Là où chantent les écrevisses, Delia Owens

Une lecture aussi émouvante qu’addictive

Émotion, tendresse, rage, tristesse, joie et bonheur de voir comment Kya, la fille des marais, réussi à vivre malgré l’abandon de Ma, puis de ses frères et sœurs et enfin de Pa.
Comment avec l’aide de Tate elle réussit à apprendre à lire, elle qui vit seule dans sa cabane sans eau ni électricité au bout des marais de Caroline du Nord. La sauvageonne que tous craignent sans jamais chercher à la connaître est une fleur qui s’épanouit au contact de la faune et de la flore de ces marais qu’elle connaît mieux que quiconque.
Ce roman est vraiment magnifique, et totalement addictif. On aime tout de suite cette émouvante et attachante fille des marais. Et on n’a pas envie de la quitter.

La voix de Marie du Bled est juste, précise. Jeune quand Kya est enfant, dure quand on s’adresse à elle, triste ou lourde de remords ou de regrets après les épreuves et les abandons, mais toujours forte et déterminée. Une voix en véritable symbiose avec le personnage principal et ceux qui gravitent autour d’elle.
Et surtout, cette lecture audio permet de prendre encore mieux la mesure de la beauté de l’écriture et de la précision de l’auteur lorsqu’elle décrit la nature omniprésente, sauvage, protectrice et le plus souvent si belle.
C’est un grand plaisir de lecture, et je dois dire que si j’avais déjà lu ce roman lors de sa sortie, j’en ai apprécié ici toute la beauté et la finesse grâce à cette version audio.

Retrouvez ma première chronique de ce roman ici.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Audiolib

Un livre audio lu par Marie du Bled. Traduit par Marc Amfreville

Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur « la Fille des marais » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent.
À l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie.
Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…
Une héroïne autodidacte et passionnée, une peinture saisissante de la beauté des marais, et une enquête à suspense digne d’Agatha Christie font de ce roman un véritable page-turner.
Un premier roman phénomène qui a conquis des milliers de lecteurs dans le monde entier.

Éditeur d’origine : Le Seuil
Date de parution : 16 Septembre 2020 / Durée : 11h18 / Prix public conseillé: 24.90 € / Format: Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 381 / Poids CD 2 (Mo): 551 / EAN Physique: 9791035403614

Le poète, Michael Connelly

Des suicides de flics, le poète Edgar Allan Poe et tout le talent de Michael Connelly pour un thriller inoubliable

Je me souviens d’avoir lu ce livre prêté lors de sa sortie par un collègue qui voulait me faire découvrir le style novateur de l’auteur. Depuis j’ai lu bien d’autres romans de Michael Connelly avec toujours autant de plaisir.

Dès le début, l’affaire est quasiment classée puisqu’il s’agit d’un suicide de policier, dramatiquement triste mais si facile quand on se supprime avec son arme de service, et surtout lorsque l’enquête que vous n’arrivez pas à l’élucider vous obsède. Pourtant, le frère jumeau de Sean, Jack McEvoy, doute du suicide de son frère. Alors que tout lui souriait, pourquoi se serait-il supprimé ?

Jack est journaliste au Rocky de Denver. Il décide de mener sa propre enquête et découvre que toute une série de suicides de policiers sont en fait certainement des morts suspectes. Mais dès lors que vous enclenchez la grosse artillerie et que vous reliez des faits entre eux et qu’ils dépassent le frontière de votre état, c’est le FBI qui se saisit de l’affaire. Tout d’abord inclus avec beaucoup de suspicion et bien peu de bonne volonté dans les équipes d’enquêteurs, jack se sent mis peu à peu sur la touche. Malgré tout, il continue à investiguer de son côté. Et son enquête couplée à celle qui FBI va nous entraîner du côté noir du net, déjà, au milieu de réseaux pédophiles et de criminels aguerris.

Ce roman est paru en 1996. Depuis les techniques ont évolué et les moyens de communications également. Plus besoin de fax, de ligne fixe pour brancher son ordinateur, etc. plus de notes de téléphone avec sa note d’hôtel…. Malgré ces quelques anecdotes qui datent un peu, on s’y laisse prendre à tous les coups. J’avoue que je me suis plongée sans retenue au cœur de cette enquête aux ramification et aux sources bien sombres.

La voix de Benjamin Jungers sied parfaitement au rôle, chaude, posée, j’avais l’impression de voyager dans la tête de Jack, de l’écouter penser à voix haute, ses hésitations, ses découvertes et le plaisir pris à avancer dans l’enquête. Jack qui ne sait pas trop ce qu’il veut, au passé difficile, qui a du mal à faire confiance aux autres et de fait n’arrive pas à se réaliser pleinement. Jack avec ses forces et ses faiblesses qui mène de main de maître le lecteur par le bout du nez jusqu’au final.

J’ai eu une légère inquiétude en réalisant qu’il y avait plus de seize heures d’écoute. Aucune crainte, le rythme soutenu, le suspense toujours présent, les protagonistes plus ou moins attachants mais qui ont un vrai rôle à jouer, et les différents rebondissements font passer le temps presque trop vite !

