Les cuisines du grand Midwest, J.Ryan Stradal

Du roman écologique au roman gastronomique, J.Ryan Stradal entraine ses lecteurs à la suite d’Eva dans « Les cuisines du grand Midwest ».

Eva Thorvald arrive de loin, sa mère l’abandonne pour vivre sa vie de sommelière à l’autre bout du monde, son père Lars, grand amateur de cuisine et fin gastronome (c’est lui qui, dans sa famille, a poursuivi à Noël la tradition scandinave du lutefisk) meurt d’une crise cardiaque quand elle a à peine 6 ans. Adoptée par ses oncle et tante qui lui cachent ses origines, cette enfant singulière grandi avec le goût inné des saveurs et comprend très tôt les subtilités des produits authentiques.

Tout au long de sa vie, Eva prend le parti de choquer, d’aller au bout de ses limites en consommant par exemple les piments les plus forts, les plus intenses pendant son enfance. Puis peu à peu elle comprend que les saveurs sont surtout synonymes de subtilité et de douceur et change alors sa façon d’appréhender la cuisine et la nourriture en général. Nous la suivons d’étape en étape, dans les petits restaus de l’Amérique profonde, puis assistante de grand chef et enfin grande ordonnatrice de diners extraordinaires et absolument dispendieux pour VIP triés sur le volet.

L’auteur pose un regard étonnant sur la vie de son héroïne. Son parti pris n’est pas de suivre Eva, mais plutôt de choisir l’une ou l’autre des personnes -amis, ennemis, rivaux ou associés- qui ont jalonné sa vie et à travers eux décrire la période pendant laquelle ils l’ont côtoyée. Quels que soient les aléas qu’elle traverse, Eva réussit à les affronter, à rebondir et s’en sortir là où bien d’autres auraient renoncé, toujours à la recherche inconsciente de la douceur enfuie de son enfance. Roman initiatique, roman d’ambiance aussi, on s’attache à ces personnages pour le moins singuliers et à leurs relations pas toujours évidentes. Une belle façon de nous les présenter et d’aborder intelligemment la cuisine et les dérives des extrémistes du tout écologique et du 100% naturel.

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Roman lu dans la cadre de ma participation au Jury des lecteurs du Livre de Poche 2019.

Catalogue éditeur : Le Livre  de Poche

À l’instar de son père, Eva Thorvald est une surdouée du goût, un prodige des saveurs. Étape après étape, des fast-foods aux grands restaurants, des food trucks aux dîners privés, elle va devenir un grand chef, à la fois énigmatique et très demandé. Tous ceux qu’elle croise la regardent avec admiration ou jalousie.
Mais ce don unique vient aussi d’une blessure qui, malgré le talent, ne cicatrise pas. Eva cuisine comme d’autres peignent, écrivent ou composent : pour retrouver un peu de sérénité et le paradis perdu de l’enfance.

Avec Les Cuisines du grand Midwest, J. Ryan Stradal signe un roman initiatique poignant et une vaste fresque qui, à travers la gastronomie, explore tous les milieux sociaux des États-Unis.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Esch.

448 pages / Prix : 8,40€ / Date de parution : 27/02/2019 / EAN : 9782253073567 / Editeur d’origine : Rue Fromentin

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Le fleuve de la liberté, Martha Conway

Quand la rivière est synonyme de liberté. Dans l’Amérique des années post guerre de sécession une troupe de théâtre embarque du Nord au Sud sur Le fleuve de la liberté.

En 1838, l’Amérique est divisée entre le Nord qui ne pratique pas l’esclavage, et le Sud esclavagiste, mais cela se fait en relative bonne intelligence. Les déchirements de la guerre de sécession n’arriveront que vingt ans plus tard.

Après le naufrage du vapeur Moselle qui devait l’emmener avec sa cousine Constance jusqu’à Saint-Louis, la jeune May Beldoe se retrouve seule et sans emploi sur les berges de l’Ohio. Toutes deux ont réussi à se sauver du bateau en flammes, mais leurs maigres possessions sont au fond du fleuve. Constance est recueillie par une abolitionniste, Mrs Howard. Elle abandonne son métier d’actrice pour donner des conférences contre l’esclavage le long du fleuve Ohio. May était son accompagnatrice, sa couturière, sa dame de compagnie. Désormais seule, elle doit se ressaisir et trouve un emploi dans un théâtre flottant.

D’abord jalousée, cette jeune femme douée, agile de ses mains et pleine de bonne volonté va rapidement s’intégrer à cette troupe composite aux personnalités les plus diverses. May est appréciée par tous, en particulier par Hugo, qui dirige à la fois la troupe et le bateau dans les eaux traitresses du fleuve. A cause d’une dette contractée auprès de Mrs Howard, May est obligée de s’intéresser de plus près au sort des esclaves, en particulier à ceux qui tentent de traverser Le fleuve de la liberté. Cet éveil de conscience tardif mais réel la pousse à braver les dangers et à prendre de sérieux risques.

