Rencontrer deux cousines Innue, dans les années 60 au Canada

Nishim, cousine dans la langue Innue, celle des indiens de la région au nord de Montréal, près du lac Pekuakami.
Claude et Jeannette viennent de pointe-bleue, désormais appelé Mashteuiatsh.
Ce sont les petites-filles d’Almanda, la grand-mère dont Michel Jean avait raconté l’histoire dans son précédent roman, Kukum. Almanda, qui est aussi l’arrière-grand-mère de l’auteur.
Les années 60 sont souvent symboles d’évolution, de modernité, de transformation du Canada. Elles sont surtout des années noires pour les peuples autochtones.
Chassés inéluctablement de leurs terres, de leurs forêts, par le travail des bûcherons, la pâte à papier, l’industrialisation, les grands bagages électriques et l’avancée des colonisateurs qui dévorent les terres sacrées des indiens pour s’y installer.
C’est dans ce contexte que les deux nishim, les deux cousines se rencontrent, s’apprécient, sont séparées mais restent d’une certaine façon unies toute leur vie.
Claude vit à la ville avec sa mère qui a épousé un blanc. Elles tentent de se fondre dans la population même si une peau plus sombre attire bien des regards, des méchancetés, des remarques déplaisantes que l’on qualifierait aujourd’hui de racistes mais qui ne dérangeaient pas les populations de ces années là.
Jeannette est restée avec la communauté dans le village, vivant les déplacements en forêt pour aller à la chasse, le rythme normal de la communauté qui sera brutalement interrompu par les nouvelles règles. Plus de nomadisme possible lorsque les forêts et les terres d’accueil sont détruits par l’industrialisation des territoires. Plus de pêche au saumon lorsque les dirigeants mettent en œuvre la guerre du saumon, interdisant aux indiens de pêcher, et donc de survivre en dehors des réserves où leurs jeunes se perdent peu à peu, dans l’alcool et l’ennui.
L’une des règles les plus horribles était l’enlèvement des enfants que l’on retirait à leur parents pour les envoyer dans des pensionnats où il fallait « tuer l’indien en eux » en leur faisant apprendre le français et perdre toute trace de leur origine, interdiction de parlé leur langue, séparation des fratrie, cela a créé des jeunes qui n’étaient plus vraiment des indiens sans devenir jamais réellement de purs canadiens, obligés de chercher leur place dans une société quels ne connaissaient plus et qui ne les reconnaissait pas non plus.
J’ai aimé ces chapitres qui font parler à tour de rôle l’une et l’autre cousine, même si j’aurais peut-être aimé un peu plus entrer dans leur intimité, dans leurs vies. Elles étaient les porte parole de ces peuples autochtones qui cherchent encore leur place dans une société qui a bien du mal à revenir sur les erreurs du passé à leur encontre.
Je n’ai pas lu d’autres romans de Michel Jean, mais cela m’a donné envie d’en découvrir d’autres.
Catalogue éditeur : Seuil
Pekuakami, lac Saint-Jean… La jeune Claude rêve au lac majestueux dans le train qui file vers la communauté de Pointe-Bleue où vit sa grand-mère Almanda. Ce jour-là, elle croise par hasard sa cousine Jeannette dont la famille mène encore la vie innue traditionnelle en forêt. C’est le début d’une amitié indéfectible entre les deux nishim. Et alors que Claude, sillonnant l’Amérique, se laisse emporter par la modernité et la Révolution tranquille des années 1960, Jeannette fait l’expérience des pensionnats, puis de la vie difficile dans la communauté. Jamais Jeannette ne cessera de se battre, pour elle et pour les siens. Jamais Claude n’oubliera ses racines innues.
Paru le 02/10/2026 / Pages : 272 / EAN : 9782021624861 / 21.90 € TTC








