L’ange de Munich, Fabiano Massimi

Enfin lever le voile sur le décès mystérieux de la nièce d’Hitler

En 1931, à Munich, Angela Raubal est retrouvée morte dans sa chambre fermée à clé de l’intérieur, avec un pistolet Walther PPK tombé à ses côtés. Tout semble prouver qu’il s’agit d’un suicide. Mais le commissaire Siegfried Sauer et son adjoint Helmut Forster sont sommés de mener l’enquête, enquête confidentielle qu’ils se doivent de boucler en 8 heures chrono.

Pourquoi ?
Parce qu’Angela Raubal n’est pas simplement une belle jeune femme dynamique et lumineuse. C’est aussi et dans ce cas on pourrait même dire c’est avant tout la nièce d’Adolf Hitler, la personnalité montante de ces années 30. Sa petite protégée dont il est le tuteur, mais dont il semble être bien trop proche pour que ce soit tout à fait honnête. Il ne faut donc pas que cette mort fasse des vagues pour ne pas interférer dans l’ascension du parti.

Mais l’enquête va s’avérer bien plus complexe et délicate que prévu. Les témoins sont bien silencieux, ou suspicieux. Les amis et les collègues ne sont pas très fiables, et durant cette période si particulière de l’après première guerre mondiale et d’ascension sournoise du nazisme, il faut se méfier de tout le monde. Car le parti fait de plus en plus d’adeptes et le sentiments sont parfois très divergents y compris au sein des familles.

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman est un excellent rappel de cet entre deux guerres si caractéristique qui a vu l’ascension inexorable du parti Nazi sans que personne en Allemagne ou en Europe ne bouge le petit doigt. Différents personnages, les Hess, Goering, Himmler ou encore Heydrich dont on sait que la plupart ont réellement existé, apparaissent froids, déterminés, calculateurs et déjà fidèles au Furher. Pourtant, j’avoue avoir été parfois déstabilisée par le côté presque humain que l’auteur a donné à ces hommes dont chacun a compris depuis la puissance dévastatrice, à travers les douleurs qu’ils ont engendrées et les horreurs dont qu’ils ont pu commettre par la suite. Difficile alors de les considérer comme de simples hommes au service d’une cause, fidèles à un parti, soucieux du bonheur d’Hitler ou de sa nièce.

Comme souvent je n’avais regardé ni les chroniques, ni la 4e de couverture avant d’écouter ce roman. Et je ne connaissais pas ce fait divers. Aussi mes interrogations ont-elles été nombreuses, fiction, réalité ? Fabiano Massimi a bel et bien déterré une histoire vraie avec le décès brutal et inexpliqué de cette jeune femme de vingt trois ans. En bibliothécaire averti, il a su où chercher, et trouver, les documents indispensables à son enquête. Du coup j’aurais presque aimé un peu pus d’informations historiques à la fin du roman, même si celles qui sont données permettent déjà de mieux comprendre les mentalités de l’époque.

J’ai trouvé cette lecture tout à fait passionnante, avec un lecteur convaincant et à la hauteur du rôle qui lui est attribué. Celui de Sauer, le commissaire sincère, juste, mais tellement seul face au pouvoir qui peu à peu occupe toute la place.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Albin-Michel, Audiolib

À Munich, en 1931, Angela Raubal, 23 ans, est retrouvée morte dans la chambre d’un appartement de Prinzregentenplatz. À côté de son corps inerte, un pistolet Walther. Tout indique un suicide et pousse à classer l’affaire.
Sauf qu’Angela n’est pas n’importe qui. Son oncle et tuteur légal est le leader du Parti national-socialiste des travailleurs, Adolf Hitler, alors en pleine ascension. Les liens troubles qui les unissent font d’ailleurs l’objet de rumeurs.
Détail troublant : l’arme qui a tué Angela appartient à Hitler.
Entre pressions politiques, peur du scandale et secrets sulfureux, cet événement, s’il éclatait au grand jour, pourrait mettre un terme à la carrière d’Hitler. Et faire du commissaire Sauer, chargé de l’enquête, un témoin très gênant.

Lu par Nicolas Matthys Traduit par Laura Brignon

EAN 9791035406530 / durée 14h04 / Prix du format cd 25,90 € / Date de parution 15/09/2021

Enfant de salaud, Sorj Chalandon

Enfin, trouver le père

Depuis toujours Sorj Chalandon cherche son père, ses vérités, ce qu’il a été avant lui, et en parle dans ses romans. Cette image tutélaire qui permet en général de se construire a été totalement brouillée par la mythomanie du père.

