Les maisons vides, Laurine Thizy

à la fois poétique et fort, un roman singulier sur l’adolescence

Gabrielle a treize ans et sa grand mère Maria vient de mourir. Elle a des parents, un petit frère, et une évidente aptitude pour la gymnastique rythmique.

Gabrielle enfant prématurée, si fragile, si petite, qui crache les araignées qui se terrent dans ses poumons et qu’elle cache à tous pour continuer à vivre comme les autres, ou plutôt comme elle l’a décidé. Qui jeûne pour les faire disparaître à jamais, ah si seulement cela pouvait marcher…

Chaque nuit elle oublie de dormir et se déplace sans bruit hors de la maison jusqu’au cimetière, sur la tombe de Maria. Chaque jour elle oublie de manger, et sans doute aussi parfois de vivre.

Gabrielle explose de beauté, de charme, le dos droit, les pieds plantés au sol, dans une attitude conquérante. Gabrielle ose, défie, aime, dompte, exige d’elle plus que personne n’oserait jamais lui demander. Gabrielle aime à sa façon, mais elle est encore bien jeune, alors elle retient les corps qui se frôlent, se découvrent, s’exaltent.

Les maisons vides est un hymne à l’enfance, à la fidélité à la parole donnée, à la fragilité de l’adolescence, mais aussi à une certaine relation au corps, à la maladie, à la force que l’on puise en soi pour parvenir à son but, pour vivre et devenir. Plusieurs temporalités se succèdent pour éclairer le lecteur et cerner au plus près une Gabrielle fragile, blessée, mais toujours volontaire et forte.

Il y a une puissance et parfois une grande douceur dans ces mots, une fragilité et pourtant aussi une force dans ce personnage de jeune fille qui sort de son cocon d’enfant fragile et dont parle une narratrice dont on se demande tout au long du roman qui elle peut bien être.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : éditions de L’Olivier

Des premiers pas à l’adolescence, dans cette campagne qui l’a vue naître, Gabrielle, avec une énergie prodigieuse, grandit, lutte, s’affranchit. Gymnaste précoce, puis soudain jeune femme, Gabrielle ignore les araignées dans son souffle comme les regards sur son corps. Elle avance chaque jour un peu plus vers la fin de l’enfance.

Porté par une écriture aussi puissante que sensible, Les Maisons vides laisse entendre le vibrant chœur de femmes autour de Gabrielle : Suzanne, Joséphine, María… Générations sacrifiées ou mal aimées, elles ont appris à se dévouer, à faire face et, souvent, à se taire.

Parution 14 janvier 2022 / 140 × 205 mm 272 pages EAN : 9782823617368 18,00 €

L’ombre des pins, Cécile Dupuis, Valérian Guillaume

L’été, les vacances en famille et les premiers émois adolescents

Cette année encore, Pablo part en vacances avec ses parents. Révisions au programme, mais aussi plage et retrouvailles avec sa grand-mère dans cette maison où il revient chaque été. Mais avouons-le, quand on est adolescent, les parents et grands-parents paraissent bien vieux et démodés, et l’on a envie de bouger, danser, sortir. Pourtant, il faut réviser et le programme est dense, alors Pablo reste là pendant que ses parents vont retrouver leurs amis.

Enfin, ça c’est sans compter sur sa grand-mère bien plus moderne et jeune qu’il n’y paraît, et qui a bien compris que la jeunesse a autant besoin de liberté et de changement que de révisions pour s’épanouir.

Alors elle pousse Pablo à aller se baigner, se promener. Au village il rencontre Carla, une jeune fille qui ne quitte jamais son appareil photo. Tout est bon pour elle, clic, clic, son œil collé au viseur, elle est très occupée à prendre des photos. Mais heureusement pour lui, elle va avoir besoin de l’aide de Pablo pour venir à bout de celles qu’elle souhaite envoyer pour participer à un concours.

