Histoire du fils, Marie-Hélène Lafon

Des personnages attachants à l’histoire dense et profonde traversent le siècle

Voici André, le fils de Gabrielle, élevé par Hélène la sœur de cette dernière et son époux, à la campagne du côté de Figeac, dans cette famille aimante, au milieu de ses cousines. Une vie heureuse, même si c’est aussi une vie de manque, celui cruel d’être né sans père, celui de l’absence de la mère, de son silence. André se construit sur ce silence pesant, ce gouffre qu’il porte à jamais en lui, en orphelin de père biologique, mais fort de tout l’amour de sa famille de cœur, lui le fils, le frère, qu’ils n’avaient pas eu. La nature, la force des relations, la joie de vivre dans cette province protégée et solidaire feront le reste.

A Paris, Gabrielle est infirmière. Elle vit de façon légère, heureuse, enfin, ça c’est du moins ce qu’elle montre à tous chaque fois qu’elle vient voir son fils lorsqu’elle passe noël ou les étés en famille, du côté du Lot.

Lorsque André se marie, une part du mystère s’effondre, mais que faire de cette révélation ? Est-ce le bon moment, et n’est-ce pas plutôt un cadeau empoisonné ? Comme ces paquets au joli ruban dont on craint de découvrir ce qu’ils cachent à l’intérieur. André époux comblé, père heureux, fils à jamais meurtri par l’absence.

Les chapitres courts alternent différentes époques sans aucune chronologie. Un léger doute prend le lecteur au début. Chanterelle, Figeac ? Qui ? Quand ? Deux lignées se mélangent, le fils ? Le père ? Puis les fils se délient, et peu à peu l’intrigue s’installe, les personnages prennent corps, les vies s’étoffent, les sentiments affleurent, bouleversants, émouvants, complexes.

Marie-Hélène Lafon sculpte avec la terre de ces régions qu’elle connait si bien des personnages attachants à l’histoire dense, profonde et les place dans des situations lourdes de conséquences sur leurs vies. Et pourtant le texte, le vocabulaire, le phrasé sont toujours légers, concis, précis. Par petites touches lumineuses et intenses, elle réussit l’exploit de créer une véritable saga familiale qui court sur un siècle, de 1908 à 2008, en un court roman d’à peine 170 pages, sans jamais perdre son lecteur. Tout est effleuré ou suggéré, tout est ressenti avec une intensité rare.

Pour aller plus loin, lire aussi la chronique de Léa Touchbook
Lire également ma chronique du précédent roman Nos vies

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Le fils, c’est André. La mère, c’est Gabrielle. Le père est inconnu.
André est élevé par Hélène, la sœur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille.
Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, Histoire du fils sonde le cœur d’une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences.

Marie-Hélène Lafon est professeur de lettres classiques à Paris. Tous ses romans sont publiés chez Buchet/Chastel. Avec ce nouveau roman, elle confirme la place si particulière qu’elle occupe aujourd’hui dans le paysage littéraire français.

Parution : 20/08/2020 / Format : 13 x 19 cm, 176 p., 15,00€ / ISBN 978-2-283-03280-0

A la rencontre de Cécilia Castelli

« Le plus important lorsqu’il s’agit d’écrire est… d’être dans le vrai. Il faut viser le cœur »

Cécilia Castelli était à Paris pour le lancement de Frères Soleil aux éditions Le Passage. Elle a accepté de répondre à quelques questions sur l’écriture de ce roman. Un roman d’apprentissage, un roman sur les secrets, passés ou présents, sur la famille et sur la Corse. C’est le deuxième roman de Cécilia Castelli, le premier Mollusque est paru aux éditions Le Serpent à Plumes.

Comment vous est venue l’idée de ce roman ?

En le lisant, je l’ai ressenti comme un roman initiatique où chacun doit faire ses preuves, comme un passage de l’enfance paradisiaque et protégée des secrets des générations antérieures à une adolescence pourtant pas plus facile là qu’ailleurs.

  • Est-ce d’abord l’envie de suivre une famille corse et donc insulaire, pendant dix ans, avec ses secrets et son histoire, mais aussi avec les contraintes dues en particulier au poids des traditions ?

L’idée de ce roman correspond, me semble-t-il, avec mon retour sur l’île après être partie pendant plus de quinze ans sur le continent, pour mes études d’abord, puis pour mon travail. En revenant en Corse avec l’idée de m’y installer définitivement, je me suis rendue compte à quel point l’insularité avait marqué mon enfance.

Comme si j’avais grandi sur une terre protectrice, à part, loin de tout danger, le regard toujours tourné vers la mer, pour goûter à la liberté et vivre intensément un éternel été parmi un peuple fier de ses racines et de son histoire, et prêt à tout pour les défendre. Le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand que nous est très prégnant ici et chaque habitant de l’île ressent de façon intrinsèque et presque indicible ce privilège.

Pourtant derrière le décor idyllique, il y a le revers de la médaille, le sentiment d’enfermement, l’impossibilité d’échapper à la famille et au poids des traditions. La nostalgie dans laquelle baigne l’île s’accompagne parfois d’une certaine violence ou tout simplement d’une crainte concernant l’avenir.

C’est un combat perpétuel entre le passé, ce que défendaient nos aïeuls et une volonté de s’ouvrir à un monde et à un futur différent. Se pose alors souvent la question de rester ou de partir. Surtout lorsqu’on est à l’aube de sa jeune vie d’adulte. Tout quitter pour s’affranchir, est-ce une liberté ou une trahison ? Il me semble que c’est le dilemme que vivent de nombreux jeunes. Même si pour certains, la réponse est évidente.

