Amours. Léonor de Recondo

Dans le Cher, en 1908, Victoire, jeune fille de bonne famille, a épousé Anselme de Boisvaillant. Ils ont tout pour être heureux, ce bonheur tranquille des bourgeois à qui le pouvoir de l’argent, l’éducation et les bonnes mœurs donnent une certaine supériorité.  Pourtant, la naissance d’un héritier se fait attendre. Victoire ne souhaite rien savoir de ces enchevêtrements immondes dont a oublié de lui parler sa mère avant le mariage,  Anselme prend  parfois ses aises avec Céleste, la petite bonne obéissante et taiseuse.

Et le jour arrive où la jeune bonne porte les fruits du péché, engrossée par le maitre, menacée d’être chassée de la maison. Pour lui offrir une belle vie, Céleste accepte de donner son fils à Victoire et Anselme. Victoire manque laisser mourir Adrien, elle a bien peu la fibre maternelle. Après tout celle-ci est tout sauf innée et se construit jour après jour entre une mère et son enfant. L’instinct maternel de Céleste va la pousser au secours de son enfant.

La beauté de Céleste, fille de la campagne saine, douce, sensible et profondément croyante va émouvoir Victoire. Les amours vont se révéler, multiples. L’amour envers son enfant,  envers l’autre. Cette découverte ouvre de bien beaux horizons tant à Céleste qu’à Victoire. Ces amours ne se cachent pas toujours là où on les attend. Loin des conventions, loin des relations traditionnelles entre femmes,  loin de la relation classique entre une maitresse et sa bonne, les corps se révèlent, s’acceptent et se découvrent, les sentiments s’affirment, en silence  d’abord, puis en gestes et en paroles, les plaisir s’exacerbent pour le bonheur et le malheur de celles qui y succombent.

Le roman aurait pu être banal, une histoire de plus dans une famille bourgeoise bienpensante. Mais non, c’est un roman écrit avec beaucoup de grâce et de délicatesse. Même si on imagine facilement la suite, on tourne les pages avec avidité, avec l’envie de savoir, de voir s’épanouir  l’amour et le bonheur, loin du carcan des corsets si représentatif du carcan des convenances, au son incessant des notes de musique ou dans le silence d’une chambre sous le toit.

Sélection du prix Orange du livre 2015


Catalogue éditeur

Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.
Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.
Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles…
Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout.

SABINE WESPIESER ÉDITEUR

Roman/ prix de 21 €, 280 p / Date de parution : Janvier 2015 / ISBN : 978-2-84805-173-4 Également disponible en format epub et pdf au prix de 15,99 €

Prix RTL-Lire 2015 / Prix des Libraires 2015

Le consul. Salim Bachi

Juin 40, Bordeaux, le consul du Portugal, Aristides de Sousa Mendes doit obéir à la circulaire n°14 et refuser tout visa aux porteurs de passeport Nansen, aux réfugiés, aux juifs. Catholique convaincu, le consul est marié depuis de longues années à Angelina, l’épouse fidèle qui lui a donné quatorze enfants. Mais tout n’est pas si simple dans la vie en apparence bien rangée du consul, l’amour a fait irruption sous les traits de la belle et jeune Andrée, et les réfugiés venus de toute l’Europe se pressent par milliers devant le consulat, sur la place des Quinconces à Bordeaux.

Alors que Pétain vient de signer l’armistice, Salazar est au pouvoir au Portugal, Franco en Espagne. Une neutralité approximative leur permet de rester en dehors du conflit tout en essayant de plaire aussi bien à l’Allemagne d’Hitler qu’aux alliés. Il ne faut donc pas faire de vague. Pourtant, un visa permettrait aux réfugiés de fuir vers les Amériques, vers la Grande Bretagne, dans un ailleurs loin du Reich et de la mort.

Alors, Aristides de Sousa Mendes désobéi, dans une mesure telle qu’elle dépasse l’entendement, à la circulaire n°14. Il dit non au mal, et tel un rebelle, sauve dans une effervescence de quelques jours à peine quelques milliers de réfugiés en délivrant sans compter des milliers de visas.

