La téléréalité, Lourdes, Marie et moi, Maryel Devera

Le récit factuel et passionné d’une conversion

Depuis longtemps sur ma pile de livres à lire, il était temps que je me plonge dans ce récit. Ayant ma famille près de Lourdes, petite-fille de miraculée, ayant eu prêtres et religieuses dans la famille, et un père qui en fin de vie avait placé sa confiance en la vierge Marie de Lourdes, je suis pourtant assez septique en matière de religion. Être à l’écoute des autres, parler et tenter de connaître et de comprendre les spécificités des grandes religions, entrer dans une église ou une mosquée quand cela m’est possible, oui, bien sûr. Penser parfois, quand ça m’arrange sans doute, qu’il y a peut être là haut ou quelque part un architecte de cet univers dans lequel nous évoluons, pourquoi pas.

Pourtant, lire ce récit de Maryel Devera est une expérience assez étonnante. Comment quelqu’un qui évolue avec bonheur dans le milieu des médias, de la téléréalité, des paillettes et des faux semblants, en vient après un voyage à Lourdes à se poser des questions sur l’existence de Dieu. Voilà qui interpelle.

Elle y est venue accompagner des amis lors d’un pèlerinage, a fait ce que font de nombreux pèlerins en arrivant dans la cité mariale, prières, visite des églises, chapelet. Et l’incontournable visite à la grotte. Elle s’est assise devant la statue de Marie, qui est placée à l’endroit où Bernadette a eu les apparitions. Pourtant, ce sera une révélation, une fulgurante expérience qui va bouleverser sa vie. Et si Marie, et si Dieu, et si ….

Un récit intéressant en ce qu’il montre bien le parcours qu’à suivi Maryel Devera, du scepticisme le plus profond et le plus amusé à la recherche tous azimuts pour savoir, comprendre, les faits d’abord, apparition ici ou là, réalité des faits ou croyances arrangées pour plaire à Dieu et aux Hommes, puis cheminement intérieur vers une révélation de la foi en Dieu, portée par Marie.

Comme une pause dans sa vie, mais aussi comme un grand virage pour vivre enfin en conformité avec ce qu’elle a découvert. Être portée par cette croyance, cette religion qui est capable de changer les Hommes, de les faire s’aider, s’aimer, prier ensemble pour leur prochain, dans une forme de joie et de sérénité.

Lecteurs et septiques de tous bords, sachez que ce récit est étonnant et bouscule, amuse parfois, interroge souvent.

Retrouver Maryel Devera sur son site

Catalogue éditeur : MédiaPaul

Broché : 167 pages / 27 septembre 2018 / ISBN-10 : 271221496X / n°180 dans Témoins de la foi catholique 

…Et avec votre esprit, Alexis Laipsker

Un meurtre sauvage et un cerveau qui disparaît… un remake de la disparition du cerveau d’Einstein ?

Lorsque le professeur Toussant est sauvagement assassiné dans son laboratoire de Strasbourg et que son cerveau est volé, la commissaire Canelle Pourson comprend qu’elle n’aura pas la tâche facile. Quel individu est assez malsain pour tuer de sang froid et avec autant d’acharnement un scientifique reconnu et Prix Nobel de surcroît ? Elle doit surmonter la peur et le dégoût que lui inspire la violence de la scène de crime et tout faire pour trouver le coupable. Toutes ses équipes sont sur le pont pour résoudre l’affaire.

En parallèle, d’autres hommes disparaissent sans laisser de traces, puis son retrouvés, sains et saufs, mais avec une amnésie qui obère plusieurs jours de leur vie. Ils sont aux quatre coins du territoire, ne se connaissent pas, et s’avèrent être chacun dans son domaine les scientifiques les plus pointus du pays.

Le lieutenant Manon Masteraux, une belle femme franche et directe, exerce à Aix en Provence. Elle a trois disparitions à déplorer sur sa circonscriptions qui lui laissent à penser qu’il ne s’agit pas de faits isolés. A la DGSI, Simone Vairne, séduisant, dragueur et spécialiste du poker qu’il a pratiqué à haut niveau avant d’entrer dans le police, est lui aussi impliqué dans la résolution de ces énigmes.