Peu à peu, une belle histoire se noue entre les deux adolescents, sous le regard complaisant et tendre d’une grand-mère comme on rêverait tous d’en avoir. Dans la chaleur de l’été, la grand-mère évoque des souvenirs anciens quand les jeunes s’en créent de nouveaux. Un beau regard sur le temps qui passe, la vie à se construire, sur ce temps particulièrement privilégié des vacances d’été, avec ses rencontres mais aussi avec les relations que l’on a avec sa famille, parents, grands-parents, toutes ces choses qui font que l’on devient ce que l’on est.

L’ombre des pins est un joli roman graphique tout en couleurs ocres et dorées comme le sable et la peau des adolescents sous le soleil d’été. Qui réveille les souvenirs de nos étés passés, bienveillant et nostalgique à souhait. J’aime toujours autant le format et le papier utilisé par cette nouvelle collection, Virages graphiques.

Catalogue éditeur : Virages graphiques

Pablo passe l’été dans la maison de sa grand-mère, en bord de mer. Il connaît les lieux par cœur : été après été, il s’y est amusé et y a grandi. Mais l’enfance s’éloigne et aujourd’hui, il faut penser à l’avenir. Ses parents partis, l’été va reprendre ses droits…

Et Pablo rencontre Carla : qui est cette fille qui ne semble appréhender le monde qu’à travers l’objectif de son appareil photo ? Que cherche-t-elle à capter de ce lieu et de ses habitants ? À l’ombre des pins, dans le temps suspendu des désirs camouflés et des désirs retenus, Carla et Pablo vont se découvrir. Un récit tendre et puissant qui invite à se fonde dans le regard contemplatif de deux adolescents, à partager leurs sentiments à la fois hésitants et terriblement puissants.

Date de parution: 28 septembre 2022 / Prix: 20€ / Pages: 112 / ISBN: 978-2-7436-5773-4

36 heures dans la brume, Nathalie Somers

la folle aventure de deux adolescents dans le San Francisco des années 30

Quand San Francisco s’embrume nous chantait Maxime Le Forestier dans les années 70. Ici, nous voici plongés dans les années 1930, en 1937 exactement, quand le Golden Gate Bridge qui enjambe majestueusement la baie de sa belle couleur orange vient tout juste d’être construit.

Un adolescent est miraculeusement sauvé par des pêcheurs alors qu’il flottait accroché à un vieux pneu malencontreusement jeté dans la baie (prétexte à évoquer les dégâts de la pollution, déjà à cette époque). Mais Matt, puisque s’est son prénom, souffre d’une amnésie passagère et ne sait pas ce qu’il fait là. Peu à peu, la mémoire lui revient. Malgré ses blessures, intrépide et décidé, il sait qu’il doit absolument sauver une jeune fille en détresse.

Sa quête va le ramener dans le quartier du port, à la rencontre d’une jeune chinoise qui va l’aider à retrouver celle qui n’est autre que sa sœur jumelle, Mary.
C’est donc avec l’aide de Jiao qu’il va affronter les hommes d’Al Capone, alors incarcéré à Alcatraz, la célèbre prison dont on ne s’évade jamais, mais également les bandes rivales, gangs de petits blancs oisifs et belliqueux ou tongs des jeunes chinois qui tiennent eux aussi en coupe réglée le quartier de chinatown.
Toute l’intrigue est prétexte à évoquer les différents quartiers de San Francisco, les conflits entre communautés, la spécificité de chinatown ou encore une allusion à la pègre avec l’arrestation du grand Al Capone, une courte plongée dans la ville des années 20.

Bien sûr, je ne correspond pas au public auquel est destiné ce roman, 12 ans et plus, et donc j’ai parfois trouvé que quelques explications n’étaient pas assez poussées ou détaillées. Mais l’impression générale est bien rendue. Les principaux protagonistes vont rapidement se rapprocher pour réussir leur folle entreprise de sauvetage. Le rythme est soutenu, peu de temps mort, une lecture agréable qui devrait séduire les amateurs de thriller en herbe.

