Un paquebot dans les arbres. Valentine Goby

Mais que cette histoire est triste, la maladie, la tuberculose, l’amour que l’on attend, celui que l’on mendie. Mais que ce roman est beau et bouleversant, qui sait nous happer jusqu’à la dernière page.

Un paquebot dans les arbresDans les années 50, Odile et Paulot tiennent le café le Balto à La Roche-Guyon. Centre vital du village, des animations, des fêtes et des rencontres, il apporte joie et dynamisme à tous. Jusqu’au jour où Paulot s’effondre. Le poumon est touché, les bacilles s’installent, la tuberculose s’insinue, qui lui interdit de travailler. C’est le début de la fin pour la famille, vente du Balto, tentatives de petits boulots désespérés pour payer les soins, élever les enfants, payer les dettes et tenter de s’en sortir maintenant que tout le monde tourne le dos au tubard contagieux. La chute est rapide, vertigineuse.
Mais tout au long de ces pages, avec Odile, on découvre aussi l’amour d’une femme pour son homme, pour son Paulot. Celui que toute la ville admire et lui enlève soir après soir, et que finalement elle retrouve tout à elle dans la maladie, heureuse de ces mois à deux, à braver ensemble l’adversité.

Avec Mathilde, on découvre l’amour absolu, définitif et éternel, d’une fille pour son père, de ces amours qui font faire des folies pour être admirée, remerciée, remarquée, mais au final pour être tout simplement aimée en retour. Et Mathilde est une enfant puis une jeune femme fidèle, obstinée, dure à la douleur et au malheur. Et en retour, elle trouve l’amour de son père pour ce « petit gars » comme il l’appelle,  celle qui remplace son fils défunt et qu’il ne saura aimer que d’un amour tronqué, bancal, de ceux qui laissent des traces pour une vie entière. Mathilde qui va se battre pour ses parents, de famille d’accueil en émancipation, pour les soins, les visites, un semblant de normalité.
Il y a aussi Annie, l’ainée, celle qui quitte rapidement le cocon familial pour s’installer à Paris avec mari et enfant, puis Jacques, le fils, le petit dernier, qui ne connaitra de ses parents que la maladie, l’éloignement, la misère. C’est pour lui aussi que Mathilde va se battre.

Insidieuse, la maladie est là, contagieuse, elle effraie, elle rend mauvais les amis d’hier devenus les étrangers d’aujourd’hui, elle fait fuir les clients, elle isole les malades. La maladie est là, et l’auteur décrit la situation en marge de ces trente glorieuses qui n’ont pas porté ce nom pour tous. Les malades qui ne peuvent pas se soigner quand l‘argent manque. La sécurité sociale qui vient d’être crée mais ne s’adresse qu’aux salariés ou à ceux qui ont cotisé. Alors les petits entrepreneurs perdent tout le jour où la maladie s’installe, grave, persistante, et qu’elle anéantit le travail de toute une vie.

C’est la découverte du sanatorium d’Aincourt pour Odile et Paulot, dans ce petit village du Val d’Oise non loin de La Roche où ils vont tenter de guérir. Les sanatoriums, seul moyen d’isoler et éventuellement de soigner la tuberculose dont le moindre postillon est contagieux, à une époque où les antibiotiques en sont à leurs balbutiements et la médecine se cherche. Et en marge de la maladie, l’actualité des années cinquante, avec le drame de l’Algérie, de ces enfants qui partent mourir là-bas, mourir pour une terre qui n’est déjà plus française.

Voilà un roman qui évoque l’amour absolu, celui d’une fille pour ses parents, celui qui lui fait soulever des montagnes et vivre des moments terribles, de souffrance, de faim, de solitude, d’abandon avec pugnacité et dévouement. Valentine Goby nous offre une magnifique étude des personnages, et une véritable fresque sociale, devoir de mémoire en même temps qu’ode à celle qui a démontré tant de fidélité et de force en aidant ses parents, la véritable Mathilde, cette Élise Bellion que l’auteur a rencontrée et qui lui a parlé de ce paquebot dans les arbres.

#RL2016


Catalogue éditeur : Actes Sud

Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le cœur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.
Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine.
À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres.