  • J’ai l’impression que les jeunes garçons sont assez représentatifs des enfants de leur âge, où qu’ils soient. Mais pour ce qui est de la famille, est-elle également représentative des familles corses encore aujourd’hui ?

Au-delà du caractère insulaire, les thèmes traités dans Frères Soleil ont effectivement une portée bien plus universelle et l’histoire de Rémi, Baptiste et Christophe peut être l’histoire de n’importe quel enfant, fille ou garçon, quels que soient l’époque et le lieu où il a grandi. C’est avant tout un récit d’apprentissage où chacun se confronte au regard de l’autre, que ce soit le regard des plus jeunes ou celui des adultes, et c’est à travers les jeux et les expériences vécues que les personnages se construisent avant d’être en capacité de faire leurs propres choix. Il est vrai que la famille joue un rôle primordial dans la mesure où les proches vont être les premières personnes à porter un jugement, ce qui peut être problématique. C’est ce que l’on voit avec Rémi, considéré par les siens comme le petit dernier de la famille, celui que l’on doit protéger et qui doit prendre exemple sur les autres. Il aura vraiment du mal à se départir de ce rôle de suiveur, et c’est ce qui le conduira jusqu’au drame.

D’abord discrète et faite de petites touches posées çà et là, la tension va crescendo…

  • Il y a ce grand-père qui disparait tragiquement, mais qui n’est mentionné que par intermittence. Est-ce une volonté de montrer qu’il y a dans chaque famille des secrets qu’il vaut mieux taire et leur poids sur les différentes générations ? Les enfants grandissent avec ces secrets, mais ne risquent-ils pas de reproduire à leur tour le passé ?

J’ai découvert il y a quelques années à travers des témoignages et des reportages la psychogénéalogie et c’est trouvé cela réellement passionnant. Se demander à quel point il existerait un inconscient familial qui se transmettrait de génération en génération à travers les silences et les blessures cachées de chacun.

Que nous lègueraient nos parents, nos grands-parents de leurs traumatisme passés ? Souvent, c’est dans le but de protéger l’enfant qu’apparaissent les secrets de famille. On préfère ne rien dire. Faire semblant. Faire croire que tout va bien. Mais c’est un héritage lourd à porter.

Comme une sensation que quelque chose de terrible se dissimule en soi, se développe à l’intérieur des familles, prêt à bondir pour tout détruire. Et qui, de toute manière, finira par surgir jour ou l’autre.

Comme une sorte de fatum, tel exprimé dans les tragédies grecques étudiées en classe, on sait que personne ne peut y échapper malgré toutes les précautions prises, malgré une volonté puissante d’échapper au destin.

Les parents des trois jeunes cousins ont beau les préserver de tout, taire les douleurs sous la chaleur de l’île, en été, sous le soleil réparateur, lorsque l’hiver arrive, la nouvelle génération prend le relai et subit à son tour le coup du sort. Ils reproduisent les mêmes erreurs que leurs parents.

  • J’ai aimé voir la façon dont grandissent ces trois jeunes, élevés par des mères proches, ils vont avoir des destins différents. Était-ce facile de se mettre dans la peau de vos différents personnages, tour à tour ces jeunes garçons qui évoluent avec les années, puis leurs mères, et enfin cette vieille tante qui évoque si bien la Corse traditionnelle immuable ?

C’est là tout le rôle de la littérature et surtout du travail de l’écrivain. Pouvoir retranscrire les destins, les sentiments multiples et infinis de tout un chacun sans se cantonner, ce qui serait dommage, à ce que l’on est et vit personnellement. Et c’est un réel plaisir lorsque l’on reçoit des témoignages affirmant que cela est réussi et fait avec justesse.

Le plus important lorsqu’il s’agit d’écrire est, je pense, de ressentir l’émotion vive au moment où l’on pose les mots, d’être dans le vrai, sans tomber dans le cliché ou le stéréotype du personnage qui serait soit totalement bon, soit totalement mauvais. Tout est une question de nuances. Il faut viser le cœur. C’est ainsi que l’écriture se libère et peut parler à chacun, de n’importe qui et de n’importe quelle époque. De n’importe quel garçon, de n’importe quelle mère, de n’importe quelle tante à moitié sorcière ou pas.

Les grandes thématiques comme l’attachement aux traditions, le nationalisme, l’omerta, sont présentes mais esquissées.

  • Est-ce une volonté de proposer une fiction romanesque plutôt qu’un roman étayé par des faits réels et si oui, pourquoi ?
  • Présente aussi, la peur de l’autre, celui qu’on ne connait pas, l’étranger, comme un mal profond qui atteint l’ile. On est dans les années 60 à 90, mais une fois encore est-ce toujours d’actualité, avez-vous voulu montrer l’absurdité de cette peur ?

Avant d’entamer l’écriture de Frères Soleil, je me suis posée la question de me documenter de façon approfondie sur l’histoire de la Corse, sur la présence du nationalisme sur l’île et de me baser principalement sur des faits réels. Mais en lisant des ouvrages à ce propos, il me semble que d’autres en parlaient bien mieux que moi, sous des formes beaucoup plus adaptées qu’un roman. Très vite, je me suis aperçue que ce n’était pas ce que je voulais faire ni là où je voulais aller. Ainsi les personnages se sont imposés d’eux-mêmes avec leurs propres histoires à raconter.