Quel rythme, quel suspense, avec des personnages de flics comme on les aime. Mais aussi des méchants impossibles à cerner, qui est qui et qui fait quoi, scientifiques, tueur en série, l’œuvre d’un fou furieux, des Russes, ou d’une secte mystique illuminée, toutes les options sont plausibles, l’auteur nous balade tous azimuts. Le lecteur se laisse embarquer à un rythme effréné. C’est assez tordu pour qu’aucune piste ne semble plausible à mesure que l’on avance dans sa lecture. On s’y laisse prendre jusqu’au bout, baladé entre ces trois flics malins et acharnés à résoudre leurs enquêtes respectives. Ils nous entraînent au delà de la logique, vers de bien sombres chemins.

Un roman lu dans le cadre du jury du Prix Nouvelles Voix du Polar Pocket 2021

Catalogue éditeur : Michel Lafon, Pocket

Les esprits les plus brillants de la planète sont kidnappés. Machination, complot ou expérience scientifique ?

« Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène ! »
C’est sur ces mots de son assassin que, en pleine fac de Strasbourg, un Prix Nobel de chimie se voit férocement massacré et dépouillé – littéralement – de son cerveau. Quatre jours plus tard, dans la région lyonnaise, un célèbre physicien disparaît des radars.
Pour le lieutenant Vairne, pro du poker et obsédé de mathématiques, la probabilité qu’il s’agisse d’une coïncidence n’excède pas 15 %.
Probabilité que le carnage continue ? Sang pour sang…

Michel-Lafon Parution : 27/02/20 / Prix : 18.95 € / ISBN :9782749941325
Pocket EAN : 9782266313902 / Pages : 464 / 8.20 €

Signac, les harmonies colorées

Paul Signac (1863 – 1935) maître du paysage et théoricien du néo-impressionnisme.

J’ai eu le plaisir de visiter cette belle exposition au Musée Jacquemart-André et de mieux connaître l’œuvre et les évolutions du style de Paul Signac (1863 – 1935).

En parallèle aux 25 toiles de l’artiste, avec par exemple Avant du Tub (1888), Saint-Briac. Les Balises (1890), Saint-Tropez. Après l’orage (1895), Avignon. Matin (1909) ou Juan-les-Pins, Soir (1914) et ses superbes aquarelles, l’exposition proposait aussi des œuvres de ses contemporains, Georges Seurat, Camille Pissarro, Maximilen Luce, Théo Van Rysselberghe, Henri-Edmond Cross, Louis Hayet, Achille Laugé, Georges Lacombe et Georges Lemmen.

Le visiteur pouvait suivre un parcours chronologique qui lui permettait de retrouver les premiers tableaux impressionnistes de Signac et l’influence évidente de Claude Monet, puis la rencontre avec Georges Seurat en 1884 et son changement de style, enfin ses œuvres très colorées du XXe siècle.

À travers la vie et l’œuvre de Signac on comprend mieux son travail de libération de la couleur, et l’histoire du néo-impressionnisme.

La relique du chaos, Giacometti et Ravenne

Sur fond de montée du nazisme, la quête des Swastikas sacrées

C’est le troisième tome de la saga du Soleil noir, il peut se lire indépendamment des deux autres grâce à la synthèse proposée au début du roman. Même s’il semble évident que se familiariser avec les différents protagonistes aiderait grandement le lecteur à se faufiler dans les méandres de l’histoire en marche.

Juillet 1942. l’Angleterre comprend qu’elle ne sera pas envahie, mais le front russe est fortement secoué par les armées du Reich. Trois personnages principaux évoluent dans ce contexte bien sombre. Tristan Marcas d’abord, cet agent double qui évolue du côté des nazis mais n’oublie pas tenir le SOE au courant de ses activités et de ses recherches. Laure d’Estillac, une espionne qui travaille en étroite relation avec le Commander Malorley. Enfin Erika, totalement détestable dans son attitude envers Tristan, mais dont on se demande quel jeu elle joue réellement.

Sur fond de montée du nazisme, les différents protagonistes combattent chacun à sa façon mais tous ont le même but ultime, retrouver les Swastikas sacrées.

