Les autres fleurs font ce qu’elles peuvent, Alexandra Alévêque

Quand protéger les enfants crée des blessures si longues à guérir, un premier roman témoignage émouvant, qui évoque le deuil et les secrets de famille

Violette à dix ans en 1982 quand la vie bascule, son père adoré est malade. Instituteur, fumeur invétéré, papa sérieux et mari aimant, il est un père vite idéalisé. Ses deux frères sont partis à la ville étudier, elle reste seule à la maison avec Jeanne, sa si jolie maman.

Quand la maladie arrive, brutale, au diagnostic mal posé, le silence s’installe autour d’elle. Violette n’attend rien si ce n’est le retour de son papa. Pourtant, elle est mise à l’écart. Selon une théorie fausse qui veut que l’on doit protéger les enfants dans certaines situations douloureuses, elle sera même envoyée en vacances chez des amis.

Le roman alterne deux époques, les années 80, avec la maladie et ses conséquences dans  l’entourage familial. Puis 2009 et après, quand quarante ans plus tard, cette blessure la touche encore et que son travail de deuil n’est toujours pas accompli.

Un roman émouvant, où les choses sont dites avec douceur et réalisme. C’est à la fois vivant et triste. En parallèle du drame familial il y a les souvenirs heureux d’une enfance passée dans une famille aimante, l’école, les copines, les rêves. L’incompréhension face à une situation douloureuse que l’enfant n’est peut-être pas prête à entendre, et la réaction de la famille, puis le travail de la femme d’aujourd’hui, sa vie depuis et comment on se construit dans l’absence et le silence.
Une jolie lecture malgré le thème qui aurait pu être pesant. Un auteur que je découvre avec grand plaisir.

Catalogue éditeur : Sable Polaire

Violette vit dans un monde idyllique entre ses parents, et ses deux frères. Un jour d’octobre 1982, ce doux quotidien se trouve chamboulé. Son papa, alité depuis quelques jours à cause de maux de tête, est emmené à l’hôpital. Quand Violette comprend que cette vie sans heurts est en train de prendre une sale tournure, une multitude de questions la hante : peut-on mourir d’un mal de crâne ? Combien de temps vont rester tous ces gens à pleurer dans le salon ? Et pourquoi passent-ils leur temps à écouter une cassette audio ? Vingt-sept ans plus tard, Violette est une femme obsédée par une pensée : elle doit absolument récupérer cette satanée cassette.

Date de parution 21/08/2019 / 20cm x 13cm / Nombre de pages : 128 / EAN : 978-2490494606

Lady Mary, Danielle Digne

Femme libre toujours tu chériras…  la mer, ton époux, ta condition ? Danielle Digne nous fait découvrir Lady Mady, une femme remarquable dans l’Angleterre du XVIIIe siècle

A cette époque, la condition féminine est une expression sans doute taboue, ou du moins qui n’a pas lieu d’être. Puisque chacun le sait bien, la condition optimum que puisse rêver une femme est d’être d’abord une épouse modèle, puis une mère attentive, enfin une femme soumise et discrète, ne se formalisant pas si son mari à quelques élans du cœur ou du corps en dehors de la cellule familiale. Ceci étant entendu, quelle jeune fille de bonne famille raisonnable irait à l’encontre de ce postulat ?

Eh bien, Lady Mary fut l’une d’elle. Rebelle, souhaitant apprendre les langues et les sciences et pas seulement la couture ou le piano, être instruite et capable de disserter, réfléchir, échanger avec ses pairs, et surtout avec les hommes qui l’entoure ; elle souhaite aussi choisir son mari et non approuver celui qui devrait lui être imposé pour satisfaire aux désidératas d’un père. De ces pères qui arrangent souvent avec le mariage de leurs filles leurs affaires et la pérennité ou l’extension de l’héritage familial.