L’auteur a été reporter de guerre, correspondant judiciaire et a en particulier suivi le procès de Klaus Barbie en 1987, reportage pour lequel il a reçu le prix Albert-Londres. Ces deux éléments étaient déjà en eux même assez forts pour donner un sens à l’écriture d’un roman.
Si Sorj Chalandon joue avec les dates pour construire son roman, la réalité du père qu’il évoque est bien celle qu’il a découvert en 2020. Un père qui n’était pas du bon côté, qui a porté l’uniforme allemand, mais pas seulement. Un homme qui a eu mille vies, porté cinq uniformes différents, s’est évadé, a risqué le peloton d’exécution, a terminé sa guerre en prison.

Celui qu’il avait déjà décrit comme fantasque dans Profession du père se révèle ici imprévisible, saltimbanque, manipulateur, affabulateur. Un véritable chat qui retombe sur les pattes quelle que soit l’aventure tordue dans laquelle il s’est embarqué.

Il y a de nombreuses questions dans cette quête du père, mais aussi beaucoup d’amour pour celui qui pourtant n’a jamais su parler à son fils, lui dire qui il était, l’aider à se construire, échanger, dialoguer, dire vrai.
Que d’émotion lors des chapitres qui évoquent le procès Barbie, les enfants d’Ysieux, les noms des disparus, la visite de l’auteur à la maison qui a abrité cette colonie d’enfants juifs avant la rafle. Une intensité douloureuse, un devoir de dire ce qui a été, ce que les derniers témoins ont exprimé lors du procès, dire encore une fois avant l’oubli, pour l’Histoire.

La voix de Féodor Atkine a une tonalité parfois dure, parfois douloureuse, une personnalité qui donne envie de faire silence pour écouter, pour entendre, pour participer plus intensément à cette quête et à ce devoir de mémoire.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Grasset

Depuis l’enfance, une question torture le narrateur :
– Qu’as-tu fait sous l’occupation ?
Mais il n’a jamais osé la poser à son père.
Parce qu’il est imprévisible, ce père. Violent, fantasque. Certains même, le disent fou. Longtemps, il a bercé son fils de ses exploits de Résistant, jusqu’au jour où le grand-père de l’enfant s’est emporté  : «Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud !  »
En mai 1987, alors que s’ouvre à Lyon le procès du criminel nazi Klaus Barbie, le fils apprend que le dossier judiciaire de son père sommeille aux archives départementales du Nord. Trois ans de la vie d’un «  collabo  », racontée par les procès-verbaux de police, les interrogatoires de justice, son procès et sa condamnation.
Le narrateur croyait tomber sur la piteuse histoire d’un «  Lacombe Lucien  » mais il se retrouve face à l’épopée d’un Zelig. L’aventure rocambolesque d’un gamin de 18 ans, sans instruction ni conviction, menteur, faussaire et manipulateur, qui a traversé la guerre comme on joue au petit soldat. Un sale gosse, inconscient du danger, qui a porté cinq uniformes en quatre ans. Quatre fois déserteur de quatre armées différentes. Traître un jour, portant le brassard à croix gammée, puis patriote le lendemain, arborant fièrement la croix de Lorraine.

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Format : 140 x 205 mm / Pages : 336 / EAN : 9782246828150 / Parution : 18 Août 2021

Un jour ce sera vide, Hugo Lindenberg

Les souvenirs doux-amers d’un gamin en mal de repères

C’est un jeune garçon en manque d’amour, de repères, de reconnaissance que l’auteur nous fait rencontrer le temps d’un été. Chaque année il qui passe ses vacances avec sa grand-mère en Normandie. Mais il faut avouer qu’il est un peu honteux de cette grand-mère au fort accent polonais et de cette tante en apparence un peu dérangée. Lui rêve d’appartenir à ces familles qu’il observe sans répit sur la plage.

Jusqu’au jour où il fait la rencontre de Baptiste. Un garçon du même âge que lui mais qui semble évoluer dans ce qu’il imagine être la famille modèle par excellence. Un père et une mère, une sœur, une belle maison dans laquelle le narrateur sera bientôt invité. Une complicité va naître entre les deux garçons, mais la fascination exercée par Baptiste, l’isolement du narrateur en mal d’amour et d’amitié ne seront sans douta pas suffisant pour faire tomber les barrières de classe. C’est pourtant au fil de ces jours et de ces rencontres qu’il va forger peu à peu ses sentiments d’homme en devenir.

C’est un roman tout en mélancolie qui évoque l’enfance et les rêves enfouis, la vie dont on rêve et celle que l’on croit avoir, les souvenirs et les chagrins, les projets qui n’aboutiront peut être jamais.
Sur fond de souvenirs de guerre et de ces drames qu’à connu la famille au moment de la Shoa. Ces souvenirs et ces secrets occultés par les femmes de sa famille, et qui le perturbent sans qu’il le sache, car il n’est pas pire sentiment que celui de ne pas savoir, ne pas comprendre.