Août, 2016 / 11,5 x 21,7 / 272 pages / ISBN 978-2-330-06648-2 / prix indicatif : 19, 80€

La tentation d’être heureux. Lorenzo Marone

Naples, la vie, la famille, l’amour, la mort.

Lorenzo Marone nous plonge avec tendresse dans la solitude bourrue de Cesare Annunziata, un acariâtre napolitain de soixante-dix-sept ans. « La tentation d’être heureux »  est déjà traduit dans une dizaine de langues et en cours d’adaptation au cinéma.

Voici le lecteur transporté à Naples par la voix du narrateur, Cesare Annunziata. Celui-ci vit dans un immeuble depuis, depuis … ? Eh bien, presque toute sa vie d’adulte, marié, puis veuf, depuis la mort cinq ans plus tôt de Caterina, celle qu’il a épousé presque par obligation, à qui il a fait deux enfants, avec qui il a vécu en bonne entente mais plus par habitude que par amour, et qu’il a allégrement trompée toute sa vie. Dans cet immeuble il y a aussi la vieille voisine, qui depuis son veuvage comble sa solitude en recueillant tous les chats errants du quartier, au grand dam de ses voisins (ah, l’odeur des chats en trop grand nombre !) et Marino, l’ami de longue date, ancien collègue, qui n’a plus quitté son appartement à l’étage en dessous de Cesare depuis les malheurs qui ont frappé sa famille.

Cesare est un vieux grincheux, un tantinet égoïste, qui a beaucoup de mal à dire aux gens qu’il aime qu’il les aimes, les plus importants étant bien évidement Dante, son fils qui n’a jamais encore osé avouer son homosexualité à son père, et Sveva, sa fille, qui cherche le bonheur, malgré un mari, un fils, et un excellent travail, mais qui se plait à jouer la comédie pour un rien, ou à se distraire dans les bras de Rossana, la prostituée qu’il fréquente depuis de nombreuses années.

Comédie à l’italienne un tantinet loufoque, nous découvrons les tergiversations et les pensées d’un papi qui ne veut pas vieillir, ou en tout cas qui ne veut pas se conformer à l’image d’un homme de son âge et de sa condition… Jusqu’au moment où il croise la route d’Emma, une belle jeune voisine. Et où il comprend qu’Emma est une femme battue par un mari particulièrement violent. Et là se pose tout le dilemme de Cesare, doit-il aider, intervenir, continuer et passer sa route ? Intéressante incursion de cette comédie dans le registre dramatique terriblement actuel et universel des violences faites aux femmes, et de l’aide que l’on peut y apporter. Que faire et comment intervenir quand la victime refuse toute aide, prendre les décisions à sa place ? Prévenir les autorités, porter plainte, quel droit d’ingérence sur la vie de l’autre ? Et surtout, jusqu’à quel degré a-t-on réellement l’envie et le courage de s’impliquer. J’aurais d’ailleurs aimé que le propos soit un peu plus fouillé, mais cela impliquait de quitter le registre léger sans doute voulu par l’auteur qui fait réfléchir ses lecteurs, mais sans que cela ne cause trop de douleur.

Voilà donc une comédie sympathique qui se lit facilement, malgré un peu trop de lieux communs et de poncifs édictés par un Cesare mélancolique au seuil d’une vie bien remplie. Le côté gai et coloré des rues de Naples, du caractère italien transparait dans ces lignes, pour un roman au final plus optimiste que triste.

#rl2016


Catalogue éditeur : Belfond étranger
Dans une Naples grouillante de vie et de clameurs, une comédie à l’italienne sur la vieillesse et la solitude, mais aussi sur ces petits riens qui font que la vie vaut la peine d’être vécue. Porté par une galerie de personnages profondément attachants, un roman qui fait du bien, plein de poésie et d’espoir.
Dans un vieux quartier napolitain, il y a un immeuble. Dans ce vieil immeuble, il y a des habitants qui ont toujours été là. Il y a Mme Vitagliano, la dame aux chats ; Marino, que la mélancolie a cloué à son fauteuil.
Et puis il y a Cesare Annunziata, soixante-dix-sept ans et une colère intacte. Sa femme ? Une lâcheuse qui l’a abandonné en mourant cinq ans plus tôt. Sa fille ? Une coincée qui passe son temps à le supplier d’arrêter de boire et de fumer. Son fils ? Un lâche qui n’ose même pas lui avouer son homosexualité. Sa maîtresse ? Une chouette fille, mais peu présentable. Les autres ? Un ramassis de menteurs et de couards.
Et voici qu’un jour débarque un jeune couple. Et très vite résonnent les échos de violentes disputes.
Que faire quand soir après soir vous tremblez pour la voisine ? Et si, en tentant de sauver la jeune femme, Cesare se sauvait lui-même ? Et s’il était temps de baisser enfin la garde ?