C’est eux qui ont pris toute la place même si, bien sûr, on retrouve des références à des faits divers, à tout ce contexte historique et sociétal dans lequel ils ont pu évoluer à cette époque.

C’est aussi ce qui forge une identité. Bien au-delà des jeux d’enfants qui s’amusent à se faire peur en parlant des meurtres de Tommy Recco ou des nuits bleues. Quant à la peur de l’autre, de l’étranger, le problème est malheureusement, je crois, toujours d’actualité et n’est pas forcément inhérent à l’île. C’est un problème universel. Même si les mentalités changent… mais il est tout de même incroyable de voir qu’en 2020, il faille encore des mouvements tels que #blacklivesmatter pour dire aux gens de ne pas avoir peur les uns des autres. Le combat n’est pas encore gagné.

J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a donné envie de revenir sur cette ile de beauté qui porte si bien son nom. A votre tour de le découvrir.

Quel conseil de lecture aimeriez-vous nous donner ?

Pour reprendre les mots de Samuel Beckett, je dirais qu’il faut découvrir ou redécouvrir Emmanuel Bove : « il a comme personne le sens du détail touchant ». Un titre ? Mes amis.

Concernant la rentrée littéraire, le livre de Laurent Petitmangin, Ce qu’il faut de nuit, dont on parle beaucoup m’attend sur ma table de chevet. D’autres me font également très envie. Sinon, je suis réellement admiratrice de l’écriture de Laurent Gaudé. Je conseillerais tous ses livres. De la poésie et de l’émotion pure à chaque phrase.

Merci Cécilia d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Retrouvez ma chronique de Frères soleil et celle de Ghislaine du blog Le domaine de Squirelito

Frères soleil, Cécilia Castelli

Un roman d’apprentissage dans lequel la Corse tient la première place


Dans les années 60, en Corse, trois jeunes garçons jouent au bord de la mer. Deux frères, Christophe et Baptiste et leur cousin Rémi. Les frères habitent au village, avec leur mère Gabrielle. Rémi quant à lui est né à Marseille mais il vient toujours passer ses vacances sur l’île avec Martine, sa mère, heureuse de retrouver le village et la famille le temps d’un été. Elle l’a quitté à 19 ans à peine pour chercher fortune ailleurs, pour chercher une forme de liberté aussi sans doute. Contre l’avis de son père mais avec l’assentiment de sa mère, elle a trouvé un travail et un mari, marin, parti longtemps, souvent, l’homme de sa vie.

Nous suivons les trois cousins et leurs familles pendant une dizaine d’années. Ces jeunes qui pour certains ne souhaitent jamais au grand jamais quitter l’île, se contentant d’y exercer le boulot qu’ils y trouveront. Ou cet autre qui rêve de devenir médecin, de faire des études à Marseille, d’éprouver enfin la liberté des années d’université.
Ces jeunes femmes enfin qui brisent les tabous et l’ordre établi qui veut que les filles restent au pays, et s’en vont sur le continent chercher un travail et un mari. Certaines pour toujours, d’autres reviendront, plus tard.

Dans la famille, il y a comme partout des singularités, des secrets, des non-dits, le grand père assassiné dont on ne doit pas parler, la fille partie sur le continent dont on dit qu’elle porte le diable, et tant d’autres bien sûr, inavouables et tus par tout le village, la communauté.
Un roman sur la famille, l’apprentissage de la vie, l’enfance et l’adolescence. Sur la famille et sur l’émancipation des femmes pas toujours évidente quand les traditions et la famille sont omniprésentes. Un roman aussi sur la peur de l’autre, l’étranger, celui qui est différent, que l’on rejette sans chercher à la connaitre, à le comprendre. Un roman sur les choix et les non-choix de certaines de nos actions, et sur leurs conséquences. L’auteur aborde aussi la spécificité du nationalisme et le poids de l’omerta omniprésente dans chaque famille, à chaque génération.
Enfin, un roman sur la Corse, personnage à part entière avec sa singularité ilienne, ses nationalistes, ses traditions et ses sorcières jetant des mauvais sorts ou déjouant le malin, ses paysages magnifiques et odorants, enfin, ses familles viscéralement attachées à leur île.

Une écriture tout en finesse, précise, avec des descriptions très visuelles et des personnages qui sont comme ces dentelles si fines et complexes que l’on se plaît tant à admirer, ciselés, polis, et terriblement attachants.

Un roman dans lequel on s’immerge immédiatement, on découvre pas à pas ces jeunes et leur famille, un récit fait de retour arrière qui ne perd jamais le lecteur et qui au contraire ancre chacun dans sa réalité, son environnement, pour une meilleure fluidité de l’ensemble. Il s’en dégage beaucoup de douceur et de beauté, tant des paysages que des hommes et de leurs sentiments, mais toujours en dessous une violence intense, dévastatrice, étouffée.
Une jolie découverte qui nous entraîne avec bonheur sur cette île de beauté que comme tout bon touriste qui se respecte nous aimons tant.