Je n’ai pas vraiment apprécié la lecture faite par Clément Hervieu-Leger, une voix un peu trop maniérée à mon goût et qui cataloguait trop le narrateur sans laisser au lecteur la possibilité de se faire une idée sur sa personnalité.
Du coup je suis un peu passée à côté, même si j’ai apprécié la délicatesse et la façon dont l’auteur parle de cette période difficile de l’enfance, de ce moment où l’on cherche sa place et où l’on a souvent besoin de modèles, de repères, pour se construire et avancer.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Christian Bourgois et Le Livre de Poche

C’est un été en Normandie. Le narrateur est encore dans cet état de l’enfance où tout se vit intensément, où l’on ne sait pas très bien qui l’on est ni où commence son corps, où une invasion de fourmis équivaut à la déclaration d’une guerre qu’il faudra mener de toutes ses forces. Un jour, il rencontre un autre garçon sur la plage, Baptiste. Se noue entre eux une amitié d’autant plus forte qu’elle se fonde sur un déséquilibre : la famille de Baptiste est l’image d’un bonheur que le narrateur cherche partout, mais qui se refuse à lui.
Écrit dans une langue ciselée et très sensible, Un jour ce sera vide est un roman fait de silences et de scènes lumineuses qu’on quitte avec la mélancolie des fins de vacances. L’auteur y explore les méandres des sentiments et le poids des traumatismes de l’Histoire.

ISBN : 9782267032673 / Date de parution : 20/08/2020 / 176 pages / Prix : 16,50 € / paru au Livre de Poche 26/01/2022

Saint Jacques, Bénédicte Belpois

Croire que l’amour existe, même dans un village perdu des Cévennes…

Paloma apprend au décès de sa mère qu’elle hérite d’une maison dans un petit village des Cévennes. Pourquoi, d’où lui vient cette maison, elle ne le saura que si elle accepte de lire ce cahier que lui remet le notaire en même temps que l’annonce de cet héritage pour le moins singulier.

Au crépuscule de sa vie, Camille a décidé de lui apprendre d’où elle vient, de lui révéler ses failles et ses blessures, de dire enfin la vérité. C’est une révélation bouleversante qui change la vie de Paloma et de sa fille. Partie s’installer dans ce village perdu elle va rapidement nouer des liens, se plaire au plus près de la nature, remettre en état sa maison, et rencontrer Jacques, un artisan d’un village voisin.

Déjà séduite par le précédent roman de Bénédicte Belpois, j’ai retrouvé ici ce que j’avais aimé. Cette écriture au plus près de l’humain, des sentiments, des émotions, qui bouleverse par sa justesse. De nombreux thèmes sont abordés, l’amour maternel qui n’est pas quelque chose d’inné et de systématique, qu’on se le dise haut et fort, la famille et les secrets de famille qui ont parfois des répercussions sur plusieurs générations, le poids de la solitude et l’élan de solidarité qui se crée parfois entre femmes, enfin ce sentiment si fort qu’est l’amitié.

J’ai aimé la tendresse et la douceur qui émanent de ces pages, de ces personnages, l’entraide et la solidarité qui se tissent dans les villages isolés, l’amour de Paloma pour sa fille et le bilan que sa mère fait de sa propre vie avec ces vérités que l’on n’ose pas toujours dire. Un roman court, un peu trop parfois, car j’aurais aimé un peu plus de profondeur dans la présentation de certains personnages tant j’avais envie de les connaître un peu plus. Mais même s’ils sont souvent stéréotypés, la bonne copine qui déménage au bout du monde, la sœur un peu jalouse, le médecin et la voisine (mais non, là je ne vous en dis pas plus !) ils sont attachants. Enfin, bien qu’une profonde tristesse se dégage de certaines situations, l’autrice a réussi à mettre une pointe d’humour et beaucoup de joie dans son texte pour le plus grand plaisir du lecteur.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Gallimard

À la mort de sa mère, Paloma hérite d’une maison abandonnée, chargée de secrets au pied des montagnes cévenoles. Tout d’abord décidée à s’en débarrasser, elle choisit sur un coup de tête de s’installer dans la vieille demeure et de la restaurer. La rencontre de Jacques, un entrepreneur de la région, son attachement naissant pour lui, réveillent chez cette femme qui n’attendait pourtant plus rien de l’existence bien des fragilités et des espoirs.
Ode à la nature et à l’amour, Saint Jacques s’inscrit dans la lignée de Suiza, le premier roman de Bénédicte Belpois, paru en 2019 aux Éditions Gallimard. Avec une simplicité et une sincérité à nulles autres pareilles, l’auteure nous offre une galerie de personnages abîmés par la vie mais terriblement touchants.

