Les fleurs d’Hiroshima. Edita Morris

« Nous sommes des enfants de la bombe et nos enfants sont aussi des enfants de la bombe. Nous sommes marqués pour des générations. »

Dans « l’après » à Hiroshima, les familles survivent, les douleurs se taisent, les vies se font courage et sacrifice pour avancer sans oublier.

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Nous sommes quinze ans après la bombe, quinze ans après l’horreur. Une partie importante de la ville d’Hiroshima a été détruite, de nouveaux quartiers sortent de terre pour abriter les nouveaux venus, ceux qui arrivent d’autres régions du Japon, n’ont pas subi l’horreur et vont repeupler la ville fantôme. Mais à Hiroshima, il y a aussi les survivants, les rescapés, pas ou peu touchés, en apparence du moins, par les radiations dont les dégâts, même des années après l’explosion et les radiations, sont irréversibles et bien souvent mortels.

Yuka a survécu avec sa jeune sœur à l’horreur de la bombe, mais sa famille a péri. Mariée à Fumio, ils ont deux enfants. Yuka tente par tous les moyens de vivre, normalement, de profiter de chaque instant de bonheur, de vie, de joie, de la beauté de la fleur blanche que l’on cueille dans son jardin, de la tasse de thé que l’on boit en contemplant la nature, des bavardages animés que l’on a au bain avec les voisines. Dans ce pays où le poids des traditions et le respect des anciens passe avant tout, la vie et surtout le bonheur individuel ont peu de chance de s’épanouir.

Sam-san est un jeune américain envoyé à Hiroshima par son entreprise, il ne veut pas loger dans les hôtels impersonnels et préfère être hébergé chez l’habitant. Côtoyer un jeune homme d’une culture aussi différente, sans rien laisser paraitre de ses propres sentiments, voilà ce que veut la tradition, ce que va faire Yuka, jusqu’au moment où il est bien évidement indispensable de dire, de montrer, de faire comprendre à cet étranger devenu ami, pour que lui aussi, à son tour, comprenne et ressente le poids de cette horreur qui a transformé leur vie, qui fait que plus rien, jamais ne pourra être comme avant, léger et beau comme les fleurs de cerisier au printemps.

Alors bien sûr, nous avons tous entendu parler d’Hiroshima, de la bombe, des morts, et vu au moins une fois la photo de cette petite fille qui court, nue, pour fuir la mort. Dans « Les fleurs d’Hiroshima », Edita Morris donne vie et corps aux survivants, à tous ceux qui, même si elle ne s’est pas arrêtée ce jour-là, ont vu leur vie irrémédiablement transformée, anéantie, leur normalité remise en question. Et qui pourtant ont assez de force et de courage pour continuer à vivre avec cette apparence de normalité essentielle à l’équilibre des hommes.
Le roman d’Edita Morris est court et terrible, puissant et émouvant, un roman comme un appel, qui bouleverse et questionne, une lecture indispensable. Sans cette réédition par J’ai Lu, je ne l’aurai certainement pas lu, et cela aurait été bien dommage. J’avais lu il y a quelques mois « 86, année blanche », de Lucile Bordes (Liana Levi) qui évoque Tchernobyl, et l’an passé le très puissant roman « L’expérience » de Christophe Bataille, qui évoque les essais nucléaires en Algérie. « Les fleurs d’Hiroshima » complète ma vision de l’après, celle des hommes qui ont vécu, souffert, et souvent ont tu ce qu’il s’était passé. 

 Une fois n’est pas coutume, j’ai eu envie de relever quelques phrases…

« Je ne peux m’empêcher de penser que nos manières japonaises sont supérieures aux autres, bien que mon ami qui m’a enseigné l’anglais ait essayé de m’expliquer qu’elles n’étaient pas supérieures, mais seulement différentes. »

« J’ai renoncé à lui cacher certaines choses mais j’ai trop d’amitié pour lui maintenant pour le mettre, sans nécessité, en face de telles horreurs. Sam-san est un homme libre, mais s’il venait à être touché par la pitié –et la véritable pitié est toujours agissante – c’en serait fait de sa liberté. Je veux qu’il reste en dehors de la tragédie d’Hiroshima. »


Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

«Nos voix ne sont que des murmures et nous chantons ces complaintes qui nous sont si chères. (…) C’est avec toute notre passion que nous lançons ce cri du cœur : « Jamais plus Hiroshima ! » – Comme nous nous sentons proches les uns des autres ! Nous sommes une espèce à part.» Yuka a trente ans. Elle et sa famille ont survécu à la bombe jetée sur Hiroshima quinze ans avant le début de cette histoire. Yuka fera tout pour que sa famille et ses proches aient une vie normale, même à l’arrivée de ce jeune Américain qui lui loue une chambre et qui a la joie de l’innocence. C’est l’histoire simple de gens incapables d’oublier mais qui font preuve du courage immense des rescapés et des sacrifiés : celui de cacher au reste du monde leurs souffrances.