Au seuil de sa mort, alors qu’il est appelé par Saint François d’assise dont il a vu la magnifique fresque en l’église de la santa Croce à Florence, le consul évoque pour sa toujours dévouée Andrée ses années de gloire, de désobéissance, de disgrâce et de déchéance, la fidélité à ses valeurs, son humiliation et sa rédemption.

La structure du roman est étonnante. Des pages entières sont répétées, pour ponctuer les sentiments, les épisodes rocambolesques de la vie du consul, sa mise à l’écart, son bannissement. Toute la narration du récit est à la première personne. C’est tellement prenant que je n’ai absolument pas eu envie de lâcher ce livre. Andrée, c’est moi, j’écoute le consul me raconter son histoire, sa vie, sa désobéissance patriote, lui le juste reconnu si tardivement par son pays. Un très beau roman sur un homme dont je découvre la vie grâce à Salim Bachi et à sa belle écriture.

Sélection du prix Orange du livre 2015

Le passeport Nansen : document d’identité reconnu par de nombreux États permettant aux réfugiés apatrides de voyager alors que le système international des passeports qui émerge à la faveur de la Première Guerre mondiale assujettit les déplacements aux formalités douanières. Il a été imaginé en 1921 et créé le 5 juillet 1922 à l’initiative de Fridtjof Nansen, premier Haut-commissaire pour les réfugiés de la Société des Nations.


Catalogue éditeur

En juin 1940, en pleine débâcle, Aristides de Sousa Mendes, consul du Portugal à Bordeaux, sauva la vie de milliers de personnes en désobéissant à son gouvernement. Entre trente mille et cinquante mille réfugiés de toutes nationalités et religions bénéficièrent d’un visa signé de sa main qui leur permit de fuir la menace nazie. Plus de dix mille juifs échappèrent à une mort certaine dans les camps.
Relevé de ses fonctions, exilé dans son propre pays, oublié de tous, Aristides de Sousa Mendes paya jusqu’à la fin de sa vie le prix fort pour ses actes de courage.
Salim Bachi retrace, dans ce roman en forme de confession, le destin exceptionnel d’un homme mystérieux et tourmenté, croyant épris de liberté et père de quatorze enfants que l’amour d’une femme et de l’humanité vont transfigurer.

Parution : 01-01-2015 / Collection Blanche, Gallimard / ISBN : 9782070147885

192 pages, 140 x 205 mm / Achevé d’imprimer : 05-12-2014

Genre : Romans et récits / Catégories > Sous-catégories : Littérature française > Romans et récits / Littérature étrangère > Arabes – Francophones / Époque : XXIe siècle

Ultra Violette. Raphaëlle Riol

ULTRAVIOLETTEBISQuel étrange livre qui tient à la fois du roman, de la biographie et du récit, dans lequel tout s’emmêle, le vrai et le faux, la vie et le rêve. Raphaëlle Riol a une façon bien particulière de nous raconter l’histoire connue de tous, mais finalement si peu dans ses détails, de Violette Nozière, parricide de 17 ans condamnée à mort en 1933.

L’auteure, ou la narratrice évoque le quotidien de Violette au 9 rue de Madagascar. C’est une fille unique choyée, mais si mal, par des parents un peu trop ordinaires pour cette adolescente qui rêve d’autre chose. Un père cheminot, une mère au foyer, une vie dans un appartement trop petit, elle souffre de cette promiscuité malsaine, surtout le soir quand elle doit s’endormir dans la pièce principale, après le dîner et l’invariable partie de belote, quand les parents s’aiment bruyamment dans leur lit, dans cette chambre contiguë à la porte jamais close.

Fuguant et fuyant le lycée et ses élèves un peu trop dociles, Violette rêve de bijoux, de fourrures, de belles toilettes. Elle fume, traine dans les bars, puis dans la chambre 7 du petit hôtel de la rue Victor cousin, dans cette chambre où enfin elle trouve le calme et la solitude, quand les amants de passage sont repartis, après avoir payé un bien léger écot. Difficile de vivre ainsi, il faut partir en douce le soir, tricher dans la journée, voler les billets de banque cachés un peu partout dans l’appartement pour se payer cette légèreté, cette part de rêve auquel elle aspire tant. Plus le temps passe, plus Violette étouffe dans cet appartement du 9 rue de Madagascar. L’issue fatale pour les parents devient une évidence. La voilà parricide, accusée, condamnée, puis muse improbable des surréalistes, prisonnière modèle, puis vient la libération et la vie autrement.