Si la croix gammée est un fort symbole nazi, Hitler n’a rien inventé et a utilisé un symbole vieux de plusieurs siècles, la Swastika. On les retrouve ici sous la forme d’un trésor composé de plusieurs Swastikas cachées dans différents pays, trésor devrait aider celui qui les trouvera à remporter la victoire.

Giacometti et Ravenne ont l’art de savoir maintenir le suspense et d’y mêler certains faits avérés et historiques. La traque aux espions doubles, la chasse aux juifs, aux francs-maçons et aux communistes déportés vers les camps de concentration. Le relations entre les grands dictateurs de l’époque, mais aussi la place de Staline ou de Roosevelt, leur jeu dans l’échiquier mondial, la place des Romanov en Russie, sont évoquées à travers la traque de cette relique issue du trésor des tsars et que chacun convoite ardemment.

J’ai trouvé l’intrigue et les personnages intéressants mais il m’a manqué de les suivre sur plusieurs tomes pour m’y attacher et mieux les connaître. Malgré cela, voilà un thriller bien construit, au suspense garanti, avec qui plus est un fond de vérité historique bien expliqué à la fin du roman.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, JC Lattès

Juillet 1942. Jamais l’issue du conflit n’a semblé aussi incertaine. Si l’Angleterre a écarté tout risque d’invasion, la Russie de Staline plie sous les coups de boutoir des armées d’Hitler. L’Europe est sur le point de basculer.
À travers la quête des swastikas, la guerre occulte se déchaîne pour tenter de faire pencher la balance. Celui qui s’emparera de l’objet sacré remportera la victoire. Tristan Marcas, agent double au passé obscur, part à la recherche du trésor des Romanov, qui cache, selon le dernier des tsars, l’ultime relique. À Berlin, Moscou et Londres, la course contre la montre est lancée, entraînant dans une spirale vertigineuse Erika, l’archéologue allemande, et Laure, la jeune résistante française.

Le Livre de Poche : 480 pages / Date de parution: 14/04/2021 / EAN : 9782253258261 / 8,40€

JC Lattès : 450 pages / EAN 9782709663366 Prix du format papier 22,00€ / EAN numérique 9782709663519 / Prix du format numérique 7,99€ / Date de parution 03/06/2020

Que sur toi se lamente le Tigre, Émilienne Malfatto

En Irak, la tragédie inexorable du crime d’honneur par ceux qui la perpétuent

Elle vit en Irak, de nos jours, sur les bords du Tigre. C’est une jeune femme amoureuse qui a cédé à son futur mari avant son départ au combat. Cela aurait pu être une belle histoire ailleurs ou en d’autres temps. Mais alors que Mohammed meurt sous les bombes, leur instant de bonheur fugace a porté ses fruits et elle attend un enfant.

Quel bonheur ! Non, quelle catastrophe, car cette vie qui pousse en elle signe son arrêt de mort. L’honneur est plus important que la vie. Chez nous mieux vaut une fille morte qu’une fille mère

Chacun à son tour, les différents protagonistes de cette triste mais contemporaine et implacable histoire vont émettre leur avis sur cette situation qu’aucun d’entre eux ne tentera de stopper : le décès annoncé, ou plutôt le meurtre annoncé, par le frère aîné, de celle qui pourrait apporter l’opprobre sur la famille.

Le crime d’honneur, cette tradition d’un autre temps est une réalité sanglante qui a bien court de nos jours dans le secret des familles. Parce que la tradition, parce que l’honneur, parce que la honte, aucun ne s’y oppose, aucun ne compatit. La mère, la petite sœur qui devra oublier jusqu’au nom de celle qui doit disparaître, Baneen la belle sœur qui vit en totale conformité avec les règles et n’interviendra pas, c’est évident. Le jeune Ali, ce frère aussi lâche que faible qui condamne mais ne fera rien, ne dira rien, n’empêchera rien. Amir, le frère aîné, tient son rôle, celui du meurtrier en puissance, Mohammed le jeune amant mort au combat. Et elle, celle par qui le scandale pourrait arriver, celle qui a fauté et accepte son sort avec fatalisme, se demandant si elle aurait aimé vivre, aimé cet enfant, aimé cet homme. Un seul d’entre eux, Hassan, bien trop jeune, se demande quelle aurait été ou que serait sa réaction s’il avait quelques années de plus et le droit à la parole.