Lady Mary est belle comme le jour. Intelligente et cultivée, elle apprend à lire et le latin seule dans la bibliothèque paternelle. Il n’en faut pas moins pour devenir une héroïne hors du commun. Lady Mary est amoureuse, mais le mari qu’elle convoite ne sied pas à son père. Qu’importe, elle va fuir avec celui qu’elle a choisi, quittant son confort et sa dot. Elle épouse l’homme qu’elle aime, Edward Montaigu.

Pourtant, elle déchante vite, et celui qui l’a parée de tous les compliments a tôt fait de l’ignorer, y compris lorsqu’ils partent en Turquie, puisqu’il est nommé ambassadeur à Constantinople pour cinq ans.

Lady Mary s’y intégrera rapidement et s’y révèlera fin stratège. Elle fera la connaissance des femmes de la haute société locale, tentera de vivre comme elles et s’intéressera de près à la condition féminine dans l’islam. Curieuse, attentive, intelligente, elle saura également conseiller finement ce mari qui ne comprend goute aux us et coutumes du pays.

Pendant son séjour, elle va écrire des lettres à ses relations restées en Angleterre. Ce seront ses Turkish Ambassy letters, qui à l’instar de celles de Madame de Sévigné, nous en apprennent beaucoup sur la civilisation qui l’entoure et sur ses habitudes. Harem, épouses multiples, mais aussi place et importance de la femme auprès des décideurs, et liberté de celles-ci, rien ne lui échappe.

Toute sa vie, elle osera, expérimentera, ira au contact des autres pour tenter de les comprendre, sera même un des précurseur de la technique d’inoculation de la variole, qu’elle a testé sur son propre fils en Turquie.

Voilà un roman biographique fort intéressant. Ici, point de rebondissement spectaculaire ou de personnages attachants ou repoussants. Mais par contre une vérité historique évidente et bien retranscrite, sur une époque, des mœurs qui nous apparaissent clairement pour ce qu’ils sont.

Lady Mary, roman plus factuel que romanesque, nous fait passer  un excellent moment de découverte et d’histoire. Les chapitres courts donnent le tempo et incitent le lecteur à tourner les pages. Le personnage de Lady Mary m’a fortement intéressée et donné envie de connaitre sa vie.

Catalogue éditeur : Le Passage

En ce début du XVIIIe siècle, dans une Angleterre figée dans ses traditions, une jeune femme se rebelle. Aristocrate érudite, réputée pour sa beauté et son esprit, Lady Mary est l’une des premières à critiquer l’attitude de ses contemporains envers les femmes et à remettre en cause ce qu’on appelait « les mariages de convenance ». Elle donne l’exemple en s’enfuyant avec l’homme qu’elle aime, Edward Montagu.
Amie des écrivains les plus distingués de son temps, elle est célèbre pour ses Turkish Embassy letters, des lettres écrites de Turquie où elle a suivi son mari, nommé ambassadeur à Constantinople. Au-delà du tableau des mœurs raffinées de la cour ottomane et des harems, elle constate que, paradoxalement, les femmes turques sont parfois plus libres que celles de la noblesse anglaise.
À son retour d’Orient, toujours curieuse des nouveautés médicales et scientifiques, c’est elle qui imposera à Londres le traitement de la variole par inoculation, technique qu’elle avait découverte en Turquie et expérimentée sur son fils.

Danielle Digne est l’auteur du Joaillier d’Ispahan et de La Petite Copiste de Diderot. Avec Lady Mary, elle fait revivre la personnalité d’une femme exceptionnelle, dont Voltaire admirait l’intelligence et les qualités littéraires – allant jusqu’à écrire que ses lettres surpassaient de loin celles de Madame de Sévigné. Alors que l’Angleterre allait bientôt s’ouvrir aux Lumières, Lady Mary en était déjà l’une des étoiles les plus brillantes.