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury Audiolib 2021

Catalogue éditeur : Calmann-Levy, éditions Points, Le Livre de Poche, Audiolib

Un livre audio lu par Benjamin Jungers. Traduit par Jean Esch

La spécialité de Jack McEvoy, c’est la mort. En tant que chroniqueur judiciaire au Rocky Mountain News, il y a été confronté plus d’une fois. Mais rien n’a pu le préparer au suicide de son frère jumeau. Inspecteur de police, déprimé et incapable de supporter le meurtre non résolu d’une jeune femme retrouvée coupée en deux, Sean s’est tiré une balle dans la bouche, comme le font souvent les policiers dépressifs. Un sujet dont Jack décide de s’emparer, en guise de dernier hommage à son frère.
Mais en s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins de son article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se sont suicidés dernièrement, et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir le plus gros scoop de sa carrière.
Il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect, un assassin qui a, jusqu’à présent, toujours réussi à tromper les plus fins limiers lancés à ses trousses…
Le Poète, l’un des premiers jalons de l’œuvre magistrale de Michael Connelly, brillamment porté par la lecture de Benjamin Jungers, fête en 2021 ses 25 ans.

Né en 1956, Michael Connelly commence sa carrière comme journaliste en Floride, ses articles sur les survivants d’un crash d’avion en 1986 lui valant d’être sélectionné pour le prix Pulitzer. Il travaille au Los Angeles Times quand il décide de se lancer dans l’écriture avec Les Égouts de Los Angeles, pour lequel il reçoit l’Edgar du premier roman. Il y campe le célèbre personnage du policier Harry Bosch, que l’on retrouvera notamment dans Volte-Face et Ceux qui tombent. Auteur du Poète, il est considéré comme l’un des maîtres du roman policier américain. Deux de ses livres ont déjà été adaptés au cinéma, et l’ensemble de son œuvre constitue le cœur de la série télévisée Bosch. Les romans de Michael Connelly se sont vendus à près de soixante-cinq millions de livres dans le monde et ont été traduits en trente-neuf langues. 

Date de parution : 17 Mars 2021 / Durée : 16h43 / Prix : 26.90 € / Livre audio 2 CD MP3 Poids (Mo): 586 / Poids CD 2 (Mo): 564/ EAN Physique: 9791035402976 / Éditeur d’origine : Calmann-Lévy

Le tatoueur d’Auschwitz, Heather Morris

Trouver la lumière au cœur de l’enfer

Avril 1942, dans le train qui les emporte depuis plusieurs jours vers ils ne savent quelle destination, les hommes attendent de savoir quel travail on va leur demander.
Lale a vingt-quatre ans, il est parti de Slovaquie pour sauver sa famille, enfin, ça c’est ce qu’on leur a fait croire, l’histoire nous a appris ce qu’il en était réellement. Car chaque famille juive devait remettre un homme de plus de dix-huit ans aux autorités pour l’envoyer travailler pour les allemands.

Le train s’arrête à l’entrée du camp d’Auschwitz, là où « Le travail rend libre » là où l’horreur sera chaque jour plus difficile, plus intolérable, plus dramatique. Lorsqu’on lui attribue son numéro, Lale ne sait pas encore que celui-ci sera gravé à tout jamais dans sa chair.
Il se fait une promesse, sortir vivant de cet enfer, quel que soit le prix à payer, quoi qu’il lui en coûte.

D’abord utilisé pour construire avec d’autres travailleurs les nouveaux blocs qui vont accueillir les innombrables déportés, Lale est rapidement remarqué par Pepan, le tatowierer. A compter de ce jour, il va tatouer sur les bras des nouveaux déportés ce chiffre qui deviendra leur seul repère dans ce monde qui n’a plus rien d’humain.

Le jour où il doit marquer des femmes, il croise le regard de Gita, c’est alors le coup de foudre, immédiat, irréversible. Mais peut-on aimer au milieu de l’enfer, des crématoires, des horreurs perpétrées par Menguélé, du typhus qui décime ceux qui survivent au froid, à la faim, aux privations, à la folie dévastatrice des SS ou même des Kapos.

Des années plus tard, Lale révèle l’histoire de sa vie à Heather Morris, et lui demande de l’écrire pour qu’éclate aux yeux du monde la beauté de cet amour qui les a sauvés. Impossible de lâcher ce roman-récit. Émotion, colère, les sentiments que l’on ressent à cette lecture sont foison mais elle nous permet de ne pas oublier qu’une lumière est parfois au bout de l’enfer.

Si le ton m’a semblé parfois presque trop neutre, sans affect, il a pourtant le mérite de dire sans prendre parti et c’est aussi en cela qu’il est intéressant. Les dernières pages montrent bien le pourquoi de ce ressenti, lorsque Lale explique comment il a choisi celle qui allait raconter son histoire.

Bien sûr, ceci est un roman, et l’on ne demande pas forcément à un romancier d’écrire l’histoire en respectant les faits à la virgule près. Pour ceux que ça intéresse, on peut lire à ce sujet l’excellent document du Mémorial d’Auschwitz

Catalogue éditeur : J’ai Lu

L’histoire vraie d’un homme et d’une femme qui ont trouvé l’amour au cœur de l’enfer.
Sous un ciel de plomb, des prisonniers défilent à l’entrée du camp d’Auschwitz. Bientôt, ils ne seront plus que des numéros tatoués sur le bras. C’est Lale, un déporté, qui est chargé de cette sinistre tâche. Il travaille le regard rivé au sol pour éviter de voir la douleur dans les yeux de ceux qu’il marque à jamais.
Un jour, pourtant, il lève les yeux sur Gita, et la jeune femme devient sa lumière dans ce monde d’une noirceur infinie. Ils savent d’emblée qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Dans cette prison où l’on se bat pour un morceau de pain et pour sauver sa vie, il n’y a pas de place pour l’amour.
Ils doivent se contenter de minuscules moments de joie, qui leur font oublier le cauchemar du quotidien. Mais Lale fait une promesse à Gita: un jour, ils seront libres et heureux de vivre ensemble.