Catalogue éditeur : Fayard

1937. Matt est repêché, à moitié noyé, dans la baie de San Francisco.
À son réveil, l’adolescent est amnésique. Son seul souvenir : une jeune fille désespérée, cheveux au vent, qui s’apprête à sauter du Golden Gate Bridge. Matt ignore qui elle est. Pourtant, il sait qu’il doit la sauver à tout prix.
Mais par où doit-il commencer, lui qui se souvient à peine de son propre nom ?
Une course effrénée dans les rues de San Francisco, dans l’ombre du plus grand gangster de tous les temps.

À partir de 12 ans / Date de parution 06/09/2022 / Prix 13,90 €

Paysages de nuit, Diane Chateau Alaberdina

Dans la famille recomposée, la fille, la mère… un père

Sonia et Katarine vivent dans la maison de la forêt. Mère et fille, et quelques hommes de passage, devenus un temps pères de substitution. Les deux femmes semblent se satisfaire de leur relation à deux. Mais lorsque Katarine rencontre Adam, l’affaire devient sérieuse. Surtout le jour où celui-ci vient s’installer dans leur maison.

Sonia, dix-sept ans s’éprend rapidement de ce beau-père un peu plus proche que les autres. Un semblant de foyer se crée, une relation que la jeune fille voudrait sans doute plus intime, plus tactile, plus intense. Attirance pour le père absent, pour cet homme mûr, sur de lui, figure paternelle, envie de chasser sur les terres maternelles, besoin d’affirmer sa sensualité, sans doute un peu de tout cela. Alors Sonia guette, espionne, observe Adam dans sa vie, dans la relation avec sa mère, subi le pouvoir destructeur de cet amour ambigu qui ne peut pas être, absolu et secret. Elle croque dans ces carnets de dessins le corps, le visage, les traits d’Adam. Elle emprisonne l’idée de l’amour dans ses griffes de jeune femme en devenir.

Et cet homme inaccessible et convoité, étouffé par l’amour de ces deux femmes, même si Sonia n’avoue jamais ce qui la ronge, ne trouve son salut que dans la fuite. Commence alors une lente descente aux enfer pour Sonia, victime de cet amour incompris, de l’intensité du chagrin, de l’absence et de l’abandon du père de substitution.

Il y a dans ce roman tous les artifices de la tragédie, les sentiments, l’absence, la douleur, l’intrigue amoureuse, la relation à la foret à la nature à la nuit, celle entre hommes et femmes, la mort.

J’ai retrouvé le style très particulier de l’autrice de La photographe que j’avais découvert en 2019. Écriture directe, phrases courtes, sens de la tragédie et du drame, sentiments exacerbés, et cette façon de décortiquer la passion et la douleur.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : Gallimard

« Pour Sonia, la nuit a quelque chose d’électrique, d’impalpable. Toute la tension de la journée s’évanouit d’un coup. Les yeux deviennent lourds, les ventres se détendent. La sexualité prend une autre forme. Sur le chemin du retour, elle colle son visage à la vitre. Les paysages défilent, les bâtiments de la ville laissent doucement place aux champs et aux bois. Pendant le trajet, elle jette des coups d’œil discrets sur Adam. Il ne semble pas dérangé par le silence. Une envie prend Sonia, celle de toucher son visage. »
Katarine élève seule sa fille Sonia dans une maison au bord de la forêt. Lorsqu’elle tombe amoureuse d’Adam, la relation fusionnelle entre les deux femmes est troublée. Mais chez la jeune fille de dix-sept ans, romantique et passionnée, l’attachement pour ce nouveau beau-père se transforme rapidement en un désir d’autant plus puissant qu’il est interdit.

Parution : 07-04-2022 / 208 pages / ISBN : 9782072950773 / 18,00 €

Les survivants, Alex Schulman

Dans la fratrie dévastée, trois frères et un secret

Ils sont trois frères, Nils, Benjamin et Pierre, les fils meurtris de parents fort étranges. Aujourd’hui ils se retrouvent pour accomplir les dernières volontés de leur mère, répandre ses cendres au bord du lac de leur maison de vacances. Là où tout a commencé, là où tout s’est terminé.