ISBN : 9782847424164 / Date de publication : Mai 2019 / Nombre de pages : 264 / 14 x 20,5 cm / Prix public: 18 €

De bonnes raisons de mourir, Morgan Audic

De bonnes raisons pour mourir, l’excellent polar de Morgan Audic nous entraine à Tchernobyl, dans un paysage aussi fascinant qu’effrayant

Le 26 avril 1986, explosion de la centrale de Tchernobyl
Le 26 avril 1986, découverte des corps mutilés de deux femmes, dans la maison de l’une d’entre-elles…
Aujourd’hui, à Pripiat, un homme est retrouvé mort…

La première thèse du policier dépêché sur place est le suicide. Mais vu la position du corps, crucifié sur une façade d’immeuble, il faut se rendre à l’évidence, c’est impossible… une enquête sordide commence alors. Dans ce paysage d’un autre temps, dans cette zone qui devrait être abandonnée de tous, une vie parallèle a repris son cours. Entre ceux qui sont revenus vivre dans cette zone qu’ils considèrent comme leur seul refuge, ceux qui poussés par une curiosité malsaine, qui veulent voir où tant d’hommes, les liquidateurs pour ne pas les citer, ont trouvé la mort, la zone pullule de visiteurs venu faire provision de radiations et de frayeurs.

Dépêchés sur place par deux canaux bien différents, l’un plus officiel que l’autre, deux flics qui ne se sont jamais vu tentent de percer le mystère, tout en se mettant réciproquement quelques bâtons dans les roues. Le capitaine Joseph Melnyk est le policier ukrainien en charge de l’affaire, Alexandre Rybalko, un ancien flic russe qui n’a plus rien à perdre, a été envoyé là secrètement par le père de la victime.

Dans cette ambiance post nucléaire totalement glaciale, la résolution de l’enquête va s’avérer plus difficile que prévu. Entre les mensonges par omission des personnes impliquées pourtant sensées coopérer, les visiteurs fantômes non autorisés et les tours opérateurs qui profitent du système, il faut remonter dans le temps, au moment de l’explosion, pour dénouer les fils fort embrouillés de ces secrets bien enfouis dans les mémoires.

Un tueur fou de taxidermie, des morts à la pelle, des secrets à déterrer, un paysage de fin du monde et cette ambiance délétère donnent à ce polar d’un nouveau genre un côté hors du temps et novateur que j’ai particulièrement aimé. Différent des schémas auxquels nous sommes habitués, voilà un roman qui emprunte des territoires quasi vierges, qui est fouillé et documenté sans pour autant être fastidieux, même si finalement il me semble que Tchernobyl est ces derniers temps un coin très attrayant pour les romanciers ou les scénaristes. Alors je crois que j’ai attrapé un niveau de contamination maximum … J’en redemande et j’ai hâte de savoir si le prochain roman de Morgan Audic saura autant nous embarquer !

Vous aimez les romans qui vous entrainent vers le monde post cataclysme de Tchernobyl, n’hésitez pas à lire d’excellent roman d’Alexandra Koszelyk A crier dans les ruines, publié aux Forges de Vulcain, ou celui de de Lucile Bordes 86, année blanche chez Liana Levi.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou  qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée. Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

Édition brochée 21.90 € / 2 Mai 2019 / 496 pages / EAN13 : 9782226441423

L’âge d’or de la peinture anglaise, Musée du Luxembourg

De Reynolds et Gainsborough à Turner, l’âge d’or de la peinture anglaise à travers les chefs-d’œuvre de la Tate Britain,  de la fin du XVIIIe au début du XIXe siècle

Mrs Robert Trotter

On y trouve portraits, peintures d’histoire ou animalières, paysages et aquarelles. Des œuvres assez étonnantes par leur construction, leurs couleurs, et leur taille. Dans les premières salles, les portraits sont si gigantesques qu’ils semblent à l’étroit dans l’espace du musée. Par la suite, quelques paysages ont au contraire des tailles bien modestes, quand on connait par exemple l’œuvre de Turner.

