La seule histoire. Julian Barnes

Et si son premier amour était la seule histoire dont il faut se souvenir ? C’est sans doute le propos de Julian Barnes, qui dans « La seule histoire » parle d’amour et du temps qui passe…

Domi_C_lire_la_seule_histoireDans une petite ville d’Angleterre, le lecteur ne saura ni quand ni où, Paul, un jeune homme de dix-neuf ans s’ennuie. Au club de tennis local, il rencontre Susan, une partenaire attribuée par tirage au sort lors d’un tournoi en mixte.
A compter de ce jour, cette rencontre avec Susan sera LA rencontre déterminante de la vie de Paul. Déterminante car comme il le dit, la seule histoire, la véritable histoire d’amour de sa vie. Susan a quarante-huit ans lorsqu’ils se rencontrent. Peu à peu, une complicité, puis de l’affection, enfin l’amour total et réciproque s’installent entre cette mère de famille mariée et ce jeune étudiant qui à la vie devant lui.

Pourtant, dans la bourgade où ils résident le qu’en-dira-t-on va bon train. Après quelques années ils décident de partir à Londres, lui pour étudier, elle pour être avec lui, et enfin vivre librement leur amour. Rien ne sera facile pour autant, et se faire accepter quand on est un couple aussi atypique est parfois si difficile que peu à peu Susan va sombrer dans l’alcool, perdant pied, perdant la mémoire, devenant un fardeau impossible à porter pour Paul…

Étonnante description de la naissance d’un amour, de son épanouissement, de ces instants magiques où le monde vous appartient. A la première personne, Paul, le narrateur, raconte, explique, épluche ses sentiments, sa vie, sa relation. Cette relation qui l’a forgé, qui a fait de lui l’homme qu’il est devenu, cet amour toujours présent qui l’accompagne tout au long de sa vie. L’amour, le seul, La seule histoire au fond.

J’ai aimé ce récit sans concession lorsqu’il évoque les mauvais moments, les petites lâchetés d’une vie, mais surtout l’analyse de ces sentiments, cet amour qu’il est si bon d’avoir vécu au moins une fois dans sa vie. Il me semble qu’il y a quelques longueurs lorsque le récit reprend en mode descriptif (comme s’il fallait prendre un peu de distance avec les sentiments de Paul ? Un mal nécessaire pour s’impliquer dans leur histoire ? ) et un narrateur pas toujours très aimable à mes yeux du lecteur, mais c’est malgré tout une lecture qui interroge sur le temps qui passe et ce qu’il nous reste de nos sentiments passés.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Mercure de France Gallimard

Paul a dix-neuf ans et s’ennuie un peu cet été-là, le dernier avant son départ à l’université. Au club de tennis local, il rencontre Susan – quarante-huit ans, mariée, deux grandes filles – avec qui il va disputer des parties en double. Susan est belle, charmante, chaleureuse. Il n’en faut pas davantage pour les rapprocher… La passion? Non, l’amour, le vrai, total et absolu, que les amants vivront d’abord en cachette. Puis ils partent habiter à Londres : Susan a un peu d’argent,… Lire la suite

Collection Bibliothèque étrangère, Mercure de France / Parution : 06-09-2018 / 272 pages / 140 x 205 mm / Époque : XXe-XXIe siècle / ISBN : 9782715247079

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Les mains dans les poches, Bernard Chenez

Quelques chapitres, quelques mots, quelques lignes pour retracer des instants, des rencontres, une vie … C’est la balade que nous propose Bernard Chenez dans « Les mains dans les poches ».

Domi_C_Lire_les_mains_dans_les_poches_bernard_chenez.jpgBernard Chenez se promène Les mains dans les poches et pense à son enfance, à sa vie, à son passé. Il  relate des événements posés çà et là, pas forcément de façon chronologique, mais qui semblent arriver au hasard des rencontres, des envies, des souvenirs.