Raphaëlle Riol invite Violette dans son récit, la narratrice vit avec elle, s’entretient avec elle, pense pour elle. Viennent s’ajouter quelques scènes supposées vécues au moment de la sortie de prison de Violette, toutes en suppositions aussi hasardeuses les unes que les autres. Etrange roman où le réel et l’imaginaire interférent pour un dialogue entre l’auteure et son personnage, pour une relation étrange dans laquelle se perdra la narratrice. J’ai particulièrement aimé ce décalage de l’écriture, ce tutoiement de la narratrice envers Violette, qui est là, présente puis absente, jusqu’à la rédemption ou la perte. Une écriture ciselée, réaliste et effrontée pour un livre bien singulier.

Sélection du prix Orange du livre 2015


Catalogue éditeur

Violette Nozière, jeune parricide des années 1930, enflamma des années durant la rubrique des faits divers et l’imaginaire des écrivains. C’est une de ces garçonnes aux cheveux courts passant ses jours et ses nuits à Saint-Germain-des-Prés, dans la fréquentation d’amis douteux. Lorsqu’elle est arrêtée, en août 1933, pour l’empoisonnement de son père, elle a tout juste 17 ans et déchaîne les passions. On la hait, on la célèbre. Beauté convulsive des Surréalistes, sorcière, mythomane, monstre en jupon…
Dans ce roman inventif et impertinent, Raphaëlle Riol revisite le mythe en convoquant le personnage à sa table d’écrivain. Ultra Violette fait s’entrechoquer face A, l’histoire vraie et face B, les hypothèses imaginaires. Portrait trouble d’une jeune fille et de son époque.
Née en 1980, Raphaëlle Riol est l’auteur de deux précédents romans publiés dans la brune : Comme elle vient (2011) et Amazones (2013)

Broché: 192 pages / Editeur : Editions du Rouergue (7 janvier 2015)

Collection : La brune / ISBN-10: 2812607483 / ISBN-13: 978-2812607486

J’aimais mieux quand c’était toi. Véronique Olmi

JNelly à 47 ans, actrice, deux enfants, Tom et Louis, qui partiront un jour car tous les enfants partent, un amant, pas un amour, juste un amant, il faut bien que le corps exulte. Nelly a aussi une mère atteinte d’Alzheimer, un père mort du cancer, mais de quel cancer, celui qui le rongeait sa vie durant, lui qui aurait aimé les hommes, mais qui a fondé une famille parce qu’il le fallait bien. Sa vie, c’est le théâtre. En ce moment elle joue une pièce de Pirandello dans laquelle les personnages veulent vivre, car ils existent sur le papier mais l’auteur ne veut pas les voir sur scène. Intéressant parallèle, et si Nelly avait également besoin d’exister, elle qui semble ne faire que vivre ? Sa vie semble se dérouler dans une confortable banalité.

Nous voilà plongés dans l’univers des avant scènes, quand tout fourmille dans les coulisses du théâtre, dans ce monde où les spectateurs n’ont pas droit de cité. Chacun se prépare, tous montent sur scène, prennent leurs places. Soudain Nelly se fige, se délite, impossible de continuer ses tirades ou son jeu de scène, quelque chose de fort la foudroie sur place.  Elle fuit dans la nuit, se réfugie dans une gare, et parle, parle, raconte. Et là sa vie bascule, ou plutôt sa vie reprend. Le passé ressurgit avec l’amant, celui qui a été aimé sans frein, dans la violence et dans l’extase d’un amour qui dévore, qui détruit, mais qui construit aussi.

Véronique Olmi a l’art de parler d’amour, d’amours malheureuses ou heureuses, d’intensité des sentiments et de sexualité sans limite. Elle nous plonge dans l’émotion et l’abandon, dans l’amour absolu, celui qui peut finir chaque jour, mais que rien ne semble pouvoir affaiblir. C’est écrit d’une très belle écriture, avec peu de mots inutiles, des phrases bien ciselées. Et pourtant, c’est un livre qui se lit tellement rapidement que je le referme avec l’impression qu’il manque quelque chose, comme une insuffisance. J’aurai aimé une fin ou une intrigue un peu plus étoffée, qui rendrait Nelly plus attachante, moins transparente, plus concrète, en un mot plus réelle.

