Les miroirs de Suzanne, Sophie Lemp

Sous les mots de Sophie Lemp, la sincérité, la douceur, la passion amoureuse et le plaisir de découvrir « les miroirs de Suzanne »

De Sophie Lemp, j’avais particulièrement aimé Leur séparation qui traitait le thème du divorce sous un angle très peu usité, celui de l’enfant d’un couple séparé, et du mal qu’il va avoir à trouver sa place au sein des familles recomposées. Dans Les miroirs de Suzanne c’est une toute autre histoire, mais le travail que fait l’auteur sur la personnalité, l’enfance, la famille, est toujours présent.

À la suite d’un cambriolage, Suzanne se rend compte que les carnets intimes qu’elle avait écrits adolescente ont disparu. Bien sûr, ils n’ont aucune valeur fiduciaire, mais une réelle importance à ses yeux car ils sont le recueil de ses sentiments d’adolescente, de ses atermoiements, de son amour passionné pour Antoine, un auteur, marié, de trente ans plus âgé qu’elle. Au fil des ans, cette relation sans avenir n’existait plus que dans ces pages-là.  

Alors Suzanne cherche à retrouver la femme amoureuse d’alors, ses sentiments, ses rencontres, son amour, et couche tout cela sur le papier, pour ne plus le perdre. Les mots qui n’étaient écrits que pour elle deviennent la matière d’un roman destiné à être lu par le plus grand nombre, des mots offerts à tous, au grand dam d’un mari compréhensif mais blessé .

Martin, un jeune homme déçu par une rupture amoureuse, découvre ces carnets dans une poubelle. Il décide presque par hasard de les lire. Il avait tout abandonné, y compris famille et amis, mais les sentiments qui se dégagent de ces pages-là vont peu à peu lui redonner goût à la vie, à dessiner ce qu’il découvre, à mettre en mouvement les sentiments que ces mots lui procurent, retrouvant peu à peu le goût et l’envie d’aller vers les autres… Grâce à cette lecture nous avons alors accès aux mots les plus secrets de Suzanne, ceux que l’on n’écrit que pour soi.

J’ai aimé cette intrigue en deux destins parallèles, cette même histoire d’amour et ses deux lectures parallèles, l’intime qui est dévoilée peu à peu par la lecture de Martin, et le travail d’écriture de Suzanne destiné à tous mais que nous ne connaitrons finalement jamais. Martin et Suzanne doutent chacun à sa façon. Pourtant chacun va faire un chemin introspectif qui lui permettra de retrouver la lumière,  l’aider à sortir de son gouffre de douleur et de doute, pour accepter enfin ce qu’il est, à travers son passé et surtout son futur possible.

L’écriture de Sophie Lemp est toujours aussi ciselée et précise, pas de mots en trop, mais au contraire, juste ceux qu’il faut pour faire passer les sentiments et les émotions, tout en délicatesse. Sentiments décortiqués ici avec une grande justesse, mais aussi une certaine douceur, mettant en exergue les douleurs et les doutes des protagonistes pour mieux nous montrer leur cheminement intérieur. Enfin, chacun d’eux semble nous montrer que l’on peut avancer en faisant le deuil de certains éléments de son passé, ceux qui nous empêchent de vivre pleinement sans doute ? Le remède aux bleus de la vie par l’écriture, pour Suzanne, par la lecture, pour Martin, et pour nous, un baume au cœur de les avoir rencontrés sous la plume délicate de Sophie Lemp.

Ah, quand Suzanne nous prend par la main pour passer une nuit sans fin…

💙💙💙💙

Souvenir de la soirée de lancement du roman à Paris

Catalogue éditeur : Allary Editions

Un roman sur la mémoire, l’adolescence et sur ce que deviennent nos premières amours.

Suzanne a quarante ans, une vie tranquille, un mari et deux enfants. Un matin, son appartement est cambriolé. Ses cahiers, journal de son adolescence, ont disparu. Des cahiers qui racontent Antoine, l’écrivain qui avait trois fois son âge, qui racontent cet amour incandescent, la douleur du passage à l’âge adulte.

Martin est livreur, il pédale pour épuiser ses pensées. Un soir, il trouve les cahiers au fond d’une poubelle et dévore ces mots qui le transpercent. Qui le ramèneront à la vie.