Et toujours fidèle, le Tigre charrie sur ses eaux la mémoire, les regrets, les silences.

Un roman bref mais puissant, des phrases courtes et percutantes qui disent tout en si peu de mot. Les traditions, les sentiments, les regrets et les contraintes, l’espoir et la résignation, dans ce pays où la loi des hommes est toute puissante. Le code d’honneur est une atrocité et les femmes sont ses victimes, hélas encore bien trop souvent aujourd’hui. À lire, à faire lire, à partager.

Catalogue éditeur : Elyzad

Dans l’Irak rural d’aujourd’hui, sur les rives du Tigre, une jeune fille franchit l’interdit absolu: hors mariage, une relation amoureuse, comme un élan de vie. Le garçon meurt sous les bombes, la jeune fille est enceinte: son destin est scellé. Alors que la mécanique implacable s’ébranle, les membres de la famille se déploient en une ronde d’ombres muettes sous le regard tutélaire de Gilgamesh, héros mésopotamien, porteur de la mémoire du pays et des hommes.
Inspirée par les réalités complexes de l’Irak qu’elle connait bien, Émilienne Malfatto nous fait pénétrer avec subtilité dans une société fermée, régentée par l’autorité masculine et le code de l’honneur. Un premier roman fulgurant, à l’intensité d’une tragédie antique.

EAN : 9789973581228 / 80 pages / 03/09/2020

La chaîne, Adrian McKinty

Jusqu’où seriez-vous prêt à aller pour sauver votre enfant ?

Rachel se remet à peine de son divorce et de son cancer, lorsqu’un appel téléphonique vient bouleverser sa vie. Kylie, sa fille adorée, vient d’être enlevée alors qu’elle partait pour le collège. Si elle veut qu’elle ait la vie sauve, elle doit respecter les règles que lui impose La Chaîne, payer une rançon mais surtout enlever à son tour un enfant.

Ensuite, la chaîne devra continuer encore et toujours, dans le plus grand secret, sinon les représailles seront implacables et dramatiques. Dans ce jeu de vie et de mort, aucun maillon faible possible sinon tout s’écroule.

Un enfant est enlevé, un autre est libéré, une technique inspirée par celle d’un cartel mexicain qui voulait qu’un otage puisse être remplacé par quelqu’un de sa famille. Mais technique poussée à l’extrême par La Chaîne qui utilise tous les sentiments, les peurs, les faiblesses des hommes et des femmes auxquels elle s’attaque pour obtenir leur soumission complète.

Sur 480 pages, le rythme, les personnages et l’intrigue nous entraînent dans les noirceurs de l’âme humaine, mais aussi au plus près des sentiments forts qui unissent parents et enfants. Utilisant comme arme suprême cet amour absolu, le mal peut s’infiltrer et demander n’importe quel sacrifice. La tension monte, le lecteur tourne les pages avec intérêt jusqu’au dénouement final. Un petit bémol peut-être sur la seconde partie un peu trop évidente et rapide, mais le résultat est là, un thriller efficace et rythmé, dérangeant et surprenant.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Fayard/Mazarine

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Reignier.

« Il faut que vous gardiez votre calme et que vous m’écoutiez très attentivement. Il faut que vous procédiez exactement comme je l’ai fait. Vous devez prendre note de toutes les règles et vous avez l’obligation de vous y tenir. Si vous violez une seule de ces règles ou appelez la police, cela retombera sur vous et cela retombera sur moi. Votre fille sera tuée et mon fils sera tué. Alors notez bien tout ce que je vais vous dire. »
À l’autre bout du fil, une voix inconnue annonce à Rachel qu’elle a kidnappé sa fille. Pour qu’elle soit libérée, Rachel doit enlever l’enfant de quelqu’un d’autre.Car son enfant ne sera relâchée que quand les parents de sa cible auront à leur tour enlevé un enfant et transmis les mêmes ordres. Chacun devient victime, ravisseur, criminel. Voilà comment fonctionne et se perpétue la Chaîne indéfiniment.