Deux temporalités vont se succéder tout au long du roman. Le jour où les trois garçons devenus des hommes se retrouvent et se battent au bord du lac, avec en main l’urne qui contient les cendres de leur mère. Et à partir de ce moment là, un retour en arrière chronologique raconte le fil de cette journée heure par heure.

En alternance, les chapitres de l’enfance au bord du lac, les jeux des garçons, l’affection de Molly pour Benjamin, l’indifférence et la froideur des parents. Et le voyage depuis ce jour au bord du lac, jusqu’au temps présent, celui de la dernière et violente bagarre.

Dans leur jeunesse les garçons étaient unis, une préférence des parents pour l’aîné, celui qui réussissait ce qu’il entreprenait, a sans doute créé quelques tensions et des jalousies. Mais dans les efforts, les punitions, les découvertes ou les bêtises, la solidarité de la fratrie était bel et bien présente. Quel est cet événement du passé qui vingt ans plus tôt les a bouleversés à ce point, pourquoi une telle indifférence de leur mère, que faisait le père pour s’imposer, et comment ont ils vécu à la fois les années d’enfance, et l’obligation de rentrer un jour dans l’âge adulte sans le soutien de parents aimants, seulement parfois d’un père.

Quel roman étonnant. L’auteur a une capacité à nous faire entrer dans les tourments, les pensées, les émotions de l’enfance, de l’adolescence par ses mots, par ces scènes de la vie ordinaire sur lesquelles pèse une ambiance à la fois délétère et lourde. Pas ou peu d’amour, pas d’intérêt des parents pour ces garçons qui poussent comme ils peuvent au milieu de l’indifférence de parents alcooliques et indolents qui se suffisent à eux mêmes.

Bien sûr, la révélation qui arrive si tard éclaire d’un tout autre jour ces souvenirs de l’enfance meurtrie. Je n’ai eu qu’une envie, tout reprendre à zéro, en me demandant où étaient les indices, qu’est-ce que j’ai zappé, à quel moment ai-je décroché pour ne pas avoir compris avant. Une lecture qui m’avait laissé très septique dans les premiers chapitres, avant d’avoir réellement compris la structure de l’écriture, puis qui m’a happée et donné envie d’écouter sans m’arrêter ces tourments de l’enfance. Avec l’envie d’aider ces jeunes à devenir les hommes qu’ils sont ou devraient être aujourd’hui, sans savoir, sans avoir compris où se situait leur point de non-retour.

Lecture par Mathieu Buscatto. Sa voix s’adapte parfaitement au ton donné par l’auteur, aux souvenirs qui s’égrènent, à l’incompréhension, à la nostalgie de ce qui n’a jamais été et ne pourra plus jamais être.

Catalogue éditeur : Audiolib, Albin-Michel

Benjamin, Pierre et Nils sont venus accomplir les dernières volontés de leur mère : répandre ses cendres dans le lac qui borde leur maison d’enfance, non loin d’une épaisse forêt de sapins comme on en trouve en Suède. Là où, vingt ans auparavant, un drame a changé le cours de leur existence.

Traduit par Anne Karila
Lu par Mathieu Buscatto

EAN 9791035410186 Prix du format cd 22,90 € / EAN numérique 9791035410414 Prix du format numérique 20,95 € / Date de parution 06/07/2022

Le goût des garçons, Joy Majdalani

Treize ans, et l’envie de découvrir l’autre sexe avec avidité et réalisme

Dans une ville dont on ne connaîtra jamais le nom, au collège de Notre Dame de l’Annonciation, les jeunes filles de bonne famille espèrent et craignent les premiers émois de l’adolescence. La relation avec les garçons est auréolée de mystère dans ces écoles qui n’ont pas encore connu la mixité.