Sélection du prix Orange du livre 2015


Catalogue éditeur

L’homme qui ne s’est pas retourné est celui qui m’a fait perdre non pas la tête, non pas la raison ni le sens commun, mais la ligne même de ma vie.

En savoir plus sur Véronique Olmi www.rentree-litteraire.com/auteur/veronique-olmi/

Editeur Albin Michel / janvier 2015 / Format : 205 mm x 140 mm

144 pages / EAN13 : 9782226312471

Rêves de garçons. Laura Kasischke

Rêves de garçonsDans l’Amérique des années 70, trois Cheerleaders s’ennuient dans leur camp d’été. Elles rêvent de liberté. Le paysage est splendide, la vie idéale, mais l’été et sa chaleur intense, le bruit des cigales omniprésent de jour comme de nuit, donnent une épaisseur oppressante à leurs rêves de légèreté.

Elles sont trois amies belles à en mourir, comme le sont dans notre imaginaire toutes les pom-pom girls. Kristy possède une Mustang décapotable rouge propice à concrétiser tous leurs rêves d’évasion. Mais tout n’est pas aussi simple, il ne suffit pas d’être belle et blonde, rousse aux yeux verts, ou longiligne et avoir un succès fou avec tous les garçons du lycée pour être heureuse. Sur fond d’une journée d’été magique, en quelques flashbacks, les côtés plus obscurs de la vie de chacune sont distillés avec adresse, jusqu’à ce moment où tout bascule, et qui fait que l’avenir ne sera plus jamais innocent.

Laura Kasischke a l’art de restituer une ambiance. On se croirait dans ces films américains où tout commence comme dans un rêve, où les héros s’entre déchirent, où la violence sournoise de leur vie se fait jour peu à peu. Pourtant, malgré un talent d’écriture évident et un suspense qui fait pressentir un drame, l’histoire s’étire et le lecteur que je suis reste en apnée un peu trop longtemps, attendant le drame, nourri de flashbacks incessants, en attente d’un « scénario dramatique annoncé » au final pour le moins étonnant mais tellement tardif.

En fait tout l’art du roman repose sur l’attente et la montée du drame à venir, qui arrive comme une gifle et tellement fort dans l’horreur qu’on souhaiterait qu’il ne soit jamais arrivé. Ne vous précipitez surtout pas pour lire les dernières pages, vous gâcheriez le suspense.

J’ai donc un avis mitigé. C’est un roman bien écrit, un univers très bien restitué, des personnalités peu attachantes, ce qui est sans doute voulu par l’auteur, mais je n’ai pas eu de coup de foudre. Pourtant, je suis sure que je n’hésiterai pas à lire de nouveau un roman de Laura Kasischke.


Catalogue éditeur

A la fin des années 1970, trois pom-pom girls quittent leur camp de vacances à bord d’une Mustang décapotable dans l’espoir de se baigner dans le mystérieux Lac des Amants.
Dans leur insouciance, elles sourient à deux garçons croisés en chemin. Mauvais choix au mauvais moment. Soudain, cette journée idyllique tourne au cauchemar.
Rêves de garçons est une plongée au coeur d’un univers adolescent dépeint avec une justesse sans égale. Une fois de plus, Laura Kasischke s’attache à détourner avec beaucoup de férocité certains clichés de l’Amérique contemporaine et nous laisse, jusqu’à la révélation finale, dans l’imminence de la catastrophe.
256 pages /Date de parution: 29/04/2009 / Langue: Français
EAN / ISBN:  9782253123644

Rencontre avec Alain Gillot aux éditions Flammarion

Depuis toujours, pour Alain Gillot, écrire est une passion, un outil pour vivre, voyager, rencontrer des gens. Il est scénariste, en particulier de documentaires. Pour ses lecteurs, l’écriture de son roman « la surface de réparation » est davantage celle d’un professionnel que d’un premier roman.

photo 3bisL’idée du roman lui est venue d’une relation avec un enfant atteint de la maladie d’Asperger. Un enfant finalement assez identique à la description de Leonard, qui dégage quelque chose de très fort, même quand il ne parle pas, qui a une vraie présence. L’auteur a eu envie de mieux connaître et comprendre cette maladie. Il s’est renseigné, a lu des témoignages poignants et enthousiasmants, mais aussi parfois très noirs. Et de là lui est venu cette envie d’écrire sur ces personnes qui l’ont impressionné. Aux lecteurs qui se demandent pourquoi il n’a pas eu envie d’en faire un documentaire, Alain Gillot explique qu’il avait envie de s’essayer au roman, à l’écriture.

