaurant, l’hôtesse de l’hôtel, tout y est, c’est dense, précis, et en même temps, on rigole, non, on éclate de rire parfois (si, vous verrez, quand le copain pupuce se réveille, la nuit ! extraordinaire, non  ?), puis on attend, on craint aussi, on espère, on cherche à comprendre, mais où va-t-il, enfin, voyons, il va nous perdre dans son tunnel ! Et il y arrive, il nous trouble, on se laisse emporter par sa faconde, son style, son enquête, ses mots, un régal que je ne peux que vous conseiller. Et surtout ne faites pas comme moi, même si parfois on voudrait qu’il y ait un peu moins de pages, ne vous laissez pas impressionner par sa taille, allez-y, foncez, car le plaisir de le lire est totalement proportionnel au nombre de pages !

Et si ce roman ne reçoit aucun prix littéraire, alors là je n’y comprends rien, mais je suis certaine qu’il emportera la faveur de ses lecteurs. Et moi en fermant la dernière page, j’avoue, je n’étais pas loin d’aller me verser un petit whisky en allant relire tout le club des cinq.


Catalogue éditeur : Julliard

Un matin d’octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n’est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l’unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l’arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d’un procès retentissant (et trouble par certains aspects), il est acquitté et l’enquête abandonnée. Alors que l’opinion publique reste convaincue de sa culpabilité, Henri s’exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du Salaire de la peur, écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud.

Jamais le mystère du triple assassinat du château d’Escoire ne sera élucidé, laissant planer autour d’Henri Girard, jusqu’à la fin de sa vie (qui fut complexe, bouillonnante, exemplaire à bien des égards), un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu’à ce qu’un écrivain têtu et minutieux s’en mêle…

Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu’Henri Girard ne pouvaient laisser Philippe Jaenada indifférent. Enfilant le costume de l’inspecteur amateur (complètement loufoque, mais plus sagace qu’il n’y paraît), il s’est plongé dans les archives, a reconstitué l’enquête et déniché les indices les plus ténus pour nous livrer ce récit haletant dont l’issue pourrait bien résoudre une énigme vieille de soixante-quinze ans.

Parution : 17 Août 2017 / Format : 140 x 225 mm / Nombre de pages : 648 / Prix : 23,00 € / ISBN : 2-260-02939-6

Gabrielle ou le jardin retrouvé. Stéphane Jougla

Avec « Gabrielle ou le jardin retrouvé » Stéphane Jougla nous dépeint l’étrange relation d’un homme qui a perdu celle qu’il aime et d’un homme qui aime passionnément un jardin, sur un  fond de folie douce et de dépression, d’amitié et de fidélité.

DomiCLire_gabriele_ou_le_jardin_retrouve.jpgGabrielle est prof de français. Elle vit avec Martin dans son coquet logement et profite avec lui de son magnifique jardin, de dimensions modestes mais au charme incroyable. Gabrielle a tous les talents, elle exerce un métier qui lui plait, elle adore lire et sème des livres dans tout l’appartement, elle connait les plantes comme personne et fait prospérer le plus beau des jardins en toutes saisons. La vie s’écoule sereine  et riche de beaux moments.  Jusqu’au jour où Gabrielle meurt, renversée par un chauffard.
Martin est prévenu, mais Martin va faire un déni de réalité, refusant au plus profond de lui de voir disparaitre définitivement celle qu’il a tant aimé. Il reste dans l’appartement … gardien de ses livres, de son jardin…

Martin va s’enfoncer inexorablement dans une dépression, une réclusion voulue entre les quatre murs de l’appartement, puis sur un fauteuil dans ce jardin qu’il voit évoluer comme par magie. Un jour apparait Charlie, celui qu’il n’attendait pas, dont Gabrielle n’a jamais parlé, semant le doute dans son esprit. Qu’elle confiance peut-il avoir encore envers elle ? Lui a-t-elle caché autre chose ?

Étrange roman, sur le doute et le mensonge, sur la vie que l’on s’invente et celle dont on rêve, mais aussi sur la confiance que l’on peut avoir dans l’autre, celui avec qui on partage tout, jusqu’au moment où la réalité n’est plus ce qu’elle semblait être. Cette difficile remise en question de ses certitudes et de sa vie s’avère impossible pour Martin sans sombrer dans la folie…

Voilà un roman agréable et facile à lire, qui n’est pas forcément un coup de cœur, mais qui est pourtant  une rencontre intéressante avec quatre personnages très différents. Quatre ? Mais oui, bien sûr, puisqu’il y a Gabrielle et Martin, mais il y a aussi Charlie et … le jardin, non ?