Date de parution : 20/11/2000 /Éditeur : J’ai Lu / EAN : 9782290307847

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La belle-sœur de Victor H. Carole Fabre-Rousseau

« La belle-sœur de Victor H » de Carole Fabre-Rousseau est la biographie romancée d’un personnage inattendu mais très attachant, Julie Duvidal de Montferrier (1797-1865).

La belle soeur de Victor H.Cette biographie présente deux intérêts principaux, nous faire découvrir une femme peintre, il y en très peu de connues, en dehors peut-être de madame Vigiée Le Brun, et présenter de façon romanesque une vie et une époque, la fin d’un règne, l’époque de Napoléon et l’avènement de Louis XVIII, entre autre. Julie, artiste peintre à une époque où les femmes s’accomplissaient en tenant le foyer de leur époux, fait figure d’avant-gardiste, en plus d’être une artiste déjà reconnue de son temps. Julie Duvival de Montferrier sera élève de Gérard et David, puis copiste de grands peintres, d’Ingres à Delacroix, comme cela se faisait beaucoup à cette époque et même bien avant. C’est également une artiste reconnue pour son succès et qui sera capable de faire vivre sa famille avec ses revenus. Du premier salon auquel elle participe, elle dont le tableau est immédiatement acheté par le roi, à ses commandes de portraits, puis à son succès non démenti tout au long de sa vie, elle aura su vivre de sa passion et de son talent.

Élevée à l’école de la légion d’honneur, où l’on avait à cœur de permettre à ces jeunes filles de pouvoir s’en sortir si un revers de fortune venait à frapper les familles, Julie sait vivre quel que soit le train de vie des siens. Décidée, volontaire, faisant preuve de beaucoup d’audace et de courage, elle saura tracer son chemin d’artiste accomplie. Elle sera le professeur de dessin d’Adèle, future femme de Victor Hugo. Puis épousera Abel, frère de Victor. Celui qui a eu du mal à reconnaitre qu’une femme pouvait être une artiste sans être une catin reconnaitra son talent sur le tard. La biographie de Julie nous dévoile également quelques pans de la vie de Victor, de sa femme et de son grand frère Abel.

Rendue vivante par la correspondance de Julie, par les exemples et les situations divers quelle a eu à affronter pendant sa vie, cette biographie se lit réellement comme un roman. Elle m’a donné envie de retourner voir la maison de Victor Hugo, place des Vosges – visitée il y a bien longtemps, elle mérite une nouvelle visite – et bien sûr refaire une visite du musée Fabre de Montpellier, superbe musée qui présente de nouveau les tableaux de Julie Duvidal de Montferrier.


Catalogue éditeur : Editions Chèvre Feuille Etoilée

Le portrait de Julie Duvidal de Montferrier, comtesse Hugo, ingénieusement campé par Caroline Fabre-Rousseau, est celui d’une femme accomplie dans sa plénitude d’artiste et sa plénitude de femme.
L’auteure ressuscite non seulement l’art d’une peintre authentique, l’histoire de sa famille originaire du Languedoc et ruinée par la Révolution, mais aussi l’ambiance artistique, politique et sociale de la riche période romantique du XIXe siècle. Les pages de ce livre nous plongent dans la profusion créatrice de ces années marquées pourtant de bouleversements, de crises, d’exils et de drames innombrables. Mais la figure de Louise Rose Julie Duvidal en sort grandie par les épreuves, joyeuse, revigorante, indéniablement inventive, elle, la seule peintre à avoir, encore aujourd’hui, un tableau accroché depuis deux siècles à l’Assemblée Nationale.
Un livre brillant et érudit, qui se lit d’une traite et irrigue, de mille façons, notre imaginaire.