La narratrice est tourmentée par les prémices de la sexualité, un mystère qu’elle voudrait tant percer seule et le plus vite possible. Lorsque l’on a treize ans, cet autre que l’on ne connaît pas exerce une attraction irrésistible. Mais pour cela, encore faut-il être sûre de soi, connaître son véritable pouvoir d’attraction, sa beauté réelle ou fantasmée. Pas facile lorsque l’on se cherche, en cette période parfois ingrate de l’adolescence, quand seins, hanches, rondeurs et pilosité jusqu’alors inconnues transforment des corps jusque là maîtrisés.

La relation avec les autres filles est également compliquée, celles qui entrent dans le moule sans discuter, ces autres qui se rebellent en douceur, les confidentes, les rivales, les plus belles, celles qui savent déjà, celles qui espèrent. Alors tout est bon pour apprendre, les confidences bien sûr, l’expérience des autres, mais aussi internet, les garçons non désirés mais prêts à vous apprendre comment se fait un premier baiser, comment être et se comporter, au risque de passer pour la P… de service.

Voilà un premier roman terriblement bien construit, à l’écriture travaillée, au vocabulaire cru et réaliste. La narratrice passe de la naïveté de l’enfance à la sexualité plus fantasmée que réelle de l’adolescence avec un style direct qui parfois dérange mais qui surtout parle vrai.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix littéraire de la Vocation 2022

Catalogue éditeur : Grasset

Elles sont «  de bonne famille  ». «  Bien élevées.  » Collégiennes à Notre Dame de l’Annonciation. Elles pourraient aussi bien être dans n’importe quelle institution d’une autre religion ou un très bon collège de la République. Elles ont treize ans, elles sont insoupçonnables. Elles n’ont que le désir en tête.
…..
Légendes, ragots, ignorances, peurs, élans, embûches, alliances, traîtrises, téléphone, Internet, tout tourne autour des garçons et de leur corps mystérieux dans un mélange de fantasmes et de romantisme. Cru et délicat, dévoilant les candeurs comme les cruautés, voici un premier roman d’une véracité implacable qui marquera.

Pages : 176 / EAN : 9782246828310 prix 16€ / EAN numérique : 9782246828327 prix 10,99€ / Parution : 5 Janvier 2022

La chair de sa chair, Claire Favan

Rencontrer l’autrice et découvrir ce roman, noir et addictif

Moira fait de son mieux, mais Moira est épuisée par ses quatre boulots et ses trois enfants, difficile de tenir la tête hors de l’eau quand la petite dernière est gravement malade, que l’assurance ne paye pas les soins, que le père s’est suicidé et que l’ex mari est en tôle. Pourtant avec courage et ténacité elle essaie de contrer le zèle délétère des agents des services sociaux pour garder ses enfants auprès d’elle.

Fort heureusement il y a Peter, l’aîné du premier lit, qui s’occupe au delà du raisonnable de la fratrie pendant l’absence, la fatigue et les manques de sa mère. Jusqu’à ce moment de non retour où le drame arrive, le décès de Wendy, la petite sœur atteinte de mucoviscidose. Non pas tuée par sa maladie, mais par Nigel, son frère.

Nigel que Moria rejette sans espoir de compassion ou d’écoute, Nigel enfermé en hôpital psychiatrique afin d’évaluer son taux de responsabilité, Nigel prostré, atteint par l’horreur de son acte et la compréhension de sa pleine responsabilité. Un médecin, le docteur Bruce Thomas, va s’intéresser à son cas et tenter de tisser un lien pour faire sortir Nigel de son silence. Mais y parvenir s’avère plus complexe que prévu.

L’autrice nous entraîne vers les méandres tordus de la passion familiale, la possession, l’exclusivité que peut ressentir un enfant pour sa mère. Elle tisse peu à peu une toile dans laquelle Moira s’englue sans aucun espoir de se sauver, paralysée et aveugle. Et la lectrice que je suis ne peut que souffrir avec chacun des membres de cette famille face à tant de silence, d’incompréhension, de manipulation et de soumission. Tout en ayant envie de faire éclater la vérité. D’ouvrir les yeux, de donner un peu d’espoir, de bonheur à cette femme prisonnière de l’amour exclusif qu’elle partage avec ses enfants.

