Theo, Allen Levi

Par un banal matin de printemps, un vieil homme décide de poser ses valises dans la petite ville de Golden.

Qui est-il ? D’où vient-il ? Nul ne semble le savoir, mais nul ne semble non plus lui poser des questions, contrairement à lui qui a le chic pour les poser et rapidement savoir ce qu’il y a à savoir sur les habitants de Golden qu’il rencontre.

Peu à peu, il devient un habitué du bar local. De ce bar dont les murs sont tapissés de portraits des habitant du coin. Portrait réalisés par un artiste local, qu’il a mis en vente, mais qui n’ont pas trouvé preneurs, hélas.

Theo est subjugué par le talent de l’artiste, par le rendu des sourires, des expressions, de la joie ou de la tristesse qui émane de ces différents visages. Il décide d’acheter les portraits un par un pour les offrir à ceux qu’ils représentent. La tâche n’est pas simple, et fort heureusement il peut compter sur l’aide précieuse de son logeur, cet homme à qui il loue un charmant appartement tout en haut de son immeuble.

Alors très régulièrement, le bienveillant, secret, taiseux et humaniste Theo fait le bien. Il donne des rendez-vous sur le banc situé sur la place du village, offre ce portrait qui est aussi une part de ceux qui ont été les modèles, qui représente un moment de leur histoire, un passé et qui sait un avenir.

Bien sûr, chacun s’interroge, mais le récit continue, de portrait en portrait, de rencontre en secrets avoués, en confidence, mais aussi parfois en suspicion car comment imaginer que cet homme n’a aucune arrière pensée, mais souhaite uniquement faire le bien autour de lui.

Petit à petit, un voile se lève sur la vie de Theo, son passé, et son but. Et ce roman ne devient plus simplement celui de la bienveillance et du don, mais aussi celui d’une rédemption, d’un besoin de faire le bien autour de soi.

Une jolie histoire qui fait du bien, et que l’on a envie de partager.

Catalogue éditeur : Audiolib, JC Lattès

Un matin de printemps, un étranger arrive dans la petite ville américaine de Golden. Personne ne sait d’où il vient. Ni pourquoi. Il s’appelle Theo. Et pose bien plus de questions qu’il n’apporte
de réponses.
Il se rend au café du coin, où quatre-vingt-douze portraits sont accrochés aux murs – des dessins au crayon des habitants de Golden réalisés par un artiste local. Il les achète, un par un, afin de les remettre entre les mains de leurs « véritables propriétaires ». À chaque rencontre, une histoire est racontée, une amitié naît et une vie est transformée.

Traduit par Sophie Aslanides
Lu par Philippe Spiteri
Parution : 12/08/2026 Durée : 12h52 / EAN 9791035424107

Maya-fantôme, Caroline Dorka-Fenech

Maya vit, dans l’appartement qu’elle partage avec son époux et leur fille Teresa.
Un époux qui dort sur le canapé qu’il doit déplier chaque soir, c’est dire si le couple bat de l’aile. Mais sans doute restent-ils ensemble pour leur fille ?

Maya travaille depuis chez elle, correctrice, elle est souvent connectée sur son ordinateur, et d’ailleurs elle a enfin décidé de s’inscrire sur un site de rencontres.
Peut-être pour savoir où elle en est, si elle peut encore plaire elle qui s’aime si peu.

Personne ne le remarque, mais Maya a rencontré un homme l’Amiral, qui la fait enfin rêver.

Il faut dire qu’en plus d’une relation de couple incertaine, Maya arrive bientôt au chiffre fatidique de cinquante. Oui, cinquante ans…
Et si a cinquante ans tu n’as pas encore vraiment jouit, qui sait, ta vie est peut-être vraiment fichue.

Alors l’Amiral, ses mots, leurs discussions, leurs échanges, leur relation de plus en plus intense, amoureuse, le seul moment où elle se lâche vraiment. Jusqu’où peuvent-ils aller, ensemble, relation fusionnelle numérique, par écran interposé, dans ces échanges pendant lesquels on ose tout car il n’y a aucun risque.

Mais cette relation peut-elle exister aussi dans la vie. La vraie, celle où les hommes et les femmes sont faits de chair et de regards, de peau et de chaleur, de vie.

Ce sera là toute la question, jusqu’où, comment, sans s’y perdre, sans renoncer à soi, à l’autre, à sa propre existence et à son quotidien.