« Ne jamais oublier ce que j’ai vécu de fort dans ma vie. Mes émotions, mes peurs, mes joies, mes tristesses. Être sereine. Martin poursuit sa lecture. J’ai quinze ans. En ce moment, j’attends. Mais un jour, tout s’épanouira. Martin sent que quelque chose l’étreint, l’urgence de continuer à lire. »

200 pages / 17,90 € / En librairie le 07 mars 2019 / EAN : 9782370732668

Publicités

Le voyage du canapé-lit, Pierre Jourde

Odyssée burlesque ou exorcisme ? Est-ce pour éloigner la mort, le deuil et le chagrin, parce qu’on peut penser au passé et en rire que Pierre Jourde a écrit « Le voyage du canapé lit » ?

Lors du décès de sa propre mère, la mère de Pierre Jourde, qui a eu toute sa vie une relation exécrable avec cette femme égoïste, décide de ne conserver de cet héritage encombrant qu’un antique et inconfortable canapé-lit. Elle demande à ses deux fils de le transporter dans la maison de famille en auvergne. Ce souvenir d’une relation conflictuelle trouvera sa place dans cette maison où s’entassent déjà aux yeux de ses fils maints objets inutiles.

C’est donc le prétexte pour les deux frères et la belle-sœur à se retrouver coincés pendant un long trajet dans une camionnette de location, et surtout le prétexte à égrener des souvenirs. Souvenirs en particulier de la relation apparemment assez compliquée entre les deux frères. Et l’auteur de les égrener page après page ces souvenirs, de voyages – l’Inde, un coiffeur grec rencontré dans les rues de Londres – de chutes, de maladies, d’ennuis gastriques, de conflits familiaux ou professionnels, avec entre autre une scène où apparait Christine Angot perdue dans quelques salon littéraire de province.

Est-ce là une thérapie familiale sur fond de canapé ? Il semble qu’avec Pierre Jourde, le décès d’un proche soit un excellent déclencheur pour une introspection intime à partager avec le lecteur. Ce roman est me semble-t-il écrit au décès de sa mère. Son roman précédent était empreint de tristesse, celui-ci se veut franchement désopilant. Winter is Coming était un roman difficile, tellement intime, tellement tragique en un sens. J’imagine qu’il n’est pas aisé de se remettre à l’écriture à la suite de ce deuil, alors pourquoi cet autre livre sur la famille ?

On aime ou pas. Pour ma part, je me suis profondément ennuyée posée sur ce canapé à regarder défiler les villages de La Charité-sur-Loire à Clermont-Ferrand, à dérouler le fil des souvenirs, banals, ordinaires. Pourtant, une fois de plus, j’avoue que j’ai apprécié l’écriture de cet auteur qui, s’il ne réussit vraiment pas à me séduire par son histoire, l’aurait presque fait par la qualité de sa prose.

💙💙

Catalogue éditeur : Gallimard

Mal aimée par une mère avare et dure, sa fille unique, à la mort de celle-ci, hérite d’un canapé-lit remarquablement laid. Elle charge ses deux fils et sa belle-fille de transporter la relique depuis la banlieue parisienne jusque dans la maison familiale d’Auvergne. Durant cette traversée de la France en camionnette, les trois convoyeurs échangent des souvenirs où d’autres objets, tout aussi dérisoires et encombrants que le canapé, occupent une place déterminante. À travers l’histoire du canapé et de ces objets, c’est toute l’histoire de la famille qui est racontée, mais aussi celle de la relation forte et conflictuelle entre les deux frères.

Un récit hilarant, parfois féroce dans la description des névroses familiales, plein de tendresse bourrue, de hargne réjouissante, d’érudition goguenarde.

272 pages, 140 x 205 mm / ISBN : 9782072776250 / Parution : 10-01-2019 / Prix : 20€

Les Polaroïds. Eric Neuhoff

Avec Les Polaroïds, Eric Neuhoff nous offre un recueil de nouvelles comme on aime, nostalgique à souhait.