Parution : 08-04-2021 / 160 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072932304 / 14,00 €

Blizzard, Marie Vingtras

Au cœur des éléments déchaînés, dénouer les secrets

Blizzard est un roman choral dans lequel les personnages prennent la parole tour à tour.

Dans ce coin perdu de l’Alaska, il fait un froid à ne pas mettre le nez dehors. Pourtant Bess et l’enfant sont sortis dans le blizzard ; une minute d’inattention et Bess a lâché la main de l’enfant de Benedict. Elle part droit devant elle pour tenter de le retrouver avant le retour de Benedict. Bess est une jeune femme un peu paumée qui a débarqué dans ce coin d’hiver avec Benedict, le père de Thomas, un jeune homme taiseux, bourru, mais cependant très attachant.

Chacun des protagonistes révèle une partie de leur histoire commune. Cole et Clifford, les hommes du village qui ont connu Benedict enfant ; Benedict qui n’a jamais compris pourquoi son frère Thomas a quitté sa maison sans espoir de retour ; Bess et ses blessures d’enfance, ses échecs, ses doutes et ses regrets ; Freeman dont on se demande bien comment il est arrivé dans ce trou paumé.

Dans le froid et la neige, au cours de cette traque où tous espérent retrouver l’enfant vivant, et celle qui l’a laissé partir, la tension monte, des secrets se dévoilent, des liens se nouent, laissant la place à l’imagination, aux souvenirs, aux regrets, aux questionnements. Et les pièces d’un puzzle bien plus sordide qu’il ne paraissait de prime abord se mettent en place, les liens se créent, des secrets sont révélés. Dans ce huis-clos sous un ciel immense, les hommes pris dans le blizzard se retrouvent face à leurs révélations, à leurs pensées, à leurs actes.

Ce que j’ai aimé ?

La façon de présenter les personnages, de les isoler dans cette immensité blanche et glacée, comme s’ils étaient seuls face à eux même. L’écriture et le rythme, les chapitre courts qui donnent la cadence, font monter la tension, et attendre un dénouement digne d’un roman noir américain (après tout, nous sommes en Alaska!). Face au drame qui se noue, la disparition d’un enfant, les caractères, les émotions, les sentiments se dévoilent pour le pire comme pour le meilleur. J’ai lu ce roman quasi d’une traite, et je pense que c’est exactement ce qu’il fallait pour suivre le tempo voulu par l’autrice. Ce premier roman est une réussite, de nombreux thèmes sont abordés et parfois seulement suggérés par petites touches, mais toujours de façon à être compris par le lecteur en priorité, lui qui a toutes les versions et donc toutes les clés, pour dénouer l’intrigue.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : L’Olivier

Le blizzard fait rage en Alaska.

Au cœur de la tempête, un jeune garçon disparaît. Il n’aura fallu que quelques secondes, le temps de refaire ses lacets, pour que Bess lâche la main de l’enfant et le perde de vue. Elle se lance à sa recherche, suivie de près par les rares habitants de ce bout du monde. Une course effrénée contre la mort s’engage alors, où la destinée de chacun, face aux éléments, se dévoile.

Avec ce huis clos en pleine nature, Marie Vingtras, d’une écriture incisive, s’attache à l’intimité de ses personnages et, tout en finesse, révèle les tourments de leur âme.

Parution 26 août 2021 / 192 pages EAN : 9782823617054 17,00 €

Changer l’eau des fleurs, Valérie Perrin

Un roman sensible, poétique et totalement addictif

C’est long très long, c’est triste très triste, chiant parfois j’ose le dire, mais c’est surtout très poétique, bien écrit, et absolument addictif.

Par son style pointilliste brillant de simplicité Valérie Perrin nous raconte un drame familial à travers la vie de Violette, une jeune femme qui a vécu de famille d’accueil en famille d’accueil avant de trouver l’amour avec Philippe Toussaint, et de construire sa vie avec lui. Ce beau jeune homme ne sera pourtant pas l’homme qu’elle espère, et la vie ne lui fera décidément aucun cadeau.

On aime très vite Violette, cette héroïne fragile, sensible, tellement féminine. Même si j’ai eu par moments envie de la secouer, de lui ouvrir les yeux, j’avais également envie de la prendre par la main, ou dans mes bras pour la réconforter. Je l’ai admirée pour sa force, sa détermination, sa résilience.