 

Voici venir les rêveurs. Imbolo Mbue

African dream Vs American dream

Un rêve et une réalité mis en mots avec beaucoup de justesse par Imbolo Mbue dans « Voici venir les rêveurs »

2008, à New York. Jende a quitté le Cameroun il y a déjà quelques mois, son cousin lui a payé le billet pour venir tenter sa chance aux États Unis. Depuis, à force de petits boulots et d’économie, il a fait venir Neni, son épouse, et Liomi, leur fils. NY est pour eux synonyme d’Eldorado, puisque dans leur pays, la différence de classe leur interdisait de se marier, de vivre sereinement et d’être acceptés par leurs familles respectives. Mais la vie de migrant n’est pas toujours facile, et si le rêve est à portée de main, l’administration et ses arcanes compliquent passablement les choses. Car pour rester en Amérique, il faut obtenir un emploi et une Green Card, ou une Green Card et un emploi, car l’un ne va pas sans l’autre, mais l’un comme l’autre sont difficiles à obtenir.
Grâce au piston et sans dévoiler son problème de papiers, Jende va se faire embaucher comme chauffeur par Clark, un banquier reconnu et prospère de Lehmann Brothers. Passer des heures ensemble chaque jour dans l’atmosphère confiné d’une voiture, même de luxe, ça rapproche. Clark et Jende se parlent, essayent de se comprendre, même s’ils n’iront jamais jusqu’à évoquer leurs problèmes ni aborder ce qui touche à l’intime.

Deux mondes vont alors se côtoyer et par moment s’accepter, s’écouter, tenter de se connaître. Celui des riches américains, avec grand appartement, bonne éducation pour les enfants, chauffeur, soirées de gala, maison d’été dans les Hamptons, vacances de rêve, et le monde des émigrés, vivant à Harlem, craignant à tout moment de se faire expulser, mais qui mettent tout leur cœur et leur énergie à se faire accepter, à rentrer dans le moule pour profiter à leur tour du rêve américain.
Neni rêve de devenir pharmacien et va enfin entreprendre des études financées grâce au beau salaire de Jende. Jusqu’au jour où, enceinte de leur second enfant, Jende décide qu’elle doit arrêter et rester à la maison. Car dans la tradition africaine, l’homme est celui qui sait et qui décide, et sa femme doit respecter ses choix, même si elle n’est pas d’accord, même si en Amérique elle est en droit d’exercer son libre arbitre. Arriver et vouloir s’intégrer dans un nouveau pays ne fait pas perdre pour autant les prérogatives et les croyances de son pays d’origine. En Afrique l’homme décide, la femme obéit. A New York, Neni devra accepter et obéir, au risque de voir son rêve anéanti. La crise des subprimes est passée par là, les riches banquiers de Wall street ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes et le pays a sombré dans une crise sans précédent, les mois passent, sans papiers et désormais sans emploi Jende se désespère. Certains s’en remettront, mais la famille de Jende devra certainement renoncer à ses rêves.

Imbolo Mbue nous propose une intéressante analyse des différences de classe, du choc de deux mondes en apparence si opposés, mais aussi de tout ce qui rapproche, une enfance malheureuse, les enfants, une bonne éducation, le rêve de s’en sortir. Puis vient la crise, le renoncement, la faillite, qui font prendre conscience aux plus riches de la valeur de la famille. C’est décrit ici de façon un peu caricaturale peut-être, mais qu’importe, car le rythme, l’intérêt sont là. Même si le roman semble un peu lent à démarrer, parfois un peu idyllique lorsqu’il brosse l’entente entre deux familles que tout oppose, jusqu’au moment où tout s’effondre. Et avant tout jusqu’à la fin du rêve américain, de cet espoir que l’on met dans la réussite qu’on va chercher dans un autre pays, quand on a le courage de tout quitter : famille, amis, pays.