Traduction (Anglais) : Jocelyne Barsse

Paru le 06/01/2021 / 256 pages – 111 x 178 mm / EAN : 9782290233795 / 7,90€

Les lamentations du Coyote, Gabino Iglesias

La frontière, ce chemin infranchissable avant le paradis rêvé

Gabino Iglesias m’avait embarquée avec son précédent roman Santa Muerte. Il récidive et nous entraîne dans les profondeurs glauques et sanglantes de La Frontera, une zone de non-droit entre Mexique et USA. Cette frontière sur laquelle l’homme orange rêvait de bâtir un mur infranchissable.

Le coyote est investi d’une mission divine, sauver les enfants d’une mort certaine ou de la misère absolue en les faisant passer de l’autre côté. Dure mission quand on sait le travail des gardes frontière et les suspicions qui les poussent en renvoyer chez eux ceux qu’ils auront pris sur le fait.

Les lamentations du Coyote est un roman choral, dans lequel parlent tout à tour Le Coyote, mais aussi Pedrito qui voit son père mourir sous ses yeux, la Mère qui ne sait plus si elle enfante diable ou démon, Jaime qui sort de prison pour découvrir son délateur chez sa mère, Alma qui rêve d’offrir le spectacle qui deviendra viral et la rendra mondialement célèbre, la Bruja ce spectre revenu d’entre les morts pour protéger son mari et son fils. Et avec chacun d’eux, le lecteur s’enfonce dans des territoire où le chaos, la violence, les fantômes et le diable occupent toute la place, où l’enfer n’est jamais loin.

Parce que de leur côté de la frontière il n’y a que chagrins, misère, douleurs, désespoir, et crimes, alors chacun d’eux emprunte à sa façon le difficile chemin des migrants pour fuir le cycle de la violence et de la pauvreté pour enfin atteindre le mythe américain. Mais ceux qui tentent de traverser sont le plus souvent victimes des passeurs, de la fatalité, de la Santa Muerte ou des trafiquant qui vendent les enfants au plus offrant. Le texte est totalement onirique, mystique même parfois, à la frontière entre réalité et spiritualité, noirceur et violence surgissant à chaque page pour dire la difficulté d’être, de vivre, de traverser cette Frontera pour fuir ce Barrio Noir dans lequel la vie a perdu toute valeur.

L’auteur à l’art de tisser entre chacun d’eux des fils invisibles, solides et mystérieux dont il ne nous dévoile la clé qu’à la toute fin. Avec une façon bien à lui de poser les mots pour faire jouer notre imagination, nos peurs, nos angoisses, nous emmenant dans cette zone inconfortable où chacun doit se poser des questions sans trouver de réponse. Aucun évangélisme dans ces mots, dans ce texte à la violence qui vous laisse parfois pantois, mais qui ose dire sans l’enrober de bons sentiments la complexité du mythe américain tant convoité et l’inhumanité que l’on y trouve. En bref, un livre qui va vous remuer, vous couper le souffle et dont vous ne sortirez pas indemne.

Merci au Picabo River Book Club pour cette lecture !

Catalogue éditeur : Sonatine

Traducteur : Pierre SZCZECINER

La Frontera, une zone de non-droit séparant le Mexique des États-Unis. C’est là que sévit le Coyote. Personne ne connaît son nom, mais à quoi bon ? Il est le Coyote, tout simplement. Celui dont la mission divine est de sauver des enfants mexicains en leur faisant passer clandestinement la frontière vers la terre promise. La Virgencita veille sur eux – et sur lui, son guerrier sacré, son exécuteur des basses œuvres. Autour de lui, d’autres habitants de la zone, confrontés eux aussi à la violence, au deuil, au désespoir. Tous résolus à se soulever contre un monde qui fait d’eux des indésirables. Cavales, fusillades, cartels, sacrifices sanglants, fantômes et divinités vengeresses… L’heure de la revanche latina a sonné.

Parution : 04/02/2021 / EAN : 9782355847776 / Pages : 224 Format : 140 x 220 mm / 20.00 €

Mademoiselle Coco et l’eau de l’amour, Michelle Marly

Marcher dans les pas de Coco Chanel à la recherche d’un parfum iconique et intemporel

Comment est né ce parfum inoubliable et reconnaissable entre tous, le Chanel N°5, parfum iconique qui fête ses cent ans cette année et deviendra la marque de fabrique de Gabrielle Chanel. Le cinq qui était par ailleurs son chiffre fétiche, sans doute celui de la chance. C’est ce que l’on découvre dans le roman de Michelle Marly.

Après le décès de Boy dans un accident de voiture en décembre 1919, Coco n’arrive pas à se remettre du chagrin et de l’immense tristesse qui la submergent. Après dix années passées avec l’amour de sa vie, le deuil est insupportable. Ses amis les plus chers tentent de lui redonner le goût de vivre. Mais c’est le travail acharné et l’envie de poursuivre l’œuvre commencée avec Boy à travers leur projet de réaliser une Eau de Chanel, qui vont l’aider à se maintenir en vie.