L’autrice a situé son intrigue aux États-Unis, nous permettant de découvrir avec stupeur le système carcéral américain et son implication à l’encontre des enfants criminels. Amis lecteurs, si vous n’êtes pas dans une période favorable, prière de s’abstenir de lire, car la lumière n’est pas au bout du chemin et votre moral peut s’en ressentir. Et pourtant, ce roman noir est totalement addictif.

Catalogue éditeur : Pocket

Moira O’Donnell, derrière le feu des boucles rousses et l’énergie inépuisable, est une femme qui lutte pour garder la tête hors de l’eau. Ce sont trois gamins livrés à eux-mêmes et autant de boulots cumulés pour les nourrir. Ce sont des pères absents : le premier est incarcéré pour longtemps, croit-elle, et le second s’est suicidé. C’est la solitude d’une mère de famille dure au mal qui se bat, tombe et renaît. Pour ses enfants. Et avec eux. Chaque semaine, elle achète un ticket de loterie en rêvant à une vie meilleure. Mais les services sociaux ont d’autres projets pour elle…

Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d’or 2014 catégorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l’ombre, clôt ce diptyque désormais culte centré sur le tueur en série Will Edwards. Après les succès remarqués d’Apnée noire et de Miettes de sang, Claire Favan a durablement marqué les esprits avec Serre-moi fort, Prix Griffe noire du meilleur polar français 2016, Dompteur d’anges, Inexorable, et Les Cicatrices. La Chair de sa chair est son 9e roman et a reçu Le Prix Polar « Les Petits Mots des Libraires ».

Prix 7.95 € / EAN : 9782266322423 / Nombre de pages : 408 / Date de parution : 14/04/2022

Langue morte, Hector Mathis

Retrouver la langue de l’enfance, celle de la vie et de la mort

Le narrateur est posté face au quatre, à La Grisâtre. Devant l’adresse de son enfance, dans ce quartier de banlieue où les pavillons succèdent aux pavillons, Thomas se souvient. De la famille, de Jérémie, ce frère qui a fait tant de bêtises, de Mie Joss la grand-mère, si peu aimante et pourtant aimée. d’Alain le père, Thierry, Horace les oncles. Et puis Camille, l’amie, celle qui le suit, celle qu’il quitte, celle qu’il cherche au fil de ses errances.

Il y a Nono, Yassine, Malik et tous les autres, les copains, inséparables, bagarreurs, chapardeurs, voleurs, délinquants en herbe ou accomplis, mais toujours présents. Thomas est un élève surdoué, qui va sauter une classe, ce qui peut s’avérer très compliqué pour un gamins. Plus jeune, il est en décalage avec ses camarades de classe, il doit faire front et s’aguerrir. Il découvre le théâtre, et cette soif d’écrire qui se révèle à lui sur les bancs du collège, écrire comme une course, une fulgurance, une raison d’exister. Viennent aussi les premiers émois amoureux, les premiers flirts, les premières filles, puis Camille, celle qui le comprend.

Le lecteur le suit des classes primaires, malade et fatigué, souvent alité, aux quatre-cent coups du collège puis dilettante à la fac. Il se raconte avec une tendresse, une urgence, une nostalgie aussi qui touchent le lecteur pris dans le flot des phrases courtes, rythmées, imagées, hachées, violentes parfois.

On retrouve la colère, la fuite en avant dans l’écriture, la soif de tout dire avant qu’il ne soit trop tard des deux précédents romans. Avec dans K.O la fuite après la découverte de la maladie, puis dans Carnaval le retour au village à la suite du décès de l’ami d’enfance. Dans Langue morte, c’est la jeunesse qui revient comme une vague, pendant cette nuit où, statique devant le quatre, il voit défiler les années de l’enfance, l’adolescence, la maturité, mais aussi la famille, la fratrie, l’amitié, la vie et la mort.