J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans les espoirs et la vie de Maya, aucune envie de m’attacher à elle, à ses envies ou à ses rêves. Même si j’ai trouvé un certain charme à l’écriture de l’autrice, à aucun moment je n’ai réussi à me laisser surprendre, me demandant jusqu’où j’allais suivre Maya, ses désirs, ses rêves, sa passion.

Catalogue éditeur : La Martinière

Maya Marta a quarante-neuf ans et une peur viscérale : mourir sans avoir jamais connu la jouissance. Entre les devoirs maternels et la dégradation de son mariage, elle se sent étrangère à son propre corps, qu’elle juge monstrueux. Chaque nuit, elle erre sur un site de rencontre à la recherche d’une étincelle.
Jusqu’au soir où apparaît l’Amiral. Un pseudonyme. Une photo.
Entre la chambre conjugale où elle s’efface et l’écran où elle s’invente, Maya s’engage dans une danse risquée. Les mots deviennent caresses. La complicité, une dépendance. Mais quand le fantasme menace de franchir les cent cinquante kilomètres qui les séparent, Maya doit décider jusqu’où elle est prête à aller — et ce qu’elle est prête à sacrifier.

18.5€ / Date de parution 21 août 2026 / ISBN 9791040127680

Et nue, je suis entrée dans l’eau. Histoire de vermine, Marie Pavlenko

Marie Pavlenko frappe fort, et nous entraîne dans les méandres obscurs de la violence, des violeurs, de ces hommes qui aiment dominer et avilir, qui se croient au dessus des femmes qu’ils aiment tant humilier.

La première nouvelle nous fait rencontrer une femme qui vient d’être plaquée sans aucune explication par l’homme avec qui elle a une fille et passé vingt-quatre ans de sa vie.

Difficile alors de s’en remettre lorsque l’on pense que l’on est plus rien, insignifiante, seule, déprimée. Mais un événement inattendu l’a transformée et elle va se sortir de façon inattendue, tout à fait fantastique même, de la contrainte que lui fait subir un agresseur.

La deuxième est assez étrange, ne sachant pas vraiment qui parle dans ce tribunal où des femmes et de très jeunes filles viennent à la barre pour évoquer le viol avec violences qu’elles ont subit. Vulgaire, violent, l’homme qui parle est le stéréotype même de ceux qu’il est urgent de fuir. Superbe retournement final.

Enfin, le jeune homme riche et la fille qui le suit dans ses désirs et sa violence de classe, au risque de s’y perdre. Là aussi, retournement final où le mal est vaincu par là-même où il a fauté.

Ah, si seulement… ce n’est jamais comme ça dans la vraie vie, mais ces violences masculines presque ordinaires tant elles semblent courantes, et que l’on laisse trop souvent se réaliser sans y faire obstacle, trouvent ici des réponses que l’on aimerait voir plus souvent se réaliser, c’est certain.

L’écriture est précise, mais aussi poétique et fantastique, les mots sont forts, brutaux parfois, pour dire sans obérer la réalité des violences masculines et la difficulté qu’il y a à y échapper. Donnant la voix à une justice implacable en parfaite adéquation avec la violence des actes commis ou des mots, des gestes, que certains s’autorisent sans vergogne.

Catalogue éditeur : Rivages

Trois femmes en quête de liberté, de beauté, d’une vie intense. Face à elles, des hommes qui violentent et détruisent. Mais certaines proies apprennent à se défendre. Jusqu’où iront-elles ?

Romancière et poétesse, Marie Pavlenko compose depuis plus de quinze ans une œuvre originale et engagée. Couronnés par de nombreuses distinctions, comme le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres, ses ouvrages sont traduits dans une vingtaine de langues.

Parution 16/09/2026 / ISBN 9782743671990 / 96 pages / 14€

Un printemps au goût de mochi, Sawako Natori

Entre l’amour des livres et la saveur des mochis, un roman à déguster


Un roman en quatre parties, ce pourrait être quatre nouvelles qui suivent les mêmes personnages, auxquels viennent s’ajouter un ou un autre personnage de passage.

Fumiya est un étudiant qui cherche depuis longtemps un livre qu’il souhaite offrir à son père.
Lorsqu’il découvre qu’il existe à Nohara une librairie pas comme les autres, il décide d’y aller.