Du gamin qui se lève tôt pour tenter de gagner quelques sous à l’homme d’aujourd’hui, de l’adolescent qui découvre l’amour sombre, romantique, clandestin, à celui qui découvre l’anarchie, la vraie, de l’étudiant sérieux à celui qui manifeste, une vie défile. Heureuse parfois, nostalgique parfois, belle souvent.

Il y a les souvenirs, il y a les parents, la famille et la vie, les batailles d’indiens,  imaginaires, le bord de mer, les barricades et les révoltes, le bleu de travail que l’on porte à l’usine, les chagrins et les amours. Mais il y a également une certaine nostalgie à se remémorer ceux qui ne sont plus, amis, amantes, parents. Et tout au long des pages une dose de tendresse pour l’enfant ou l’adolescent que l’homme a été un jour, pour celui qui n’est plus mais qui continue à vivre dans les réminiscences de ces instants de vie. Comme tout un chacun en somme, mais ici c’est joliment dit, avec une vraie poésie.

Car ce livre, qui n’est ni tout à fait un roman, ni vraiment un récit, est à lire au hasard. Juste ouvrir un chapitre, vivre avec l’auteur quelques instants, se souvenir de l’enfant, de l’adolescent puis de l’homme qu’il a été, comprendre et aimer, la vie, la mort peut-être aussi…

J’ai aimé l’image de ce train que l’on prendrait à l’envers, comme pour remonter le temps de la vie… mais en partant dans tous les sens à la fois. Alors même si je ne me suis jamais vraiment attachée au personnage, j’ai aimé découvrir ses souvenirs et le témoignage qu’il nous donne d’une époque qui semble parfois révolue.

Quelques citations…

Ma mère n’est morte ni le jour, ni l’heure, ni même à  la seconde de son dernier souffle…
Les mères choisissent le moment. Elles nous ont donné le premier souffle de vie, elles nous confient le première heure de leur mort.

Les pères ne meurent pas, ils disparaissent de la mémoire en mer, fût-elle faite de tubes de couleur et de toile.

Être anarchiste, ce n’est pas être adhérent d’un parti, c’est un état d’esprit.

C’est la main qui voit, et l’œil qui dessine.

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Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Pour percevoir à nouveau l’odeur de l’encre et du plomb, pour sentir frémir le crayon sur le papier de son premier dessin, pour entendre ces rifs de guitare protestataires qui ont rythmé ses combats, il fallait partir à l’autre bout du monde et embrasser sa mémoire…  Les mains dans les poches est une promenade nostalgique et poétique qui accepte et dépose enfin ses fantômes.

Paru le 16 août 2018 / ISBN : 978-2-35087-464-7 / Photo de couverture © Édouard Boubat/Rapho

Les Dix Vœux d’Alfréd. Maude Mihami

 

Envie d’un bon roman pour se détendre cet été ? Alors que vous alliez en Bretagne ou au Pays Basque, à la plage ou dans votre jardin, lisez « Les dix vœux d’Alfréd », le roman de Maude Mihami.

Domi_C_Lire_les_dix_voeux_d_alfred_maud_mihaniAh, Alfred, oui, se prénommer Alfred, ça peut aller. Mais quand faut l’écrire Alfréd avec un accent aigu, ça n’est pas la même chanson ! Alfréd, 9 ans, vit avec sa mère dans la maison en face de celle du grand-père tout au bout du village tranquille du Camboudin, en Bretagne. Il ne connait pas son père. Il voudrait bien avoir un autre prénom, et surtout pas avec cet accent si stupide dont l’a affublé sa mère. Bref, pour lui c’est un peu comme s’il devait porter des culottes courtes ou assumer en permanence vilaine coupe de cheveux.

Avec son vénérable papi, Alfréd tente de passer le temps, avec les copains, enfin, les copains de son grand-père, qui ne sont pas trop de son âge, et pourtant qu’est-ce qu’il aime ça ! Mais il y a peu à faire dans ce village, dans ces années 70 sans ordinateur et si peu de télé ! Aussi quand son vénérable grand-père lui propose d’écrire dans ce carnet qu’il en quitte jamais, les dix vœux qu’il pourrait réaliser l’année de ses dix ans, c’est pour lui une aubaine, une excellente idée ! Il faut dire que l’anniversaire d’Alfred se doit d’être une belle fête, cette année il aura dix ans, et son grand-père pile soixante-dix, puisqu’ils sont nés le même jour.