Difficile réalité des migrants, de l’idée que l’on se fait de l’ailleurs, et pour les migrants africains où qu’ils soient, de l’aide qu’il faut continuer à apporter à la famille sans faillir, même quand la situation est difficile, car au pays tous espèrent votre réussite pour s’en sortir aussi. Excellente analyse également du poids de la famille, de la classe, de la tribu et des traditions tellement prégnants en Afrique, et exprimés avec tant de force dans les romans de Léonora Miano, quand la voix d’Imbolo Mbue se fait un peu plus légère et laisse une part au rêve et à l’espoir.

#rl2016 Rentrée littéraire 2016


Catalogue éditeur : Belfond

Drôle et poignante, l’histoire d’une famille camerounaise émigrée à New York. Porté par une écriture à la fraîcheur et à l’énergie exceptionnelles, un roman plein de générosité, d’empathie et de chaleur sur le choc des cultures, les désenchantements de l’exil et les mirages de l’intégration. Un pur joyau, par une des nouvelles voix afropolitaines les plus excitantes du moment.L’Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu’un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains.
Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers.
Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l’Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits.
Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d’éclater. Jende l’ignore encore : en Amérique, il n’y a guère de place pour les rêveurs…

Traduit par Sarah TARDY / Parution le 18 août 2016 / 300 pages / 22.00 €

Brillante. Stéphanie Dupays

Stéphanie Dupays parle avec talent du monde du travail, et surtout du rejet et de la souffrance que cela implique quand du jour au lendemain, de « Brillante », vous n’êtes plus rien.

Claire, jeune trentenaire brillante, a quitté son limousin natal et la vie de province étriquée pour venir à Paris finir ses études dans une grande école cotée. Là, elle va trouver à la fois l’amour avec Antonin, étudiant comme elle puis cadre dans une grande entreprise, et un emploi à la hauteur de ses ambitions.

Dans un grand groupe numéro un de l’agroalimentaire essentiellement orienté laitages et vie saine, sous la férule de sa supérieure hiérarchique, Claire va en peu de temps démontrer ses capacités, son talent et son ambition. Brillante lors d’une présentation, elle risque de faire de l’ombre à Caroline, qui décide de lui enlever son plus important dossier pour ne lui attribuer que des affaires ou projets perdus d’avance. Ce revers de situation, le « placard », le changement du bureau, l’isolement qui en résultent mettent Claire dans la position de la perdante, elle qui n’ose même pas évoquer sa situation avec ses proches ou même dans son couple, là où tout doit démontrer la réussite et l’avancement de carrière.

Brillante démonstration par Stéphanie Dupays de la descente vertigineuse qui arrive lorsque, une fois entré en disgrâce auprès d’un manager ou d’une direction, plus rien ne fonctionne. Mise au placard, perte de confiance, équipe ou projets bancals qui augmentent le sentiment d’échec, oubli d’invitation au réunions, boite mail désespérément vide, tout s’enchaine vertigineusement sans qu’on puisse l’arrêter. De l’isolement voulu par un petit chef à la mise à l’écart par le reste des collègues, ceux qui craignent pour leur propre carrière, comme si parler à quelqu’un tombé en disgrâce pouvait nuire à leur propre carrière, comme si c’était contagieux ! Tout va tellement vite, la perte de confiance, le sentiment d’être en faute, d’être soi-même le mauvais élément, le seul et unique responsable de son propre échec, la prise de médicaments, la dépression, guettent, il est rapide de sombrer, beaucoup plus difficile de remonter et se reconstruire.

Brillante description du monde cruel de l’entreprise, de la carrière réussie à tout prix et quel qu’en soit le prix.