Vers 1760, puis tout au long du règne de George III, soit jusqu’en 1820 environ, la société anglaise se transforme et avec elle l’art et la culture connaissent une mutation importante. Sans pour autant renier les grands maîtres précédents, les peintres anglais s’essaient à de nouveaux styles, de nouvelles techniques, renouvelant le genre du portrait, les rendant plus sensibles et même expressifs, ou celui du paysage et de la peinture d’histoire.

Jusqu’au moment de la révolution française, on assiste au développement du paysage comme un genre en soi. Le goût en est sans doute favorisé par les échanges que font les artistes avec l’étranger, notamment lors de leur Grand Tour au cours desquels les peintres se familiarisent avec les œuvres italiennes en particulier. Après la révolution, les voyages étant plus compliqués, ils se tournent vers leurs propres paysages et mettent en valeur la campagne anglaise.

Et l’on peut voir au hasard des salles :

Ce portrait portrait où le personnage ne regarde pas devant lui, une construction assez surprenante et très belle.

Mrs Robert Trotter par George Romney. On sait que le peintre pouvait réaliser un portrait avec seulement quelques séances de pose. Ce portrait est novateur car seul le personnage est travaillé alors que le fond est à peine esquissé, presque flou. Contrairement à un portrait plus classique, avec un arrière-plan très fouillé.

À la façon de…

Francis Cotes, Paul Sandby, l’artiste fait le portrait d’un peintre spécialiste du pastel en le représentant à sa fenêtre, ses crayons de pastel à la main.
J’ai apprécié dans ce tableau de George Stubbs Un Hunter gris avec un palefrenier et un lévrier à Creswell Crags le regard que l’on devine entre le chien et le cheval.

L’empire colonial…

Mais il ne faut pas oublier la grande période de l’empire colonial Anglais, en particulier en Inde, que l’on retrouve notamment dans des paysages ou des portraits de famille. Ici un détail, une jeune fille et sa jeune servante indienne.
Ou encore, le peintre, découragé car ne recevant plus aucune commande, sombre dans l’alcool, puis se suicide. Ici il pose devant sa toile blanche…

Ce n’est pas forcément une exposition inoubliable, mais de belles choses à voir.

Que voir : L’âge d’or de la peinture anglaise, de Reynolds à Turner
Où : Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard 75006 Paris
Quand : jusqu’au 16 février 2020, tous les jours de 10h30 à 19h, nocturne jusqu’à 22h le lundi

Ça raconte Sarah, Pauline Delabroy-Allard

Lire ce roman brillant et singulier, Ça raconte Sarah, la passion intense, destructrice, l’amour fou et la mort

Ça raconte Sarah, ça raconte la rencontre un soir de décembre entre la narratrice et Sarah. La narratrice est la maman divorcée d’une petite fille, professeur, rien ne vient perturber sa vie plutôt rangée et banale. Un soir de réveillon, elle rencontre Sarah.  Sarah la femme fantasque, trop maquillée, mal habillée, violoniste dans un quatuor, qui lui avoue être passionnément amoureuse. Puis se seront les premiers baisers, les premiers gestes, les premiers moments ensemble. Les mots fusent, s’ajoutent les uns aux autres pour dire Sarah, l’amour comme une étincelle de soufre, l’amour qui fait souffrir, les voyages qui éloignent et parfois rapprochent, les émotions exacerbées, la passion qui brule.

Ça raconte Sarah, ses gestes, son corps, sa fougue, ses élans et son désespoir, Sarah changeante, amoureuse, tendre ou violente, passionnée toujours.

Une première partie particulièrement réussie, un portrait détaillé de tout ce qui constitue Sarah, qui se lit sans reprendre son souffle, qui dit, explique, détaille, ajoute les faits, les sentiments, les révoltes, les élans, les gestes tendres, l’amour physique, au point d’en oublier les autres, la fille, le compagnon, et son autre vie, là, à l’extérieur de ce couple fusionnel et dévastateur, qui dit l’attente des retrouvailles et le désespoir de la séparation.