J’ai aimé suivre cette troupe de théâtre aux caractères si divers, découvrir leurs échanges, leur façon de travailler sur le fleuve pendant toute une saison, en allant de ville en ville. Connaitre les petites mains qui les accompagnent et la façon dont ils sont perçus par la population. Ils doivent quasiment aller chercher leurs spectateurs. Dans ces villes en formation, épicier, shérif, juge, fermiers, chacun exerce une forme de pouvoir dont il faut comprendre les subtilités afin de flatter intelligemment celui qui saura faire venir sur le théâtre flottant le plus de spectateurs possible. Enfin j’ai aimé suivre l’éveil de conscience de May. D’abord fade et fragile, elle se transforme en une femme sûre au caractère bien trempé.

Les différents personnages permettent de comprendre les enjeux de l’esclavage, ceux qui ne le pratiquent pas mais ne le condamnent pas pour autant, ceux qui refusent d’intervenir, les chasseurs d’esclaves appâtés par le gain, et la complexité des réseaux qui tentent de leur faire passer la frontière entre le Sud et le Nord au péril de leur vie. Un roman qui se lit avec plaisir, même si le thème abordé est grave. Le lecteur s’attache à May et aux différents personnages, prêt à embarquer sur le fleuve de la liberté.

Lire également sur le sujet de l’esclavage aux États-Unis l’excellent roman de Colson Withehead, Underground Railroad.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury des lecteurs du Livre de Poche 2019

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Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et JC Lattès

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Manon Malais

Avril 1838. Après le naufrage du bateau qui devait l’emmener à Saint Louis, une jeune couturière, May Bedloe, échoue seule et sans le sou sur les berges de l’Ohio. Elle trouve un travail sur un bateau-théâtre qui descend la rivière pour donner des représentations. Par sa créativité et son talent, elle se rend rapidement indispensable et trouve sa place au milieu d’une troupe joviale d’acteurs hauts en couleur. Elle y découvre l’amitié et la promesse de quelque chose de plus…
Mais traverser quotidiennement la frontière entre le Sud confédéré et le Nord libre n’est pas sans danger. Pour honorer une dette, May se voit contrainte de transporter en cachette des passagers clandestins sur les flots du fleuve de la liberté. Ses secrets deviennent de plus en plus difficiles à garder. Et pour sauver la vie des autres, elle va devoir risquer la sienne…

Une formidable héroïne rend ce livre irrésistible. The Daily Mail.

Pages : 480 / Date de parution : 24/04/2019 / EAN : 9782253100751 / Prix : 8,40€

Une histoire des abeilles, Maja Lunde

Dans le roman de Maja Lunde « Une histoire des abeilles » il y a trois époques, et surtout la survie d’une planète aux mains des hommes et … des abeilles.

Du passé, avec  William, en Angleterre en 1851, au présent, avec George dans l’Ohio en 2007, puis dans un futur pas si proche avec Tao, en Chine, en 2098, nous suivons trois familles dans leur rapport quotidien aux abeilles.

William va d’échec en échec, à la tête d’une famille de sept filles, père malgré lui par lâcheté ou par ennui, cet ancien étudiant brillant et prometteur s’est laissé submerger par le quotidien, abandonnant trop vite ses rêves d’idéal. Jusqu’au jour où, après une longue dépression, il s’éveille à la vie lorsqu’il s’intéresse au sort des abeilles. Soucieux de comprendre la façon dont elles pourraient être domestiquées, ou du moins utilisées de façon optimale pour elles comme pour l’homme, il invente un modèle de ruche quasi parfait, mais il n’est pas le seul à y avoir pensé….

George est un apiculteur heureux. S’il ne s’est jamais décidé à exploiter les abeilles de façon quasi industrielle, il a pourtant bien réussi à faire croitre et multiplier les ruches. Et compte sur son fils, encore étudiant, pour reprendre la ferme, même si tout chez ce dernier démontre qu’il n’en a pas vraiment envie. Mais c’est sans compter sur le Colony Collapse Disorder – Syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, le CCD –  qui vient décimer ses ruches et anéantir des années de travail.

Enfin, Tao, son mari et leur fils unique vivent en Chine. Là, comme c’est déjà le cas aujourd’hui dans le Sichuan, des « Hommes-abeilles » pollinisent les vergers à la main. Car les abeilles ont déserté la planète depuis longtemps et sans cette pollinisation manuelle méticuleuse et fastidieuse réalisée par des hommes et des femmes quasiment maintenus en esclavage, la planète est vouée à l’extinction. Pas d’abeille pas de fleurs, pas de pollen pas de fruits, etc…  Jusqu’au jour où leur fils a un accident incompréhensible. Tao veut alors comprendre…

Voilà un étonnant roman écologiste qui interroge brillamment sur ce que l’homme fait, détruit, ou au contraire protège, sauvegarde. Avec des passages très didactiques qui nous enseignement en quelques mots les principes de l’apiculture, les spécificités des colonies d’abeilles… Qui nous apprend aussi qu’une abeille sauvage ne pourra jamais être domestiquée et qu’il est temps d’arrêter de polluer la planète avec toutes sortes de pesticides violents et dévastateurs. Il est temps de sauver ce qui peut l’être.