Vous vous souvenez vous aussi de ces polaroids que l’on prenait, que l’on s’échangeait,  puis que l’on conservait, lors de rencontres de familles, de fêtes, de soirées, de vacances… Photos éphémères vite oubliées, aux couleurs qui passent en nous rappelant qu’hier est déjà loin ? En lisant ces dix-sept nouvelles d’Éric Neuhoff j’ai eu l’impression de plonger dans quelque boite à souvenir un peu désuète, oubliée, fanée…

Il a l’art de faire revivre par ses mots et ses émotions ceux qui ne sont plus, de faire disparaitre ceux qui sont toujours là, d’une Jean Seberg toujours belle et secrète à un Patrick Dewaere en acteur vieillissant sur le retour, mais aussi de nous permettre de nous glisser du côté de Hyannis Port pour assister à une rencontre improbable entre Jacky, John et Salinger… Il nous parle de villes et de rencontres, de Toulouse la rose à Paris où tout va si vite, de personnages réels ou inventés, d’émotions, de joies ou de peines, de la vie…

 Ces souvenirs qui émaillent ces pages sont personnels peut-être, familiaux sans doute, inventés qui sait, mais tellement probables, tellement intimes, tellement les miens, les tiens, les nôtres que je me les suis appropriés sans difficulté. J’ai aimé tourner ces pages qui m’ont ramenée quelques décennies en arrière avec un grand plaisir, une nostalgie et une tendresse certaines.

💙💙💙💙

Catalogue éditeur : éditions du Rocher

Chez Éric Neuhoff, la vie ressemble à une dolce vita permanente : hôtels, plages et gins pamplemousse dégustés les pieds dans le sable. Mais la mélancolie et l’ironie ne sont jamais loin. Dans Les Polaroïds,son premier recueil de nouvelles, tout est imaginable. Jean Seberg et Patrick Dewaere sont toujours vivants. Un jeune homme, de retour dans la ville de son adolescence, s’ennuie. Jackie Kennedy et J. D. Salinger passent une journée ensemble. À Canet-Plage, les villas en bord de mer sont le théâtre de drames intimes. Les filles se prénomment Maud, Chloé ou Raphaëlle. Elles sont snobs,bronzées, parfois menteuses. Faut-il préférer l’Irlande ou la Costa Brava pour fuguer en leur compagnie ? Sur la route de Saint-Tropez à Paris, l’esprit divague à grande vitesse. Et, en sourdine, la petite musique du cœur se fait entendre.

Journaliste au Figaro et au Masque et la Plume, Éric Neuhoff a publié une vingtaine d’ouvrages dont La Petite Française (prix Interallié 1997), Un bien fou (Grand Prix du roman de l’Académie française 2001) et Costa Brava (prix Lipp-Cazes2017).

Date de parution : 03.10.2018 / EAN : 9782268100944 / Nombre de pages : 176 / Prix : 16€


Federica Ber. Mark Greene

Découvrir l’écriture de Mark Greene avec son dernier roman « Federica Ber ». Le bonheur d’une rencontre, d’une vie, de souvenirs, trois petits jours et puis s’en vont….

Domi_C_Lire_federica_ber_mark_greene_grasset

Alors qu’il parcourt de façon tout à fait aléatoire les pages du journal du matin, un homme est surpris par un article : dans les Dolomites, un couple vient d’être retrouvé mort, au pied d’une muraille rocheuse.
Fait-divers comme il en existe des milliers de par le monde chaque semaine, son attention est pourtant retenue par le nom de la tierce personne qui semble-t-il accompagnait le couple, une certaine Federica Bersaglieri. Ce nom et ce prénom le transportent vingt ans en arrière.

A l’époque où il était étudiant à Paris son quotidien avait la tristesse et la banalité des matins gris de solitude. Il avait rencontré tout à fait par hasard dans un café une jeune femme portant les mêmes nom et prénom. Est-ce elle qui se rappelle ainsi à son bon souvenir ?

Vingt ans auparavant donc, avec une Federica éprise de liberté, ils avaient parcouru les toits déserts de Paris, mangé sur les terrasses condamnées rendues accessibles grâce à la débrouillardise de Federica, refait le monde en buvant des verres de vin sous les étoiles ou dans les bars enfumés, imaginé des lendemains qui chantent, joué des parties endiablées dans les salles de jeux vidéo qui fleurissaient en ce temps-là dans la capitale et ailleurs…

Il se souvient de ces heures gagnées sur la solitude, de ce sentiment de puissance, de bonheur, d’exaltation qui l’avait envahi alors, transformant son morne quotidien en un univers joyeux et irréel. Il se souvient aussi de l’abandon un jour, sans raison…
Il cherche dans les journaux, dans ce fait divers actuel et mystérieux la femme qui l’avait transformé, qui l’avait rendu heureux, quelques heures, quelques jours, à jamais peut-être ? Qui est-elle ? Où est-elle ? Est-elle coupable, partie prenante, a-t-elle fui ? Autant de questions auxquelles il va essayer de répondre, pour la retrouver, pour se retrouver, pour revivre peut-être les instants éphémères de ce bonheur perdu.