Biographie romancée / Format : 14,5 x 21 cm / Pages : 340 / 9782367951096 / 19,00 €

De nos frères blessés. Joseph Andras

« Je vais mourir, murmure-t-il, mais l’Algérie sera indépendante »

Dans l’Algérie des années 50, le lecteur oscille du bonheur à la violence, de la beauté à la souffrance, « De nos frères blessés » de Joseph Andras est un hymne à la fraternité, à la liberté, à ceux qui luttent pour l’amour d’un pays et de leur terre.

Bluffée ! Par l’histoire ? Peut-être car je ne savais rien de la courte vie de Fernand Iveton, restant dans l’Histoire comme le seul européen guillotiné en 1957, pendant la guerre d’Algérie, pour avoir posé une bombe. Bombe qui n’a pas sauté, qui n’a tué personne et qui n’était avant tout pas destinée à tuer mais plutôt à faire exploser les consciences, à ouvrir les cœurs et l’intelligence de tous pour enfin entendre l’aspiration à la liberté de tout un peuple.
Bluffée par le ton ? Sans doute, car il est celui d’un écrivain aguerri et certainement pas celui que j’attendais d’un premier roman.
Par le rythme ? Oui, sans hésitation, par l’alternance de situations, de souvenirs, d’événements, ayant attrait aux différents personnages, n’ayant souvent rien à voir les uns avec les autres, et qui cependant s’enchainent de façon évidente et sans casser le rythme de la lecture.
Effarée , bien que consciente de cette réalité, par la dureté des politiques, de la justice, des hommes, tels qu’ils peuvent l’être dans un pays en guerre, en conflit, en lutte pour son unité, et qui certains d’être dans leur juste droit n’hésitent pas à condamner à mort pour l’exemple.
Attristée ? De savoir et de comprendre que la mort pour l’exemple ne sert à rien, quand les hommes se battent pour des causes qu’ils croient justes, quand les lâches dénoncent sans prendre la mesure de leur faiblesse et de leur lâcheté.

Voilà un très beau roman, qui même s’il relate un épisode peu glorieux de notre histoire commune, se lit malgré tout comme un roman de fiction (enfin, de fiction …. Bref, comme un roman). Un roman qui dépeint des personnages auxquels on s’attache ou qu’on déteste mais qui ne laissent pas indifférent. Qui nous fait vivre des scènes de torture réalistes et violentes, qui posent question elles aussi. Comme se le demandera Fernand lui-même dans sa geôle de la prison de Barberousse. Jusqu’à quand ont-ils tenu, eux, les autres ? Qui est le lâche, le traitre, le faible, le courageux, le bourreau ? Jusqu’où l’homme est-il capable d’aller dans l’acceptation de la douleur avant de perdre toute humanité ? Et quelle succession d’évènements, de rencontres, de certitudes, d’amitiés, vont faire de chacun de nous ce que nous sommes ?

J’ai vraiment aimé cette écriture, ce rythme, ces alternances d’époques, ces fulgurances de bonheur et de droiture dans une vie si courte, ces flashback dans la vie de Fernand qui nous font toucher l’intimité de cet homme qu’on a du coup tant de mal à juger (si tant est qu’on en ait seulement le droit ou l’envie !) et qu’on ne souhaite que comprendre et approuver au plus profond de soi.
Bref, à lire sans faute; un roman qui bien que situé dans le passé, raisonne d’une brulante et permanente actualité.

Liberté, liberté chérie … « Sur les marches de la mort J’écris ton nom »

les 68 premieres fois DomiClire


Catalogue éditeur : Acte Sud

Alger, 1956. Fernand Iveton a trente ans quand il pose une bombe dans son usine. Ouvrier indépendantiste, il a choisi un local à l’écart des ateliers pour cet acte symbolique : il s’agit de marquer les esprits, pas les corps. Il est arrêté avant que l’engin n’explose, n’a tué ni blessé personne, n’est coupable que d’une intention de sabotage, le voilà pourtant condamné à la peine capitale.
Si le roman relate l’interrogatoire, la détention, le procès d’Iveton, il évoque également l’enfance de Fernand dans son pays, l’Algérie, et s’attarde sur sa rencontre avec celle qu’il épousa. Car avant d’être le héros ou le terroriste que l’opinion publique verra en lui, Fernand fut simplement un homme, un idéaliste qui aima sa terre, sa femme, ses amis, la vie – et la liberté, qu’il espéra pour tous les frères humains.
Quand la Justice s’est montrée indigne, la littérature peut demander réparation. Lyrique et habité, Joseph Andras questionne les angles morts du récit national et signe un fulgurant exercice d’admiration.