La construction du roman est une réussite. Le lecteur qui peut se lasser de la lenteur de certaines scènes parfois répétitives est pris par des rebondissements qui relancent l’intrigue. Ces nombreuses itérations, qui peuvent durer le temps d’un chapitre, m’ont quelques fois lassée, mais au final, elles m’ont paru être là pour montrer le rythme d’une vie, du temps qui passe, de la banalité d’un quotidien qui pourrait être le nôtre, et de fait, elles trouvent toute leur place.

L’action évolue dans des univers qui jouent un rôle déterminant dans la construction romanesque. Il faut avouer que garde-barrière ou gardien de cimetière, même si c’est une vie en apparence ordinaire, cela n’est en rien conventionnel. L’héroïne traverse ces deux mondes professionnels d’une grande banalité que le talent descriptif et imaginatif de l’autrice nous rend vivants et intéressants.

La voix de Françoise Cadol est particulièrement bien adaptée à ce personnage. Je l’ai trouvée empathique, douce et en même temps si forte. À tel point que de temps en temps j’imaginais une adaptation ciné dans laquelle elle incarnerait Violette. Elle porte son personnage et tous ceux qui gravitent autour d’elle, Léonine et Philippe, Sasha, Irène et Gabriel, Julien et Nathan, mais aussi Gaston, Nono, Elvis avec une grande finesse, sensible, à la fois résolue et discrète, elle nous fait vibrer, rire, pleurer, aimer cette héroïne qui n’a rien d’ordinaire.

Retrouvez ma chronique du roman dans le cadre du prix des lecteurs du Livre de Poche, et les chroniques de Nath, qui a beaucoup aimé, et celle d’Anthony, qui aime beaucoup moins.

Catalogue éditeur : Audiolib, Le livre de Poche, Albin-Michel

Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se réchauffer dans sa loge où rires et larmes se mélangent au café qu’elle leur offre. Son quotidien est rythmé par leurs confidences. Un jour, parce qu’un homme et une femme ont décidé de reposer ensemble dans son carré de terre, tout bascule. Des liens qui unissent vivants et morts sont exhumés, et certaines âmes que l’on croyait noires se révèlent lumineuses.

Lu par Françoise Cadol
Durée 14h43 / EAN 9791035406974 Prix du format cd 25,90 € / EAN numérique 9791035407124 Prix du format numérique 23,45 € / Date de parution 08/12/2021

La commode aux tiroirs de couleur, Olivia Ruiz

Une histoire de racines, de transmission, d’héritage, une belle histoire de femmes

Que faire lorsque votre grand-mère adorée décède et qu’elle vous lègue Le meuble qui vous a toujours fascinée, sa commode aux tiroirs interdits ?

Que de rêves fous, de fantasmes, d’imagination ont eu chacun des petits enfants, et elle en particulier, en espérant pouvoir ouvrir la commode lorsque l’abuela serait absente. Mais aucun ne l’a jamais fait, et aujourd’hui qui sait quelle vérité va enfin émerger de ces tiroirs ? Car dans cette famille qui parle si peu du passé on préfère depuis toujours aller de l’avant.

Alors tout au long d’une longue nuit elle va ouvrir les tiroirs chacun à son tour, et en dévoiler les secrets d’une vie. Une médaille de baptême, une enveloppe, un foulard, un souvenir, une photo, une lettre, et la voix de Rita-Joséphine pour dire sa vie, ce qu’elle a été, celle qu’elle a rêvé d’être, ce qu’elle aurait pu être si… un cortège d’objets pour une transmission familiale tendre et passionnée, tragique et drôle, chaleureuse et colorée.

Chaque objet est un morceau de vie jamais dévoilé aux petites filles. L’Espagne, la guerre civile, les parents condamnés qui décident de sauver leurs filles, l’exode des républicains, l’arrivée en pays inconnu et hostile, cette France du sud. Une identité perdue, une autre adoptée, une famille perdue, une autre retrouvée, l’exil, la perte des racines, la solidarité, l’entraide, la combativité. Une femme combative et indépendante, forte et amoureuse, blessée et résiliente.

L’écriture est belle, les personnages réellement incarnés, les situations, les familles et l’Histoire de l’Espagne sont retracés avec justesse et sans misérabilisme ni aucune rancœur.

Bon, un petit bémol pour le dernier chapitre et l’arrivée de cette femme qui parait si peu crédible, cette situation rocambolesque. Mais on pardonne et on retient surtout de l’ensemble une belle impression d’amour pour la famille, pour ceux qui ont fait de nous ce que nous sommes, pour ce message qu’il faut à son tour transmettre.