J’ai aimé suivre Federica, cette boule d’énergie si singulière qui réveille ce jeune homme triste… Découvrir dans un espace-temps comme ancré dans le présent ces instants d’un bonheur unique et si différent qu’il vous transporte une vie entière, qu’il vous change irrémédiablement, même lorsque ne reste en vous qu’un souvenir fugace d’un moment de vie, de liberté et de légèreté.

Il y a beaucoup de poésie dans cette écriture, dans l’évocation des sentiments, dans la présence vivifiante de Federica et cette façon qu’à l’auteur d’arrêter le temps. Merci Mark Greene pour la rencontre à Manosque, et pour le bonheur de découvrir ce roman !

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Grasset

Un matin, dans le journal, un homme lit le récit d’un fait divers survenu en Italie. Un couple a été découvert, mort, au pied d’une muraille rocheuse des Dolomites. Les corps, dit la rumeur, seraient attachés l’un à l’autre. Suicide, assassinat ? Les carabinieri suspectent une randonneuse : Federica Bersaglieri.
Ce nom, il croit le reconnaître. Serait-ce la jeune femme rencontrée vingt ans auparavant, durant une semaine féerique, au cœur d’un été parisien ? Elle l’avait arraché à ses habitudes, lui avait appris la légèreté. Ensemble, ils avaient bu du vin frais, exploré les passages couverts, mimé les passants dans les jardins publics, dormi à la belle étoile, sur les toits de la ville… Puis elle avait disparu, brusquement
Aujourd’hui, à mille kilomètres de distance, il cherche à comprendre.
Deux histoires d’amour envoûtantes, sous les auspices de l’imaginaire et de la liberté, des sommets des Alpes à ceux de Paris.

Parution : 22/08/2018 / Pages : 208 / Format : 140 x 205 mm / Prix : 18.00 € / EAN : 9782246817451

La seule histoire. Julian Barnes

Et si son premier amour était la seule histoire dont il faut se souvenir ? C’est sans doute le propos de Julian Barnes, qui dans « La seule histoire » parle d’amour et du temps qui passe…

Domi_C_lire_la_seule_histoireDans une petite ville d’Angleterre, le lecteur ne saura ni quand ni où, Paul, un jeune homme de dix-neuf ans s’ennuie. Au club de tennis local, il rencontre Susan, une partenaire attribuée par tirage au sort lors d’un tournoi en mixte.
A compter de ce jour, cette rencontre avec Susan sera LA rencontre déterminante de la vie de Paul. Déterminante car comme il le dit, la seule histoire, la véritable histoire d’amour de sa vie. Susan a quarante-huit ans lorsqu’ils se rencontrent. Peu à peu, une complicité, puis de l’affection, enfin l’amour total et réciproque s’installent entre cette mère de famille mariée et ce jeune étudiant qui à la vie devant lui.

Pourtant, dans la bourgade où ils résident le qu’en-dira-t-on va bon train. Après quelques années ils décident de partir à Londres, lui pour étudier, elle pour être avec lui, et enfin vivre librement leur amour. Rien ne sera facile pour autant, et se faire accepter quand on est un couple aussi atypique est parfois si difficile que peu à peu Susan va sombrer dans l’alcool, perdant pied, perdant la mémoire, devenant un fardeau impossible à porter pour Paul…

Étonnante description de la naissance d’un amour, de son épanouissement, de ces instants magiques où le monde vous appartient. A la première personne, Paul, le narrateur, raconte, explique, épluche ses sentiments, sa vie, sa relation. Cette relation qui l’a forgé, qui a fait de lui l’homme qu’il est devenu, cet amour toujours présent qui l’accompagne tout au long de sa vie. L’amour, le seul, La seule histoire au fond.

J’ai aimé ce récit sans concession lorsqu’il évoque les mauvais moments, les petites lâchetés d’une vie, mais surtout l’analyse de ces sentiments, cet amour qu’il est si bon d’avoir vécu au moins une fois dans sa vie. Il me semble qu’il y a quelques longueurs lorsque le récit reprend en mode descriptif (comme s’il fallait prendre un peu de distance avec les sentiments de Paul ? Un mal nécessaire pour s’impliquer dans leur histoire ? ) et un narrateur pas toujours très aimable à mes yeux du lecteur, mais c’est malgré tout une lecture qui interroge sur le temps qui passe et ce qu’il nous reste de nos sentiments passés.