8,40€ / 480 pages / Date de parution: 10/03/2021 / EAN : 9782253103981

À 20 heures sur le quai, Léa Wiazemsky

D’un drame, faire émerger la lumière. Un roman délicat et sensible

Léa Wiazemsky a l’art de transformer un événement dramatique en une révélation, la vie est belle et mérite que chacun essaie de la vivre au mieux. Bien sûr, d’aucuns pourront trouver que tout ceci est bien positif, un peu trop peut-être. Et pourtant, frôler la mort de près peut aussi avoir des répercussions positives sur nos vies, et nous permet parfois de savoir qu’il faut profiter de chaque instant car tout est éphémère.

Tous les samedis matin depuis quelque semaines, ils se retrouvent sans se connaître dans le même wagon du métro, à la même heure. Liviu, un jeune musicien, est le témoin attendri de leur amour naissant. Car lorsqu’ils se regardent, il en tombe immédiatement amoureux, mais ni l’un ni l’autre n’ose faire ce premier pas qui leur permettrait de dévoiler leurs prénoms, leurs vies, leurs envies. Aujourd’hui, c’est décidé, il va lui parler. Mais ils n’ont que quelques secondes, un appel lui enjoint de quitter immédiatement le métro pour rejoindre sa librairie. Le temps de se dire à 20 heures sur le quai, le temps d’un prénom, Raphaël.

Puis tout explose, un attentant dans le métro, des rescapés qui tentent d’échapper au carnage, des blessés pris en charge par les secours, des survivants, de nombreuses victimes.

Le lecteur suit quelques personnages aux parcours très différents mais qui tous à un moment se rejoignent sur le quai, dans la station, dans le wagon. Il y a Raphaël bien sûr, et son inconnue que l’on va très vite apprendre à connaître.

Mais aussi Nina, une vieille dame qui part rejoindre son amie. Il pleut, pas de taxi, elle s’engouffre dans le métro.
Estelle, une petite fille très sérieuse et sage. Pour la première fois, Christiane sa mère l’autorise à prendre seule le métro pour se rendre à son cours de danse avant le spectacle de ce soir. Elle est heureuse et excitée à la fois, un peu stressée quand même par cette responsabilité nouvelle qui lui incombe. Intimidée, elle s’assoit à côté de cette mamie qui lui semble tout à fait respectable et rassurante.
Christian, un SDF pas comme les autres. Jamais une goutte d’alcool, enfin plus jamais depuis celles qui ont causé cette déchéance qui l’oblige à vivre en marge de la société. Il aime par dessus tout la littérature, il déniche régulièrement des romans dans les poubelles de la librairie toute proche. Nicole, une vendeuse très respectable de chez Gibert Jeune le rejoint souvent. Ils s’assoient près de la fontaine Saint-Michel et parlent littérature, elle lui donne quelques livres. Une forme d’amitié qui ne dit pas son nom est en train de naître entre ce deux personnes qui ont tant en commun malgré les apparences.
Liviu, l’accordéoniste du métro. Pour une fois il joue particulièrement bien de son instrument (ceux qui comme moi ont eu envie de se boucher les oreilles en entendant le fausses notes de certains comprendront!). C’est aussi un émigré roumain qui rêve de la vie normale d’un jeune homme de 17 ans.

Autour d’eux gravitent amis, famille, amoureuse ou fiancé, médecins, secours, clochards, qui sans nous faire perdre le fil de l’histoire donnent de la densité à l’intrigue.

L’écriture est fluide, sensible et délicate. L’autrice a joué la carte de l’optimisme même si celui-ci est parfois teinté de chagrin, de tristesse, de douleur, mais il est toujours tourné vers une lumière qui réconforte. Avec une grande tendresse pour ses personnages, elle nous propose une histoire positive, heureuse et toujours bienveillante.