Secondée par Misia, l’amie inséparable, elle rencontre François Coty. Déjà célèbre, le parfumeur l’initie aux métiers du parfum. De la fabrication à la conception du flacon, de l’emballage à la communication, elle veut tout connaître. Et avant tout, s’attelle à la recherche de la fragrance unique et inoubliable, celle qui fera de son parfum celui que toutes les femmes désirent car il est la marque de leur personnalité, celle que les autres retiennent, inégalable et intemporel.

Coco fait une rencontre fortuite avec un mouchoir brodé venu de Russie, un objet mythique que porte religieusement le grand Serge de Diaghilev, l’impresario des Ballets russes exilé à Paris. Car les senteurs du Bouquet de Catherine qui s’en échappent seront à l’origine des nombreuses recherches demandées à Coty et ses parfumeurs pour tenter de trouver la formule magique, hélas sans succès. Jusqu’au jour où le prince Dimitri Pavlovitch Romanov, l’ami de cœur de Coco, lui donne accès aux secrets du sérail en lui faisant rencontrer le créateur du parfum, celui qui deviendra par la suite le Chef parfumeur des Parfums Chanel, Ernest Beaux.

C’est un court laps de temps dans la vie de Coco Chanel, de 1919 à 1922. Une période très précise qui va de la mort de Boy jusqu’à la création et au lancement du parfum que l’auteur a choisi d’explorer avec talent. Elle nous fait rencontrer les artistes du Tout Paris de la Belle époque, la Côte d’Azur où de nombreux Russes Blancs exilés trouvent refuge, et découvrir ceux qui ont croisé sa route. De Serge de Diaghilev à Igor Stravinsky, de Picasso à Jean Cocteau, de Dimitri Pavlovitch Romanov à l’inséparable Misia Sert, sont présents ceux qui ont jalonné sa vie et ont compté pour elle. Une biographie romancée qui conjugue élégance et intimité, que j’ai eu grand plaisir à découvrir et qui nous fait vivre un moment marquant de la vie de Mademoiselle Chanel. Les recherches faites par l’auteur rendent le récit crédible sans toutefois l’alourdir, laissant malgré tout la place à l’imaginaire de l’auteur qui fait de cette créatrice remarquable un véritable personnage de roman.

Cette lecture s’ajoute à celle du roman de Mélanie Benjamin La dame du Ritz, où l’on croise Coco Chanel pendant la période plus trouble de la seconde guerre mondiale, alors qu’elle vivait au Ritz. Mais aussi l’excellente biographie qu’est Coco avant Chanel, le film de Anne Fontaine avec Audrey Tautou, qui se termine justement au moment où commence ce roman.

Lecture à compléter peut-être par « Le n°5 de Chanel », la biographie non autorisée, de Marie-Dominique Lelièvre (éditions J’ai lu) que je n’ai pas encore lu !

Catalogue éditeur : Fleuve éditions

Traducteur : Dominique Autrand

Hiver 1919-1920 : Après la perte brutale et tragique du grand amour de sa vie, Gabrielle Chanel, appelée Coco, traverse une terrible crise existentielle. Ni son entourage ni son travail ne réussissent à la sortir d’une tristesse profonde. Jusqu’au jour où elle se rappelle leur dernier projet commun : créer sa propre eau de toilette.
Bien que Coco ne connaisse rien au métier des grands parfumeurs, elle va se lancer corps et âme dans cette folle aventure afin de rendre un hommage éternel à l’homme perdu. Sa persévérance va lui permettre de repousser ses limites, et l’aider peu à peu à revenir parmi les vivants. Tout en donnant naissance à une des plus grandes et des plus belles créations de la parfumerie, le N°5…

Date de parution : 07/01/2021 / EAN : 9782265144170 / Nombre de pages : 400 / Format : 140 x 210 mm / 20.90 €

Le train des enfants, Viola Ardone

Et si le bonheur était aussi simple qu’un aller-retour en train ?

Italie 1946, le parti communiste organise un déplacement d’enfants napolitains vers le nord du pays. La misère est grande dans le sud, la solidarité et l’entraide poussent ceux du nord à accepter ces gamins comme les leurs, et à les faire vivre avec eux, au sein de leurs familles, pendant de longs mois.

Amerigo est l’un d’eux. Il vit dans un basso du quartier populaire avec sa mère qui n’a pas de mari, mais fait de temps en temps des affaires avec un voisin un peu magouilleur. A sept ans, il traîne dans les rues du quartier avec les copains de misère, compte les chaussures trouées de ceux qui ont la chance d’en avoir aux pieds, et rêve de connaître enfin ce père inconnu parti chercher fortune en Amérique.
Souhaitant permettre à son fils de connaître autre chose que cette misère et de manger à sa faim, sa mère accepte d’adhérer au programme. Mais comme les autres enfants du train, Amerigo craint de ne jamais pouvoir revenir chez lui, d’être envoyé en Russie ou pire encore.
Il est surpris par l’accueil chaleureux qu’il reçoit dans la famille qui l’héberge. Étonné de l’amour que lui portent ces inconnus, comme s’il était l’un des leurs. Éducation, nourriture, habillement, solidarité, affection, tout devient facile, normal, évident. Et l’enfant qui rêvait de retrouver sa mère pourtant si peu démonstratrice ou aimante, s’intègre dans cette famille d’adoption au point de rêver d’y rester. Là, il va même découvrir son aptitude pour la musique.
Comme tant d’autres avec lui, le retour dans le sud est un moment douloureux et déstabilisant
D’où vient-il désormais ? Où sont sa famille et ses repères ?
Qui sont ceux qui l’aiment, le protègent, l’aident à grandir ? Le choix est difficile et pour avancer dans sa vie, Amerigo fera celui de la raison au détriment peut-être de celui du cœur.