💙💙💙💙


Catalogue éditeur : Mercure de France Gallimard

Paul a dix-neuf ans et s’ennuie un peu cet été-là, le dernier avant son départ à l’université. Au club de tennis local, il rencontre Susan – quarante-huit ans, mariée, deux grandes filles – avec qui il va disputer des parties en double. Susan est belle, charmante, chaleureuse. Il n’en faut pas davantage pour les rapprocher… La passion? Non, l’amour, le vrai, total et absolu, que les amants vivront d’abord en cachette. Puis ils partent habiter à Londres : Susan a un peu d’argent,… Lire la suite

Collection Bibliothèque étrangère, Mercure de France / Parution : 06-09-2018 / 272 pages / 140 x 205 mm / Époque : XXe-XXIe siècle / ISBN : 9782715247079

Les mains dans les poches, Bernard Chenez

Quelques chapitres, quelques mots, quelques lignes pour retracer des instants, des rencontres, une vie … C’est la balade que nous propose Bernard Chenez dans « Les mains dans les poches ».

Domi_C_Lire_les_mains_dans_les_poches_bernard_chenez.jpgBernard Chenez se promène Les mains dans les poches et pense à son enfance, à sa vie, à son passé. Il  relate des événements posés çà et là, pas forcément de façon chronologique, mais qui semblent arriver au hasard des rencontres, des envies, des souvenirs.

Du gamin qui se lève tôt pour tenter de gagner quelques sous à l’homme d’aujourd’hui, de l’adolescent qui découvre l’amour sombre, romantique, clandestin, à celui qui découvre l’anarchie, la vraie, de l’étudiant sérieux à celui qui manifeste, une vie défile. Heureuse parfois, nostalgique parfois, belle souvent.

Il y a les souvenirs, il y a les parents, la famille et la vie, les batailles d’indiens,  imaginaires, le bord de mer, les barricades et les révoltes, le bleu de travail que l’on porte à l’usine, les chagrins et les amours. Mais il y a également une certaine nostalgie à se remémorer ceux qui ne sont plus, amis, amantes, parents. Et tout au long des pages une dose de tendresse pour l’enfant ou l’adolescent que l’homme a été un jour, pour celui qui n’est plus mais qui continue à vivre dans les réminiscences de ces instants de vie. Comme tout un chacun en somme, mais ici c’est joliment dit, avec une vraie poésie.

Car ce livre, qui n’est ni tout à fait un roman, ni vraiment un récit, est à lire au hasard. Juste ouvrir un chapitre, vivre avec l’auteur quelques instants, se souvenir de l’enfant, de l’adolescent puis de l’homme qu’il a été, comprendre et aimer, la vie, la mort peut-être aussi…

J’ai aimé l’image de ce train que l’on prendrait à l’envers, comme pour remonter le temps de la vie… mais en partant dans tous les sens à la fois. Alors même si je ne me suis jamais vraiment attachée au personnage, j’ai aimé découvrir ses souvenirs et le témoignage qu’il nous donne d’une époque qui semble parfois révolue.

Quelques citations…

Ma mère n’est morte ni le jour, ni l’heure, ni même à  la seconde de son dernier souffle…
Les mères choisissent le moment. Elles nous ont donné le premier souffle de vie, elles nous confient le première heure de leur mort.

Les pères ne meurent pas, ils disparaissent de la mémoire en mer, fût-elle faite de tubes de couleur et de toile.

Être anarchiste, ce n’est pas être adhérent d’un parti, c’est un état d’esprit.

C’est la main qui voit, et l’œil qui dessine.

💙💙💙


Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Pour percevoir à nouveau l’odeur de l’encre et du plomb, pour sentir frémir le crayon sur le papier de son premier dessin, pour entendre ces rifs de guitare protestataires qui ont rythmé ses combats, il fallait partir à l’autre bout du monde et embrasser sa mémoire…  Les mains dans les poches est une promenade nostalgique et poétique qui accepte et dépose enfin ses fantômes.

Paru le 16 août 2018 / ISBN : 978-2-35087-464-7 / Photo de couverture © Édouard Boubat/Rapho

Les Dix Vœux d’Alfréd. Maude Mihami

Envie d’un bon roman pour se détendre cet été ? Alors que vous alliez en Bretagne ou au Pays Basque, à la plage ou dans votre jardin, lisez « Les dix vœux d’Alfréd », le roman de Maude Mihami.