Entre la gare et le lycée, la librairie du vendredi est là pour tous les lecteurs qui souhaitent y faire halte. Tenue par la très charmante Makino, par Waku son propriétaire, et par Sugawa, plus barman que libraire, tous très attentionnés et prêts à faciliter les achats de leurs clients.
Fumiya y découvre un monde à part, où chaque livre raconte une histoire plus intime qu’il n’y paraît, tant il peut vraiment toucher ses différents lecteurs.
Il comprend le pouvoir des mots, des textes partagés et aimés, offerts, lus et discutés, en particulier en clubs de lecture, pour le plus grand plaisir de tous.

Dans cette librairie, en plus des rayonnages classiques, une réserve tout à fait singulière propose de nombreux titres, stockés dans les couloirs et le quai d’un métro qui n’a jamais été construit.

Fumiya comprend aussi le partage, l’échange, le bonheur de lire et faire lire, de conseiller et de voir ses lecteurs revenir demander de nouveaux conseils.

Il y a dans ce roman toute la poésie, la singularité des romans japonais où souvent les mots ne sont pas clairement dits mais où les sentiments trouvent à s’épanouir malgré tout.

Catalogue éditeur : Pocket, Le Bruit du Monde

« Ce savoureux hommage aux livres et à leur pouvoir se déguste comme un divin mochi. »

Traduit par : Jean-Baptiste Flamin
8,70€ / Date de parution : 07/05/2026 / 288 pages

Les Bien-Aimés, Ann Napolitano

En cette année 1978, William le solitaire, jamais aimé de ses parents, enfant unique suite à un événement tragique, est étudiant à l’université de Chicago.

C’est un bon joueur de basket, sa chance, son bonheur et son carburant pour tenter de mener sa vie en dehors du foyer parental.

C’est là qu’il rencontre Kent, son meilleur amis pour la vie, et surtout Julia. Julia, l’une des sœur Padavano. Les inséparables quatre filles du docteur March, oups, non, quatre filles de Rose et Charlie, des filles qui s’entendent à merveille, aimées et aimantes, aux parcours mouvementés pour certaines, plus classiques pour d’autres, mais soudées comme les doigts de la main, inséparables et bienveillantes.

Pour un William en mal d’amour et de soutien, la rencontre avec Julia est décisive, le mariage évident, même si parfois il se laisse guider, porter, aimer sans trop savoir ce que lui voudrait vraiment, après tout rencontrer enfin une famille qui vous aime et vous adopte, ce n’est pas tous les jours que cela arrive.

J’ai aimé cette saga familiale qui nous fait suivre ces protagonistes sur au moins quarante années.

J’ai aimé aussi qu’ils ne soient pas stéréotypés, que le bonheur et le malheur ne soient pas non plus indispensables ou au contraire inutiles.

J’avais l’impression d’avoir rencontré de vraies personnes et de suivre leurs vies, leurs évolutions, leurs chagrins et leurs bonheurs. Mais aussi la difficulté qu’il y a parfois à s’aimer alors que tout semblait être évident, pour la vie ou pour un instant, à se séparer, mariage, naissance, deuil, divorce, maladie, échec, solitude, accident de la vie, rien ne leur est épargné, comme dans la vraie vie en somme mais avec de beaux personnages de romans aux personnalités intéressantes et attachantes.

Catalogue éditeur : Les Escales, Pocket

Une famille. Voilà ce qui a toujours manqué à William, issu d’un foyer sans tendresse. Jusqu’à ce qu’il rencontre à l’université Julia, brillante et ambitieuse jeune fille. À travers elle, c’est tout un clan qu’il découvre, bienveillant, fusionnel, à commencer par les trois autres sœurs Padavano : la sensible Sylvie, Emeline, l’artiste, et la douce Cecelia… En épousant Julia, William croit trouver l’amour. Mais quel amour ? Et qui aime-t-on vraiment quand on dit qu’on aime ? Bientôt, les blessures du passé remontent à la surface…

Traduit par : Caroline Bouet / Date de parution : 16/04/2026

Spectres, Thomas Gunzig

Léa et Tom, un couple qui s’est séparé mais qui est toujours uni dans l’amour de Lou, leur petite fille de quatre ans.
Lou, cette enfant née d’un couple qui n’a plus de relation, comme en écho à une certaine Marie sans doute.

Léa et Tom qui vivent désormais sur RockSolid1, une capsule située dans un Plan dimensionnel secondaire.

Mais de quoi parle-t-on ?

Léa, physicienne au talent extraordinaire a réussi à ouvrir la voix vers ce Plan dimensionnel secondaire, grâce à des expériences et découvertes incroyables.

