Ils ont voulu nous civiliser, Marin Ledun

Une belle rencontre avec l’auteur aux Quais du polar à Lyon cette année, doublée d’une belle rencontre avec ses romans, et l’envie de vous dire Lisez Marin Ledun, vous allez aimer !

Domi_C_Lire_marin_ledun_quais_du_polar_lyon_2018_ils_ont_voulu_nous_civiliserJanvier 2009, pendant 48 heures dans les Landes. La tempête Klaus arrive et va frapper, fort, très fort cette région du sud-ouest de la France. Là, on fait d’abord la rencontre de Ferrer, un sacré looser, un petit malfrat de seconde zone qui vivote en faisant quelque razzias dans les élevages de canards voisins, canards qu’il refourgue à Baxter, un voyou ni très cool ni très régulier. Alors le jour où Ferrer, en manque de fric, sent bien qu’il se fait posséder par Baxter, la violence se déchaine, les coups pleuvent et Baxter est laissé pour mort par un Ferrer plus inquiet que rassuré par son acte. Il n’a plus qu’à fuir loin, très loin.

Mais pour Baxter, secondé par deux affreux malfrats à sa botte, commence une folle poursuite dans ces Landes tourmentées par les éléments déchainés. Car la tempête, en véritable protagoniste du roman, bloque Ferrer, isole les hommes, fait rugir le vent, noie le ciel et se ligue contre les hommes pour leur plus grand malheur.
Refuge provisoire et inespéré, Ferrer va se replier dans la forêt chez Alezan, un quasi Hermite qui ressasse ses souvenirs d’une guerre sans merci, celle de l’Algérie de sa jeunesse. A partir de là, tout s’enchaine, et les rencontres pas toujours heureuses vont se succéder… mais là, impossible d’en dire plus sans en dire trop !

Dans une intrigue portée par un rythme effréné, et tout en piochant dans le passé des différents protagonistes, Marin Ledun réussi le tour de force de nous faire aimer ses voyous. Qu’il soient solitaires ou quelque peu caractériels, il réussit à mettre en exergue à travers leurs personnalités tant la violence que la misère de ces paumés issus de milieux sociaux défavorisés, ces petites gens qui tentent par tous les moyens de garder la tête hors de l’eau. Même si ces protagonistes ne sont ni tout noir, ni pas très blanc, avouons-le, on se plait malgré tout pour certains à les plaindre et à les suivre avec émotion et espoir.

Est-ce donc ce que l’on appelle un roman social ? En tout cas c’est un roman qui vous prend et ne vous lâche pas, sombre et violent, mais aussi humain et fragile, comme ces hommes et ces arbres arrachés, ballotés par la tempête qui dévaste en une soirée toutes les vies… Marin Ledun est assurément un auteur à suivre !

 

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Catalogue éditeur : Flammarion

Thomas Ferrer n’est pas un truand. Pas vraiment. Les petits trafics lui permettent de sortir la tête de l’eau, même si la vie n’a pas été tendre avec lui. De petits larcins en détournements de ferraille, le voilà face à face avec un truand, un vrai cette fois. Celui-ci, laissé pour mort par Ferrer,… Lire la suite

Ombres noires / Paru le 11/10/2017 / 240 pages – 129 x 198 mm /  ISBN : 9782081398184

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Je ne sais pas dire je t’aime. Nicolas Robin

Et si faire et belles rencontres et trouver l’amour étaient plus facile que ce que l’on croit ? Dans « Je ne sais pas dire je t’aime » Nicolas Robin nous entraine dans une valse légère avec des personnages particulièrement attachants.

Paris, tu l’aimes ou tu la quittes.