Chaque vœux devient une occasion de montrer qu’il n’a rien oublié des aventures racontées par son grand-père adoré, mais aussi un moyen de découvrir qui il est, d’où il vient peut-être aussi, jusqu’au dernier des dix vœux, celui qu’il tient secret jusqu’au bout…

Ce roman est l’assurance de passer un joli moment de détente, de bonheur même. On se surprend au fil des pages à sourire, à éclater de rire aussi parfois , à découvrir la gouaille des protagonistes, à vouloir goûter un petit verre de Trouspignole. C’est vivant, empli d‘humanité, réaliste parfois, avec ces hommes au café, ou cette scène à la fête de l’école, c’est rempli de bons sentiments, mais pas à l’excès. Les personnages sont vivants, typiques même si peut-être parfois caricaturaux, mais qu’importe, car ils nous touchent et nous embarquent dans leurs aventures. C’est comme un éclat de rire partagé, comme un goût de bonheur qui fond dans la bouche, le livre  idéal pour se détendre pendant le vacances !

Les dix vœux d’Alfréd est un roman au goût sucré de souvenirs. Il m’a fait penser aux petits déjeuners que je prenais l’été avec mon grand-père, un peu de pain frotté à l’ail, avant d’aller dans les champs, ou à cette rasade de vin dans l’assiette de soupe au repas du soir, plaisirs quasi coupables partagés à deux, envers et contre les adultes qui désapprouvaient mais sans trop oser le dire ! Cette complicité d’enfants à grands-parents est quasi magique, ne dure qu’un temps, mais vous laisse avec tant de beaux souvenirs.

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Catalogue éditeur : Nil éditions

« Une fantaisie truculente, picaresque et touchante au cœur du bocage breton. Mieux vaut lire ce livre que celui d’à côté, il est plus drôle ! » Erik Fitoussi, libraire

1970, Le Camboudin, petit village breton. Alfréd, neuf ans, a un prénom dont l’accent aigu lui déplaît, une mère qui picole trop et un grand-père qui tient à lui comme à la prunelle de ses yeux. Il adore traîner au bistrot avec ses copains, une joyeuse bande de vieux qui lui apprennent la vie. Avec l’aide de son Vénérable Papi, il va décider de passer le cap de ses dix ans en établissant une liste de vœux à réaliser avant le grand jour. Rencontrer un vrai cow-boy, boire de la trouspignôle ou encore conduire un tracteur marqueront le début d’une série d’aventures aussi rocambolesques que réjouissantes. De vœux gâchés en moments de pure félicité, il va vivre l’année la plus incroyable de sa vie.

Maude Mihami nous offre avec Les Dix Voeux d’Alfréd un premier roman d’une grande drôlerie qui pose un regard tendre sur le monde de l’enfance.
Maude Mihami, Bretonne de son état, a été libraire en Allemagne et à Paris. Elle vit aujourd’hui à Lyon.

EAN : 9782841119554 / Nombre de pages : 256 / Format : 130 x 205 mm / Date de parution : 03/05/2018

Seuls les enfants savent aimer, Cali

Seuls les enfants savent aimer, le premier roman de Cali est un retour vers l’enfance, vers un souvenir prégnant qui a marqué sa vie à jamais, le décès de sa mère.