Catalogue éditeur : Denoël

Gabrielle a deux passions : la lecture et son jardin. Lorsqu’elle meurt accidentellement, le monde de Martin, son compagnon, s’effondre. Inconsolable, il s’efforce de maintenir vivant le souvenir de la femme qu’il aimait. Lui qui n’ouvrait jamais un livre et pour qui le jardin était le domaine réservé de Gabrielle, se met à lire ses romans et à entretenir ses fleurs. C’est ainsi qu’il découvre un secret que, par amour, Gabrielle lui avait caché. Ce secret bouleversera sa vie, mais lui permettra de surmonter son deuil d’une manière inattendue.

224 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782207136775 / Parution : 24-08-2017

 

 

Galeux. Bruno Jacquin

Découvrir l’Histoire en lisant « Galeux ». Bruno Jacquin nous emporte dans une plongée intelligente et sombre au cœur de la guerre sale qui endeuilla le pays basque dans les années 80.  

DomiCLire_galeux_bruno_jacquin.jpgJ’avais beaucoup aimé le premier roman de Bruno Jacquin Le jardin des puissants. Avec Galeux, je retrouve la plume affutée de ce journaliste qui va au fond de son enquête pour nous entrainer dans un thriller politico-historique et nous replonger dans les années sombres du terrorisme, celles de la sale guerre qui voit s’affronter le GAL, Groupe Anti-terroriste de Libération et l’ETA, l’organisation indépendantiste basque (Euskadi ta Askatasuna / Pays Basque et Liberté).

Dans la famille d’Inès, les années de la lutte de l’ETA ont laissé des traces, son père a été abattu, peu de temps après la mort de sa mère. Elle a donc été élevée par ses grand parents, une grand-mère mutique et insensible, car Jocelyne ne laisse rien voir de ses sentiments et se réfugie dans le silence, et un grand-père présent et attentionné.

En 2005, Casimiro, son grand-père, paisible retraité espagnol qui vit depuis des années côté français, est victime d’un attentat. Par miracle, il a la vie sauve mais reste très affaibli. Sa petite fille Inès va alors chercher à comprendre ce qu’il a bien pu se passer pour qu’un homme aussi tranquille soit la cible forcément innocente des terroristes. D’autant que l’attentat est signé, et que l’on comprend vite qu’il s’agit de vengeance, des années après, et que le sujet principal est l’ETA, ainsi que son organisation adverse, le GAL.

Inès est amoureuse de Mikel, un jeune basque qui doit pourtant la quitter quelque temps et partir en Argentine. Sa meilleure amie est issue d’une famille d’anciens etaras, elle a toutes les cartes en mains pour trouver des contacts et essayer de comprendre. Son enquête, difficile, l’emmènera du pays basque à l’Amérique du Sud, puis vers les quartiers de son enfance, dans les pas de ses parents et grands-parents. Elle sera surtout prétexte pour Bruno Jacquin à nous présenter cette situation ambiguë, difficile, de la lutte sans merci contre un terrorisme aujourd’hui éradiqué.

Pour mieux comprendre, il faut savoir que dans les années 80 au pays basque, la lutte pour l’indépendance ne connaissait pas de répit, et malgré la mort de Franco en 1975, on vivait toujours dans un climat de terreur. Comme les provinces basque françaises sont des terres d’accueil pour les terroristes de l’ETA, mais qu’il est difficile de pénétrer en France pour les chasser, on ne trouve rien de mieux que d’embaucher des français pour faire ce travail dans la plus grande clandestinité. Le pouvoir en place a donc mis au point un contrepouvoir occulte à cette forme de terrorisme, le GAL, embarquant dans ses rangs français ou espagnols, civil ou militaire, trouvant même des complicités auprès de policiers français, pour arrêter les etaras et les ramener sur le sol espagnol ou (plus simple !) les exécuter directement sur le sol français, plus d’une trentaine d’assassinats ont ainsi été perpétrés entre 1983 et 1987. La lutte contre l’ETA est un lutte sans merci qui doit se faire à n’importe quel prix, quoi qu’il en coûte en vies humaines, le mot d’ordre étant de « terroriser le terrorisme », selon les mots célèbres d’un ancien ministre de l’intérieur français.

On se souvient enfin qu’on a très récemment assisté à  l’agonie du mouvement indépendantiste et terroriste qui, après avoir d‘abord proclamé en octobre 2011 un «cessez-le-feu définitif et unilatéral» et face à l’attitude ferme et au refus de négocier de Madrid, a annoncé son «désarmement total et unilatéral» pour le 8 avril 2017.