Le train des enfants rappelle la vie difficile et misérable des régions du sud après la seconde guerre mondiale. Et montre que le choix d’une vie peut être celui du renoncement, de l’oubli, de l’abandon d’une famille. Il y a beaucoup d’émotion à l’évocation de cette misère, du manque d’affection, mais toujours avec humour et quelques lueurs d’espoir dans cette solidarité qui s’exprime par delà la solitude, la crainte, le chagrin. J’ai aimé suivre Amerigo dans son aventure hors norme, et découvrir par son regard d’enfant puis d’adulte cet épisode méconnu de l’histoire contemporaine italienne. Ce joli moment de lecture m’a fait penser aux ambiances si particulières des films italiens des années 50.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Naples, 1946. Amerigo quitte son quartier pour monter dans un train. Avec des milliers d’autres enfants du Sud, il traversera toute la péninsule et passera quelques mois dans une famille du Nord : une initiative du parti communiste vouée à arracher les plus jeunes à la misère après le dernier conflit mondial.
Loin de ses repères, de sa mère Antonietta et des ruelles de Naples, Amerigo découvre une autre vie. Déchiré entre l’amour maternel et sa famille d’adoption, quel chemin choisira-t-il ?

S’inspirant de faits historiques, Viola Ardone raconte l’histoire poignante d’un amour manquée entre un fils et sa mère.

6 Janvier 2021 / 140mm x 205mm / 304 pages / EAN13 : 9782226442017 Prix : 19.90 € / numérique
Prix : 13.99 € EAN13 : 9782226455628

Indice des feux, Antoine Desjardins

Sept nouvelles venues tout droit du Québec pour réveiller notre conscience écologique

Avec Indice de feux, Antoine Desjardins propose sept textes différents qui éveillent à l’écologie et sont tous très émouvants, parfois bouleversants : À boire debout ; Couplet ; Étranger ; Feu doux ; Fins du monde ; Générale ; Ulmus Americana. Un fil rouge relie ces nouvelles, la préoccupation d’un petit nombre pour la sauvegarde de la planète, lorsque chacun à son niveau œuvre pour améliorer les choses, ou du moins essayer d’endiguer la vitesse à laquelle la détérioration du milieu qui nous entoure évolue. Comme autant de cris d’alerte, un éveil des consciences à niveau d’Homme, celui où chacun de nous pourrait agir.

Ce jeune garçon dont on suit le parcours de fin de vie, car il souffre d’une leucémie et voit les années à vivre se transformer en semaines, en jours. Il s’intéresse pourtant à ce qu’il se passe sur la planète, à cet iceberg géant détaché de la banquise, à ces terres submergées, à ces populations inexorablement déplacées. Cet enfant qui agonise, c’est notre monde qui meurt à petit feu, détruit sans vergogne par des humains irrespectueux de cette nature qui les fait vivre.

Ce grand père qui protège son Orme d’Amérique des maladies qui pourraient le tuer comme une louve protège ses petits, obstinément, inlassablement, cet arbre centenaire et solitaire qui portant va mourir avec lui.

Cette tante, attentive à la vie de sa ferme, à son environnement, qui comprend qu’un grave problème climatique ou écologique est en cours lorsque plus aucun oiseau ne vient chanter dans ses arbres et sur son terrain. Et doit affronter le désintérêt manifeste des autorités qu’elle alerte. Une conséquence évidente de productions agricoles intensives et d’utilisation de pesticides dévastateurs pour la faune.

Ce garçon surdoué qu’une vie confortable attend. Après de brillantes études il fera la fierté de ses parents en entrant dans une grande multinationale ou une entreprise ayant pignon sur rue. Pourtant, il comprend bien avant les autres que le bonheur ne se trouve pas dans nos civilisations du tout et tout de suite, de surconsommation. C’est un précurseur de la décroissance, du retour aux bases et de la simplicité volontaire, qui choisit de vivre en quasi ascète au plus proche de la nature.

Chacune de ces nouvelles a pour fil conducteur la destruction ou la protection de notre environnement. Le couple qui attend un enfant, l’avenir des jeunes d’aujourd’hui, le vieillard qui protège cet arbre qui se meurt, les enfants qui voient disparaître leur terrain de jeu, ces arbres abattus pour construire de pavillons, l’homme qui regarde les coyotes qui investissent la ville sans vergogne. Enfant, adolescent, homme, à tous les stades de la vie il est primordial de prendre en compte cette nature qui nous nourrit, nous protège, nous soigne et que nous maltraitons chaque jour un peu plus. Mais les animaux, ici les oiseaux, ou la végétation, ici les Ormes d’Amérique, là ces arbres que l’on coupe, nous montrent à quel point la fin de notre monde est proche si nous n’en prenons pas soin.

Une réalité qui nous frappe lorsque l’on regarde le monde d’aujourd’hui, les changements climatiques évidents, les inondations à répétitions, les incendies monstrueux que l’on n’arrive pas à fixer, la déforestation, tous les bouleversements que l’on observe dans le temps si court d’une vie d’homme.