Domi_C_lire_seuls-les-enfants-savent_aimer_caliAlors qu’il a 6 ans, le jeune Bruno voit sa vie basculer avec la mort de sa mère, une jeune femme de trente-trois ans. Bien sûr, il y avait des semaines qu’elle luttait contre la maladie, qu’elle était partie à l’hôpital, mais elle était revenue à la maison.
« Tu es revenue. Pour partir à jamais. »

Une plaie ouverte qui ne se refermera pas. Il n’a pas été autorisé à accompagner à son enterrement celle qu’il aime par-dessus tout, qui compte tant pour lui, trop jeune, trop fragile. C’est dans une pièce obscure de la maison qu’il va deviner, inventer, la mise en terre, les adieux, pourtant passage quasi obligé pour la plupart des vivants pour arriver à faire son deuil de celui qui part. Un amour filial dont personne dans la famille n’a su prendre la mesure.

Des années après, celui qui s’appelle pour nous tous Cali, va enfin écrire, avec les mots du petit garçon de cette époque, la perte, le chagrin, les évènements qui ont bouleversé son horizon, pendant les mois qui vont suivre le deuil.

Un père qui meurt peu à peu de l’absence et sera plus souvent au café qu’à la maison, une grande sœur qui tente tant bien que mal de pallier au manque en faisant les tâches ménagères de cette mère disparue, la famille qui ne trouve rien de mieux que de détruire toute trace de celle qui est décédée, en brulant tout, scène marquante du roman j’avoue. Puis il y a l’école, Carole, celle qui focalise tous les sentiments de Bruno, son amour sans retour, Alec, le meilleur ami, celui des secrets, des bêtises, des câlins aussi, enfin le départ en colonie, comme une punition suprême, un éloignement de plus du lieu où repose sa mère.

Des souvenirs forts pour l’enfant qui sont tantôt écrits avec le langage du petit garçon, tantôt avec celui du poète, mais qui du coup tiennent également le lecteur à distance de la douleur. Mais sans doute est-ce voulu, pour tenir l’adulte qu’il est devenu également à distance de cette douleur si prégnante et destructrice ? Alors comment dire, il m’a manqué un petit quelque chose pour être emballée, même si j’ai été touchée par ce premier roman d’un homme qui sait jouer avec les mots, y compris pour exprimer le chagrin et la perte, l’incompréhension et la manque.

Mes poings fous tambourinent à la porte de l’église.
Celle de la mort, des enterrements.
« Il est où, Dieu ? »
…. Je dois lui parler seul à seul. Et comprendre
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💙💙💙

Lire également les chroniques de Nath Le boudoir de Nath, de HCh Dahlem Ma collection de livres,  et de Joëlle Les livres de Joëlle


Catalogue éditeur : le Cherche Midi

Seuls les enfants savent aimer.
Seuls les enfants aperçoivent l’amour au loin, qui arrive de toute sa lenteur, de toute sa douceur, pour venir nous consumer.
Seuls les enfants embrassent le désespoir vertigineux de la solitude quand l’amour s’en va.
Seuls les enfants meurent d’amour.
Seuls les enfants jouent leur cœur à chaque instant, à chaque souffle.
À chaque seconde le cœur d’un enfant explose.
Tu me manques à crever, maman.
Jusqu’à quand vas-tu mourir ?

Date de parution : 18/01/2018 / EAN : 9782749156385 / Nombre de page : 188

Toutes les familles heureuses. Hervé Le Tellier

Raconter son histoire, celle de sa famille, même si on considère que ce n’est pas forcément la plus réussie qui soit ? Peut-on imaginer l’écrire et intéresser les lecteurs ? C’est ce qu’a fait Hervé Le Tellier dans « Toutes les familles heureuses », et on aime !

Domi_C_Lire_toutes_les_familles_heureuses_herve_le_tellier.jpegToutes les familles heureuses est un roman particulièrement réussi et qui se lit d’une traite, avec à la fois crainte, tristesse et grands éclats de rire, car il y a tout dans ces lignes, tout ce qui fait la vie, gaité, malheur, incohérence, tristesse, rigolade, et quelques souvenirs, très peu de souvenirs concrets mais beaucoup de sentiments à partager.