Domi_C_Lire_je_ne_sais_pas_dire_je_t_aime_nicolas_robin.jpgC’est drôle et enlevé, c’est parfois triste et solitaire, c’est gai comme l’amour, parfois tragique comme la mort, désespéré comme la solitude, mais en fait, c’est un peu comme la vie, non ?
C’est une année électorale, année de tous les rêves, de tous les espoirs, de tous les changements. Le pays est en attente d’un sauveur qui saura transformer son quotidien, tenir ses promesses, offrir des lendemains qui chantent. Dans Paris, cette ville capitale que l’on aime ou que l’on quitte, pendant ces quelques journées entre les deux tours, le lecteur va suivre des inconnus,  leurs trajectoires, leurs rêves, leurs intimités….
Mais quel lien peut-il y avoir entre Francine, cette retraitée qui bataille autant avec sa naissance qu’avec sa voisine acariâtre ? Entre Joachim, un jeune sportif que sa petite amie convoque à une émission de télé à une heure de grande écoute pour lui apprendre qu’elle le trompe avec un de ses amis et le larguer en direct ? Entre Juliette, une trentenaire vendeuse de chaussures de marque allemande, pas aussi belles et stylées que les italiennes, c’est sûr, et qui désespère de trouver un jour l’amour ? Entre Ben, un jeune homosexuel qui rentre chez lui mais ne trouve plus dans le regard de son ami l’amour sensé le porter vers le bonheur ?
Chacun dans son genre est un clopé de la vie, dans l’attente du bonheur, le vrai, le sincère, mais tellement peu enclin à aller vers l’autre dans cette ville tentaculaire qui distend les relations et éloigne les voisins. Pourtant parfois, le hasard, les voisins, la famille, font bien les choses, et en y mettant un peu du sien…

Nicolas Robin tisse de jolies histoires, et nous fait suivre ses personnages, leur tristesse et leur solitude, leurs rencontres et leurs amours-amitiés, leur liberté et leurs craintes. Les chapitres se succèdent pour le plus grand bonheur des lecteurs, pris dans le rythme des pages qui tournent seules. On vibre quand le récit alterne les personnages au fil des trajectoires qui s’éloignent pour peut-être se rencontrer un jour… C’est frais et léger, tendre et farfelu, bien sûr parfois un peu trop évident, et pourtant cela soulève en même temps le difficile problème de la vie dans les grandes villes, où les trentenaires comme les retraités, les enfants comme les parents, les frères et les sœurs ont parfois bien du mal à se retrouver, à tout simplement se parler… Et s’il fallait juste faire un petit pas vers l’autre pour se dire je t’aime ? Alors, Je ne sais pas dire je t’aime, de Nicolas Robin, un joli roman pour votre été ?

💙💙💙💙

Lire aussi les avis de Virginie du blog les lectures du mouton et de Nath du blog d’Eirenamg.


Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Paris, tu l’aimes ou tu la quittes. C’est une injonction quotidienne pour qui se retrouve la joue écrasée contre la vitre d’un métro bondé ou se fait bousculer sur le trottoir par un type mal dégrossi.

Dans ce tohu-bohu parisien, Francine déterre un passé longtemps enseveli devant un guichet d’état civil ; Juliette rêve d’avoir la beauté fulgurante d’une actrice qui éclate de rire sur un tapis rouge ; Joachim devient célèbre malgré lui en se faisant larguer en direct à la télé ; Ben essaie de ne pas finir comme ceux qui picorent leurs petits pois, le nez dans l’assiette, sans adresser un mot à l’autre.
Un chassé-croisé plein d’humour et de tendresse au cœur d’une ville, épicentre de l’amour, où il est parfois difficile de se dire je t’aime.

Prix TTC 7,40 € / 264 pages / Date de parution : 28/03/2018 / Éditeur d’origine : Anne Carrière ISBN : 9782253073499

Aucune pierre ne brise la nuit, Frédéric Couderc

Vous aimez les belles histoires d’amour ? Vous aimez mieux comprendre l’Histoire, surtout quand elle aborde des sujets encore étonnamment d’actualité ? Alors vous aimerez « Aucune pierre ne brise la nuit » le magnifique roman de Frédéric Couderc, à découvrir d’urgence.