Dans un monde dystopique, un futur où la terre victime des errements de l’humanité souffre de famine, de chaleurs extrêmes, où les populations déplacées n’ont plus de place où vivre, où la pollution a raréfié l’air que les humains respirent avec peine, rendant impropre à la vie océans, forêts, terres et cultures, il faut trouver d’autres solutions pour tenter de survivre.

Et les sociétés multinationales capitalistes qui ont déjà réussi à rendre stérile la moitié de la planète ne vont pas hésiter à aller puiser les ressources de ce nouvel espace, de ce Plan dimensionnel secondaire.

Alors qu’ils vivaient auparavant dans le Plan dimensionnel initial, cette terre qui n’a plus rien du monde que nous avons connu. Désormais c’est là que 2500 personnes soigneusement sélectionnées vivent pour une durée prévue de sept ans au total, dans une sorte de bulle extra-temporelle, où ils sont investis d’une mission de la plus haute importance.

Dans ce Plan dimensionnel secondaire, les machines sont là pour extraire des ressources minières d’un sous sol atypique, dans l’espoir de sauver une partie de la terre.

Mais, et si ce plan dimensionnel secondaire n’était finalement qu’une autre dimension ? Celle de la mort, celle où les âmes s’échappent après la mort des individus.

Et si ce plan se rebellait face aux pilleurs de ressources qui ont envahi leur espace ?

C’est une drôle d’expérience que cette lecture qui nous plonge dans un avenir stressant. Celui où notre planète ne peut plus supporter les humains qui l’ont détruite peu à peu, utilisant jusqu’à leur extinction les ressources, les plantes, les animaux, les océans, l’air que l’on respire et tout ces choses que nous pressentons déjà mais que nous laissons faire de façon inéluctable.

Ce que j’ai aimé dans ce roman ?
C’est une dystopie qui fait réfléchir à la façon dont l’homme détruit l’univers qui le fait vivre, dont les multinationales utilisent les ressources en faisant fi de l’humanité.
Les personnages, Léa et Tom, sont attachants chacun avec ses failles, ses faiblesses et son amour, couple désuni mais qui reste soudé par l’amour pour sa petite fille.

Un sujet original, qui mêle science fiction et réflexion philosophique sur l’existence et les valeurs humaines.

Ce qui m’a un peu moins intéressée ?
Je me suis un peu lassée de la multiplication des équations, termes techniques scientifiques ou pseudo scientifiques, sans doute faudrait-il chercher les notions évoquées par l’auteur mais cela m’a semblé fastidieux, long et inutile car cela aurait ralenti ma lecture.

Cependant, après une première approche qui m’a semblé rébarbative, je me suis laissée prendre par le rythme, le thème, l’intrigue, me demandant où l’auteur voulait me mener.

Un roman de science fiction qui va plaire par la singularité du sujet à une époque où de trop nombreuses autofictions nous laissent des impressions de déjà trop vu.

Un roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix du Roman Fnac

Catalogue éditeur : Au Diable Vauvert

Lorsqu’une physicienne découvre l’accès à une dimension parallèle, il faut peu de temps au capitalisme pour s’en emparer. On y construit des bases. On fore. On détruit. L’objectif ? Exploiter ce qui fut pendant longtemps le plus grand mystère de l’être humain.

Date de parution : 2026-08-20 / pages : 396 / EAN-ISBN : 9791030707359

Voir Rouge, Martine Reid

Un essai qui nous parle des indiens d’Amérique, qu’on les appelle native american, premières nations, ou autochtones, de ces peuples quasiment éradiqués par les colons blanc européens venus conquérir leurs terres.
Le texte est aussi un rappel de notre façon d’appréhender ces indiens pendant des décennies.

Exhibés sur le vieux continent comme des bêtes curieuses à la cour des rois et des princes, ou dans des foires, expositions, musées.
Racontés dans les livres- « de la démocratie en Amérique » « le dernier des Mohicans »- décrits dans des films comme des sauvages qu’il est bon de chasser de leurs terres puisqu’ils ne savent pas les faire prospérer.
Parqués dans des réserves sans avoir accès à leurs traditions, leur langue, leurs terres sacrées.
Exhibés à Paris, Osages, Iowas, Okibwés, Omahas, et sans doute d’autres, séjournent dans divers lieux, jardin d’acclimatation, dans un appartement, dans une galerie du Louvre où chacun peut venir les voir.