Peut-être me direz-vous qu’être victime ou témoin d’un attentat, d’un drame ne peut pas laisser indifférent, et l’on peut s’en sortir, certes, mais difficilement et à quel prix parfois. Alors tant pis si certaines situations ne sont pas tout à fait crédibles, c’est aussi le privilège d’un auteur de choisir la façon dont il nous en parle et c’est tant mieux. Ce qui est sûr, c’est que j’ai lu ce roman d’une traite, comme une respiration faite de légèreté, de résilience, d’humanité. Une lecture que je vous conseille pour l’été. J’ai aimé que l’on me montre le côté positif de la vie, une heureuse initiative.

Catalogue éditeur : Michel-Lafon

Tous les samedis matin, d’un accord tacite, une jeune femme et un jeune homme se retrouvent dans une rame de métro, et, le temps d’une poignée de stations, se dévorent des yeux. Leur dialogue silencieux se joue sur les airs d’accordéon de Liviu, un jeune musicien témoin de leur amour naissant. Mais aujourd’hui, c’est décidé, il ira lui parler. Quelques mots, un rendez-vous donné, et déjà il doit quitter son inconnue dont il ne connaît même pas le nom. Et puis, c’est le chaos. L’épaisse fumée qui sourde des entrailles plonge à nouveau Paris dans la désolation. Ceux qui se relèvent s’en trouvent à jamais changés, conscients que la vie est précieuse et l’amour, salvateur. Lui n’a plus qu’une chose en tête, retrouver celle dont le cœur est rivé au sien.

Parution : 27/05/21 / Prix :17.95 € / ISBN :9782749945330

Montagnes Russes, Gwénola Morizur, Camille Benyamina

Vouloir être parents à tout prix, est-ce possible ?

Être parents à tout prix n’est pas donné à tous les couples. Le parcours peut s’avérer long, difficile et sans issue heureuse.

Aimée et Jean ne le seront sans doute jamais, malgré leur désir fou d’avoir un enfant, malgré leur amour si fort, malgré la science et ce qu’elle peut parfois apporter pour aider une nature trop capricieuse. Pour eux, point de FIV, de maternité heureuse, de ventre arrondi et de layette à choisir. Ni la nature ni le progrès et ses évolutions ni pourront rien. Il y a parfois bien des tensions dans ce couple si uni malgré l’épreuve, bien des regrets face à l’échec.

Aimée travaille dans une crèche. Un métier qu’elle aime, des enfants auxquels parfois elle s’attache. Comme avec ce petit Julio si craquant que sa mère a bien du mal à gérer. Une succession de retards et de manque d’attention de la part de sa mère, et Aimée commence à s’occuper un peu trop de ce petit garçon. Une forme d’amitié va même s’esquisser entre les deux femmes. Mais comme pour les montagnes russes, elle oscille entre confiance, défiance et jalousie, et bientôt les complications s’annoncent…

La douceur ou l’énergie du dessin et des couleurs, le graphisme dynamique et parfois sombre, mais surtout les situations qui semblent tellement justes, réalistes et humaines donnent une cohérence et un rendu particulièrement touchants. Le parcours du désir d’enfant, les espoirs déçus, la tristesse et la résignation, sont très bien décrits et aident à mieux comprendre ceux qui traversent une telle épreuve.


Catalogue éditeur : Grand Angle

Une histoire d’amour et d’amitié : de celles qui nous prennent par surprise, nous oxygènent et nous métamorphosent.  
Aimée et Jean rêvent d’avoir un enfant. C’est devenu une idée fixe et les échecs successifs de procréation médicalement assistée sont de plus en plus durs à accepter. Dans la crèche où Aimée travaille, elle fait la connaissance de Charlie, qui élève seule ses trois enfants, et vient inscrire Julio, son petit garçon. Lorsqu’Aimée prend sous son aile l’enfant de Charlie, un lien se tisse entre elles, plus grand et plus fort qu’elles ne l’auraient imaginé. Une histoire qui nous entraîne sur les montagnes russes, dans ces hauts et ces bas qui ressemblent à la vie, et les sensations fortes qui les accompagnent.  

Scénario : Gwénola MORIZUR Dessin, Couleur : Camille BENYAMINA

Paru le 02 Juin 2021 / 16,90 € / 80 pages / ISBN 978-2-81897-600-5

Parler à ma mère, David Allouche

Entre humour et dérision, l’amour d’un fils pour sa mère juive

Itsak Haïm est un père de quarante ans qui s’occupe exclusivement de son fils, et joue au tennis quand ce dernier est à l’école.