Catalogue éditeur : éditions Le Passage

Chaque été sur l’île, les deux frères retrouvent leur jeune cousin venu du continent. Ensemble, les enfants pêchent, jouent, chahutent. Rémi, le plus jeune des trois, est en admiration devant les deux grands. Il aimerait leur ressembler mais il n’est pas vraiment comme eux, il ne vit pas ici. De leur côté, les adultes profitent de l’insouciance de l’été. Sur le terrain familial, au bord de la mer, l’existence est plus douce. Au soleil, ils souhaitent effacer les anciennes cicatrices, celles dont on ne parle jamais, le meurtre du grand-père et l’enfant qui devait naître.
Leur histoire se mêle à celle des ancêtres. Dans la maison au figuier, figure tutélaire, il y a la vieille tante Maria. Signadora mystique, sorcière, guérisseuse qui perpétue les traditions immémoriales. Les enfants la redoutent, s’interrogent sur cette femme silencieuse et toujours en noir. Puis ils grandissent et pensent à d’autres jeux, aux feux de camp sur la plage avec les filles notamment.
Mais quand vient la fin de l’adolescence, que certains choix s’imposent même s’il semble impossible de quitter l’île, un nouveau drame se produit. Meurtre ou accident ? Comme leurs parents avaient autrefois dissimulé les blessures, la nouvelle génération se retrouve à son tour confrontée à l’indicible.

Cécilia Castelli est née et vit à Ajaccio. Avec Frères Soleil, elle nous livre un roman intense sur la force vénéneuse des secrets. Un roman d’enfance et d’égarement. Entre mer et montagne. Entre sublime et violence.

ISBN: 978-2-84742-445-4 / Date de publication: Août 2020 / Nombre de pages: 280 / Dimensions du livre: 14 × 20,5 cm / Prix public: 18 €

Les Magnolias, Florent Oiseau

Une réflexion douce-amère sur la vie qui passe, un roman humain et tendre

Alain est un de ces losers attachants dont aime tant nous parler Florent Oiseau. Acteur sans contrat, sa seule activité, faute de trouver un tournage, semble être de noter dans un carnet d’hypothétiques noms de poney et d’aller voir Rosie dans sa camionnette tarifée. N’hésitant devant aucun sacrifice et le cœur sur la main, il héberge même dans son humble logis son ami Rico, son attaché de presse plus magouilleur que bosseur.

Alain vivote mais malgré tout il prend soin chaque semaine d’aller voir sa chère grand-mère qui s’éteint peu à peu à l’Ehpad Les Magnolias. Si elle a été placée là par ses enfants, ceux-ci semblent l’oublier en attendant l’héritage. Mais Alain aime aller la voir dans cet établissement qui sent la solitude et la vieillesse. Il mange avec elle l’insipide quatre-quarts servi au goûter, et l’emmène faire un tour dans le parc. Jusqu’au jour où cette mamie parfois un peu gâteuse lui demande de l’aider à mourir.

A-t-il bien entendu ? Pour en être sûr, et ne sachant que faire, Alain décide de venir plus souvent. Et de retrouver son oncle. Car cet obscur célibataire est le seul autre visiteur de cette grand-mère sur le départ. Il soulève alors quelques secrets, quelques animosités comme on en trouve souvent dans les familles, et lève le voile sur la jeunesse de cette femme qu’il ne connait peut-être pas si bien que cela. Car on l’oublie souvent, mais ces grands-parents qui nous paraissent si vieux ont eu des vies eux aussi, avant d’être seulement vieux.

C’est, comme à chaque fois avec les romans de Florent Oiseau, à la fois gai et triste, empli d’humanité et de désillusion, drôle et moqueur, sensible et tendre. Il m’a manqué pourtant un peu d’intrigue, dans la vie de la grand-mère ou la relation aux parents ou à l’oncle, un peu de densité sans doute. C’est malgré tout un roman attachant et réaliste, à l’humour parfois grinçant et caustique.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix littéraire de la Vocation 2020

Du même auteur, retrouver aussi ma chronique de Paris Venise

Catalogue éditeur : Allary Editions

– Caramel
– Pompon
– Cachou…
Il y a des gens, dans la vie, dont l’unique préoccupation semble d’imaginer des noms de poneys. Alain est de ceux-là. Sa carrière d’acteur au point mort – depuis qu’il en a joué un, dans un polar de l’été, sur TF1 –, le quarantenaire disperse ses jours. Chez Rosie en matinée – voluptés de camionnette – et le dimanche aux Magnolias – où sa grand-mère s’éteint doucement. On partage une part de quatre-quarts, sans oublier les canards, et puis mamie chuchote : « J’aimerais que tu m’aides à mourir. » Autant dire à vivre… La seconde d’après, elle a déjà oublié. Pas Alain. Tant pis pour les poneys : il vient de trouver là, peut-être, un rôle à sa portée…

Né en 1990, Florent Oiseau a été pompiste, chômeur, barman, plongeur, réceptionniste de nuit, ouvrier dans une usine de pain de mie, crêpier, surveillant de lycée et couchettiste sur le train Paris-Venise. Il a publié trois romans chez Allary Éditions. Son premier roman, Je vais m’y mettre, a été désigné « livre le plus drôle de l’année » et a reçu le Prix Saint-Maur en poche. Son deuxième roman, Paris-Venise, a été finaliste de la 10e édition du Prix Orange du livre. Les Magnolias, également finaliste du Prix Orange du Livre 2020.