Domi_C_Lire_aucune_pierre_ne_brise_la_nuit_frederic_couderc.jpgA la fin des années 90, dans un musée au Havre, deux personnes contemplent le même tableau. Il s’agit de l’œuvre d’un inconnu, mais apparemment tous deux connaissent soit l’auteur du tableau, soit l’époque et le pays, l’Argentine, sujet de l’exposition temporaire « Français d’Argentine ». Lorsque Gabriel propose à Ariane de boire un verre, il ne s’attend certainement pas aux bouleversements qui vont suivre.

Lui est argentin, émigré en France depuis de nombreuses années, il a fui la dictature, les années sombres, et s’est réfugié dans une vie de marin solitaire. Elle est femme de diplomate, les pérégrinations de son mari l’on emmenée à Buenos Aire aux pires moments de la dictature. C’est d’ailleurs là qu’elle a eu le grand bonheur de pouvoir adopter sa fille chérie, Clara. Leurs destins se sont peut-être croisés à ce moment-là, tout comme ils se croisent à nouveau aujourd’hui.

Attiré par cette femme qui lui rappelle tant Veronica, son amour perdu d’Argentine, Gabriel le solitaire va nouer rapidement des liens étroits avec Ariane.

De discussions en découvertes, Ariane s’éveille à la réalité d’une vie dont elle ne soupçonnait rien. A Buenos Aire, elle vivait dans le cocon douillet des expatriés aisés et protégés. Elle comprend au contact de Gabriel les horreurs et la douleur qu’ont vécus les argentins lors de la dictature dans les années 70/80. Celles des jeunes enlevés par la junte, victimes de tortures, disparus à jamais lors des vols de la mort pratiqués par l’ESMA (Escuela de Mecánica de la Armada). Celles aussi des familles représentées par les grands-mères de la place de mai, qui tentent aujourd’hui encore de retrouver leurs petits-enfants, bébés volés par le pouvoir et la plupart du temps adoptés par les nantis protégés par la junte militaire.

De découvertes en soupçons, Ariane comprend que Clara, peut-être… Aussi lorsqu’elle décide de quitter son mari pour enquêter, de partir en Argentine avec Gabriel, puis avec Clara, c’est tout un pan de l’histoire de ce pays que nous dévoile l’auteur à travers son histoire. Mêlant adroitement une belle et intense histoire d’amour – parfois trop belle pour être possible d’ailleurs, tant la douleur et le chagrin peuvent être des obstacles puissants à accepter le bonheur quand il se présente – à une réalité historique édifiante et douloureuse. Le rôle des militaires, la violence de la dictature, les tortures subies par les desaparecidos, le rôle des français de l’OAS en soutien aux tortionnaires argentins, rien ne nous est épargné et c’est tant mieux. Et si le récit foisonne de détails, ils ne sont jamais prégnants et n’effacent pas le plaisir de la lecture, même si avouons-le ils nous tirent parfois quelques larmes, ils nous procurent de grandes émotions.

Ce que j’aime particulièrement dans les romans de Frédéric Couderc, c’est qu’il arrive à créer un subtil équilibre entre l’intrigue romanesque qui fait que l’on s’attache aux personnages et le thème et la vérité historique qui sont particulièrement bien maîtrisés et nous font paraitre un peu moins ignorants. Même si je connaissais en partie ce sujet-là, ayant été attentive également aux drames des bébés volés en Espagne, j’ai trouvé passionnant de mieux comprendre et d’en savoir plus.

Aucune pierre ne brise la nuit est porté par une écriture superbe, fluide, précise et juste, chaleureuse malgré le thème. J’avais déjà été emballée par le précédent roman Le Jour se lève et ce n’est pas le tien qui se passait à Cuba, et nous parlait de ce personnage méconnu qu’était Camillo Cienfuegos. J’ai été de la même façon emportée par la trame romanesque et par l’intrigue de celui-ci, je ne peux que vous conseiller de le découvrir !

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Si ce thème vous intéresse, lire également Condor, de Caryl Férey, qui évoque L’opération Condor cette vague d’assassinats réalisés en masse sous couvert de lutte contre la guérilla,  conduite conjointement par les services secrets du Chili, de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay,  à cette même période,  au milieu des années 1970.
A propos des bébés volés, il y a eu également le même phénomène dramatique en Espagne, y compris après les années Franco. Lire à ce sujet Mala Vida de Marc Fernandez.


Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Dans un musée du Havre, la rencontre entre Gabriel et Ariane n’aurait pas dû avoir lieu – lui le réfugié argentin, elle la femme de diplomate. Mais devant la mystérieuse toile d’un peintre de Buenos Aires, les fantômes du passé ressurgissent, tout comme les ombres de la passion. À l’heure où les enquêtes sur les trente mille disparus sous la dictature reprennent, chacun s’embarque alors dans une quête où la vérité menace d’être plus dévastatrice encore que le mensonge…
Porté par un souffle romanesque puissant, Aucune pierre ne brise la nuit explore les cicatrices infligées par la junte militaire, et rend hommage aux victimes sans sépulture. Une histoire haletante qui sonde les tourments de la recherche identitaire et de l’amour interdit.
320 pages | 19€ / Paru le 3 mai 2018 / ISBN : 978-2-35087-456-2
© Romain Baillon/Millennium Images, UK

Apprendre à lire. Sébastien Ministru

Un père, un fils et un prostitué forment un trio émouvant et singulier pour des retrouvailles avec l’enfance, la vie, la mort dans ce premier roman de Sébastien Ministru « Apprendre à lire »

Domi_C_lire_apprendre_a_lire-sebatien_ministru_68_premiers_romans.jpgQuand son vieux père de quatre-vingt ans lui demande de lui apprendre à lire, c’est forcément avec étonnement puis un peu d’appréhension  qu’Antoine entend sa supplique. Lorsqu’il se rend compte qu’il n’a ni le talent ni la patience requis pour l’enseignement, il cherche comment satisfaire ce géniteur impatient, grincheux, si difficile et rude sans sombrer dans la colère ou l’énervement.

A bientôt soixante ans, Antoine n’a rien d’un instituteur en herbe. Aussi lorsqu’au hasard de ses rencontres amoureuses tarifées – sa relation de couple avec Alex est depuis longtemps devenue platonique –  il fait brièvement la connaissance de  Ron qui rêve de devenir instituteur. Il l’engage pour apprendre à lire à son père.

Voilà donc un fils qui n’a jamais vraiment avoué son homosexualité à son père et ne sais toujours pas ce qu’il en pense. Et un père analphabète qui a dû quitter l’école tout jeune lorsque son propre père l’a envoyé berger dans la montagne sarde,  seul dans les nuits si terrifiantes pour un jeune garçon qui a même peur de son chien. Ils s’étaient éloignés l’un de l’autre depuis le décès de la mère, sans doute parce que aucun n’a su communiquer sur ce moment si douloureux de leur vie commune.

Le premier roman de Sébastien Ministru Apprendre à lire est une histoire d’amour et de rapprochement entre un père et un fils. Porté par une belle écriture, fluide et concise. C’est également un roman qui aborde plusieurs thèmes importants,  l’immigration, la filiation, la vie de couple, l’homosexualité, la fidélité, la prostitution bien sûr, et en fil rouge l’analphabétisme qui touche souvent plus de monde que ce que l’on imagine, y compris parfois autour de soi.

Même si c’est un roman qui se lit avec plaisir, il m’a manqué un petit quelque chose pour être embarquée. Un peu plus de réalité, de sentiments de la part du fils ? Un peu moins de mystère autour de Ron ? En fait je crois que je n’ai ressenti aucune réelle empathie pour l’un ou l’autre des hommes de ce trio.

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Catalogue éditeur : Grasset

Approchant de la soixantaine, Antoine, directeur de presse, se rapproche de son père, veuf immigré de Sardaigne voici bien longtemps, analphabète, acariâtre et rugueux. Le vieillard accepte le retour du fils à une condition : qu’il lui apprenne à lire. Désorienté, Antoine se sert du plus inattendu des intermédiaires : un jeune prostitué aussitôt bombardé professeur. S’institue entre ces hommes la plus étonnante des relations. Il y aura des cris, il y aura des joies, il y aura un voyage.
Le père, le fils, le prostitué. Un triangle sentimental qu’on n’avait jamais montré, tout de rage, de tendresse et d’humour. Un livre pour apprendre à se lire.

