L’Homme gribouillé, Serge Lehman & Frederik Peeters

L’Homme gribouillé, de Serge Lehman et Frederik Peeters, un roman graphique à l’ambiance irréelle qui nous entraine dans un univers noyé de pluie et d’orage à la découverte d’un trio de femmes. Passionnant et sombre !

Domi_C_Lire_l_homme_gribouille_delcourtDans une ville capitale qui dégouline de pluies torrentielles, Betty rentre chez elle, ou plutôt chez sa mère Maud, auteure de livres pour enfants.

Comme chaque jour, sa fille Clara l’attend. Mais ce jour-là, Maud vient de faire une nouvelle attaque, et pendant qu’elle attendait les secours, Clara a découvert Max, un homme très étrange venu dans la maison récupérer une boite confiée à Maud. Clara ne sait qu’en penser, cet homme lui fait peur, c’est évident. Max est un homme oiseau, étrange et terrifiant, noir comme un mauvais rêve, et l’on a très vite envie de mieux le connaitre, de savoir d’où et pourquoi il vient. Pourtant Betty n’a pas vraiment l’air de s’en soucier.

Betty, maquettiste, célibataire est une femme étonnante elle aussi. Elle fait de nombreux rêves étranges et elle est très souvent frappée d’aphasie, phénomène d’autant plus dérageant quand il s’agit de défendre ses intérêts professionnels, ou comme ici de comprendre et d’enquêter sur sa propre famille.

Betty mène finalement l’enquête sur ses origines et sur sa famille, et l’on se rend compte alors que dans la famille, que ce soit Clara, Betty ou Maud, les femmes ont une grande importance. Dans la colline où réside historiquement la famille Couvreur, elles tiennent le premier rôle, le seul sans doute, protectrices, maternelles, salvatrices.

Tout en noir et blanc, en dégradés de gris plombé comme un ciel d’orage, cette histoire sombre prend toute sa dimension grâce aux tonalités en demi-teinte et aux planches parfois détaillées, au tracés minutieux, ou parfois plus floutées, du graphisme de Frederik Peeters. L’ambiance devient irréelle, dans un univers noyé de pluie et d’orage, la tension monte et l’air est électrique pour ce roman graphique qui a tout du conte fantastique et noir ! On se laisse totalement embarquer par ce récit surnaturel, avec un petit bémol peut-être, une fin un peu abrupte qui laisse comme un goût de Ah mais en fait j’ai peut-être pas tout compris !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Delcourt

Dans la famille Couvreur, il y a Maud, 75 ans, auteur de romans pour enfants dont le succès n’a d’égal que la discrétion. Il y a Betty, sa fille au caractère ombrageux, sujette à des crises d’aphasie qui la privent littéralement de parole. Et il y a Clara, la fille de Betty, lycéenne brillante et fabulatrice qui rêve d’aller vivre avec son père à Londres… Lire la suite …
Scénariste : Serge Lehman / Coloriste & Illustrateur : Frederik Peeters
Date de parution : 17/01/2018 / ISBN : 978-2-7560-9625-4

 

Publicités

Sentinelle de la pluie, Tatiana de Rosnay

Quand à Paris, sous une pluie incessante, la Seine devient le personnage principal de « Sentinelle de la pluie » le dernier roman de Tatiana de Rosnay, éclaboussant de ses extravagances la vie rangée d’une famille pas ordinaire.

Domi_C_Lire_sentinelle_de_la_pluie_tatiana_de_rosnay.jpgC’est prévu, organisé, tout est bouclé, c’est à Paris que la famille Malegarde se retrouve pour fêter les soixante-dix ans de Paul, le patriarche… Enfin, la famille pas vraiment, plutôt le cercle restreint des intimes, Paul et Lauren, Linden et Tillia, les deux enfants qui ont pourtant quitté le nid familial depuis de nombreuses années et fondé leurs propres familles. Pas de pièce rapportée pour cet anniversaire, seuls sont admis les intimes.
Paul est un amoureux des arbres à qui il a consacré sa vie, parlant peu, parcourant le monde pour sauver telle ou telle essence rare ou tel arbre multi centenaire qu’il ne faut surtout pas abattre. Il est mondialement connu, et pourtant sa vie s’écoule la plupart du temps paisiblement sur son domaine du sud de la France.