J’aime beaucoup cette version audio lue par Olivia Ruiz, elle donne tellement de vie à cette famille et à cette époque où l’histoire de l’Espagne et de la France se rencontrent. Que j’ai aimé l’écouter me raconter son Espagne rêvée, son abuela inventée pour se substituer sans doute à ses véritables grands-parents qui semble-t-il n’ont jamais évoqué ce qu’ils avaient abandonné dans leur pays. Comme de nombreux espagnols ayant fui l’Espagne de la guerre civile et du franquisme. Des personnages attachants, des situations réalistes, tristes, dramatiques mais heureuses aussi.
Un vrai moment de vie à partager. La voix de l’autrice apporte un parfum de vérité qui donne une saveur extraordinaire à ce roman que je vous conseille vivement que ce soit en version audio ou écrit. Il est désormais disponible également au Livre de Poche. Et en BD chez Grand Angle éditions.

Catalogue éditeur : J.C Lattès, Audiolib, Le Livre de Poche

À la mort de sa grand-mère, une jeune femme hérite de l’intrigante commode qui a nourri tous ses fantasmes de petite fille. Le temps d’une nuit, elle va ouvrir ses dix tiroirs et dérouler le fil de la vie de Rita, son Abuela, dévoilant les secrets qui ont scellé le destin de quatre générations de femmes indomptables, entre Espagne et France, de la dictature franquiste à nos jours.
La Commode aux tiroirs de couleurs signe l’entrée en littérature d’Olivia Ruiz, conteuse hors pair, qui entremêle tragédies familiales et tourments de l’Histoire pour nous offrir une fresque romanesque flamboyante sur l’exil.

Parution : 09/06/2021Durée : 4h10 / EAN 9791035405137 Prix du format physique 21,90 € / EAN numérique 9791035405441 Prix du format numérique 19,95€

La bonne chance, Rosa Montero

Trouver le bonheur au milieu de nulle part, un roman lumineux à l’inventivité vivifiante

Alors qu’il est dans le tain pour donner une conférence à Cordou, un homme découvre par la fenêtre du wagon un village sinistre et désolé ; un balcon abandonné, une affiche indiquant à vendre, et le voilà qui descend à l’arrêt suivant, fait demi-tour et vient s’installer à Pozonegro.

Que se passe-t-il dans sa vie pour qu’il plante tout là, sur un coup de tête, et campe dans un appartement vide. Est-il coupable de quelque atrocité, est-il en fuite, recherché ? C’est la question que se posent tous ceux qui le côtoient, ceux qui lui ont vendu quelques mètres carrés dans cet immeuble sinistre sans comprendre son geste. À l’étage en dessous vit Raluca. La jeune femme est caissière au Goliat, l’un des seuls commerces du village, bavarde, célibataire, elle n’a pas sa langue dans la poche et a le cœur sur la main. Attendrie par ce beau gosse totalement paumé, elle décide de l’aider.

Cet homme mystérieux est en fait Pablo Hernando, un architecte reconnu de ses pairs, et attendu impatiemment par ses équipes à Madrid. Décidé à ne pas sortir de ce trou perdu, à ce que personne ne le retrouve, il utilise l’argent qu’il a sur lui pour vivre sans laisser de trace. Avec l’aide de sa voisine, il trouve même un emploi au Goliat. De quoi tenir sans faire de vague ni se faire remarquer. C’est un mystère ambulant qui intrigue tous ceux qu’il rencontre, et fait s’agiter ses collaborateurs qui le cherchent désespérément.

Il semble évident qu’il fuit un passé, quelqu’un qui lui veut du mal, et l’on comprend peu à peu de qui il s’agit. Pendant ce temps, alors qu’il est de prime abord rebuté par le look, le flot incessant de paroles, l’extravagance et l’attitude de Raluca, il s’en rapproche insensiblement. Peu à peu, la noirceur qu’il rejette vient perturber son quotidien, et l’on découvre de sombres groupes néonazis, des bandits de carnaval, des allusions à l’enfance maltraitée et au silence des témoins, et ce fils qu’il fuit encore plus que toute autre chose.

Ce que j’ai aimé ?

Découvrir un roman choral très attachant. Tour à tour, les différentes voix nous révèlent le passé des principaux protagonistes, dénouant les liens entre eux, le pourquoi de la fuite et du silence. Elles mettent en exergue ces moments où l’on se pose des questions sur son avenir, sur ce que l’on a fait de sa vie, sur sa propre utilité. Il en faut du temps et de l’énergie, ou au contraire une sacré dose de lâcher prise pour faire fi des apparences et des à priori, et vivre pleinement la vie que l’on souhaite. Un roman optimiste et empli d’espoir.