Domaine français / Mai, 2016 / 144 pages / ISBN 978-2-330-06322-1 / prix indicatif : 17€

Dans la chaleur de l’été. Vanessa Lafaye

« Tu es mort maintenant mon frère, mais qui, pendant la saison des ouragans en Floride t’a laissé sur les Keys où un millier d’hommes étaient déjà morts avant … » Ernest Hemingway

https://i2.wp.com/ecx.images-amazon.com/images/I/41Byh3qOK2L._SX210_.jpgAvec « Dans la chaleur de l’été », Vanessa Lafaye nous entraine en Floride pendant les années trente. Elle utilise en trame de son roman deux composantes essentielles de la vie à l’époque, la ségrégation raciale et les lois iniques qui cantonnent les Noirs dans leur condition d’avant la sécession, et les ouragans terribles qui sévissent régulièrement dans cette zone des USA.

Les hommes, célébrés par tous lorsqu’il sont partis en 1917 faire la guerre en France, sont rejetés par les populations et le pouvoir en place, pas de travail, pas d’indemnisation, pas de pension, ils survivent en marge de la société et parcourent le pays à la recherche d’un travail. Mais ce sont les années de la grande dépression, il y a tellement peu  de travail. Les vétérans ont enfin trouvé un emploi sur le chantier d’un pont, sur les Keys, au sud de Miami, en Floride. Un de leurs chefs n’est autre que Henri Roberts, un jeune noir du pays, parti fier et conquérant, la fleur au fusil comme tant d’autres, et qui depuis son retour en ville n’a jamais revu sa famille.

C’est le 4 juillet, et à Heron Key comme partout dans le pays, les habitants vont célébrer la fête nationale lors d’un grand barbecue sur la plage, journée clôturée comme chaque année par un feu d’artifice. Mais chacun restera de son côté, car une barrière invisible sépare les blancs et les noirs. Si tous célèbrent la fête nationale, l’unité raciale est impossible. Les différents protagonistes vont converger sur la plage, les familles de blancs aisés, celles des Noirs pour partie à leur service, et les vétérans, crains et rejetés par tous. Ces derniers sont habituellement cantonnés dans les baraquements du chantier, mais ce soir ils vont se mêler à la population locale. Bières et alcool coulent, chacun pressent le drame, les esprits s’échauffent, les ressentiments, les haines raciales et les tensions exacerbées vont aboutir à une bagarre générale, puis à l’agression d’une femme blanche. Chercher le coupable devrait être facile dans cet univers où les noirs sont lynchés pour moins que ça. Le shérif mène son enquête dans cette ambiance où la tension est palpable, où les esprits échauffés sont prêts à en découdre, et alors que l’un des plus puissants ouragans menace de dévaster l’ile.

On se laisse emporter par l’enquête autour de l’agression, mais aussi par la romance dans les relations entre Henry et Missy, par la force des sentiments, les douleurs et les luttes, et par les difficultés qu’ont blancs et noirs à vivre ensemble. On est submergé par la force des éléments, par cet ouragan qui détruit tout sur son passage et ne laisse qu’un spectacle de mort et de désolation. On découvre le retour difficile des vétérans, rejetés dans tout le pays, spoliés de leurs droits, ils ont vécu le pire et ont toutes les difficultés à se réadapter à une vie « normale ». On est affligés par l’indigence, l’incompétence et la nonchalance des autorités. Voilà un premier roman très prometteur. Étayé par des éléments historiques qui permettent de mieux appréhender, en même temps qu’une période de l’Histoire méconnue, quelle pouvait être la difficulté de vivre ensemble à une époque où les lois raciales iniques étaient encore approuvées par tous.


Catalogue éditeur : Belfond

Inspiré de faits réels, et notamment de l’histoire de l’ouragan le plus puissant jamais recensé en Floride, un premier roman impressionnant. Portée par une tension permanente, une histoire de passion et de survie, dans un Sud rongé par le racisme.
Depuis le départ de Henry en 1917 pour les tranchées françaises, Missy Douglas n’a jamais cessé de penser à lui. Dix-huit ans plus tard, après avoir survécu à l’enfer et erré en Europe, Henry est de retour à Heron Key. Mais si l’homme n’a plus rien du garçon désinvolte de l’époque, la ville, elle, n’a pas changé : les Noirs subissent une ségrégation d’une violence inouïe. Parqués dans un camp insalubre, Henry et ses camarades vétérans cristallisent les plus grandes craintes et les plus folles rumeurs. Lire la suite

Traduit par Laurence VIDELOUP / Parution le 19 mai 2016 / 320 pages / 21.50 €

Chefs-d’œuvre de Budapest. Dürer, Greco, Tiepolo, Manet, Rippl-Rónai…

Le Musée du Luxembourg accueille les chefs-d’œuvre des musées de Budapest.