Une deuxième partie qui dit l’après, après la mort, après la violence de la passion, après le bonheur, après la fuite. Une déchéance incompréhensible, inexplicable, qui m’a bien moins séduite, trop délétère sans doute.

photo de Pauline Delabroy-Allard par Dominique Sudre blog Domi C Lire

Pauline Delabroy-Allard, un auteur à suivre, rencontrée aux Correspondances de Manosque lors de la présentation de son roman en septembre 2018.

Catalogue éditeur : Les éditions de Minuit

Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S.

2018 / 192 pages / ISBN : 9782707344755 / Prix : 15.00 €

Sœur, Abel Quentin

Comment une adolescente banale devient-elle une terroriste ? Sœur, d’Abel Quentin, un roman édifiant d’une actualité glaçante

Dans une fatalité il y a parfois plusieurs éléments déclencheurs. Dans le roman d’Abel Quentin il y a d’abord Jenny, une adolescente en mal de reconnaissance et d’amour. Il y a ses parents qu’elle trouve incolores et qui poursuivent leur chemin dans leur petite ville de la Nièvre sans voir vraiment ni leur fille ni ses attentes. Et enfin la société qui l’entoure, ici en la personne d’un président de la république en fin de mandat, le lycée Henri Matisse de Sucy-en Loire, la police, la justice, bref, tous ceux qui l’accompagnent chaque jour sans qu’elle ne les voit.

Jenny à quinze ans, et déjà une vie qui ne la satisfait pas. A part Harry Potter, personne ne la voit, personne ne la connait vraiment. La vie est fade et douloureuse pour cette ado qui ne demande qu’à exister, aimer, profiter comme les autres. Rejetée par ce garçon dont elle aurait pu être amoureuse, elle se réfugie sur le net et les réseaux sociaux, ceux-là même qui l’auront fait souffrir, et trouve une oreille compatissante en Dounia la forte, la solide, celle qui la comprend enfin et lui redonne foi en elle.

Dounia, mais cela aurait pu être n’importe qui d’autre, est la seule à compatir, à utiliser le même langage qu’elle pour dire l’isolement ressenti, le manque d’amour, l’espoir de vie meilleure grâce à Daesh. Il suffira de quelques semaines à peine pour que la jeune fille se voile, s’embrigade, et envisage le martyr.

Habile, prenant, réaliste, voilà un roman qui se lit d’une traite. Toujours factuel et sans jamais porter de jugement, il interroge sur le pourquoi et le comment d’une radicalisation annoncée mais jamais comprise par les familles avant qu’il ne soit trop tard. Mais aussi sur le mal-être d’une jeunesse paumée qui attend, espère, et cherche sur le net les réponses aux questions auxquelles personne ne répond vraiment dans l’entourage proche. Glaçant d’ailleurs de voir cette progression dans la soumission au voile, aux théories de l’état islamique, au besoin de partir au loin ou d’agir pour s’accomplir dans la douleur et la violence.

Et l’on ne manquera pas non plus de lire entre les lignes quelques similitudes avec une situation politique qui sent le vécu proche, un président en fin de règne et un jeune ministre qui aurait comme des envies de pouvoir absolu. Une partie peut-être un peu trop longue d’ailleurs, et qui n’apporte pas vraiment à l’ensemble.

Abel Quentin
au café Paul & Rimbaud

Catalogue éditeur : L’Observatoire

Adolescente revêche et introvertie, Jenny Marchand traîne son ennui entre les allées blafardes de l’hypermarché de Sucy-en-Loire, sur les trottoirs fleuris des lotissements proprets, jusqu’aux couloirs du lycée Henri-Matisse. Dans le huis-clos du pavillon familial, entre les quatre murs de sa chambre saturés de posters d’Harry Potter, la vie se consume en silence et l’horizon ressemble à une impasse.
La fielleuse Chafia, elle, se rêve martyre et s’apprête à semer le chaos dans les rues de la capitale, tandis qu’à l’Élysée, le président Saint-Maxens vit ses dernières semaines au pouvoir, figure honnie d’un système politique épuisé.
Lorsque la haine de soi nourrit la haine des autres, les plus chétives existences peuvent déchaîner une violence insoupçonnée.