224 pages / 17,90 € / Paru le 02 janvier 2020 / EAN : 978-2-37073-306-1

Les fleurs sauvages, Holly Ringland

Le parcours enchanteur et captivant d’Alice Hart à travers les lieux sauvages ou rêvés d’Australie


Dans une famille où l’on utilise plus aisément le langage des fleurs que la parole pour exprimer ses sentiments, Alice grandit au bord de la mer, entourée de ses parents et sans contact avec l’extérieur.
Sa mère aimante et fragile est passionnée par les fleurs et leur langage, Clem, ce père au caractère changeant peut devenir jaloux et très violent envers sa femme et sa fille. Alice voudrait tant qu’il disparaisse et rêve même de le voir tel un phœnix renaitre de ses cendres. Jusqu’au jour où ses parents décèdent dans l’incendie de leur maison.
Choquée, blessée, et même muette, la petite fille de neuf ans est recueillie par June, sa grand-mère paternelle dont elle ignorait jusqu’alors l’existence. elle l’emmène dans sa ferme horticole de Thornfield, là où se sont également réfugiées des femmes cabossées par la vie. Alice cherche en vain des réponses aux mystères et aux secrets de sa famille auprès de cette grand-mère qui ne lui dira pourtant jamais rien.
Au fil des ans Alice apprend le langage des fleurs, le seul qui permet à ces femmes de s’exprimer. Car de lourds secrets pèsent sur ses aïeules, des secrets dont le poids s’alourdit de génération en génération. Lorsqu’elle découvre qu’elle a été trahie, Alice quitte cette famille et cette vie qui la maintiennent hors du monde. Elle fuit dans le désert et coupe toute relation avec la ferme horticole, le seul moyen d’enfin réussir à se retrouver au cœur de sa propre histoire et de sa liberté enfin gagnée.

Secrètes, aimantes, blessées ou fortes, maternelles ou amantes, les vraies héroïnes de ce roman – en dehors des fleurs et de leur langage –  sont les femmes de la famille Hart et celles qui les entourent et parfois les protègent. S’ils n’ont pas vraiment le beau rôle, Alice saura malgré tout croiser la route d’hommes qui font figure d’exception et l’aideront sur le difficile chemin vers la résilience et le bonheur.

De nombreux thèmes sont abordés par Holly Ringland. En particulier ceux de la famille et sa complexité, du poids de la jalousie, de la solitude et du deuil. Elle aborde aussi le difficile sujet des violences faites aux femmes, de façon terriblement lucide, en particulier lorsque la passion amoureuse leur fait accepter l’inacceptable. Sans jamais juger, elle pose là des situations difficiles qui nous amènent à nous interroger sans pour autant trouver de réponse universelle.

Grâce à Alice, nous voyageons d’un bout à l’autre de ce pays continent. Chaque chapitre commence par un superbe dessin et par le nom et l’explication d’une fleur endémique d’Australie, sa signification en langage des fleurs ayant à chaque fois un rapport avec le dit chapitre. L’auteur nous transporte par son écriture et ses descriptions dans des paysages magiques, en nous permettant d’en voir la beauté et quasiment d’en sentir les parfums. Non seulement dans ces régions qui font la beauté et l’attrait de l’Australie mais aussi dans ceux tout droit sorti de son imagination. Comme ce cratère dans le désert devenu le Parc national de Kililpitjara. Il est inspiré à la fois par la beauté de la floraison et par l’endurance des pois du désert et par le cratère de Wolfe Creek au cœur du parc national du cratère de Wolfe Creek dans l’État d’Australie-Occidentale. A Kililpitjara fleurissent ces merveilleux pois du désert symbolisant le courage de ces femmes. Que l’on aimerait aller le visiter tant elle a su lui donner corps et vie, on le souhaiterait réel tant il semble beau.

Un roman de résilience avec ces beaux portraits de femmes, de vie et de passion, à glisser dans votre valise cet été !

J’avais eu le bonheur de rencontrer Holly Ringland à l’ambassade d’Australie pour le lancement du roman, je suis très heureuse qu’il soit mis en avant dans cette sélection.

Catalogue éditeur : Fayard/Mazarine et Le Livre de Poche

Traduit de l’anglais (Australie) par Anne Damour

Lorsqu’une tragédie change à jamais sa vie, la jeune Alice Hart, âgée de neuf ans, part vivre chez sa grand-mère, qu’elle ne connaît pas. Quittant le bord de l’océan où elle a grandi, elle trouve refuge dans la ferme horticole de June, où celle-ci cultive des fleurs sauvages d’Australie. Au fil du temps, Alice oublie les démons du passé et apprend à perpétuer la tradition familiale en utilisant le langage des fleurs pour remplacer les mots lorsqu’ils se font trop douloureux. Mais l’histoire des Hart est hantée par de nombreux secrets que June cache à sa petite-fille. Une fois adulte, révoltée par ce silence et trahie par celles qui lui sont le plus chères, Alice se rend compte qu’il y a des choses que les fleurs seules ne peuvent raconter. Si elle veut être libre, elle doit partir.

Holly Ringland est une auteure australienne. Après avoir travaillé quatre ans au sein d’une communauté aborigène perdue dans le désert australien, elle a déménagé en Angleterre où elle a obtenu un master d’écriture créative. Les fleurs sauvages est son premier roman. 

512 pages / Date de parution: 10/06/2020 / EAN : 9782253101758 / Prix : 8,70€

Puisque tu m’aimes, Janine Boissard

Janine Boissard ou l’art de se réinventer

Des années que je n’avais pas lu cet auteur qui évoque souvent dans ses romans les relations familiales, le couple, les souvenirs et l’importance du passé et de nos actions sur le présent.

Lou a seize ans. Cette jolie jeune femme dynamique a un grand défaut (à ses yeux !) elle est rousse. Elle est surtout pompiers volontaire, sans doute par passion pour son parrain, Philippe, le frère de son père disparu depuis trois ans. Lou est amoureuse de Stan, un jeune photographe qui se rêve aspirant criminologue.

A Montsecret, leur  village tranquille de Basse-Normandie, des incendies inexpliqués frappent depuis plusieurs mois les repas de noces. Dans de telles circonstances le risque de faire de nombreuses victimes est grand. Fort heureusement, grâce à Philippe et aux pompiers du village, il y a eu peu de décès.