Un tout petit bémol peut-être, le sujet du GAL était sans doute un sujet épineux et délicat, bien souvent méconnu. Y compris lorsqu’on en a entendu parler et qu’on connait le pays basque, l’ETA et les années de terrorisme qui ont secoué les 7 provinces et l’Espagne en particulier. Du coup, et certainement par soucis de justesse et d’exactitude, les informations sont denses, complexes, alternant l’intrigue et la vie des personnages avec des chapitres plus techniques qui nous présentent la réalité historique, ce qui fait que par moment on s’y perd un peu. Mais c’est un défaut qui passe vite lorsque l’on accepte de lire Galeux d’abord comme un roman, et dans un deuxième temps seulement de se poser la question de la part du réel ou de celle de la fiction.

Alors vous qui aimez en savoir plus sur l’histoire (tout en vous divertissant parce que les polars c’est quand même un grand plaisir de lecture ! ) je ne peux que vous conseiller de lire Galeux, en plus il est édité par cette maison d’éditions que j’aime beaucoup, Cairn, du Noir au Sud.


Catalogue éditeur : Cairn, Du Noir au Sud

En 2017, 30 ans que les GAL ont officiellement disparu, les tristement célèbres « groupes antiterroristes de libération ». Inspiré de faits réels, Bruno Jacquin signe avec Galeux un nouveau polar politique fort sur le Pays Basque.

Site officiel du livre : https://brunojacquin.wixsite.com/galeux

ISBN :   9782350682426

 

 

Leur séparation. Sophie Lemp

Dans « leur séparation », Sophie Lemp parle non pas d’eux, mais d’elle, comment un enfant vit cette  séparation qui le touche mais dans laquelle il n’est à aucun moment acteur.

DomiCLire_leur_séparationLeur séparation, c’est celle des parents que cette petite fille apprend incidemment, à la sortie de l’école, par sa mère venue la chercher là, en 1987-1988. De ce jour, la vie ne sera plus la même, plus de fête ensemble, plus de parents réunis aux vacances, plus de fous-rires ou de chagrins à partager, mais bien deux vies. « Double enfance » disait Julien Clerc dans cette chanson qui évoquait si bien cette séparation forcée jamais demandée par des enfants victimes passives de la vie qui passe et qui sépare les couples qui ne s’aiment plus.

Vingt-huit ans après, l’enfant devenue femme se souvient de cette vie qui a changé à jamais. De l’avant et de l’après, Espérant innocemment que l’amour que ses parents ont pour elle va pouvoir les souder, se demandant ensuite qui est le coupable, de l’enfant ou des parents. Difficile chemin de ceux qui subissent le désamour d’un couple et ses conséquences sur une vie. Les Noëls, les vacances, les rentrées scolaires, tous ces instants qui ponctuent une vie et qui seront à jamais vécus séparément. Puis vient souvent le remariage, les frères et sœurs – qui arrivent dans ces nouveaux foyers dont ils ne feront jamais réellement partie – qui partagent une vraie vie de famille. Car on le comprend en lisant ces lignes, ces enfants se sentent alors élément rapporté, jamais vraiment à sa place, ni accepté ni rejeté…

J’aime l’écriture de Sophie Lemp, cette façon pudique et réaliste de parler des sentiments des enfants lors d’un divorce, lors de « leur séparation » celle des parents, qui devient la leur. On en parle peu, et pourtant ils ne sont ni acteur ni coupable, mais avant tout victime indirecte souvent trop peu prise en compte.

J’ai un coup de cœur pour cette auteur qui tout au long de ces pages nous parle comme à une amie intime, doucement, sobrement, délicatement. Elle évoque avec justesse le chagrin, les blessures invisibles, la différence, la solitude dans la famille éclatée, puis dans les familles recomposées où il est si difficile de trouver sa juste place.

Voilà un roman court, beau et émouvant. Tout en sobriété et sans ressentiments, sans reproches, évoquant avant tout le bouleversement de la vie d’une petite fille.


Catalogue éditeur : Allary

Sophie Lemp fête ses dix ans quand ses parents divorcent. Trente ans plus tard, c’est avec le regard d’une petite fille devenue adulte qu’elle revit cette séparation.

Pourquoi cette blessure, commune à tant d’enfants, est-elle si difficile à cicatriser ?

100 pages / 14,90€ / parution 07 septembre 2017 / EAN : 978-2-37073-147-0