Abel Quentin est avocat. Sœur est son premier roman.

Date de parution : 21/08/2019 / Nombre de pages : 256 / Code ISBN : 979-10-329-0591-3 / Format : 14 x 20 cm

Piaf, Fréhel, Damia et moi, par Livane

Allez venez Milord, vous assoir au théâtre de Dix heures pour écouter Piaf, Fréhel, Damia revisitées par Livane Revel

Dans cette salle intimiste du théâtre de Dix heures, Livane Revel nous régale pour un seule en scène d’une heure quinze avec sa voix et son jeu d’actrice. La mise en scène est de Xavier Berlioz.

Tour à tour, Piaf, Fréhel et Damia apparaissent dans le tour de chant, mais aussi et surtout dans les textes qui relient ces femmes entre elles, amour, passion pour leur métier ou pour leurs amants, mais aussi pour les drogues, enfance difficile, quelques pans de leurs vies s’égrènent devant nous. Livane tisse des liens entre elles, par leur métier ou leur façon d’appréhender l’amour, la drogue, le chagrin, non sans y ajouter quelques pointes d’humour qui rendent leurs préoccupations très contemporaines.

Livane y mêle sa vision actuelle, son expérience, et surtout sa voix et son dynamisme, qui disent la révolte ou la soumission, la passion encore, le chagrin, la douleur ou le doute de ces trois femmes indépendantes, ces artistes passionnées auxquelles elle a emprunté le répertoire. Elle modernise de façon presque naturelle ces chansons pour la plupart oubliées, pour d’autres reprises timidement par certains dans la salle, sur des rythmes décalés, rock ou réaliste.  

Livane a une très belle voix, un talent certain de comédienne et de musicienne – elle s’accompagne à la guitare sèche, la guitare électrique et me semble-t-il un ukulélé – et une vraie capacité à accrocher ses spectateurs (et je ne vous parle même pas du chocolat !). Elle dégage à la fois une grande simplicité et de l’émotion, et tisse un vrai lien avec son public. De quoi nous faire passer un excellent moment de divertissement par cette plongée singulière et attachante dans la vie de trois femmes qui furent en leur temps trois monstres sacrés de la chanson française.

Crédit photo : Paul Evrard

Piaf (1913/1963) artiste incontournable, éternelle amoureuse, droguée pour guérir ses douleurs et croyante convaincue. Elle sera accablée de douleur à la mort de Marcel Cerdan mais toujours prête à repartir pour son tour de chant.

Fréhel (1891/1951) née Marguerite Boulc’h à Trégastel, en Bretagne. Elle chante dès ses cinq ans dans les rues et les cafés. Elle a marqué l’entre-deux-guerres avec ses chansons réalistes. Elle a également été actrice, et a joué dans Pépé le Moko. Elle finit sa vie dans la misère.

Damia (1889/1978) de son vrai nom Marie-Louise Damien, était chanteuse, comédienne et danseuse. Celle que l’on nommait la tragédienne de la chanson, avec sa robe noire et son projecteur qui mettait ses mains et son visage en valeur, a laissé son empreinte après 50 ans de carrière, même si on l’a oubliée aujourd’hui. Imitée dans sa gestuelle par de nombreuses chanteuses, par Barbara ou Olivia Ruiz pour ne citer qu’elles.

 : au Théâtre de Dix Heures, 36, Boulevard de Clichy, 75018 Paris
Quand : Les Samedis à 16h jusqu’au 4 Janvier 2020