Et bien sûr, on ne peut s’empêcher de penser au roman de Delphine de Vigan « Les heures souterraines » qui décrit si bien la descente aux enfers et le harcèlement au travail.

les 68 premieres fois DomiClire #RL2016 Rentrée Littéraire janvier 2016


Catalogue éditeur : Mercure de France

Claire est une trentenaire comblée. Diplômée d’une grande école, elle occupe un beau poste dans un groupe agro-alimentaire où elle construit sa carrière avec talent. Avec Antonin, cadre dans la finance, elle forme un couple qui est l’image du bonheur parfait. Trop peut-être.
Soudain, Claire vacille. Au bureau, sa supérieure hiérarchique lui tourne ostensiblement le dos, de nouvelles recrues empiètent sur ses dossiers, elle se sent peu à peu évincée. Après une phase de déni, Claire doit se rendre à l’évidence : c’est la disgrâce.
Elle qui a tout donné à son entreprise s’effondre. Claire va-t-elle réussir à exister sans «briller»?  Que vont devenir ses liens amicaux et amoureux fondés sur un même idéal de réussite?
Satire sociale grinçante, Brillante traite de la place qu’occupe le travail dans nos vies, de la violence au travail – et notamment de celle faite aux femmes, et de ses répercussions intimes.

Stéphanie Dupays est haut fonctionnaire dans les affaires sociales. Brillante est son premier roman.
Roman 14-01-2016 / ISBN : 978-2-7152-4276-0 / 180 pages / 14×20,8 cm / 17 €

Deux remords de Claude Monet. Michel Bernard

« Deux remords de Claude Monet » de Michel Bernard, un beau roman, à la mesure des magnifiques toiles de Claude Monet, ensoleillé, chaleureux, triste parfois, comme la vie !

De Frédéric Bazille et la guerre de 70, à Giverny et la fin de sa vie, l’auteur écrit un superbe roman sur la vie de Claude Monet. Roman structuré en trois parties, Frédéric, Camille et Claude.
Frédéric Bazille, jeune peintre talentueux, ami de Claude, amoureux de Camille, celle qui épousera finalement Claude Monet. Bazille mort prématurément lors de la guerre de 70. C’est aussi l’époque de l’amitié avec ceux qui sont devenus les plus grands, Renoir, Sisley, Manet ou Pissarro. Et les rencontres avec les mécènes et bientôt amis, la famille Hoschedé ou les Durand-Ruel.
Camille, le modèle, la muse, la femme, l’aimée, celle qui partage les moments de galère et ceux d’opulence, avant le succès comme aux meilleurs moments, celle qui pose pour certains de ses plus beaux tableaux, que l’on retrouve avec son ombrelle sur les pentes douces des bords de la seine ou de l’Oise, autour d’Argenteuil ou de Vétheuil. Camille qui lui donneras deux fils, et disparaitra prématurément. Lors de la rétrospective Claude Monet du Grand Palais, les visiteurs ont peut-être été surpris devant ce tableau de Camille sur son lit de mort (même en sachant qu’à une époque il était très courant de faire une photo des morts avant leur dernier voyage), ces lignes de Michel Bernard permettent de mieux en comprendre la signification et l’importance pour le Monet.
Enfin, Claude après Camille, la fin de la vie, l’installation à Giverny et le goût toujours affirmé pour le jardin et les fleurs, les merveilleuses toiles, les nymphéas du bassin au fond du jardin et ceux du musée du jeu de paume. Puis cette période où perdant la vue ses œuvres se sont brouillées et assombries, perdant de la magie lumineuse des couleurs et des perspectives qu’il a été l’un des premiers à oser sur la toile.

Voilà un livre qui nous fait voyager dans la vie du maitre, ses sentiments, mais aussi son œuvre, et nous donne envie de retourner voir ses tableaux et ceux de ses amis dans les musées, à Orsay ou à Marmottant. Mais également envie de se promener à Giverny, à Vétheuil ou sur les bords de Seine, et d’aller partout où l’on trouve les toiles magnifiques de ces si talentueux peintres impressionnistes. Un régal de lecture et une belle découverte.

A Giverny ou à Vétheuil, sur les pas de Claude Monet

#rl2016


Catalogue éditeur : La Table Ronde

«Lorsque Claude Monet, quelques mois avant sa disparition, confirma à l’État le don des Nymphéas, pour qu’ils soient installés à l’Orangerie selon ses indications, il y mit une ultime condition : l’achat un tableau peint soixante ans auparavant, Femmes au jardin, pour qu’il soit exposé au Louvre. À cette exigence et au choix de ce tableau, il ne donna aucun motif. Deux remords de Claude Monet raconte l’histoire d’amour et de mort qui, du flanc méditerranéen des Cévennes au bord de la Manche, de Londres aux Pays-Bas, de l’Île-de-France à la Normandie, entre le siège de Paris en 1870 et la tragédie de la Grande Guerre, hanta le peintre jusqu’au bout.»