En ce printemps pluvieux, il arrive à Paris avec sa femme Lauren, une américaine qui presque quarante ans plus tôt est tombée instantanément amoureuse de cet homme rêveur et solitaire et ne l’a plus jamais quitté. Leur fils Linden débarque des États Unis, quand Tillia arrive de Londres où elle a laissé sa fille et son alcoolique de mari. Retrouvailles idylliques d’une famille unie sans histoire ? Peut-être pas, car tout n’est pas si évident dans la famille Malegarde. Et si comme d’habitude Lauren a tout organisé, repas, visites, balades, rien ne va se passer comme prévu, surtout lorsque Paul va avoir une crise cardiaque lors de son dîner d’anniversaire.

A partir de ce moment-là, la Seine qui monte et les pluies incessantes vont prendre le dessus sur le rythme de la ville, de la famille, et contraindre chacun à envisager les choses autrement. Aller voir son père à l’hôpital, quand après un très grave accident Tillia ne peut même plus y mettre ne serait-ce qu’un pied ? Parler à son père de l’homme de sa vie, quand malgré les années on n’a jamais été capable de lui avouer son homosexualité ?  Comprendre sa mère quand celle-ci vous a rejeté et que le dialogue est si difficile ? Accepter ou rejeter ce mari alcoolique quand on ne peut pas accepter non plus sa  propre image ? Chacun va devoir se remettre en question, avancer dans ses douleurs, ses questionnements, ses secrets inavoués et pourtant sans doute tellement avouables.
Et puis, l’image un père, la relation avec la mère, qui évoluent avec l’âge, les douleurs et les secrets de l’enfance, la fuite de Linden vers Paris puis les Etats Unis où il est peut-être plus facile de s’affirmer gay, là où le regard des autres ne fait sans doute pas aussi mal. Mais les secrets et les aveux sont parfois difficiles à dire, même s’ils sont tellement libérateurs. Une immense psychothérapie familiale portée par la vague en quelque sorte…

Si tout au long du roman la pluie tombe sans cesse, pour noyer les sentiments, les personnages, les espoirs, si la crue menace, si la ville est sous le choc d’une évacuation et d’une situation catastrophique, ne faut-il pas malgré tout garder espoir ? Dans cette famille désunie et pourtant soudée, la crue joue le rôle de ciment et la nature, omniprésente, se rappelle à nos existences.
Pourtant, je dois avouer que je n’ai pas retrouvé ce qui faisait pour moi la force et le style de Tatiana de Rosnay. De Elle s’appelait Sarah à Rose par exemple… peut-être me suis-je laissée emporter par la vague, trop présente, par les flots dévastateurs et la pluie omniprésente qui m’ont privée du petit moment de grâce qui aurait fait de ce roman un excellent souvenir. C’est une lecture agréable cependant. A conseiller à tous les amoureux de cet auteur, et à tous ceux qui se posent des questions sur le retour de la crue centennale sans doute ! Car si l’intrigue est réellement romanesque, les évènements et leur déroulé sont largement expliqués, détaillés, et le lecteur sent le véritable travail de recherche qu’a effectué l’auteur, de quoi se rassurer, ou pas…

💙💙💙


Catalogue éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson

Rien n’empêchera les Malegarde de se retrouver à Paris pour fêter les soixante-dix ans du père, arboriste à la réputation mondiale, pas même les pluies diluviennes qui s’abattent sur la Ville Lumière. La crue redoutée de la Seine est pourtant loin d’être la seule menace qui pèse sur la famille.

Comment se protéger lorsque toutes les digues cèdent et que l’on est submergé ? Face au péril, parents et enfants devront s’avouer ce qu’ils s’étaient toujours caché. Tandis qu’en miroir du fleuve les sentiments débordent, le drame monte en crescendo, démultipliant l’intensité des révélations.

Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff / 368 pages | 22€ / Paru le 1 mars 2018 / ISBN : 978-2-35087-442-5 / Photo de couverture © Roberta Tancredi (Artetetra)

 

L’appel de Portobello Road. Jérôme Attal

Forcément, un beau téléphone orange vintage en couverture, ça m’attire ! Alors j’ai embarqué avec Jérôme Attal et son roman qui vient de paraitre chez Pocket « L’appel de Portobello road »

portobello roadBien m’en a pris car j’ai vraiment passé un bon moment avec Ethan, à la recherche de cette jeune fille sur la photo. Qui est cette sœur inconnue ? Les parents d’Ethan viennent tout juste de l’évoquer via ce beau téléphone vintage chiné à Portobello road, et qui est branché … vers le ciel et les disparus.

En effet, pas de ligne au bout de ce téléphone qui a pourtant  bien sonné, puisque les parents d’Ethan lui ont parlé ! On peut alors se poser la question de savoir si ce dernier va bien ! Car ceux-ci sont décédés depuis deux ans maintenant et tout un chacun le sait bien, les appels téléphoniques ça ne vient pas du ciel.

Ethan a les pieds sur terre, et pourtant il va courir chez une vieille tante pour essayer de comprendre. Et à, miracle de la vieillesse sans doute, celle-ci va lui dévoiler le secret qui va le faire courir au bout de la Belgique à la recherche d’une fabrique de porcelaine anglaise… et d’une mystérieuse June, son hypothétique sœur.

portobello dedicaceOn se laisse embarquer dans cette histoire. C’est gentil, drôle et irréel et on aime courir avec Ethan, d’hôtel borgne en parking bizarre…de pom-pom girls avinées en tarte au riz offerte par un groupe plus folklo que folklorique. C’est légèrement déjanté, mais cela fait assurément passer un bon moment !

Merci Jérôme Attal pour la jolie dédicace !

💙💙💙


Catalogue éditeur : Pocket

C’est un vieux téléphone à cadran, chiné à Londres, à Portobello Road. La sonnerie surprend Ethan au milieu de la nuit. Au bout du fil, ses parents : « Dis à ta sœur qu’on pense à elle tous les jours. » Rien que de très normal, sinon qu’il est un peu tard pour téléphoner aux gens. Que les parents d’Ethan sont morts depuis deux ans. Et que jusqu’ici il se croyait fils unique…
Pour ce compositeur de chansons, c’est le début d’une quête à la recherche de cette sœur inconnue, tombée du ciel. Une aventure peuplée de pom-pom girls tchèques, de tartes au riz et de porcelaine anglaise. Une fuite en avant pour réparer les fêlures de la vie.
Car, comme dirait le photographe Robert Doisneau, l’essentiel est d’avancer avec le sourire dans la vie pour attirer la bienveillance du hasard.

« Entre poésie et extravagance. » CNEWS Matin

160 pages / 9782266282956

Faire Mouche. Vincent Almendros

Le dernier roman de Vincent Almendros « Faire Mouche » est à la fois très visuel et noir. Assurément un auteur à suivre !

Domi_C_Lire_faire_mouche_vincent_almendros.jpgIl nous avait déjà embarqués avec son précédent roman  Un été  paru en 2015, Vincent Almendros revient avec ce court texte étonnant qui a tout du roman noir moderne.

Laurent Malèvre a quitté le village et la famille depuis des années. Il revient à Saint Fourneaux pour le mariage de sa cousine Lucie. Lorsqu’il présente Claire à son oncle, on comprend vite qu’il n’a pas encore avoué à sa famille sa rupture récente avec Constance. Son oncle vit avec la mère de Laurent. Ceux-ci sont donc des frère et sœur qui ont souhaité partager leurs solitudes ? Non, plutôt beau-frère et belle-sœur, deux veufs qui forment un couple étrange. Car tout dans ce roman repose sur les relations aussi ambiguës que complexes et les non-dits entre les différents protagonistes…

L’ambiance de ces journées d’été est lourde, les mouches volent, les mouches mortes peuplent le plancher, les mouches comme un rappel de notre condition de mortel ? La chaleur oppresse, les corps transpirent. Les mots, les gestes, sous couvert de banalité du quotidien font craindre le pire. Tout au long du roman se dégage une atmosphère qui nous plonge dans un film noir à la façon d’un bon vieux Chabrol.