Car pour être là, eux qui étaient pourtant alors éduqués devaient vivre dans leurs habits traditionnels et jouer aux indiens sauvages tel que l’on se plaisait à les imaginer.

Un texte écrit avec beaucoup d’intelligence, d’humanité, de précision qui m’a beaucoup intéressée.

J’y ai retrouvé de nombreux noms des États, villes, rues américains et leur signification dans les langues des différentes tribus.
Par exemple Seneca, une rue que je connais bien…(Ceux qui me connaissent savent pourquoi !)
Les Senecas, « peuple de la grande montagne » en Seneca, appartiennent à la nation iroquoise, qui avait baptisé cette partie du territoire américain Ohio.
Ohio, qui signifie « grand torrent » en Seneca

Un livre qui mérite d’être lu et relu, tant il y contient d’informations intéressantes.

Catalogue éditeur : Arléa

Dans un musée de l’Arizona, Martine Reid s’immobilise devant un siège de coiffeur couvert de cheveux d’enfants indiens, victimes d’enlèvements massifs dans les réserves. Une violence parmi d’autres sous prétexte d’éducation.
Que savons-nous de ceux que l’on appelle sans distinction « les Indiens », et à quelle fable de plumes et de tipis racontée par leurs oppresseurs continuons-nous de croire ?
Voir rouge, c’est l’histoire d’une colère partagée. Celle de Jaune Quick-to-See Smith (1940-2025), artiste amérindienne engagée dans un travail exceptionnel de mémoire et de reconnaissance, et celle de l’autrice qui lui rend ici un bel hommage.

Martine Reid est spécialiste de littérature française du XIXe siècle et de la place des femmes en littérature. Elle a publié Être Cary Grant, chez Gallimard en 2021.

Illustré de reproductions de Jaune Quick-to-See Smith

Dans l’excellente collection : La rencontre parution septembre 2025 / 176 pages / 22 € / ISBN : 9782363084170


Le Chant du prophète, Paul Lynch

Il m’aura fallu beaucoup de temps pour le terminer, n’étant pas toujours disponible pour l’écouter seule (en général c’est lorsque je suis en voiture) mais il était impossible de ne pas le finir.

Cette version audio était quasiment hypnotique.

Il faut s’habituer à ces longues phrases qui passent d’un personnage à l’autre. D’un dialogue à une description, sans point ni virgule. Enfin du moins c’est ce que j’ai ressenti.

Une dystopie qui nous entraîne en Irlande dans un futur qui semble dramatiquement actuel, et c’est bien ce qui inquiète le plus.

À Dublin donc, lorsque deux hommes frappent à la porte d’Eilish Stack, elle est loin de se douter de tout ce qui va arriver.
La vie est normale, mais on sent déjà qu’il est mal vu de contester quoi que ce soit.
On réclame son mari, alors se dernier se présente le lendemain auprès des autorités et disparaît sans laisser de traces.
Viendront alors des journées d’attente. De recherche, de silence, d’angoisse.

La perte du travail pour Eilish, les terreurs de ses enfants, l’engagement de l’aîné qui disparaît à son tour, le temps et l’aide quelle doit à son père qui semble ne rien comprendre et a perdu la mémoire, le petit dernier dont il faut s’occuper, l’argent a trouver, nourrir, protéger, aimer, sécuriser, entretenir, aider sa famille, lui prennent tout son temps et son énergie.

C’est par sa voix seule que nous sentons la montée d’un fascisme qui ne dit pas son nom, d’une dictature violente et autoritaire qui emprisonne sans condamnation, qui détient sans information, toute puissante et secrète.
Alors bien sûr une partie du peuple tente de se soulever, d’affronter les armes, les silences, les arrestations arbitraires.

C’est un long texte qui ne reprend jamais son souffle, tout comme Eilish tout au long de ces jours, ces semaines, ces mois. Comme tous ceux qui tentent d’échapper  l’autorité destructrice, secrète, violente, elle essaye tant bien que mal de vivre et de survivre avec sa famille.

Ce texte est tout simplement étouffant, stressant, violent par ce qu’il dit plus que par les actes qu’il décrit, même si parfois certaines scènes sont violentes et difficiles à supporter, je pense en particulier à cette scène où elle répète « pas mon fils, pas mon fils, etc. » Que je vous laisse découvrir lorsque vous lirez ou écouterez ce livre.