Ces incendies inexpliqués intriguent Lou et Stan qui décident de mener leur propre enquête. Ce qui n’est pas sans danger car la piste pourrait les mener là où ils n’ont pas vraiment envie d’aller. C’est ce que va découvrir Stan à ses dépends, car la vérité n’est pas toujours bonne à mettre en lumière. Lou devra continuer seule et tenter de démêler le vrai du faux, sans se laisser abuser par ses sentiments.

L’auteur a l’art de décrypter les relations humaines complexes, mais aussi les affres de l’adolescence avec ses premiers émois amoureux et ses interrogations bien légitimes. Elle rend également hommage au métier de sapeur-pompier. Sous des airs plutôt légers, car comme à son habitude le roman est court et l’auteur ne s’attarde pas sur les personnages ou les événements,  la palette de sentiments abordés est large et plus complexe qu’il n’y paraît. Le livre se lit d’une traite, comme c’est souvent le cas pour les romans de Janine Boissard qui a l’art de dire les choses simplement et cependant d’accrocher ses lecteurs. A conseiller pour vous changer les idées cet été.

Catalogue éditeur : Fayard

Elle a seize ans, elle s’appelle Lou.
Son père est décédé il y a trois ans. Sa mère est infirmière, et son oncle et parrain est pompier.
Bref, sa vie familiale et affective est un peu compliquée.
Et pour ne rien arranger, elle tombe amoureuse d’un photographe amateur qui rêve d’entrer dans la police… Lire la suite

Janine Boissard est l’auteur d’environ trente-cinq livres, dont L’Esprit de famille, tomes I à VI (Fayard, 1977-1984), et plusieurs œuvres romanesques.  Janine Boissard a été décorée des Palmes Académiques pour son action auprès de la jeunesse.

Parution : 03/06/2020 / Pages : 256 / Format : 153 x 235 mm / Prix : 19.90€  EAN : 9782213716732 / Prix Numérique : 14.99€ EAN numérique : 9782213715407

Le secret Hemingway, Brigitte Kernel

L’histoire méconnue de Grégory Gloria Hemingway, ou le secret Hemingway dévoilé avec pudeur et délicatesse par Brigitte Kernel

L’auteur présente avec beaucoup de réalisme et de délicatesse l’histoire du troisième fils du grand Ernest Hemingway, explicitant si besoin était la difficulté d’être soi et en même temps le fils de ce monstre de la littérature, coureur de jupons, ancien soldat, pêcheur au gros et compétiteur hors pair dans cette catégorie, entre autre, cette force de la nature adulée par les femmes et par ses  nombreux admirateurs, cet écrivain lauréat de tant de prix…

Celui qui s’appelait Gregory, marié trois fois, père de huit enfants et qui deviendra Gloria.

Si dans la lignée des Hemingway alcool et dépression, mais aussi pulsions suicidaires sont un fil rouge, Gregory/Gloria n’y coupera pas, et à tout cela s’ajoute cette difficulté à être lui ou elle, et à choisir puis assumer sa différence. Comment devient-on soi-même lorsque l’on a un père aussi célèbre ?  Mais aussi une vie multiple, des rêves et des désespoirs, celui d’avoir comme il lui a dit tant de fois, tué sa mère, tué son père, et de n’avoir pas pu finalement tuer plus tôt cet homme qui était dans son corps mais qu’il ne voulait pas être, qu’il ne pouvait pas être au plus profond de lui.

Habillé en fille jusqu’à l’âge de sept ans, attendu par son père comme une fille qui viendrait éclairer ses jours, a-t-il était totalement troublé par cette relation ou est-il réellement né dans le mauvais corps ? Si on peut se poser la question, c’est qu’il se l’est peut-être parfois posée. Pourtant il se sentait fille ce petit garçon appelé Gigi par son père, mais que celui-ci va emmener à la pêche, et faire des sports très masculins pour l’aguerrir. Il devient médecin et a fait médecine pour comprendre comment et pourquoi sa mère est morte.  Mais aussi pour savoir puis être en mesure de prendre des hormones et se traiter seul avant même de pouvoir imaginer se faire opérer pour réaliser et assumer son besoin d’être femme. Car il ne le fera qu’à 60 ans passés, soucieux de sa femme et de ses enfants, et son opération n’est même pas terminée lorsqu’il décède à la prison de femmes de Miami en 2001.

Lecture bouleversante que celle de ce roman qui nous interroge à la fois sur la famille, l’amour entre un père et son fils, l’amour dans le couple, mais aussi sur le genre et la difficulté d’être soi dans le corps d’un autre. C’est une véritable découverte. J’aime cette façon d’écrire, cette capacité qu’à l’auteur de se mettre à la place d’un personnage réel mais si romanesque en même temps. Alors oui, j’ai écouté Gloria me parler de Gregory et de sa famille avec beaucoup d’émotion, j’ai essayé de le comprendre et j’ai aimé les mots et l’écriture de Brigitte Kernel qui le fait revivre le temps de ce beau roman.

Catalogue éditeur : Flammarion

Ils ont dit que j’avais tué ma mère.
Puis ils ont dit que j’avais tué mon père.
Enfin, ils ont dit que chez nous, les Hemingway, de génération en génération, tout le monde se tuait.

Ce roman est une histoire vraie, celle de Gloria, née Gregory Hemingway (1931-2001).