Il est inutile d’en dire plus, car je vous conseille fortement la découverte de Faire mouche. Vous le lirez peut-être comme moi d’une traite, poussé par les questionnements que posent les mots et les petites phrases posées çà et là par l’auteur…

Les éditions de Minuit nous habituent à ces courts textes qui percutent et restent en mémoire longtemps après et on aime ça. On se souvient en particulier du roman de Tanguy Viel Article 353 du code pénal, ou de celui d’Eric Chevillard, Ronce rose par exemple.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : éditions de Minuit

À défaut de pouvoir se détériorer, mes rapports s’étaient considérablement distendus avec ma famille. Or, cet été-là, ma cousine se mariait. J’allais donc revenir à Saint-Fourneau. Et les revoir. Tous. Enfin, ceux qui restaient.
Mais soyons honnête, le problème n’était pas là.

2018 / 128 pages / ISBN : 9782707344212 / 11.50 €

Ceux qui restent. Marie Laberge

Dans « Ceux qui restent » Marie Laberge aborde le difficile retour à la vie des perdants, ceux dont un proche s’est suicidé et qui tentent de revivre, de comprendre, d’avancer, après ce geste le plus souvent profondément énigmatique.

DomiCLire_marie_labergeMarie Laberge donne la parole à Ceux qui restent quand ceux qu’on aime s’en sont allés et surtout quand leur départ laisse un gouffre d’interrogation, d’incompréhension, un abime de culpabilité et de silence. Ceux qui restent quand un enfant, un amant, un mari se suicide. Même si tout au long du roman il y a surtout Sylvain, l’absent, celui qui est présent en chacun des personnages. Sylvain a, en apparence au moins, réussi sa vie, malgré un mariage  pas forcément des plus heureux avec Mélanie-Lyne qui lui a donné un fils, Stéphane. Après avoir passé comme à son habitude un moment de sexe « enragé » avec sa maitresse, et sans laisser aucune explication, Sylvain va se suicider dans la maison familiale. Il laisse orphelins ceux qui restent, son fils et tous ses proches, que l’on retrouve quinze ans plus tard.

Voilà un roman à la fois choral, avec les réflexions de trois personnages principaux, un père, une veuve et une maitresse, Vincent, Mélanie-Lyne et Charlène, qui vont tenter de revivre chacun à sa façon « après ça », et plus classique par l’alternance de chapitres qui reprennent le fil de la vie de chacun, où le lecteur va suivre les hésitations, les atermoiements, les désespoirs de ceux qui voudraient comprendre.

Car que faire lorsqu’un proche se suicide, comment expliquer, comment concevoir un tel acte, se pardonner, arrêter de culpabiliser ou seulement accepter le fait de n’avoir pas su, pas vu, pas compris, voilà bien toutes les inconnues posées ici. Je découvre la belle écriture de Marie Laberge avec ce sujet vraiment pas facile, mais traité de telle façon que chacun peut se l’approprier, et se poser qui sait les mêmes questions.

Mais ne pas croire que c’est triste, car dans ce roman il y a la mort, mais il y a aussi et surtout la vie, l’amour, l’amitié, et puis le sexe, intense, fréquent, comme une échappatoire à l’inconcevable, mais également au mal de vivre que ressentent la plupart des personnages. J’ai envie d’ajouter qu’il faut se laisser emporter par l’écriture et ne pas se bloquer avec les expressions cependant si savoureuses de nos cousins Québécois. Elles ne gâchent pas la lecture mais au contraire lui apportent un dépaysement qui rend peut-être le thème abordé plus acceptable.


Catalogue éditeur : Stock et Pocket

En avril 2000, Sylvain Côté s’enlève la vie, sans donner d’explications. Ce garçon disparaît et nul ne comprend. Sa femme Mélanie s’accroche férocement à leur fils Stéphane ; son père Vincent est parti se reconstruire près des arbres muets ; sa mère Muguette a laissé échapper le peu de vie qui lui restait. Seule la si remuante et désirable barmaid Charlène, sa maîtresse, continue de lui parler de sexe et d’amour depuis son comptoir.
Ce n’est pas tant l’intrigue qui fait la puissance hypnotique du roman de Marie Laberge que ses personnages, qui parlent, se déchirent, s’esquivent et luttent dans une langue chahutée, turbulente, qui charrie les émotions et les larmes, atteignant le lecteur au cœur.