L’auteur : Journaliste, chroniqueur vedette à la radio belge, auteur de pièces de théâtre à succès (Cendrillon, ce macho s’est jouée pendant huit ans), Sébastien Ministru vit à Bruxelles. Apprendre à lire est son premier roman.  (Source Grasset)

Premier roman – collection Le Courage dirigée par Charles Dantzig / Parution : 10/01/2018 / Pages : 160 / Format : 140 x 205 mm / Prix : 17.00 € / Prix du livre numérique: 11.99 € / EAN : 9782246813996

Une famille très française, Maëlle Guillaud

Avec « Une famille très française », Maëlle Guillaud confirme ses talents d’écrivain et nous entraine avec justesse dans les affres de l’adolescence qu’elle décortique avec subtilité.

Domi_C_lire_une_famille_tres_francaiseCharlotte est fière de sa famille, sa mère, sa grand-mère, si présente, si expansive, si affectueuse. Pourtant le jour à la belle Jane arrive dans son lycée, elle est éblouie par cette jeune fille si élégante, par cette famille si raffinée, si discrète, ses enfants si bien éduqués.
Quand on vient d’une famille exubérante, chaleureuse, protectrice, avec des femmes « mères juives » qui en imposent par leur franc parler, leur cuisine du soleil, leur amour débordant et presque encombrant, un peu de classicisme serait le bienvenu. Aussi, représentante de la bourgeoisie de province par excellence, la famille Duchesnais a tout pour éblouir la jeune Charlotte. Jane – ne pas confondre avec Jeanne, c’est moins chic ! –  à qui tout semble réussir, un frère comme Charlotte en rêve, des parents si conformes aux standards qu’elle voudrait retrouver dans sa famille, un rêve devenu réalité ?

Le difficile apprentissage de l’adolescence où l’on se cherche, où l’on a parfois honte de ce que l’on est ou des siens, ébloui par les lumières et les apparences parfois trompeuses. Car que sont une éducation rigide et bienpensante, mais peut-être moins sincère, moins affectueuses, face à la chaleur et à l’exubérance de celles qui savent donner tout leur amour. Que sont les faux-semblants, les masques de bonne éducation…

De Maëlle Guillaud, j’avais beaucoup aimé Lucie ou la vocation. Je la retrouve avec un grand plaisir dans ce roman très actuel d’une jeune femme qui se cherche, qui se perd parfois, mais qui se pose de vraies questions sur son identité, sa famille, son milieu de vie. Intéressant plaidoyer pour la famille, celle que l’on se choisit ou celle que l’on a, sur les amitiés adolescentes, les vérités et les apparences, le savoir être et ce que l’on montre.

Une belle écriture, une justesse d’analyse de cette jeunesse en mal de repère, des sentiments propre à cette période de la vie si compliquée qu’est l’adolescence. Une famille très française  est un beau roman à mettre entre toutes les mains des ados et de leurs parents. Maëlle Guillaud poursuit son chemin d’écrivain pour le plus grand bonheur de ses lecteurs, et c’est tant mieux !

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Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Charlotte a toujours été fière de ses parents, mais lorsqu’elle rencontre ceux de Jane, leur élégance et leur réussite l’éblouissent. La silhouette élancée et la blondeur vaporeuse de sa meilleure amie tranchent à côté de ses rondeurs généreuses et de ses boucles brunes. Peu à peu, Charlotte se met à avoir honte de l’exubérance de sa mère, de l’humour de son père, de ses origines… Et si le raffinement des Duchesnais n’était qu’un trompe-l’œil, et cette famille moins parfaite qu’elle n’y paraît ?
Avec justesse et subtilité, Maëlle Guillaud soulève l’épineuse question de l’identité à travers les yeux d’une adolescente face à ses contradictions. Une famille très française est un roman d’apprentissage qui loue la richesse d’être soi, tout simplement, avec son histoire et ses singularités.