Paru le 08/01/2020 / 320 pages / 137 x 210 mm / Prix : 19,00 € / ISBN : 9782081471894

De la part d’Hannah, Laurent Malot

De la part d’Hannah, un beau roman sur l’enfance et sur une époque, émouvant, indispensable, intemporel

Dans les années 60, nous faisons la connaissance d’Hannah, une fillette de dix ans qui n’a pas la langue dans sa poche. Elle revient du sanatorium et s’installe dans sa famille, avec son père et son grand père. La seconde guerre mondiale est encore un souvenir intact, la peur de l’émigré est déjà présente, et la guerre d’Algérie se profile, les jeunes partent faire un service militaire dont ils ne veulent pas et dont souvent ils ne reviennent pas. C’est dans ces conditions que nous allons suivre Hannah.

Elle est étonnante cette petite fille, avec son caractère bien trempé, son vocabulaire de charretier parfois, son manque flagrant d’éducation et qui pousse sans trop d’amour, orpheline de mère, et tuberculeuse dans un sanatorium.

Elle est d’autant plus étonnante qu’elle va apprendre peu à peu la réalité de son existence, affronter la duplicité et la méchanceté, la jalousie et l’envie, qui poussent les villageois, et de préférence les villageoises acariâtres et frustrées de La Chapelle-Meyniac à faire le mal autour d’elles.

Elle est émouvante, attachante, bouleversante quand elle apprend qu’elle peut quitter le sanatorium ; quand elle cherche le dialogue avec son père, qu’elle veut savoir où est enterrée sa mère, qu’elle se bat avec ses poings, son énergie et tout son cœur contre ceux du haut, mais aussi contre ceux qui la blessent ; quand elle met toute son énergie aussi à faire parler Martha ou Jimino, le grand père au grand cœur et à la bouteille facile, lorsqu’elle en a assez des secrets de famille qui pourrissent l’existence.

Elle a une grande maturité malgré sa jeunesse, un franc parler, une envie de vivre et d’être heureuse qui bouleversent le lecteur. De la part d’Hannah est un beau roman sur l’enfance, la filiation, la guerre, celle qui vient de finir depuis pas si longtemps, et celle qui se déroule là-bas de l’autre côté de la méditerranée en cette année 1961, mais aussi sur les préjugés, la médisance, la bassesse et la méchanceté et bien sûr l’intolérance, et pour tout cela il n’y a hélas pas prescription.

Un roman qui émeut, d’une belle intelligence, celle de l’esprit mais aussi celle du cœur. Une belle raison de le faire connaitre, maintenant qu’il est enfin en poche.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche

Hannah a dix ans et un caractère bien trempé. Elle vient de passer trois ans dans un sanatorium, lorsque, du jour au lendemain, on décrète qu’elle n’est plus malade et doit rejoindre son petit village de Dordogne. À La Chapelle-Meyniac, les cancans des mégères vont bon train. Hannah s’en méfie. En 1961, en pleine guerre d’Algérie, les blessures de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas cicatrisées. Rien de pire que les rumeurs, surtout lorsqu’elles concernent votre mère…

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, roman jeunesse, roman policier et thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans et scénarii. 

216 pages / Date de parution : 08/01/2020 / EAN : 9782253934554

Éditeur d’origine : Robert-Laffont / EAN : 9782221135549 / pages : 234 / Format : 135 x 215 mm / prix : 19.00 €

L’impasse, Olivier Descosse

Plonger dans ce thriller pour découvrir un auteur de roman policier à suivre, Olivier Descosse nous mène dans L’impasse et le lecteur aime ça

Mais qui est Marc Caron, cet auteur de romans noirs dont la vie bascule dans une intrigue aussi embrouillée que celles qu’il s’applique à dénouer dans ses bestsellers ?

Marc Caron est un auteur à succès, ses livres se vendent bien, il les travaille longtemps pour rendre ses intrigues crédibles, plonge dans la noirceur à chaque opus et ce réalisme plait. Son dernier roman est un franc succès, il pose la délicate question du jusqu’où peut-on aller par amour, pour sauver son fils par exemple. Pourtant, sa vie n’est plus un long fleuve tranquille, séances de psy, alcool et antidépresseurs à haute dose, son épouse Lucile -une femme merveilleuse issue d’une grande famille d’industriels- ne veut plus partager sa vie, et il délaisse tellement son fils Arthur, y compris les matins où il doit le garder, que ce dernier n’est plus vraiment enclin à partager ses journées avec ce père par trop indifférent.

Le jour où Lucile lui annonce qu’elle souhaite le quitter, sa vie bascule. Le lendemain à son réveil, Marc ne sait plus ce qu’il a fait pendant plusieurs heures, et son fils a disparu. Marc souffre de crise de somnambulisme mais ne veut rien révéler de son état dépressif, encore moins à son épouse.

Une course contre la montre commence alors. Cet homme que tout accuse de l’enlèvement de son fils doit arriver non seulement à prouver qu’il n’y est pour rien, mais également le retrouver car le temps presse. Le chemin est long et semé d’embuches. Interrogatoires, arrestation, rappeurs fous et gangs imprévisibles de la cité, intrigue flico-politico-financière ou vengeance d’un ennemi  aussi insoupçonné qu’organisé, Marc devra éprouver, prouver, démontrer.