J’ai aimé la voix de Pierre-François Garel, qui met l’intonation, la froideur, le stress qu’il faut pour faire passer toute l’horreur des situations et de l’époque décrites par Paul Linch.

Il fait passer tout au long de sa lecture une tension croissante, un sentiment d’inéluctable qui montre toute la violence, l’absurdité et l’implacable marche en avant du système dans lequel les personnages sont pris, sans aucun espoir de s’en sortir.

Une lecture pas du tout légère, prenante et qui marque le lecteur.
Si vous aimez les dystopies, vous poser des questions sur le sort des nations lorsque le pouvoir tourne à la dictature, ce livre est pour vous.

Catalogue éditeur : Audiolib, Albin-Michel, Le Livre de Poche

À Dublin, un soir de pluie, deux hommes frappent à la porte d’Eilish Stack. Membres d’une toute nouvelle police secrète – le GNSB –, ils demandent à s’entretenir avec son mari, enseignant et syndicaliste, mais celui-ci est absent. Larry se rend au commissariat dès le lendemain, puis disparaît dans des circonstances troublantes.

Tandis que le malaise s’installe peu à peu, Eilish voit son quotidien et celui de ses quatre enfants amputés d’une liberté qu’elle tenait pour acquise. Bientôt l’état d’urgence est déclaré, les rumeurs parlent de camps d’internement… Prisonnière d’une logique cauchemardesque, jusqu’où devra aller Eilish pour protéger les siens ?

Prix des Libraires Roman étranger 2025 – Booker Prize 2023

Traduit par Marina Boraso
Lu par Pierre-François Garel
Parution : 13/08/2025 / Durée : 7h15

Notre-Dame-des-Anges, Célia Houdart

Deux mille trois cent deux lettres, des papiers divers, écrits et envoyés entre 1935 et 1944 par Marcelle et Henri, voilà la matière de ce roman.
Célia Houdart y reconstitue le puzzle que compose la rencontre et la vie de ses grands-parents.
Ce roman, c’est donc aussi entre les lignes, entre les pages son histoire, celle de leur petite fille qui les raconte et se raconte parfois. Parce que sans eux elle ne serait pas là sans doute.

Lui, Henri, marié à Rachel, femme qu’il aime et qui se meurt peu à peu d’une sclérose en plaque dans la clinique Notre-Dame-des-Anges en Belgique.
Marcelle, pianiste de talent, qui aime d’un amour fou cet Henri déjà pris mais qu’elle attendra aussi longtemps que nécessaire.

Après la folle rencontre, l’amour fou à vivre cachés, les milliers de lettres pour combler les vides de l’absence, viendront les années passées ensemble au milieu de la guerre, des amis, entre les tournées, les cours de piano, les concerts.

Si l’intrigue est basé sur leurs vies, elle est cependant tout à fait romanesque et les personnages rendus attachants par la force de cet amour qui les unis par delà toutes les difficultés qu’ils auront à affronter pour être enfin réunis.

L’autrice alterne des éléments de sa propre vie, de sa relation à sa mère et sa grand-mère mais ce n’est jamais pesant ou déplacé.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Prix du Roman FNAC 2026

Catalogue éditeur : P.O.L

Notre-Dame-des-Anges est un roman sur l’amour et la montée des ténèbres, entre 1938 et 1944. Il est composé à partir de deux mille lettres conservées dans un grand carton. Henri et Marcelle, les grands-parents de la narratrice, s’écrivent plusieurs fois par jour des mots brûlants. Marcelle est pianiste. Henri est directeur artistique d’une firme américaine de pianos mécaniques. Henri est marié à Rachel, une chanteuse. Mais Rachel est malade. Il vit avec elle dans une clinique : Notre-Dame-des-Anges. Henri aime Rachel. Il aime aussi Marcelle. Deux évidences pour lui qui, certains jours, l’aveuglent au point qu’il n’y voit plus rien….

Après des études de lettres et de philosophie et dix années dédiées à la mise en scène de théâtre, Célia Houdart se consacre à l’écriture. Elle est l’auteure de huit romans et deux récits, tous parus aux éditions P.O.L.
Son œuvre comprend des textes pour la danse, le théâtre et l’opéra. Elle est lauréate de la fondation Simone et Cino Del Duca-Institut de France (2024), et a reçu le prix Françoise-Sagan pour son roman Carrare (2011).

août 2026 / 240 pages / 20,5 € / ISBN : 978-2-8180-6607-2