J’ai apprécié le message porté sans pathos ni subjectivité et le style de l’auteur, jamais moralisateur, cynique ou défaitiste. Il éveille nos consciences justement parce qu’il nous parle de nous, de nos vies, de ceux que nous côtoyions chaque jour, et pas d’un futur hypothétique ou dystopique. Et toujours avec une pointe d’humour et dans cette langue québécoise que j’aime tant. On appréciera également cette sublime couverture qui fait écho aux inondations qui frappent la France ces jours-ci.
Un message que nous fait passer également Oliver Norek dans son dernier roman Impact.

Un roman de la sélection 2021 des 68 premières fois

Catalogue éditeur : La Peuplade

Soumise à la frénésie incendiaire du xxie siècle, l’humanité voit sa relation au monde déséquilibrée et assiste avec impuissance à l’irréversible transformation de son environnement. Explorant cette détresse existentielle à travers sept fictions compatissantes, Antoine Desjardins interroge nos paysages intérieurs profonds et agités. Comment la disparition des baleines noires affecte-t-elle la vie amoureuse d’un couple ? Que racontent les gouttes de pluie frappant à la fenêtre d’un adolescent prisonnier de son lit d’hôpital ? Et, plus indispensable encore, comment perpétuer l’espoir et le sens de l’émerveillement chez les enfants de la crise écologique ? Autant de questions, parmi d’autres, que ce texte illustre avec nuance et tendresse, sans complaisance ni moralisme. 
Indice des feux peint les incertitudes d’un avenir où tout est encore à jouer.

Il faut prendre soin, mon homme. Prendre soin de tout, en particulier de ce qui est en train de disparaître.

Né au Québec en 1989, Antoine Desjardins est enseignant et écrivain. Indice des feux est son premier livre.

 Parution: 21 janvier 2021 / 360 pages / 978-2-924898-87-1 / 20 Euros

Aller aux fraises, Eric Plamondon

La vie ordinaire, dans le froid et la chaleur embrumée d’alcool de la belle province

Rien d’extraordinaire et pourtant rien non plus de simplement ordinaire dans les souvenirs qui émaillent ces trois nouvelles. C’est direct, tendre, très nostalgique et terriblement vivant. De l’auteur, j’avais lu et particulièrement aimé Oyana, un roman également publié chez Quidam. Ici, il nous embarque dans son Québec, au grès des souvenirs de ses protagonistes.

D’abord, Aller aux fraises, où l’on apprend qu’entrer dans l’âge adulte n’est pas toujours facile. l’été, les adolescents font la fête sans s’inquiéter des lendemains. C’est le dernier été chez son père pour celui qui désormais part habiter à Thetford Mines avec sa mère pour y poursuivre ses études. À dix-sept ans, on a la vie devant soi et les conséquences de ses actes n’apparaissent pas vraiment dans toute leur réalité. C’est ce que va apprendre ce jeune homme, car quitter l’enfance ce n’est pas seulement refermer la porte de la maison familiale.

Cendres, ou comment se noyer dans l’alcool. Les souvenirs du père alimentent les légendes du fils. A Saint-Basile , à une heure de Québec, la vie n’est pas facile, il gèle fort et les buveurs de bière font les beaux jours de la taverne du coin. Mais le foie ne suit pas toujours, et lorsqu’un copain décède, il faut bien respecter les promesses qui lui ont été faites, y compris s’il faut affronter l’hiver. Ce qui dans ces contrées là n’est pas tout à fait un détail lorsque la neige se fait intense.

Thetford Mines, où l’on retrouve le protagoniste d’aller aux fraises un an après. C’est une ville minière, on s’en doute. C’était aussi la Californie locale jusqu’à l’interdiction de l’amiante dans les années 80. Dans ces années là, sa blonde étant à Québec, il va faire le chemin inverse à celui de ses dix-sept ans plusieurs fois par mois, par tous les temps. Jusqu’à cet onirique parcours lors d’une mémorable tempête de neige. Parce qu’on le sait bien, à dix-huit ans, tout est possible !

J’ai aimé découvrir ces aventures qui sentent bon la neige et le frimas, qui disent l’amitié, l’amour d’un père pour son fils, le temps qui passe, l’adolescence qui s’efface pour laisser la place à l’âge adulte, celui de tous les chagrins, mais aussi celui de tous les espoirs. De ces longues routes vers demain que l’on emprunte parfois à contre cœur, mais qui font de vous ce que vous êtes. J’ai aimé aussi les expressions et le langage typiquement québécois, merci de ne pas les avoir modifiés pour les mettre au goût d’ici.

Catalogue éditeur : Quidam

Aller aux fraises, c’est une langue qui sillonne les bois, les champs, les usines, les routes sans fin, les bords de rivière. C’est le sort de ceux qui deviennent extraordinaires à force d’être ordinaires. On s’y laisse porter par les souvenirs d’un père qui s’agrègent pour devenir les légendes du fils. Ce fils qui veut construire son propre récit et qui retrouve sa mère le temps d’un nouveau cycle. Eric Plamondon raconte la démesure de l’ordinaire. Sur le vif. C’est aussi drôle qu’émouvant.

Né au Québec en 1969, Éric Plamondon a étudié le journalisme à l’université Laval et la littérature à l’UQÀM (Université du Québec à Montréal). Il vit dans la région de Bordeaux depuis 1996 où il a longtemps travaillé dans la communication. Il a publié au Quartanier (Canada) le recueil de nouvelles Donnacona et la trilogie 1984 : Hongrie-Hollywood Express, Mayonnaise et Pomme S, publiée aussi en France aux éditions Phébus. 
Taqawan (Quidam 2018) reçu les éloges tant de la presse que des libraires et obtenu le prix France-Québec 2018 et le prix des chroniqueurs Toulouse Polars du Sud.