Et l’angoisse et l’intrigue de s’étoffer peu à peu, après quelques pages où le lecteur ne sait pas trop où il va. Puis il embarque vers ces frontières de plus en plus sombres que Marc tente de suivre. Sa femme l’a quitté, son fils a disparu, vient la sidération suite à l’interrogatoire qu’il doit subir, face aux preuves qui s’amoncellent, l’avocat véreux, l’expérience traumatisante de la prison, et la confiance ou la crainte envers ses codétenus…

Je n’en dis pas plus, car il faut vraiment lire pour cheminer dans la tête de Marc, le voir slalomer entre les pièges qui se mettent en travers de son parcours et tenter de sortir de L’impasse. Tout au long de ces 630 pages, Olivier Descosse va nous tenir en haleine, fausses pistes, contre temps et espoir, explosion de violence et tendresse retrouvée, cauchemars et rêves fous, tout y passe et il nous mène par le bout du nez de façon tout à fait machiavélique.

J’ai passé un excellent moment de lecture, embarquée dans cette histoire où les pièges et les contradictions pimentent le parcours de l’écrivain maudit. Un auteur que je découvre et dont j’avoue n’avoir jamais entendu parler avant L’impasse.

Catalogue éditeur : Michel Lafon

Il a écrit le pire, à présent il le vit.

Marc Caron a tout pour être heureux. Une femme merveilleuse, Lucile ; un adorable fils de onze ans, Arthur ; et en tant qu’auteur de thrillers, un succès planétaire.

Alors pourquoi ces crises d’angoisse terrifiantes, ces cauchemars sanglants et ces épisodes de somnambulisme qui le laissent sans souvenirs au réveil ?
Seule certitude, depuis six mois il ne maîtrise plus rien.
Même si elle l’aime toujours, Lucile est à bout. Un soir, elle lui annonce qu’elle va le quitter et emmener leur fils.
Le lendemain, Arthur disparaît. Lire la suite…

Parution : 17/10/19 / Prix : 20.95 € / ISBN : 9782749940953

Le fou de Hind, Bertille Dutheil

Un premier roman qui parle d’amour fou, d’émigration et de secrets de famille, Le fou de Hind, une belle réussite qui ne laisse pas indifférent.

couverture du roman le fou de Hind de Bertille Dutheil photo Domi  C Lire

Lydia découvre la lettre et les photos que lui a laissées Moshin, son père qui vient de décéder. Ces différents éléments soulèvent une étrange question : Qui est Hind ? Qui est cette jeune fille que l’on trouve aux côtés de Moshin ? Quelle est cette vie dont elle n’a jamais entendu parler ?

Après le choc et la surprise, vient le temps de remonter les années, depuis l’arrivée de son père en France et son installation au château une maison quasi abandonnée à Créteil. Avec d’autres familles, émigrées comme lui, ils transforment cette maison en espace de vie communautaire avant l’heure. Bien que souvent diplômés dans leurs pays, ces maghrébins doivent trouver des emplois qui leur permettent pourtant difficilement de faire vivre leurs familles.

Mais Lydia veut comprendre jusqu’à quand son père est resté là, avec qui il vivait à l’époque, et pourquoi il en est parti. De fil en aiguille, ses recherches vont l’entrainer dans le sillage de Mohammed, Ali, Luna, Marqus et Sakina, tous des anciens du Château. Chacun à son tour va parler, peu, se souvenir, beaucoup, et grâce à ces points de vue successifs, permettre au lecteur de remonter le temps, de comprendre l’amour fou entre un père et sa fille, cette jeune fille secrète et lumineuse, mais surtout explorer tant la beauté que la complexité des relations entre les différents protagonistes.

Ce premier roman est une belle surprise, qui révèle un style totalement maitrisé, à la fois clair et mystérieux, vivant et émouvant. Il y a beaucoup de poésie dans les mots et les personnages, mais aussi beaucoup d’émotion et de mélancolie à l’évocation du passé. L’écriture déjà très mûre dépeint des relations humaines, des sentiments forts, l’amour et l’amitié, la culpabilité et l’oubli, et des personnages étonnants de profondeur. L’intrigue familiale absolument romanesque est portée par un socle historique et social qui ancre ce roman dans une réalité oubliée. J’ai apprécié cette analyse fine des difficultés de l’immigration, placée dans les années 60, 70, au moment de l’arrivée de nombreux ouvriers algériens, en particulier dans les usines automobiles de la région parisienne, et de ces banlieues dans lesquelles le logement est encore plus qu’approximatif. Cela m’a permis de revisiter ces grands ensembles de région parisienne des années 70, élucubrations de quelques architectes novateurs, comme les choux de Créteil ou les arènes de Picasso.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du prix littéraire de la Vocation 2019.

Catalogue éditeur : Belfond

Un premier roman qui s’empare avec brio de la question de l’immigration et de l’intégration en France.

« La maison avait fait le tour du monde. C’était le navire de Sindbad. Elle avait roulé jusqu’à la rive et elle avait dormi jusqu’à ce que nous, les Arabes, qui n’avions rien, décidions de la retaper. Nous, les champions de la récup et des chansons d’amour, de la colle industrielle et du voyage au long cours, nous avions traversé la mer pour échouer ici, aux accents d’une poésie imparfaite mais vivante, quotidienne, qui donnait à l’exil de nos pères une saveur moins amère. »
Mohsin, un immigré algérien, vient de décéder. Il laisse derrière lui une lettre dans laquelle il s’accuse de la mort d’un être innocent, ainsi qu’une série de vieilles photos où il apparaît
avec une enfant brune, omniprésente, Hind.
Sa fille, Lydia, interroge alors ceux qui ont autrefois connu son père, à Créteil, à la fin des années 1970… Lire la suite

EAN : 9782714479716 / Date de parution : 16/08/2018