Domi_C_Lire_les_dix_voeux_d_alfred_maud_mihani

Ah, Alfred, oui, se prénommer Alfred, ça peut aller. Mais quand faut l’écrire Alfréd avec un accent aigu, ça n’est pas la même chanson ! Alfréd, 9 ans, vit avec sa mère dans la maison en face de celle du grand-père tout au bout du village tranquille du Camboudin, en Bretagne. Il ne connait pas son père. Il voudrait bien avoir un autre prénom, et surtout pas avec cet accent si stupide dont l’a affublé sa mère. Bref, pour lui c’est un peu comme s’il devait porter des culottes courtes ou assumer en permanence vilaine coupe de cheveux.

Avec son vénérable papi, Alfréd tente de passer le temps, avec les copains, enfin, les copains de son grand-père, qui ne sont pas trop de son âge, et pourtant qu’est-ce qu’il aime ça ! Mais il y a peu à faire dans ce village, dans ces années 70 sans ordinateur et si peu de télé ! Aussi quand son vénérable grand-père lui propose d’écrire dans ce carnet qu’il en quitte jamais, les dix vœux qu’il pourrait réaliser l’année de ses dix ans, c’est pour lui une aubaine, une excellente idée ! Il faut dire que l’anniversaire d’Alfred se doit d’être une belle fête, cette année il aura dix ans, et son grand-père pile soixante-dix, puisqu’ils sont nés le même jour.

Chaque vœux devient une occasion de montrer qu’il n’a rien oublié des aventures racontées par son grand-père adoré, mais aussi un moyen de découvrir qui il est, d’où il vient peut-être aussi, jusqu’au dernier des dix vœux, celui qu’il tient secret jusqu’au bout…

Ce roman est l’assurance de passer un joli moment de détente, de bonheur même. On se surprend au fil des pages à sourire, à éclater de rire aussi parfois , à découvrir la gouaille des protagonistes, à vouloir goûter un petit verre de Trouspignole. C’est vivant, empli d‘humanité, réaliste parfois, avec ces hommes au café, ou cette scène à la fête de l’école, c’est rempli de bons sentiments, mais pas à l’excès. Les personnages sont vivants, typiques même si peut-être parfois caricaturaux, mais qu’importe, car ils nous touchent et nous embarquent dans leurs aventures. C’est comme un éclat de rire partagé, comme un goût de bonheur qui fond dans la bouche, le livre  idéal pour se détendre pendant le vacances !

Les dix vœux d’Alfréd est un roman au goût sucré de souvenirs. Il m’a fait penser aux petits déjeuners que je prenais l’été avec mon grand-père, un peu de pain frotté à l’ail, avant d’aller dans les champs, ou à cette rasade de vin dans l’assiette de soupe au repas du soir, plaisirs quasi coupables partagés à deux, envers et contre les adultes qui désapprouvaient mais sans trop oser le dire ! Cette complicité d’enfants à grands-parents est quasi magique, ne dure qu’un temps, mais vous laisse avec tant de beaux souvenirs.

Catalogue éditeur : Nil éditions et Pocket

« Une fantaisie truculente, picaresque et touchante au cœur du bocage breton. Mieux vaut lire ce livre que celui d’à côté, il est plus drôle ! » Erik Fitoussi, libraire

1970, Le Camboudin, petit village breton. Alfréd, neuf ans, a un prénom dont l’accent aigu lui déplaît, une mère qui picole trop et un grand-père qui tient à lui comme à la prunelle de ses yeux. Il adore traîner au bistrot avec ses copains, une joyeuse bande de vieux qui lui apprennent la vie. Avec l’aide de son Vénérable Papi, il va décider de passer le cap de ses dix ans en établissant une liste de vœux à réaliser avant le grand jour. Rencontrer un vrai cow-boy, boire de la trouspignôle ou encore conduire un tracteur marqueront le début d’une série d’aventures aussi rocambolesques que réjouissantes. De vœux gâchés en moments de pure félicité, il va vivre l’année la plus incroyable de sa vie.

Maude Mihami nous offre avec Les Dix Voeux d’Alfréd un premier roman d’une grande drôlerie qui pose un regard tendre sur le monde de l’enfance.
Maude Mihami, Bretonne de son état, a été libraire en Allemagne et à Paris. Elle vit aujourd’hui à Lyon.

EAN : 9782841119554 / Nombre de pages : 256 / Format : 130 x 205 mm / Date de parution : 03/05/2018