Sa femme ? Elle a disparu semble-t-il sans qu’on sache trop où elle se trouve. Emma était un véritable coup de foudre, la femme de sa vie, celle qui deviendrait la mère de son fils, et qu’il devait épouser. Lui le juif, le Ben Israël comme l’appelait sa mère, a osé s’opposer à la tradition familiale et se marier avec une goy. Depuis, il n’a plus jamais revu ses parents, mais régulièrement sa mère lui adresse des lettres pour ne pas briser le lien indéfectible qui existe entre une mère et son fils, qui plus est entre une mère juive et son fils.

Aujourd’hui, il franchi la porte d’un psy qui exerce tout près de chez lui, car il ressent le besoin de parler, de l’absence de sa femme, qu’il avoue avoir tuée, mais surtout de l’absence de la mère, l’indispensable Marie-Rose toujours parfumée de senteurs de rose, vêtue d’une écharpe rose, et qui a toujours su lui donner l’amour dont il avait besoin.

Il ne travaille pas, s’occupe de son fils, mais cherche désespérément l’amour qui s’est enfui, l’amour maternel qui protège. Il voudrait tant revoir la mère absente que finalement, à chaque séance chez son psy, il parle bien plus d’elle que de son épouse disparue. Peu à peu, son histoire se déroule et avec elle surgissent tous les chagrins, les oublis et les pardons, toutes les rancœurs et les attentes non satisfaites, tous les regrets.

Comment vivre loin des siens quand leur amour vous est autant indispensable. Car la question est bien de savoir comment se passer de sa mère, et de cette mère juive par excellence, celle qui console et parfois bouscule, qui materne et aime, protège. Celle sans qui on ne serait pas l’homme que l’on est devenu ?

Ce que j’ai aimé ?

Le côté décalé du personnage, désespéré, réaliste, seul, empli de regrets, mais non dénué d’un humour à la fois grinçant et décapant. De cet humour qui dit les choses que l’on a envie de se cacher à soi-même mais qui empêchent d’avancer. Un personnage qui ne se prend pas toujours au sérieux mais qui sait qu’il doit avancer pour évoluer, avouer pour oublier et repartir d’un bon pied.

Et ce joli clin d’œil en passant aux lettres et à la mère de Romain Gary, à ces mères à la tendresse infinie qui savent à quel point leur fils à besoin d’elles et qu’elles ne doivent pas encore le laisser se débrouiller seul, même à quarante ans passés.

Catalogue éditeur : Balland

“Si vous me demandez de parler de maman, je ne vous dirai rien. Je n’ai en tête ni la plante vulnéraire, ni la senteur des fleurs jaunes, ni le goût de fenouil mêlé à l’anis vert. Je me souviens que j’avais offert, une couronne de jasmin à la femme que j’aimais. Je regarde encore souvent cette photo où Emma me sourit gênée dans son manteau bleu Klein, en drap de laine fin, court, au toucher velours.” 

Parler à ma mère raconte l’histoire tendre, mélancolique et humoristique d’un milieu de vie : un quarantenaire se retrouve sans désir suite au départ mystérieux de sa femme. Il arrête alors de travailler et décide de se consacrer au tennis et à son fils de 6 ans. Quand il va voir un psychanalyste, il s’aperçoit qu’il ne lui parle pas de sa femme mais de sa mère. Ces séances avec le psy le remettront-elles en mouvement ? 

David Allouche est économiste et conférencier. Après avoir enseigné pendant dix ans la finance de marché à l’ESSEC et à l’université Paris Dauphine, il intervient désormais à Sciences Po Paris. Il est diplômé de Télécom ParisTech, de l’ESSEC et du master de Finance de marché de l’université Panthéon Sorbonne. Il est l’auteur de Marchés financiers, sans foi ni loi ? (PUF) et de La kippa bleue (Romans Eyrolles)

EAN 9782940632701 / Date de parution 24 Juin 2021 / 154 pages / 13,00 €

Ceux qui sont restés là-bas, Jeanne Truong

Le récit poignant de survivants du Cambodge de Pol Pot

Cambodge, 1978. Son époux et sa fille ont été tués par les Khmers Rouges. Elle n’a qu’une issue, fuir le pays avec Narang, son fils de six ans, jusqu’à la frontière avec la Thaïlande.