C’est dense et assurément cette lecture n’est pas de tout repos. Mais l’auteur trouve son rythme, confirme son style, sa singularité. J’aime découvrir son chemin, compliqué, fort en émotions, en sentiments contradictoires, mais passionnant. Et cette vision des banlieues vécues de l’intérieur, de l’amitié, de l’adolescence, nous ouvre les yeux pour mieux appréhender ces gamins que nous côtoyions souvent sans vraiment les voir.

Catalogue éditeur : Buchet-Chastel

Seul et désemparé, le narrateur de Langue morte déambule dans les rues de son enfance. Son errance lui fait traverser le temps, ressuscite ses voisins, ses parents, son frère, ainsi que tous les curieux personnages dont il a croisé la route. Initié au théâtre par son père, à la bêtise par l’école et à la mort par sa grand-mère, il sera contraint de fuir pour échapper à ses propres démons… De la grisâtre à l’Autriche, en passant par Paris, le Gard, l’Allemagne et l’Italie, le narrateur sera confronté au désœuvrement, à la souffrance et à la colère mais découvrira aussi l’amour, la musique et l’amitié. Ces obsédants souvenirs de jeunesse le conduiront jusqu’au petit matin, à l’aube d’une époque nouvelle.

Né en 1993, Hector Mathis grandit aux environs de Paris entre la littérature et les copains de banlieue. Écrivant sans cesse, s’orientant d’abord vers la chanson, il finit par se consacrer pleinement au roman. Frappé par la maladie à l’âge de vingt-deux ans, il jette aujourd’hui l’ensemble de ses forces dans l’écriture.

Date de parution : 06/01/2022 / Prix : 17,90 € / Format : 256p. / ISBN : 978-2-283-03472-9

Un jour ce sera vide, Hugo Lindenberg

Les souvenirs doux-amers d’un gamin en mal de repères

C’est un jeune garçon en manque d’amour, de repères, de reconnaissance que l’auteur nous fait rencontrer le temps d’un été. Chaque année il qui passe ses vacances avec sa grand-mère en Normandie. Mais il faut avouer qu’il est un peu honteux de cette grand-mère au fort accent polonais et de cette tante en apparence un peu dérangée. Lui rêve d’appartenir à ces familles qu’il observe sans répit sur la plage.

Jusqu’au jour où il fait la rencontre de Baptiste. Un garçon du même âge que lui mais qui semble évoluer dans ce qu’il imagine être la famille modèle par excellence. Un père et une mère, une sœur, une belle maison dans laquelle le narrateur sera bientôt invité. Une complicité va naître entre les deux garçons, mais la fascination exercée par Baptiste, l’isolement du narrateur en mal d’amour et d’amitié ne seront sans douta pas suffisant pour faire tomber les barrières de classe. C’est pourtant au fil de ces jours et de ces rencontres qu’il va forger peu à peu ses sentiments d’homme en devenir.

C’est un roman tout en mélancolie qui évoque l’enfance et les rêves enfouis, la vie dont on rêve et celle que l’on croit avoir, les souvenirs et les chagrins, les projets qui n’aboutiront peut être jamais.
Sur fond de souvenirs de guerre et de ces drames qu’à connu la famille au moment de la Shoa. Ces souvenirs et ces secrets occultés par les femmes de sa famille, et qui le perturbent sans qu’il le sache, car il n’est pas pire sentiment que celui de ne pas savoir, ne pas comprendre.

Je n’ai pas vraiment apprécié la lecture faite par Clément Hervieu-Leger, une voix un peu trop maniérée à mon goût et qui cataloguait trop le narrateur sans laisser au lecteur la possibilité de se faire une idée sur sa personnalité.
Du coup je suis un peu passée à côté, même si j’ai apprécié la délicatesse et la façon dont l’auteur parle de cette période difficile de l’enfance, de ce moment où l’on cherche sa place et où l’on a souvent besoin de modèles, de repères, pour se construire et avancer.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2022