Collection Vermillon, La Table Ronde Genre : Romans et récits Catégorie > Sous-catégorie : Littérature française > Romans et récits Époque : XXIe siècle / Parution : 18-08-2016 / 224 pages, 4 ill., 140 x 205 mm / ISBN : 9782710380702

 

De ce pas. Caroline Broué

Dans le roman de Caroline Broué, la vie est un pas de danse, en solo ou pas de deux. La danse comme la vie, c’est se trouver, se rapprocher, s’enlacer, puis se séparer pour mieux se retrouver ?

https://i1.wp.com/www.swediteur.com/photos/titre_164.gifTin la cambodgienne est devenue Marjorie, ancienne danseuse étoile, jeune maman d’une petit Elena, épouse accomplie et apparemment heureuse. Aujourd’hui, elle se pose des questions sur son passé, son enfance, ces blessures qu’elle a cachées dans un coin de sa conscience pour ne pas trop en souffrir. Arrivée en France en 1975, à 5 ans à peine, alors qu’elle fuyait le Cambodge des Khmers Rouges avec sa mère, elle est restée pendant de nombreuses années sans nouvelles de Chim, le père resté à Phnom Penh.

Paul, son mari, photographe, est issu d’une lignée de protestants ardéchois. Il a depuis longtemps coupé les ponts avec ses parents sans que l’on comprenne vraiment ce qui a causé cette séparation, il revoit à peine sa sœur. Et l’on s’interroge pour savoir d’où vient cette faille dans sa généalogie familiale et qui aujourd’hui lui cause tant de bleus à l’âme

Justine, la vieille voisine sage et aimante, se prend d’amitié pour Marjorie la courageuse, la flamboyante danseuse étoile, la petite fille qui souffre de son passé et doute de son avenir. Justine, rescapée des camps, sait bien que lorsqu’on souffre trop, on se tait car on ne peut pas dire l’horreur et la douleur, mais elle sait aussi que pour vivre, il faut avancer, ne pas oublier, mais continuer, passer à l’âge adulte, puis passer le flambeau à la jeunesse.

De ce pas de danse, de ce pas de deux, Caroline Broué écrit un premier roman aérien et léger, profond parfois. Il est comme ces figures de ballet qui s’envolent et nous font rêver, auréolées de mystère, images du bonheur donnant une impression de légèreté qui font oublier aux spectateurs la souffrance qui est cachée derrière, au plus profond, et surtout la ténacité, la pugnacité qu’il a fallu pour en arriver là. Le livre, construits en flashback qui passent d’une époque à l’autre, ou changement de personnages en peu de phrases est parfois compliqué à suivre, mais au final, voilà un questionnement intéressant sur les origines, ce que l’on cache, ce que l’on imagine, ces secrets ou ces non-dits qui peuvent détruire des familles. Sur les interrogations d’un couple également, quand chacun atteint cette quarantaine fatidique où il est de bon ton d’avoir réussi sa vie… ah, mais réussi comment ? A ses propres yeux ou mesuré à l’aune des autres ?

 les 68 premieres fois DomiClire  #rl2016 janvier


Catalogue éditeur : Sabine Wespieser

« Envoûtée, comme enivrée, Marjorie l’était à nouveau en regardant l’homme et la femme onduler sous ses yeux. Leurs bras chantaient en canon. Leurs mains se croisaient à intervalles réguliers. Le mouvement était répété plusieurs fois, puis la musique s’emballait, et leur pas de deux se terminait par un porté de haute volée. Pour Marjorie, qui parlait la danse mieux que personne, la signification était très claire. Après une phase d’atermoiements, de faux-fuyants et de méfiance, l’homme et la femme faisaient le choix de la concorde, de l’harmonie. Ensemble, ils effaçaient le temps de l’incertitude. Ou, mieux, ils l’oubliaient. »
Ancienne danseuse étoile, Marjorie a fait ses adieux à la scène au moment où elle admire ce pas de deux. Elle vit avec Paul, une petite fille est née, et elle s’interroge sur son avenir.
Toute la tension dramatique de ce premier roman remarquable de concision est contenue dans la description du couple dansant : après l’éblouissement de la rencontre, le temps pour Marjorie et Paul est aux faux-fuyants. L’un et l’autre ont voulu croire qu’ils pourraient faire fi de leur passé : Marjorie de ses origines cambodgiennes ; Paul, un protestant ardéchois, des névroses familiales. Leurs deux silences, qui leur furent d’abord un refuge, s’entrelacent jusqu’à les éloigner.
Par-delà l’histoire de Marjorie et de Paul, Caroline Broué, en de brèves séquences syncopées, scrute les doutes d’adultes de quarante ans aujourd’hui : ceux que la vie oblige à prendre leur destin à bras-le-corps et dont c’est le tour d’entrer en scène. De ce pas est un très beau roman sur le temps qui passe, et sur ses bienfaits.