Le rythme très prenant, les chapitres courts, les personnages auxquels on s’attache immédiatement malgré leurs défauts, leurs silences, leur mystère. Au milieu de cette noirceur, et de ce paysage désolé d’une Espagne hors du temps, la bonté, la gentillesse, et le sens du partage éclairent ces pages, le lecteur a très envie de rencontrer Raluca, d’aider Pablo. Si beaucoup de sujets sont abordés, j’ai cependant apprécié cette réflexion sur nos choix de vie, notre façon de juger l’autre sans le connaître et souvent uniquement sur les apparences, qui éclaire d’un beau rayon de soleil le bout du chemin.

Catalogue éditeur : Métailié

Traduit par : Myriam Chirousse

Qu’est-ce qui pousse un homme à descendre d’un train à l’improviste et à se cacher dans un village perdu ? Il veut recommencer sa vie ou en finir ? Il fuit quelqu’un, ou quelque chose, peut-être lui-même ? Le destin l’a conduit jusqu’à Pozonegro, un ancien centre minier à l’agonie. Devant chez lui passent des trains qui peuvent être son salut ou sa perte, tandis que ceux qui le cherchent sont à l’affût.
Mais dans ce lieu maudit, où tout le monde a un secret, certains plus obscurs et dangereux que d’autres, cet homme rencontre des gens comme la lumineuse et généreuse Raluca, peut-être un peu cinglée aussi, qui croit que la joie est une habitude.
Une intrigue ensorcelante, d’une précision d’horlogerie, dévoile peu à peu le mystère de cet homme et, ce faisant, explore nos pulsions : la peur, la culpabilité, la haine et la passion.

Rosa Montero nous parle du Bien et du Mal, elle écrit un roman vivifiant et lumineux qui met l’amour, l’espoir et la rédemption au premier plan. La plume de Rosa Montero est un heureux antidote contre les temps qui courent.

Rosa Montero est née à Madrid où elle vit. Après des études de journalisme et de psychologie, elle entre au journal El País où elle est aujourd’hui chroniqueuse. Best-seller dans le monde hispanique, elle est l’auteur de nombreux romans, essais et biographies traduits dans de nombreuses langues, parmi lesquels La Fille du cannibale (prix Primavera), Le Roi transparent et L’Idée ridicule de ne plus jamais te revoir.

ISBN : 979-10-226-1149-7 / paru le 02/09/2021 / Pages : 288 / Titre original : La buena suerte

La chute de la Maison Lacaze, Michèle Tajan

Quand l’histoire d’une famille dévoile la condition des filles au 19e siècle

La Maison Lacaze a longtemps été la demeure plus importante du village. Au 19e siècle elle est habitée par une famille aisée, un couple et leurs enfants, en particulier les jumeaux Félix et Félicie. Un attachement profond lie les deux enfants, un amour fraternel intense et unique, pas toujours bien compris ni accepté. il faut avouer qu’être fille à cette époque n’est pas toujours facile, surtout lorsque l’on a des envies de liberté. Les deux enfants sont rapidement remis dans le droit chemin, Félicie est envoyée comme domestique à la ville, et Félix embarque à douze ans pour le nouveau monde.

Lorsqu’elle découvre cette maison abandonnée dans un village des Pyrénées, Léa décide de s’y installer. Après quelques années, Ernesto le petit-fils de Félix, vient découvrir la maison de son grand-père pour tenter de comprendre le mystère qui s’y attache. Car si Félix a fait de nombreux voyages depuis l’Uruguay pour revoir sa famille, à moment donné il a arrêté toute visite et décidé de l’effacer de sa vie.

Depuis qu’elle habite La Maison Lacaze, Léa a tenté de percer le mystère de cette famille, de son ascension à sa chute. Elle a interrogé sans relâche les anciens témoins, rencontré ceux qui ont connu ou vécu avec les différents membres de la famille, compulsé les archives encore disponibles, y compris tous les anciens documents qui tombent en miettes dans le grenier. Rapidement, elle a senti qu’il y avait une présence dans cette maison, comme si Félicie était à ses côtés. Elle a eu l’envie de comprendre pourquoi cette jeune fille a disparu de la mémoire collective, jusqu’à être effacée de celle de sa famille.

À présent, Ernesto peut profiter de ses longues heures de recherche, et peu à peu se dévoile la vie de cette famille qu’il connaît si peu. Qu’est devenue Félicie, pourquoi et quand a-t-elle disparu, et quel sort était réservé pendant longtemps aux filles qui n’entraient pas dans le moule que leur imposait la famille et la morale, bien des questions sont ainsi soulevées. Peu à peu se dessine une époque, des coutumes, une vie. A mesure que le mystère s’éclaircit, les liens entre Ernesto et Léa évoluent à leur tour.