Voilà un livre sur la famille dans ce qu’elle a de plus complexe, de plus dramatique parfois, avec une mère toxique qui ne joue pas son rôle, un père inconnu, un beau-père transparent qui fait ce qu’il peut. On le comprend vite, la seule issue pour le jeune homme de 17 ans qu’était l’auteur est de s’enfuir de chez lui à tire d’aile, le plus loin possible, pour survivre, intact et poursuivre une vie normale. Et l’on se rend compte que l’amour des parents n’est pas une évidence, que le bonheur n’est pas toujours partagé, mais que pourtant de tant d’erreurs peut émerger un homme équilibré et parfaitement heureux. Enfin, apparemment ! L’auteur a osé se mettre à l’écriture de ce roman autobiographique lorsque les principaux protagonistes ont disparu, ou qu’il était assuré qu’ils ne pourraient pas être blessés par cette lecture…. Une forme d’amour sans aucun doute, de respect en tout cas, qui démontre que tout n’est pas si triste et sombre.

J’ai aimé Toutes les familles heureuses, alors que je craignais de m’embarquer dans une histoire de famille qui allait peut-être me lasser, ou me laisser indifférente car ce n’était ni la mienne, ni celle de tout le monde. Mais il m’aura fallu du temps pour en parler, puisque ce roman est une de mes lectures de la rentrée de septembre 2017.

Parce qu’il est dans la lignée de Fugitive, parce que reine peut-être ? … A croire que les enfances malheureuses, ou les enfants mal aimés, font d’excellents auteurs de romans et leur histoire de fabuleux romans, sans doute parce que ces mêmes auteurs ont su sublimer et dépasser cette violence faite à l’enfant qu’ils étaient, et ne garder que le meilleur, l’amour sous-jacent, et surtout celui qu’ils savent donner.

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Domi_C_Lire_avec_herve_le_tellier_manosque_2017

Souvenir de la rencontre avec Hervé Le Tellier, à Manosque pendant les Correspondances.  Merci Joëlle du blog Les livres de Joëlle pour la photo !


Catalogue éditeur : JC Lattès

« Je n’ai pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé. Mais très jeune, j’ai compris que quelque chose n’allait pas, très tôt j’ai voulu partir, et d’ailleurs très tôt je suis parti.
Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me sens le droit de l’écrire enfin. Cette étrange famille, j’espère la raconter sans colère, la décrire sans me plaindre, je voudrais même en faire rire, sans regrets. Les enfants n’ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragilité, d’aimer plus encore la vie.  »
H.L.T.

Parution : 23/08/2017 / 224 pages / 17.00 €

La maison à droite de celle de ma grand-mère, Michaël Uras

Le roman de Michaël Uras « La maison à droite de celle de ma grand-mère » est chaleureux comme l’amitié, frais, tendre et parfois triste comme la famille, un bonheur à savourer.

Domi_C_Lire_la_maison_a_droite_de_celle_de_ma_grandmere_michale_uras.jpgC’est en Sardaigne que se situe La maison à droite de celle de ma grand-mère, et Giacomo y revient car sa grand-mère va mourir, il va l’accompagner dans ses derniers instants, car en Sardaigne comme ailleurs, une grand-mère, et la famille, c’est sacré.

Depuis son départ, lui le « français » – comprenez le traitre, celui qui est parti vivre en France !- est chaleureusement accueilli par tous chaque fois qu’il revient au pays, même par ceux qui pensent que ses retours sont un peu trop rapides, comme en coup de vent. Parce qu’il sait que revenir est indispensable, mais que partir l’est tout autant.