Collection : La Bleue / Parution : 04/05/2016 : 576 pages / Format : 140 x 216 mm / EAN : 9782234081338 / Prix: 22.50 €

L’été diabolik. Thierry Smolderen & Alexandre Clerisse

‘L’été Diabolik’ dont parle la BD d’Alexandre Clérisse et Thierry Smolderen, c’est l’été où Antoine se découvre un père qu’il croyait connaitre et où son monde se transforme.

DomiCLire_l_ete_diabolik.jpgL’histoire se déroule en deux temps, en 1967 et dix ans après. Nous sommes en pleine période de guerre froide, pendant cet été, Antoine, le narrateur, va vivre intensément des rencontres et des disparitions qui vont marquer son existence.

Tout commence par un tournoi de tennis, Antoine gagne, son père est ravi, celui de son adversaire beaucoup moins. Une bagarre éclate, de façon assez incompréhensible. A partir de cet épisode, tout s’enchaine et Antoine va aller de découvertes en découvertes, perplexe face à la tournure prise par sa vie à partir de ce moment-là.

Sur fond de guerre froide, avec un décor très années soixante où se mêlent habilement Mondrian dans une robe Yves Saint Laurent et les couleurs psychédéliques des bandes dessinées de l’époque, l’auteur nous dévoile habilement les angoisses de l’adolescence, les craintes de l’envahisseur et de l’espion venu de l’Est, les questions sur les apparences, les non-dits et sur ces secrets de famille qui ont des répercussions sur toute une vie.

C’est habile, on s’y laisse prendre, on est porté par un graphisme absolument superbe et original, en particulier par les couleurs vives, limites flashy, qui peuvent surprendre mais qui très vite donnent une atmosphère particulière à cette BD. Une belle réussite graphique pour un véritable plaisir de lecture.


Catalogue éditeur : Dargaud

Dessinateur : Alexandre Clérisse / Scénariste : Thierry Smolderen / Coloriste : Alexandre Clérisse

Un agent secret sorti de nulle part, un accident dramatique, une fille troublante et la disparition de son père, le tout en deux jours… Pour Antoine, 15 ans, l’été 1967 sera celui de toutes les découvertes. Après Souvenirs de l’empire de l’Atome, les auteurs proposent un nouveau cocktail détonant et jouissif : un scénario particulièrement haletant, entre espionnage et littérature, passé au mixeur graphique de Clérisse qui, cette fois, mélange les références des fumetti à David Hockney.
Espionnage, policier, années 1960, relations père-fils… Un cocktail détonnant !

168 pages / Format : 210×280 / EAN : 9782205073454

Nous les passeurs. Maud Barraud

Dans « Nous les passeurs », ce magnifique premier roman hymne au grand père disparu, Maud Barraud parle d’amour, de transmission, de vie et de secrets si lourds à porter.

DomiCLire_nous_les_passeursEncore une fois, je vais remercier l’équipe des 68 qui déniche de belles choses, vers lesquelles je ne serais sans doute pas allée, d’autant que je lis rarement les avis avant de découvrir un nouveau roman. Le titre d’abord, qui ne m’évoquait rien, pensant qu’il faisait plutôt allusion à une actualité sombre et inéluctable, celle de l’émigration souvent clandestine et dramatique. Mais non, il ne s’agit pas de ces passeurs-là, et c’est au fil des pages que l’on comprend le titre.

Maud Barraud vient de Bordeaux, là, son père a fait ses premiers pas au château des Arts à Talence, château qui n’appartient plus aujourd’hui à la famille… Et justement, nous allons la découvrir, l’histoire de cette famille qui comme tant d’autres a vu son destin bouleversé par l’Histoire, la guerre,  celle qu’on nomme la seconde car on espère forcément qu’il n’y en aura pas d’autre après.