Anatomie sans concession d’une famille emblématique de son milieu où le respect des règles, de la religion et l’image que l’on donne ont plus de valeur que le bonheur de la famille. Avec son air de roman social parfois noir, l’enquête de Léa soulève de nombreuses questions. Le roman est aussi le portrait d’une époque, il évoque avec justesse l’éducation des filles et leur place dans la société.

Catalogue éditeur : éditions Cairn

Lorsque Léa vient s’installer dans cette maison abandonnée du Sud-Ouest, elle ne sait rien de la famille Lacaze, qui y vécut autrefois. Sinon que le cadet, Félix, émigré en Uruguay à la fin du dix-neuvième siècle a causé la prospérité et la ruine de la Maison Lacaze. Sinon qu’il avait une sœur Félicie, dont toutes les traces semblent avoir été effacées. Intriguée par cette sœur dont la présence semble encore habiter les murs, Léa n’aura de cesse de comprendre le mystère de sa disparition. Félicie est-elle vraiment morte de la tuberculose dans un couvent à l’autre bout de la France comme on l’avait affirmé à son frère ? Il n’y avait jamais cru… Que lui avait-on caché et qu’avait-il fini par apprendre ?
Ce sont ces questions qui hantent encore Ernesto, le petit-fils de Félix, lorsque, arrivant de Montevideo, un siècle et demi plus tard, il frappe à la porte de la Maison Lacaze.
Entre lui et Léa s’établit alors une relation étrange, alimentée par les confidences personnelles, les souvenirs légués à Ernesto par son grand-père et les découvertes de Léa sur la vie de sa sœur restée au pays. Ainsi se construit peu à peu le récit, mêlant leur histoire intime à celle de la Maison Lacaze. L’histoire de Félix et Félicie.

Après avoir enseigné la philosophie, été peintre et critique d’art, Michèle Tajan se consacre aujourd’hui à l’écriture. Elle vit et travaille dans les Hautes-Pyrénées.

ISBN :  9782914028301 / Format 13×21 / Pages 224 / Parution 12 février 2021 / 15,00 € TTC

L’évanouissement de Marie, Natacha Sadoun

Un premier roman intimiste et pudique sur le couple et la vie

L’appel est d’une rare violence, pourtant la voix au bout du fil se veut factuelle sans doute, rassurante certainement pas. Paul est dans le coma, à la Pitié Salpêtrière, une hémorragie cérébrale, un pronostic vital en jeu, un état transitoire qui peut s’ éterniser, et la vie de Marie bascule dans un vide abyssal sans fin. Quand, comment, Paul pourra-t-il s’en remettre, personne ne peut le lui dire.

À partir de ce moment-là, plus rien ne peux plus être comme avant. Marie sombre, son quotidien devient aussi vide et silencieux que la vie de Paul.

Après des semaines de solitude et de sidération, Marie réagit enfin. Qui était cet homme avec qui elle vient de passer autant d’années, le connaît-elle vraiment ? Marie cherche, fouille, dans les affaires, dans le passé, et découvre des failles, des secrets, qu’elle n’avait jamais imaginé.

Elle croise par hasard un homme qu’elle avait quitté pour Paul, part enquêter sur le passé de Paul auprès de ceux qui le connaissent, sa famille et ses amis, loin, jusqu’en Italie. Nice, Florence, les Cinque Terre, et la vie, ailleurs, autrement, différente. Et ce voyage pour comprendre devient un voyage initiatique qui lui permet de mieux appréhender ses propres désirs, la réalité de ses sentiments, de se connecter enfin au monde qui l’entoure, même si cela doit être au prix d’une rupture complète avec son passé.

Ce que j’ai aimé ?

Une écriture intimiste, un rythme à la lenteur étudiée qui émeut et bouleverse. Un premier roman pudique et attachant malgré le thème abordé et le froideur parfois difficile à appréhender de Marie. Si j’ai été surprise par la dernière partie du roman, j’ai apprécié le questionnement sur sa vie, ce qu’on en fait, et sa place dans le couple après un aussi grand choc, assez classique je crois mais dont on parle peu.

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Un accident. L’arrachement à Paul, l’absence et le manque.
Mais dans cette soudaine solitude, Marie commence à poser un regard nouveau sur le monde qui l’entoure et sur sa vie. Et bientôt sur Paul qu’elle découvre sous un autre jour ; il lui faut comprendre, partir sur les traces d’un passé.
Des rues de Paris aux paysages d’Italie.
Un cheminement intérieur qui crée les conditions d’une autre énigme.

Date de parution : 19/08/2021 / 160p. / ISBN : 978-2-283-03522-1 Prix : 15,00 € / Numérique ISBN : 978-2-283-03523-8 Prix : 9,99 €