Pourtant, là, il quitte tout, le roman inédit qu’il doit traduire en urgence, son quotidien à Marseille, les exigences et les attentes de son boss, pour accourir au chevet de la figure tutélaire de cette étrange famille. Car dans la famille de Giacomo, chaque personne compte. Il y a cette mère qui a encore ses crises et part « chez maman » quand elle se fâche avec son mari (facile, c’est à côté !) un mari plus que taiseux, qui est peintre en bâtiment, sans doute parce qu’il n’a jamais cru qu’il pourrait être plus artiste que peintre, lui qui barbouille comme tous les autres les murs des maisons du village avec de grandes fresques qui racontent la vie, qui colorent la vie, qui étonnent les touristes autant que les habitants par leur luminosité et les sujets variés abordés. Il y a aussi Manuella, l’épicière, qui a accompagné l’enfance des gamins du village lors des déplacements de l’équipe de foot, cette troupe de garçons absolument pas doués, Giacomo en tête, qui perdaient chaque match mais revenaient sourire aux lèvres de leur sortie du dimanche. Fabrizio, le copain d’école, de foot, d’enfance, resté sur le bas-côté, affaibli par cette maladie qui le vieillit avant l’heure et qui éloigne les possibles dulcinées qui auraient pu ensoleiller son quotidien. Enfin, le capitaine, revenu vainqueur et auréolé de gloire de la guerre, mais vite oublié tant par l’état que par les hommes, car le poids de médailles, s’il brille et fait le vainqueur, rappelle aussi sans doute de bien mauvais souvenirs à ceux qui sont revenus, ou jamais partis.

Alors Giacomo chaque jour va à l’hôpital, et raconte sa vie à Nonna, sa grand-mère. Il nous entraine dans son enfance, ses souvenirs, son présent pas aussi limpide ni heureux qu’il veut bien l’avouer. Le lecteur découvre des iliens particulièrement attachants et pittoresques. Quel plaisir de voir autrement cette ile à travers les habitudes, les douceurs, car entre deux bouchées de formagelle fait maison – ou pas ! – les langues se délient, les amitiés se retrouvent, les espoirs se fondent. L’avenir comme le passé trouvent leur place dans les vies ordinaires mais tellement touchantes des différents personnages. Ici, il faut dire que principal ou secondaire, tous ont leur place.

Une grande humanité se dégage de ces lignes, une belle dose d’amour et d’espoir aussi. La vie n’est pas toujours un beau cadeau entouré d’un joli ruban, les relations entre les humains ne sont pas toujours évidentes au quotidien, mais le seul fait d’en parler les rend vivantes, présentes, émouvantes. Et surtout, ce roman nous permet d’envisager la Sardaigne autrement. Je ne sais pas vous, mais moi ça m’a donné envie de découvrir les Domo de Jana, les criques ensoleillées et les fresques colorées sur les murs !

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Lire également la chronique enthousiaste de Nath du blog Eirenamg


Catalogue éditeur : Préludes

« Giacomo, ne tarde pas. Les médecins sont formels, la fin est proche. »
C’est ainsi que notre héros, un jeune traducteur espiègle et rêveur, retourne sur l’île de son enfance, où sa grand-mère est au plus mal. Et alors qu’il doit rendre un travail sans tarder, soudain, c’est toute la Sardaigne qui le retient : Maria, sa mère, qui n’a jamais vraiment compris pourquoi son fils adoré l’avait quitté, Mario le père taiseux, l’envahissant oncle Gavino, Manuella l’épicière du village, dont Giacomo était secrètement amoureux quand il était enfant, la jolie dottoresse Alessandra, qui s’occupe de la nonna à l’hôpital, Fabrizio, l’ami d’enfance au corps cabossé et au grand cœur, et, surtout, le mystérieux Capitaine, figure tutélaire et énigmatique…
D’une crique perdue aux ruelles pittoresques que bordent les maisons de couleur, entre une bouchée de dolci et les pastilles miraculeuses du docteur Ignazio, pas de doute, la maison de Giacomo est une île. Mais pourra-t-il en repartir ?

Parution : 28/02/2018 / Format : 130 x 200 mm / Nombre de pages : 320 / EAN : 9782253107903  / Livre 15.90 €

Le vieux Pays, Jean-Pierre Rumeau

Le vieux Pays de Jean-Pierre Rumeau, c’est un polar, mais pas seulement, une histoire d’amour, mais pas tout le temps, un roman à suspense qui emporte son lecteur, oui certainement !