Dans la famille, un grand silence détruit les sentiments, personne jamais n’a parlé du grand-père et la mort de la grand-mère laisse craindre que ce secret ne soit enfoui à jamais. Aussi Maud décide de faire de recherches, pour comprendre, savoir ce que sont ces non-dits et peut-être permettre à ce père si secret, si amer et tellement en colère, de poursuivre plus sereinement sa vie. Car pour un petit garçon, comment comprendre et accepter qu’un père ne revienne pas quand d’autres l’ont fait, comment accepter qu’un père choisisse de soigner et d’aider les autres quand ses fils ont tant besoin de lui ? Comment vivre heureux en se sachant, en s’imaginant abandonné par un père que l’on aurait tant voulu connaitre ?

Albert Barraud, le grand-père de Maud, est médecin et surtout résistant. Arrêté en 1944, il est envoyé au camps de Neuengamme, en Allemagne. Là, son métier lui a certainement sauvé la vie à l’arrivée au camps . Cela lui aura permis de soulager et d’atténuer les souffrances des prisonniers qui venaient le voir au revier.1. Dans cette infirmerie, sans faillir il soignait, secourait, cachait autant que le lui permettait les conditions dramatiques dans lesquelles ils vivaient leur détention. Jusqu’à ce jour de mai 1945, à quelques heures à peine de la fin de la guerre, quant au terme d’un long voyage, les prisonniers se retrouvent sur le paquebot Cap Arcona. Paquebot qui sera coulé dans la baie de Lubeck. Et l’on ne peut que se révolter face au destin inéluctable provoqué par des allemands décidés jusqu’au bout à poursuivre leur œuvre de destruction.

Les petits-enfants, Maud et son frère, iront jusqu’à la mer Baltique, jusqu’à la baie de Lubeck, retrouver l’âme de ce grand-père disparu, devenant ainsi des passeurs de vie, d’espoir et de lumière, pour éclairer l’avenir d’un père, d’une famille. Quel beau témoignage, ni triste, ni revendicatif mais au contraire tellement positif et porteur d’espoir en l’Homme et en la vie.

Je dois dire aussi que « Nous les passeurs » m’a permis de découvrir encore un pan de notre Histoire – la fin tragique de sept mille huit cent prisonniers au fond des cales du Cap Arcona.

Extraits :

Et je perçois aujourd’hui qu’ignorer ce qui fut avant nous, c’est perdre une partie de ce que nous sommes supposés de venir. Héros ou bourreaux, nos ancêtres nous transmettent bien plus que leur nom.

Nous baladions tous deux notre regard sur cet immense tas de pierre représentant le bloc du revier 1. Chacune d’elle prit la forme d’un trésor précieux. Chacune de ces pierres renfermait un morceau de lui…un regard, une empreinte, un souffle, un cri de colère ; un secret, un soupir plein d’espoir, un sourire, une larme. Durant toute une année, il s’était battu pour venir en aide aux plus faibles, aux plus désespérés. Durant un an il avait espéré, soutenu, il avait porté, aimé, menti, il s’était battu pour lui, pour eux, pour nous.


Catalogue éditeur : Robert Laffont

« J’ai voulu raconter l’histoire de mon grand-père et, par ricochet, celle de ses deux fils. J’ai voulu dire ce qui ne l’avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J’ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c’est moi qu’ils ont libérée. »
Qui est ce grand-père dont personne ne parle ? Marie, devenue une jeune femme, décide de mener l’enquête, de réconcilier son père avec cet homme disparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Albert Barraud, médecin, fut un résistant, arrêté par les Allemands. Marie découvrira son rôle protecteur auprès des autres prisonniers. Destin héroïque d’un homme qui consacra sa vie aux autres jusqu’à sa disparition en mai 1945, sur le paquebot Cap Arcona bombardé par l’aviation britannique… Au terme d’un voyage vers la mer Baltique avec son frère, Marie va défaire les nœuds qui entravaient les liens familiaux.

Parution : 5 Janvier 2017 / Nombre de pages : 198 / Prix : 17,00 € / ISBN : 2-221-19790-9