88 pages 12€ / févr. 2021 / 140 X 210mm / ISBN : 978-2-37491-175-5

Canción, Eduardo Halfon

Une quête familiale sur fond d’histoire contemporaine du Guatemala

Alors qu’il est au Japon, invité par une université de Tokyo pour participer à un congrès d’auteurs libanais, Eduardo Halfon se souvient de l’histoire de son grand-père, le seul libanais de la famille. L’auteur se sent bien plus juif, espagnol ou guatémaltèque qu’arabe, et s’il a parcouru le monde, il ne connaît pas encore le japon, l’occasion est belle de le découvrir. S’adapter en quelques heures aux coutumes de ce pays si particulier semble une gageure qu’il est prêt à tenter, même s’il arrive « déguisé en arabe » et si les quelques paroles qu’il tente pendant les différentes tables rondes tombent totalement à coté et n’obtiennent pas les réponses escomptées.

Qu’importe, l’auteur nous entraîne dans ses pensées, et surtout dans l’histoire du Guatemala à travers l’histoire du grand-père. Débarqué à New-York en 1917, il arrivait de Syrie, mais se plaisait à dire qu’il était libanais, même si le pays n’a été créé qu’en 1920, soit après son départ.

Les grands parents vivaient dans une vaste maison, un palais. Des affaires prospères, une famille heureuse, jusqu’à ce jour de 1967 où le grand-père est enlevé quasiment devant sa porte par une milice armée. Il sera libéré trente cinq jours plus tard, sain et sauf, contre une rançon qui viendra alimenter les ressources des FAR (Forces Armées Rebelles) organisation dissoute de nombreuses années plus tard.

Quelques figures de la clandestinité de l’époque ont participé à son enlèvement. La belle Rogelia Cruz mais aussi Canción, le tueur professionnel au visage d’enfant auquel le grand-père remettra pourtant deux plumes en or. Canción, capable d’exécuter n’importe quel homme sans sourciller et sans émotion. Canción, dont l’auteur va suivre le parcours, en parallèle à l’histoire de sa famille et à celle du pays.

Ce roman commence presque comme une farce humoristique « j’ai endossé un déguisement arabe pour ma conférence au japon ». Mais la suite est bien un retour aux origines d’une famille d’émigrés qui a parcouru la planète avant de se poser enfin dans un pays et d’y bâtir sa descendance. Pourtant, la violence omniprésente dans le passé raconté ici fait de ce court récit un véritable roman social avec en toile de fond la réalité politico-économique du Guatemala dans la deuxième partie du XXe siècle.

L’histoire de la famille est une fois de plus prétexte à remonter l’histoire du pays, et d’en montrer la complexité politique et économique. En particulier avec les enlèvements et les meurtres perpétrés par les guérillas insurgées contre la dictature militaire, mais aussi le contrôle par les États-Unis d’une partie de la politique intérieure du pays. Toujours en parallèle d’une quête familiale qui a déjà commencé dans de précédents romans. Je pense en particulier à Deuils, où l’auteur recherchait la présence de Salomon, l’oncle oublié dont personne ne parle jamais.

L’alternance présent, passé en très courts chapitres voire paragraphes, donne un vrai rythme. J’aime beaucoup cette écriture qui ressemble à un puzzle dans lequel le lecteur doit chercher son chemin et se laisser guider pour comprendre où on veut le mener. En peu de mots l’auteur mêle l’émotion, le souvenir, l’humour, la recherche historique, et le présent. Eduardo Halfon se joue des codes de la littérature et prend avec humour ces grands symposiums qui se veulent si sérieux. Il nous régale de quelques scènes plus légères entre les moments historiques d’une grande intensité.

Du même auteur, j’avais aimé en 2020 le roman Deuils dont je vous avais parlé ici.

Catalogue éditeur : La Table Ronde

Traduction (Espagnol) : David Fauquemberg

Par un matin glacial de janvier 1967, en pleine guerre civile du Guatemala, un commerçant juif et libanais est enlevé dans une ruelle de la capitale. Pourquoi ? Comment ? Par qui ? Un narrateur du nom d’Eduardo Halfon devra voyager au Japon, retourner à son enfance dans le Guatemala des années 1970 ainsi qu’au souvenir d’une mystérieuse rencontre dans un bar miteux – situé au coin d’un bâtiment circulaire – pour élucider les énigmes entourant la vie et l’enlèvement de cet homme, qui était aussi son grand-père.
Eduardo Halfon, dans ce nouveau livre, continue d’explorer les rouages de l’identité. En suivant à la trace son grand-père libanais, il entre avec lui dans l’histoire récente, brutale et complexe, de son pays natal, une histoire dans laquelle il s’avère toujours plus difficile de distinguer les victimes des bourreaux.

Eduardo Halfon est né au Guatemala en 1971 et a passé une partie de sa jeunesse aux États-Unis, où il a étudié la littérature qu’il a enseignée à son retour dans son pays natal. En 2007, l’auteur de La Pirouette est nommé parmi les quarante meilleurs jeunes écrivains latino-américains au Hay Festival de Bogotà et en 2012, il bénéficie de la Bourse de Guggenheim. Ses nouvelles et romans sont traduits en huit langues, et il reçoit le prestigieux prix espagnol José Maria de Pereda en 2010 ainsi que le Prix Roger Caillois en 2015 pour deux d’entre eux. 