Si Narang est devenu muet suite à la mort des siens, sa mère quant à elle n’arrivera jamais à surmonter la douleur de leur perte. Car c’est aussi celle de milliers de cambodgiens qui ont perdu la vie par la folie et la volonté d’un homme. Au milieu de la jungle, dans une nature hostile et sauvage, sur les sentiers piégés par les Khmers Rouge, à la merci des passeurs indélicats, des profiteurs, des voleurs et des violeurs, leurs chances de survie sont infimes.

Ce seront des jours de marche et d’angoisse, de faim et de soif, de terreur, entourés de morts et d’appels à l’aide, de cris et de pleurs, pour arriver enfin jusqu’aux camps situés à la frontière. Là, les rescapés sont parqués, isolés, en marge du pays voisin qui hélas n’a rien d’ami en cette période pour le moins trouble. Car si certains parmi eux savent tant les exactions perpétrées par Pol Pot et ses armées que les massacres envers une population dont il faut anéantir la moindre racine, à ce moment-là, les thaïlandais ne font rien pour aider les rescapés.

Comment revivre, comment simplement survivre quand on a tout perdu, que l’on est conscient des horreurs que peuvent commettre les hommes et surtout de la fragilité de la vie. Comment vouloir continuer, même pour l’amour d’un enfant, quand face à tant d’atrocités on sait que l’on a tout perdu. Comment enfin grandir et vivre quand son enfance est synonyme de peur et de mort. Les questions sont posées, le contexte est enfin révélé, mais aucune réponse n’est donnée, comment cela serait-il possible d’ailleurs.

Le texte est profond, terrible aussi lorsqu’il ose dire ces massacres dont on n’avait si peu entendu parler, la traîtrise du pays voisin, le manque d’action des associations, puisque très peu de rescapés seront sauvés par la croix rouge ou les instituions internationales. Mais il y a aussi ces moments d’entraide et de partage, rares mais réels, qui permettent de rester en vie. Il en aura fallu du temps pour que le monde se réveille en réalisant les atrocités commises au Cambodge contre son peuple par son peuple.

Un roman qui remue et bouleverse, et nous dit une fois de plus qu’il ne faut jamais oublier ce dont l’homme est capable. La nature luxuriante et pourtant si dangereuse y tient une place prépondérante, et la terreur exercée par Pol Pot sur son peuple se ressent dans chaque fibre, chaque brin d’herbe, chaque mouvement et chaque pleur. J’ai souffert avec Narang, cet enfant bien seul qui a si mal débuté sa vie, incapable d’aimer ou de s’ouvrir à l’autre.

Impossible de ne pas penser en le lisant au roman de Guillaume Sire Avant la longue flamme rouge.

Catalogue éditeur : Gallimard

Il aurait fallu rester jusqu’à la fin. Il aurait fallu mourir. Avoir quitté les lieux avant les autres, c’est être coupé de l’Histoire. Je suis entré dans le noir qu’on appelle la survie. Je n’ai pas vu de mes yeux jusqu’au bout, je n’ai pas payé de ma vie comme les autres. Cependant, si l’enfance détermine tout, alors je suis un enfant des camps.
1978. Narang a six ans. Il fuit le Cambodge avec sa mère. Comme une foule d’autres rescapés, tous deux tentent de rejoindre la Thaïlande. Épuisés par des jours de marche, harassés par la faim et la soif, ils sont parqués dans un camp à leur arrivée. Cela aurait pu être la fin de leur tragédie. Mais ça ne sera que le début d’une autre. Fulgurante, celle-ci.
Jeanne Truong restitue avec force et pudeur l’horreur du cauchemar cambodgien. Elle revient sur un épisode méconnu de cette période sanglante. Le récit de Narang, habité par les obsessions qui hantent les survivants, est saisissant de vérité et d’humanité.

Parution : 14-01-2021 / 272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072888045 / 20,00 €