Domi_C_Lire_le_vieux_pays.jpgLe Vieux Pays, c’est une partie de cette zone vouée à la démolition lorsqu’à la fin des années 60 on décide d’y construire l’aéroport de Roissy Charles de Gaule. A Goussainville, et au vieux pays, il reste quelques terrains vagues, mais surtout une église et un cimetière entourés de quelques maisons murées. Car c’est ce qui a sauvé le village moribond, une église  monument historique répertorié qui sera maintenue par la volonté d’un obscur mais opiniâtre architecte des bâtiments de France.

De fait, après quelques années, squatteurs et habitants ont de nouveau investi les lieux et l’un des plus emblématiques est certainement Pasdeloup Meunier. Issu d’une famille aisée, Pasdeloup a perdu sa mère adorée très jeune, c’est un écorché vif qui a sévi longtemps sur les théâtres d’opérations extérieures risquant sa vie comme démineur, l’un des meilleurs. C’est un homme qui fascine, avec ses yeux vairons qui intriguent et lui donnent un mystère que tous cherchent à percer.

On le verra, un autre événement particulièrement douloureux va transformer son existence. Aussi, lorsque Pasdeloup vient se poser dans Le Vieux Pays – s’enterrer on pourrait dire, car quel homme sain d’esprit irait sciemment vivre là ? – c’est pour y rester tranquille, secondé par Maria qui vient chaque jour pour le ménage, ses voisins les bouquinistes, et sa vie tpaisible à restaurer l’église du village fantôme. Il règne en maître sur le Vieux pays et son mauvais caractère éloigne les intrus. Un mystère pèse sur les raisons de sa vie dans cet étrange village, mystère que l’on découvre au fil des pages et des flash-back, de l’enfance au métier de démineur, du présent à l’adolescence, des amis perdus aux jeunes à sauver.

Jusqu’au jour où il croise Antoine, un jeune métis qui manque se tuer en plongeant du haut d’un pont. Pasdeloup décide de le prendre sous sa coupe et de l’aider. Mais au Vieux Pays, il y a aussi les dealers du coin, et Abdel, le féroce, l’ennemi. Il y a aussi Nuri, qui s’entraine chaque jour à des sports de combat et dont le comportement étrange interroge et intrigue, lui qui est accompagné d’une étrange mère voilée. Bien évidemment, ces destins qui se croisent ont des répercussions les uns avec les autres, et tout le talent de l’auteur et de nous les dévoiler au fil de son intrigue.

Car Le Vieux Pays, ce sont aussi des rencontres et des amours, des âmes déchirées et des espoirs de jours meilleurs, une lutte sans merci contre le terrorisme et la haine, quels que soient  le lieu et l’époque, un village à repeupler avec beaucoup d’énergie et peu de moyens, des amis qui font preuve d’humanité dans les heures les plus sombres – je pense en particulier au père de Pasdeloup et à son ami de toujours, Wolfgang – et l’auteur nous entraine de l’Allemagne nazie aux kibboutz d’Israël, des missions des forces spéciales aux entrainements des jeunes de banlieue, du terrorisme aux guerres des citées, de la solitude à l’amour, de la vie à la mort…

J’ai aimé ce roman, qui passe d’une époque à l’autre, nous emporte et nous perd tout en nous faisant garder le fil de l’intrigue et nous attacher à ce bien étrange Pasdeloup…Ah, et si vous voulez connaître l’origine de son prénom, courrez vite lire Le Vieux Pays, et vous comprendrez !

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Catalogue éditeur : Albin-Michel

« J’ai trouvé ici un cercueil inhabité, le couvercle grand ouvert, et je m’y suis installé. Il y avait peu d’êtres vivants dans le voisinage, le lieu était selon mon cœur, inimaginable pour le commun des mortels. J’y ai créé un vieux pays qui n’appartient qu’à moi, avec mon passé, ma loi et mes frontières, avec mon cimetière et mes souterrains… Lire la suite

Édition brochée / 19.50 € / 28 Février 2018 / 155mm x 225mm / EAN13 : 9782226399021