208 pages | 17€ / Paru le 12 avril 2018 / ISBN : 978-2-35087-448-7 / Photo de couverture © Colin Hutton/Millennium Images, UK

Seuls les enfants savent aimer, Cali

Seuls les enfants savent aimer, le premier roman de Cali est un retour vers l’enfance, vers un souvenir prégnant qui a marqué sa vie à jamais, le décès de sa mère.

Domi_C_lire_seuls-les-enfants-savent_aimer_caliAlors qu’il a 6 ans, le jeune Bruno voit sa vie basculer avec la mort de sa mère, une jeune femme de trente-trois ans. Bien sûr, il y avait des semaines qu’elle luttait contre la maladie, qu’elle était partie à l’hôpital, mais elle était revenue à la maison.
« Tu es revenue. Pour partir à jamais. »

Une plaie ouverte qui ne se refermera pas. Il n’a pas été autorisé à accompagner à son enterrement celle qu’il aime par-dessus tout, qui compte tant pour lui, trop jeune, trop fragile. C’est dans une pièce obscure de la maison qu’il va deviner, inventer, la mise en terre, les adieux, pourtant passage quasi obligé pour la plupart des vivants pour arriver à faire son deuil de celui qui part. Un amour filial dont personne dans la famille n’a su prendre la mesure.

Des années après, celui qui s’appelle pour nous tous Cali, va enfin écrire, avec les mots du petit garçon de cette époque, la perte, le chagrin, les évènements qui ont bouleversé son horizon, pendant les mois qui vont suivre le deuil.

Un père qui meurt peu à peu de l’absence et sera plus souvent au café qu’à la maison, une grande sœur qui tente tant bien que mal de pallier au manque en faisant les tâches ménagères de cette mère disparue, la famille qui ne trouve rien de mieux que de détruire toute trace de celle qui est décédée, en brulant tout, scène marquante du roman j’avoue. Puis il y a l’école, Carole, celle qui focalise tous les sentiments de Bruno, son amour sans retour, Alec, le meilleur ami, celui des secrets, des bêtises, des câlins aussi, enfin le départ en colonie, comme une punition suprême, un éloignement de plus du lieu où repose sa mère.

Des souvenirs forts pour l’enfant qui sont tantôt écrits avec le langage du petit garçon, tantôt avec celui du poète, mais qui du coup tiennent également le lecteur à distance de la douleur. Mais sans doute est-ce voulu, pour tenir l’adulte qu’il est devenu également à distance de cette douleur si prégnante et destructrice ? Alors comment dire, il m’a manqué un petit quelque chose pour être emballée, même si j’ai été touchée par ce premier roman d’un homme qui sait jouer avec les mots, y compris pour exprimer le chagrin et la perte, l’incompréhension et la manque.

Mes poings fous tambourinent à la porte de l’église.
Celle de la mort, des enterrements.
« Il est où, Dieu ? »
…. Je dois lui parler seul à seul. Et comprendre
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Lire également les chroniques de Nath Le boudoir de Nath, de HCh Dahlem Ma collection de livres,  et de Joëlle Les livres de Joëlle


Catalogue éditeur : le Cherche Midi

Seuls les enfants savent aimer.
Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.
Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.
Seuls les enfants meurent d’amour.
Seuls les enfants jouent leur cœur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le cœur d’un enfant explose.
Tu me manques à crever, maman.
Jusqu’à quand vas-tu mourir ?

Date de parution : 18/01/2018 / EAN : 9782749156385 / Nombre de page : 188

La vie secrète d’Elena Faber, Jillian Cantor

Vous aimez l’Histoire, vous aimez apprendre tout en rêvant de vies singulières, vous aimez lire de belles histoires ? Alors vous allez dévorer La vie secrète d’Elena Faber, le roman de Jillian Cantor.

Domi_C_lire_la_vie_secrete_d_elena_faber_jilian_cantor_preludesIl est des romans qui paraissent de prime abord légers, fait pour passer un bon moment de lecture, mais qui vous emportent bien au-delà, mêlant le petite et la grande Histoire avec justesse et beaucoup d’émotion. La vie secrète d’Elena Faber est de ceux-là. Jillian Cantor prend prétexte d’une vieille lettre pour nous entrainer à la suite de ses protagonistes de la Californie de 1989 à l’Autriche de 1938.