Quai Voltaire / Paru le 14/01/2021 / 176 pages – 115 x 190 mm / ISBN : 9791037107541 / Prix : 15

Beautiful Boy, Tom Barbash

Hommage à John Lennon, à travers les relations compliquées d’un père et son fils

A New-York, à l’angle de la 72e rue et de Central Park West, se dresse le Dakota building. Un immeuble que peu de non initiés connaissaient avant ce 8 décembre 1980, lorsque Mark David Chapman est venu y rencontrer un certain John Lennon.

Le Dakota building est cet immeuble où vivent non seulement de nombreuses célébrités comme Lennon, mais aussi la famille Winter. Le père Buddy est un célèbre animateur de télévision. Enfin, célèbre jusqu’à ce qu’il ne craque et quitte la scène en plein direct. Son fils Anton vient de rentrer d’Afrique. Il s’était engagé dans les Peace Corps pour fuir une relation tendue avec son père. Aujourd’hui Anton revient soigner un paludisme qui aurait pu lui être fatal, et ne peut donc pas repartir. Père et fils travaillaient ensemble, ce qui ne rend pas évidente l’émancipation de l’emprise paternelle. Son père Buddy doit quant à lui se refaire une santé, mais professionnelle cette fois. Il demande à nouveau à Anton de le seconder comme du temps de sa gloire télévisuelle.

Sa mère est une ancienne actrice qui tout abandonné pour laisser le devant de la scène à son mari. Aujourd’hui elle participe activement à la campagne pour l’investiture Démocrate de Ted Kennedy. Et se demande s’il ne faudrait pas sérieusement se mettre à travailler tant les économies s’épuisent alors que le capital confiance de Buddy n’est pas au zénith. Une grande sœur rebelle, et un petit frère joueur de tennis viennent compléter la famille.

Au hasard des rencontres, par l’entremise d’amis, mais aussi en prenant le même ascenseur -ça aide- Anton va se lier avec John Lennon. Tous deux sont amoureux de la voile, John va embaucher Anton pour une traversée épique jusqu’aux Bahamas. Et tous deux auront ensemble quelques projets. Mais l’avenir ne sera pas forcément celui dont ils rêvent…

Ce que j’ai aimé ? Le fait que tout soit dit avec douceur, sincérité, émotion. La façon dont l’auteur décortique les relations parfois compliquées qui se tissent et se défont dans les familles, dans un couple, entre frères et sœurs, mais en particulier ici entre le père et le fils. L’un et l’autre s’appréciant, mais un fils a parfois besoin de s’affirmer en opposition au père pour se réaliser. C’est toute cette complexité amour-haine qui et bien décryptée ici.

Mais aussi ce rappel de l’Amérique des années 80, la transformation de New-York, ville tentaculaire dans laquelle Manhattan tient une place prépondérante, en particulier son rayonnement dans le milieu de l’art. En faisant travailler la mère d’Anton dans la campagne de Ted Kennedy, l’auteur apporte une touche concrète, et montre la réalité de l’Amérique de Jimmy Carter, les otages au Liban, les gréves, les médias qui s’invitent dans la campagne électorale, etc. Musiciens, acteurs, artistes de tous poils interviennent dans la vie de la grosse pomme, cette ville qui ne dort jamais à la créativité extravagante. J’y suis allée une première fois en 1976, et plusieurs fois depuis, j’ai eu l’impression de la retrouver en filigrane dans ce roman.

Enfin, je me souviens bien de ce petit coin de Central Park, à hauteur de la 72e, et son Strawbery Field (forever) memorial, en permanence fleuri, discret parterre de mosaïque sur lequel les fans de John Lennon continuent à apporter un témoignage de leur amour et de leur fidélité par delà la mort.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

New York, 1980. A l’angle de la 72e Rue et de Central Park West, le Dakota Building impose sa silhouette étrange et légendaire. De retour d’une mission humanitaire en Afrique, le jeune Anton Winter y retrouve ses parents et l’appartement familial. Son père, Buddy, animateur vedette de la télévision qui a fui les projecteurs après une dépression nerveuse, lui demande alors de l’aider à relancer sa carrière. Or, dans cet immeuble où l’on croise Mick Jagger, Gore Vidal Lauren Bacall ou Ted Kennedy, vit aussi un certain John Lennon, qui pourrait être utile à Buddy pour reconquérir le cœur du public. Mais à mesure qu’Anton s’investit dans sa mission et se lie d’amitié avec le chanteur, il ne peut que remettre en question l’influence de son père sur ses propres ambitions, tandis qu’un certain Mark David Chapman s’apprête à faire couler le sang…

Après Les Lumières de Central Park, Tom Barbash signe un magnifique roman, entre récit d’apprentissage et fresque sociale, qui interroge la célébrité et les relations père-fils, tout en faisant revivre le New York de sa jeunesse et l’auteur de « Beautiful Boy », chanson que Lennon dédia à son fils Sean sur son dernier album.

Diplômé de Stanford et de l’université de l’Iowa, Tom Barbash s’est fait connaître en France en 2015 avec un recueil de nouvelles, Les Lumières de Central Park, largement salué par la presse. Il vit aujourd’hui en Californie et enseigne la littérature au California College of Arts.
30 Septembre 2020 / 140mm x 205mm / 416 pages / 22.90 € / EAN13 : 9782226442147 / ePub 15.99 € / EAN13 : 9782226452450