DomiClire_budapest_1Pendant ses travaux de rénovation, le célèbre Szépmuvészeti Múzeum se joint à la Galerie Nationale Hongroise pour présenter à Paris les fleurons de leurs collections, depuis la sculpture médiévale jusqu’au symbolisme et à l’expressionnisme.
Quatre-vingt peintures, dessins et sculptures de Dürer, Cranach, Greco, Goya, Manet, Gauguin, Kokoschka entre autres, ainsi qu’une dizaine d’œuvres de l’art hongrois sont présentés, offrant ainsi une belle perspective de l’art européen.

La fin du moyen age, la renaissance germanique, l’age d’or hollandais, mais aussi les impressionnistes avec Manet, Monet ou Cézanne, aucun style n’est oublié. J’avais particulièrement aimé le tableau de Claude Monet « les barques » lorsque j’avais visité le musée à Budapest et je l’ai retrouvé avec plaisir.

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, le musée des Beaux-Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise. Du 9 mars 2016 au 10 juillet 2016.

Un, deux, trois, sommeil ! Gilles Vincent

Quand le polar se met au sud ! Pour une paloise d’adoption, lire un livre situé dans cette ville et qui n’évoque pas le bon roi Henri est un véritable plaisir. Expérience réussie avec « Un, deux, trois, sommeil ! » de Gilles Vincent, paru aux éditions Cairn, Du noir au sud.

https://i1.wp.com/ecx.images-amazon.com/images/I/41oVMzf9ViL._SX210_.jpgDans la bonne ville de Pau, c’est le début de l’été, il fait chaud, très chaud… enfin quand il ne pleut pas ! Le commissaire Jens Holtan n’aime pas la chaleur, il attend la pluie et s’ennuie un peu dans son traintrain de banalité. Nieves, une nouvelle recrue, vient d’intégrer l’équipe, c’est le moment de lui montrer comment travaillent les véritables professionnels. Mais quand de bon matin le lieutenant Nieves pose une enveloppe sur le bureau du commissaire, son monde si calme bascule et les affaires reprennent, et s’enchainent ! Car en peu de temps, trois des principaux notables de Pau sont découverts morts chez eux. Suicide ? Meurtre ? Tout est imaginable et l’enquête démarre à fond de train, pour un retour sur une sombre affaire à puiser dans le passé des protagonistes. Les enquêteurs ont fort à faire et s’en sortent plutôt bien.

J’aurais aimé que l’enquête soit un peu plus étoffée… mais on peut aussi se dire que l’intérêt du roman tient à son format (à peine plus de cent cinquante pages) et à son rythme. On ne s’ennuie pas, on a juste envie de tourner les pages, l’enquête avance en posant les briques de l’intrigue, en développant chaque élément, personnage et situation, dans une région en apparence si tranquille mais dans laquelle il faut résoudre de bien sombres mystères. Les personnages sont bien campés, leur passé émerge des conversations, les relations se tissent, et on espère les retrouver pour mieux les découvrir. Ce premier opus est comme un avant-goût de ce que pourrait être une série installée dans le sud-ouest avec cette nouvelle équipe d’enquêteurs. Voilà donc un polar à mettre dans son sac de voyage, car il sera l’assurance d’un bon moment de détente cet été. Que demander de plus !

J’en profite pour vous emmener faire un tour à Pau !

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Catalogue éditeur : Éditions Cairn

Un étrange cliché. Le corps chez lui  d’un homme sans vie. L’été s’annonce suffocant dans la cité Paloise. Et le commissaire Holtan ignore encore que le jeu ne fait que commencer…1, 2, 3 sommeil!
Dans son bureau du commissariat central de la rue O’Quin à Pau, le commissaire Jens Holtan peine à sortir de sa longue hibernation. Les affaires se suivent et se ressemblent, maussades et ennuyeuses comme les après-midi de pluie sur le Béarn.
Ce qu’il ne peut deviner, c’est que dans moins d’une minute, le lieutenant Inès Nieves va surgir dans son bureau.
Dans l’enveloppe qu’elle déposera, l’attend la photographie d’un corps inerte. Un notable du coin. Sans vie.
Un corps allongé dans une posture étrange, à même le cuir fauve de son canapé de standing.
Et s’il n’était que le premier de la liste…
Sur la ville prête à sombrer dans la torpeur de l’été, un vent de panique s’apprête à tout balayer.