Pourquoi parler du foot ? En fait l’idée  d’un sport collectif s’est imposée rapidement.  Alain Gillot aime le jeu, le sport, en observateur, pas forcément la compétition comme elle se pratique aujourd’hui. Et puis dans le foot, il y a un joueur qui peut rester statique, contrairement à un Tony Parker par exemple, qui est toujours en mouvement même quand il n’est pas dans l’action de jeu. Au foot, le rôle du goal est important, car c’est le seul qui ne bouge pas et un goal qui anticipe bien se déplace peu.

Le personnage de Léonard est basé sur différents témoignages, le choc de la rencontre, le besoin de repère physique par exemple. En particulier sur les témoignages de Temple Grandin (que je ne connaissais pas, merci Google, diagnostiquée autiste enfant, professeur à l’université du Colorado). Bien sûr au cinéma, les lecteurs se souviennent tous de Rain man, par contre l’auteur n’a pas souhaité revoir le film avant d’écrire son livre.
Alain Gillot aborde le problème important et délicat du diagnostic. L’annonce de la maladie est une réalité qu’il est parfois difficile d’accepter et certains parents n’en sont pas capables. L’auteur n’a pas voulu écrire un roman social, mais sur une situation réellement difficile, celle du déni des parents, la peur, parfois même la honte d’avoir un enfant différent. Pourtant cet enfant ne peut se construire que s’il est accepté et aimé tel qu’il est.

A ceux qui sont légèrement déçus par la deuxième partie du roman, un peu trop « conte de fée idyllique » à mon goût, l’auteur explique son envie de traiter du regroupement d’une famille. Léonard n’est pas un enfant seul qui devrait être adopté par un oncle. Il a une mère qui, même si elle est aveugle à sa maladie, est consciente de sa différence et fait ce qu’elle peut. Il a une grand-mère qu’il aime et qui s’en va. Et cet enfant différent va déclencher le regroupement de la famille dispersée.
Au départ de l’écriture il y a une base, des caractères, un plan, mais le plan n’est fait que pour s’en débarrasser et finalement les personnages évoluent. Le personnage de Madeleine, parfois un peu excessif il me semble, présente la situation d’échec de ces enfants qui n’ont pas pu assumer ce qu’ils avaient réellement envie de faire, ou de ne pas faire, qui sont guidés dans leur choix de vie par ce que leurs parents ont décidé pour eux. D’où la difficulté accrue d’être différent et de l’assumer. Dans son roman, Alain Gillot n’avait pas envie de s’appesantir sur du noir, mais il n’a pas non plus voulu nier les réalités, même les plus sombres.

Le roman est écrit à la première personne, l’auteur et le narrateur ont-ils des points communs ? Pas forcément, par exemple l’auteur n’a jamais vécu seul, mais son regard sur beaucoup de choses peut parfois être semblable à celui de Vincent. Le narrateur n’est pas un intellectuel, mais il voit ce qu’il se passe autour de lui et, s’il n’a pas trop d’illusions envers ses semblables, il est cependant assez pragmatique. Après tout,  comme beaucoup d’écrivains qui puisent dans leur vécu les traits de leurs personnages. Quelques traits de caractère peuvent être similaires, mais ce sont avant tout des personnages de roman.
Pourquoi venir à l’écriture aussi tard ? Peut-être parce que l’écriture est une petite mort. L’auteur évoque son appétit de vivre, après une jeunesse qui ne l’a pas forcément toujours satisfait. Impossible pour lui d’imaginer s’isoler dans une bulle, à une table avec son crayon ou son ordinateur, pour écrire. Il exprime le besoin d’être au milieu de sa famille, dans le monde, à l’intérieur de cette sphère de confort. Avec également aujourd’hui l’envie de balancer la vie dans l’écriture. L’écrivain est proche de l’artisan, autonome, créatif, il assume seul son travail, sa réalisation. C’est une découverte, la noblesse du fonctionnement de l’écriture, par rapport à d’autres univers professionnels. Un univers élémentaire très précieux, être assis à sa table, avec son crayon et ses envies. Même si c’est également un travail d’équipe, avec éditeurs, correcteurs, etc.