Catalogue éditeur : Christian Bourgois et Le Livre de Poche

C’est un été en Normandie. Le narrateur est encore dans cet état de l’enfance où tout se vit intensément, où l’on ne sait pas très bien qui l’on est ni où commence son corps, où une invasion de fourmis équivaut à la déclaration d’une guerre qu’il faudra mener de toutes ses forces. Un jour, il rencontre un autre garçon sur la plage, Baptiste. Se noue entre eux une amitié d’autant plus forte qu’elle se fonde sur un déséquilibre : la famille de Baptiste est l’image d’un bonheur que le narrateur cherche partout, mais qui se refuse à lui.
Écrit dans une langue ciselée et très sensible, Un jour ce sera vide est un roman fait de silences et de scènes lumineuses qu’on quitte avec la mélancolie des fins de vacances. L’auteur y explore les méandres des sentiments et le poids des traumatismes de l’Histoire.

ISBN : 9782267032673 / Date de parution : 20/08/2020 / 176 pages / Prix : 16,50 € / paru au Livre de Poche 26/01/2022

Revenir fils, Christophe Perruchas

Peut-on revenir fils lorsque l’on est devenu père, un roman qui déborde d’émotion et d’amour

1987. Le fils a quinze ans, ses belles années sont devant lui quand survient le deuil qui va tout changer. L’accident du père au volant de sa 504 entraîne peu à peu la folie de la mère. Elle sombre dans une mélancolie que rien ne pourra arrêter. Le choc est si intense que même la vie de son fils va s’estomper de sa mémoire. Remplacé bien étrangement par un autre fils, disparu lui aussi. Il faudra confier le fils à la famille, oncle et tante feront ce qu’ils peuvent pour l’élever.

2007. Le fils devenu père éprouve le besoin de revenir fils. De retrouver cette mère qui l’a effacé de sa vie des années auparavant pour sombrer dans la folie. Atteinte de la maladie de Diogène, elle vit toujours dans la même maison, désormais envahie de toute part par les accumulations de toute sorte qui la rassurent, la confortent, l’aident à survivre. Des boites de Nesquick aux aliments frelatés, des verres inutiles aux revues qui s’amoncellent, sa vie est un équilibre instable fait d’accumulation, de saleté, de solitude.

Peu à peu, alternant ces deux époques, l’auteur nous fait pénétrer dans le monde intérieur d’une mère perdue, d’un fils orphelin, d’un homme qui se cherche et veut donner ce qu’il n’a plus jamais reçu depuis l’accident qui a transformé leurs vies.

L’auteur a su aborder des thèmes difficiles et délicats avec beaucoup de tendresse, d’émotion, de véracité. La maternité, le deuil, la famille, la maladie, celle de Diogène évoquée ici est envahissante et traumatisante autant pour ceux qui la vivent que pour ceux qui la subissent.

Difficile chemin de ce fils devenu homme, mari, père et qui devra tout oublier pour enfin devenir fils. Ce roman est dense, fort, percutant et marquant. L’alternance des époques donne du rythme et du souffle face à la difficulté d’être, de vivre, d’accepter, de comprendre, et enfin d’aimer, en étant le fils de cette mère si singulière. Car il doit en affronter des murailles, au propre comme au figuré, dans cette maison devenue une véritable décharge et le creuset des immondices récoltées avec tant d’énergie par cette mère devenue souillon. Mais aussi des silences, des frustrations, pour tenter de percer la carapace et faire émerger l’amour. Quelle énergie, quel amour, quelle tendresse dans ces gestes, ces mots, ces sentiments du fils orphelin envers celle qui lui a donné la vie.

Un roman de la sélection 2022 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : Rouergue

Depuis la mort de son père, le narrateur, un collégien de quatorze ans, vit seul avec sa mère, qui montre les signes grandissants d’un syndrome de Diogène : elle accumule les objets qui envahissent peu à peu la maison. Tandis que le fils adolescent continue de grandir et d’explorer, la mère se replie jour après jour dans un monde où un premier enfant, Jean, touché par la mort subite du nourrisson, reprend vie. Lire la suite…
Parution août 2021 / 288 pages / 20,00 € / ISBN  978-2-8126-2211-3