Type de brochure: 12 x 18 / Nombre de pages 158 / Code ISBN/EAN : 9782350684116 / Date de parution 22 mars 2016

La ville haute. Eliane Serdan

Dans « La ville haute » deux solitudes se rencontrent, deux exilés se comprennent, et Éliane Serdan nous offre un court roman empreint de poésie et de nostalgie.

Hiver 1956, dans le sud de la France, Anna a quitté Beyrouth avec ses parents. Elle vit dans la tristesse et la solitude ses premiers mois d’exil. Sans comprendre pourquoi elle a quitté son Liban chaleureux et solaire, ni accepter l’isolement que cela implique.

Un soir de pluie, sur le chemin du retour de cette école où elle se sent si étrangère et terriblement isolée, elle s’égare dans le village et rencontre un homme lui aussi étranger. Rencontre improbable car aucun des deux ne va se parler, Anna va fuir, aucun ne sait qui est l’autre. Mais cette rencontre est un catalyseur pour Pierre qui va se réveiller d’une vie d’insatisfaction. Il va enfin comprendre que cette petite fille fragile lui en rappelle une autre qu’il a cherché toute sa vie, Anouche, la fille de sa nourrice, avec qui il a été élevé, et qu’il a perdue, là-bas, sur les bords de la mer Noire.

Alternant les points de vue de Pierre puis de Anna, « La ville haute » est un roman très poétique, avare de mots superflus. Éliane Serdan dit le principal en peu de phrases et peu de pages, et son roman se lit dans un souffle, malgré la puissance des sujets abordés. Car dans cette ville haute, on souffre d’exil, de solitude et de chagrin. Le roman évoque également le sort dramatique des arméniens au bord de la mer noire, par phrases sobres mais tellement imagées que l’on ressent toute l’horreur du génocide. Il y a aussi le désespoir des immigrés, même si ceux-ci, arrivant du Liban, sont déjà français. Ils ne sont pourtant pas d’ici et devront apprendre à vivre et à s’intégrer. Il y a enfin toutes les difficultés de l’enfance évoquées à demi-mots, tristesse et abandon, espoir et renouveau. Il y a surtout la beauté d’un paysage, des champs d’oliviers, de la neige qui recouvre le paysage de son blanc manteau, dans sa beauté éphémère et scintillante, et qui rivalise avec les paysages éclatants de soleil du Liban ou de Turquie.

Quand je regarde les couvertures safranées de cette maison d’édition (qui me semblent très  « scolaires ») je n’imagine pas la qualité de ses romans et de ses auteurs. En tout cas, c’était mon impression jusque-là ! Et là je dois avouer que j’ai beaucoup aimé « La ville haute » !


Catalogue éditeur : Serge Safran

Hiver 1956. Dans une petite ville du sud de la France, Anna, une fillette arrivée du Liban, vit ses premiers mois d’exil.
Un soir de pluie, elle se réfugie sous le porche d’une maison. Un homme est là. Pierre. Lui aussi étranger. Seul, fragilisé par la perte de son métier de relieur à la suite d’une mutilation de la main. Resurgissent pour lui les fantômes d’un passé qu’il a cherché à oublier toute sa vie. À l’âge de neuf ans, en Turquie, il a assisté à l’enlèvement d’Anouche, la fille de sa nourrice arménienne, qui a sans nul doute subi les pires outrages. Elle avait l’âge et le visage d’Anna. Cette coïncidence inattendue lui donne l’impulsion d’enquêter sur la disparition d’Anouche pour enfin apprendre la vérité.
La rencontre de ces deux êtres en exil permet à l’enfant d’échapper à la solitude et offre à l’homme la possibilité de se libérer du passé.
Un superbe roman sur l’exil et la beauté du sud en hiver, avec la neige sur les oliviers et en toile de fond, le souvenir nostalgique de la mer Noire.

En librairie le 7 avril 2016 / ISBN : 979-10-90175-47-1 / Format : 12,5 x 19 cm / Pagination : 172 pages / Prix : 15, 90 €