photo 2bisPour finir ce très intéressant entretien, l’auteur mentionne l’adaptation prochaine au cinéma, l’écriture d’un deuxième roman et l’ébauche de plan d’un troisième. Après une séance de dédicaces et quelques mots échangés, j’ai un regard plus indulgent sur « la surface de réparation ». Tiens, je n’ai pas demandé s’il y avait un double sens dans ce titre, la surface de réparation d’une famille désunie serait-elle logée dans le cœur d’un enfant différent mais terriblement attachant ?

Mangez-le si vous voulez. Jean Teulé

Dans ses romans, Jean Teulé nous a habitués à des sujets sérieux traités avec une certaine dose d’humour et parfois assez décalés. Dans «mangez-le si vous voulez, l’auteur relate de sa plume inégalable un épisode de l’histoire que l’on souhaiterait ne jamais avoir existé. J’avoue que sa lecture est une bien étrange expérience. Ce roman a été mis en scène en 2014 mais je n’avais pas pu aller au théâtre voir son adaptation très contemporaine.

Nous sommes en août 1870 dans le village de Hautefaye, en Périgord. La France est en guerre contre la Prusse, les enfants du pays meurent au combat pendant que les jeunes privilégiés restent au pays. Alain de Monéys n’est pas de ceux-là, il part dans quelques jours se battre contre les prussiens. C’est jour de marché au village voisin et Alain veut régler quelques affaires avant son départ.

En cette journée d’été, la chaleur est écrasante, on sent confusément que tout peut arriver. Une phrase mal comprise, sortie du contexte, fait d’Alain le bouc émissaire d’une meute de villageois soudain déshumanisés. La violence, l’horreur, les coups vont s’enchaîner jusqu’à la torture, jusqu’à la mort du jeune de Monèys. Malgré tous leurs efforts, les amis du jeune homme, conscients du drame qui se déroule, sont impuissants à stopper son calvaire.

L’auteur déroule étape par étape ce moment où tout le village bascule dans l’horreur absolue, capable du pire, comme entrainé dans un élan par la foule, quand plus aucun raisonnement individuel n’est concevable. En quelques heures tout un village se déchaine, se change en bourreau, la haine se cristallise, les hommes perdent leur humanité et se transforment en bêtes sanguinaires. Ils sont unis en une meute qui ne sait plus ni penser ni comprendre, qui n’entend plus la raison, et qui s’enfonce au plus profond de la folie meurtrière. Puis vient le silence, chacun retrouve ses esprits, l’indicible apparait alors dans toute son horreur. Sur cet aspect-là, ce livre m’a d’ailleurs fait penser à celui de Philippe Claudel, le rapport de Brodeck.

Le procès punira quelques coupables, enfin, pas tous, « sinon il faudrait arrêter… six cent personnes. C’est un crime…pas ordinaire ». Le village portera longtemps les stigmates de cet épisode bien peu glorieux de son histoire. Même si l’issue en est connue, c’est un très court roman qui vous installe dans un état très inconfortable, à la limite de l’écœurement et du malaise, mais qu’on ne peut pas lâcher.


Catalogue éditeur

Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune Périgourdin intelligent et aimable, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de Hautefaye, le village voisin.
Il arrive à destination à quatorze heures.
Deux heures plus tard, la foule devenue folle l’aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé.
Pourquoi une telle horreur est-elle possible ? Comment une foule paisible peut-elle être saisie en quelques minutes par une frénésie aussi barbare ?
Ce calvaire raconté étape par étape constitue l’une des anecdotes les plus honteuses de l’histoire du XIXe siècle en France

Date de parution : 2 Septembre 2010 / Collection(s) Romans français, Romans historiques Nombre de pages 128 p / EAN : 9782266198462 / Éditions Julliard / Pocket