Dans un petit village d’Autriche, Kristoff est apprenti chez Frederick Faber, un graveur de timbres reconnu par ses pairs. Pour cet orphelin tout juste arrivé de Vienne, les Faber sont une véritable famille, les parents, mais aussi les filles, l’espiègle Miriam et la belle et intrépide Elena, dont il est secrètement amoureux. Mais en 1938, la nuit de Cristal étend son manteau d’horreur sur l’Autriche annexée par l’Allemagne d’Hitler, les nazis envahissent le pays et les juifs sont persécutés, déportés, assassinés. Plus de bougies ni de shabbat, plus de paix pour les Faber ni pour les juifs du petit village de Grostburg. Aussi, lorsque le père, puis la mère, disparaissent, Elena et Kristoff entrent à leur façon en résistance.

A Los Angeles, le père de Katie Nelson est atteint de la maladie d’Alzheimer. Toute sa vie il a collectionné les timbres, et demandé à sa fille de prendre soin de cette collection le jour où il disparaitra. Comme elle sent que le fil de la mémoire paternelle va en s’amenuisant, et qu’elle ne veut pas risquer de passer à côté d’un trésor, Kate décide de faire examiner cette collection de timbres à Benjamin, un philatéliste. Il fait une découverte étrange, un timbre autrichien qui ressemble étrangement à ces timbres créés par des résistants pour faire passer des messages sous les yeux des nazis. Benjamin et Katie mènent l’enquête, qui les entraine des USA à l’Allemagne de l’Est au moment symbolique de la chute du mur de Berlin, puis en Autriche ou au Pays de Galles, à la recherche de cet inconnu qui a écrit ce courrier jamais parvenu à son destinataire, Elena Faber.

Prétexte à nous faire découvrir des pans de l’Histoire de l’Autriche, de cette nuit de Cristal, de ces hommes et de ces femmes entrés en résistance avec les moyens qu’ils avaient à leur disposition, faisant fi de leur liberté pour tenter de sauver les autres, même un seul, au péril de leur vie.

J’ai aimé l’alternance des récits, entre les amours de Kristoff et d’Elena et le chagrin et la renaissance possible de Kathie. Mais aussi de mieux comprendre ces familles qui ont eu ces parcours de vie, émigrés d’Europe pendant la seconde guerre mondiale et qui n’ont jamais raconté à leurs enfants ce passé beaucoup trop lourd pour en parler. Le tout porté par une belle intrigue, où les coïncidences jouent leur rôle à la perfection, où les personnages s’apprivoisent et se fuient juste comme il faut, où le lecteur se laisse embarquer pour son plus grand bonheur.

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Sur cette époque si sombre de notre histoire, lire aussi mes avis sur L’ordre du jour d’Éric Vuillard, Avant que les ombres s’effacent, de Louis-Philippe Dalembert.


Catalogue éditeur : Préludes

Autriche, 1938. Kristoff, jeune orphelin viennois, est apprenti chez Frederick Faber, un maître graveur, créateur de timbres, lorsqu’éclate la nuit de cristal. Après la disparition de son professeur, Kristoff commence à travailler pour la résistance autrichienne avec la belle et intransigeante Elena, la fille de Frederick dont il est tombé amoureux. Mais tous deux sont bientôt pris dans le chaos de la guerre. Parviendront-ils à échapper au pire ?
Los Angeles, 1989. Katie Nelson découvre dans la maison familiale une riche collection de timbre appartenant à son père. Parmi ceux-ci, une mystérieuse lettre scellée datant de la Seconde Guerre mondiale et ornée d’un élégant timbre attire son attention. Troublée, Katie décide de mener l’enquête, aidée de Benjamin, un expert un peu rêveur… Lire la suite…
Parution : 04/04/2018 / Format :200 x 130 mm / Nombre de pages : 384 / EAN : 9782253107910  / Prix : 15.90 €