Roman / N° d’éditeur : 143 / Disponible en librairie au prix de 17 €, 176 p. / ISBN : 978-2-84805-199-4 / Date de parution : Janvier 2016

Babylone. Yasmina Reza

Quand presque rien devient tellement important que tout bascule, dans « Babylone » Yasmina Reza fait l’autopsie d’une vie à la manière d’un huis clos théâtral… amours, frustrations, colère, regrets.

Élisabeth et son mari vivent dans un immeuble tranquille. Quelques étages au-dessus d’eux vivent les Manoscrivi. Jean-Lino est un homme affable plutôt fade et Lydie, sa femme, se produit dans un cabaret. Élisabeth évoque son anniversaire avec Jean-Lino, qui l’invite alors à passer une belle journée à Auteuil. Là il se montre détendu, volubile.

Le décès de sa mère perturbe d’Élisabeth. Elle décide de célébrer la vie et organise une grande fête de printemps. Elle emprunte des chaises chez Jean-Lino et Lydie, et de fil en aiguille les invite à la fête. Pendant la soirée, la conversation dérape vers des sujets à ne pas évoquer dans le couple, la tension monte, Jean-Lino se moque, Lydie se vexe…Quelques heures plus tard, en pleine nuit, Jean-Lino sonne chez les voisins, il vient de commettre l’irréparable…

A partir de là, tout part en vrille, que faut-il faire, aider ? Appeler la police ? Qui va s’occuper d’Eduardo, le chat de Jean-Lino ? Qui fait quoi, se mêle de quoi ? Comment et pourquoi les voisins devraient-ils se sentir impliqués ? Et surtout qu’est-ce qui fait qu’à moment donné tout bascule, la normalité et les barrières tombent…
Jean-Lino a emmagasiné frustrations, vexations et colère rentrée pendant des années, il est certainement en manque d’amour et de reconnaissance, mais est-ce suffisant ? Quel enchainement de faits faut-il, excès de boissons, sortir de sa zone de confort, de ses habitudes, de sa solitude morale, pour passer à l’acte et ne plus se contrôler. Quelle part sombre de chacun émerge alors que jusque-là le savoir-vivre et l’éducation permettaient de la canaliser.

Tout au long de cette soirée qui pour le moins sort de l’ordinaire, l’auteur déroule en parallèle l’histoire de ces deux couples, comme un reflet très humain de notre société et des vies qui la traversent. Babylone est un roman à l’écriture fluide qui se lit à la façon d’un roman policier ayant toutes les caractéristiques d’une pièce de théâtre. Si j’ai partiellement adhéré à l’intrigue, prétexte pour l’auteur à nous interpeler sur la vie et sur la société, j’ai par contre beaucoup aimé la partie en filigrane sur le temps qui passe et ce qu’on en retient, évoqué par la photographie en général. Les vieilles photos, et par elles, l’idée de ce qu’il reste de vie à l’instant figé et sublimé par le photographe et surtout, conservé à la fois par le photographe et par celui qui préserve encore la photo.

Extrait :

Ce qui compte quand on regarde une photo, c’est le photographe derrière. pas tellement celui qui a appuyé sur le déclencheur mais celui qui a choisi la photo, qui a dit celle-là je la garde, je la montre.

 #rl2016


Catalogue éditeur : Flammarion

Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C’est l’image d’eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l’excitation d’être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d’autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l’infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j’entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l’irrémédiable.

Date de parution : 31/08/2016 / EAN : 9782081375994 / Nombre de page : 300 / Littérature française /Romans Nouvelles Correspondance