Une histoire des abeilles est un roman très agréable à lire. Et même si parfois j’aurais aimé suivre un peu plus l’une ou l’autre des époques, le passage de l’une à l’autre se fait aisément. L’auteur nous permet de mieux appréhender les catastrophes annoncées si l’on n’y prend pas garde. A la fois instructif et émouvant, en fil rouge une intrigue maintient en éveil l’intérêt du lecteur avec l’enquête menée par Tao dans un monde où la population se meurt sans les abeilles.

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Catalogue éditeur : Pocket et Presses de la Cité

Loup-Maëlle BESANÇON (Traducteur)

Un triptyque écologiste qui raconte l’amour filial à travers le destin des abeilles. 

Unes, et pourtant plusieurs. Dangereuses, mais sources de vie, les abeilles garantissent l’espoir du monde.
William, George, Tao… Chacun, à sa manière, nourrit avec ces incroyables insectes une relation privilégiée. Chacun, à son époque, rêve de changer l’avenir, d’offrir à ses enfants des lendemains meilleurs. D’inventer, de transmettre ce qu’il sait… ou croit savoir. Car les abeilles disparaissent, inéluctablement, et dans l’indifférence.
Victimes de notre espèce, elles en seront, peut-être, le salut…

Née en 1975 à Oslo, Maja Lunde a écrit des scénarios et des livres pour la jeunesse avant de se lancer dans la rédaction d’Une histoire des abeilles, son premier roman pour adultes, best-seller en Norvège et en Allemagne, et en cours de traduction dans une trentaine d’autres pays.

Date de parution : 16/08/2018 / EAN : 9782266284356 / POCHE / Nombre de pages : 448 / Format : 108 x 177 mm

Underground Railroad, Colson Withehead

Avec énormément de talent Colson Withehead embarque ses lecteurs dans une fresque étourdissante et puissante au pays des esclavagistes et de la liberté, dans cette course éternelle pour la vie entre fugitif et chasseur.

photo illustration du roman de Coslon Whitehead "Underground raildoad" blog Domi C Lire

Au XIXe, dans le sud des États-Unis. Cora est une esclave parmi tant d’autres dans une plantation de coton du sud esclavagiste. Le jour où Caesar lui propose de s’évader de la plantation Randall avec lui, elle dont la mère a réussi à s’enfuir sans être capturée par les chasseurs de neg’marron, elle hésite, puis finira par dire oui. Cora et Caesar vont alors suivre le chemin des esclaves recherchés par les chasseurs d’esclaves sur tout le territoire des États-Unis.

Colson Withehead prend alors prétexte de cette fuite pour nous raconter l’histoire extraordinaire de Underground Railroad … Car ce réseau clandestin matérialisé ici par un chemin de fer souterrain a réellement existé. Il a permis à de nombreux esclaves de s’enfuir des territoires où ils étaient exploités, martyrisés, soumis à des maitres qui prenaient parfois plaisir à exprimer leur toute puissance envers ceux qui au même titre que leurs meubles ou leurs terres, leur appartenaient, et à se réfugier au-delà de la Mason-Dixon ligne (ligne de démarcation entre les États abolitionnistes du Nord et les États esclavagistes du Sud) et jusqu’au Canada.

États esclavagiste ou pas, la loi est la loi pour tous et sur tout le territoire des États-Unis, un esclave évadé n’est donc jamais réellement libre et les chasseurs d’esclaves se font fort de les retrouver, les rançons étant souvent généreuses voire exorbitantes, le maitre trahi offrait cher pour récupérer l’impudent, son châtiment cruel permettant de contrôler et de décourager ceux qui auraient eu à leur tour des velléités de fuite. Ce roman est alors prétexte pour évoquer à la fois ceux qui font le mal sans complexe ni retenue, exploitation des esclaves, viols, vente des enfants, séparation des familles, vente d’un esclave lorsqu’il n’est plus assez fort ou valide pour le travail qui lui a été assigné châtiments sordides et cruels. Cruauté gratuite et racisme s’appuyant sur une idéologie religieuse complaisante qui parle de race inférieure, mais aussi argument commercial, maintien ou amélioration des exploitations de coton ou d’indigo, tous les prétextes sont bons pour expliquer et accepter l’esclavagisme.

Mais aussi l’aide apportée dans l’ombre, au risque de la vie de familles entières, par des blancs conscients qui l’esclavagisme et la condition des noirs ne peut être ni acceptée ni acceptable, qu’il est important d’essayer de faire évoluer les consciences, mais qui en attendant font tout pour aider la fuite et la mise en sécurité de ceux qui ont osé franchir les limites de la plantation, de la propriété des maitres. Que ce soit par des noirs affranchis ou nés libres, par des blancs abolitionnistes ou à la conscience éveillée, l’aide si précieuse était souvent une prise de risque mortelle pour ceux qui s’impliquaient.

Pourquoi j’ai tant aimé ce roman ? Parce que sous couvert d’une superbe fresque historique et mélodramatique superbement écrite et rythmée – portrait d’un des personnages principaux, étape de la fuite de Cora, et sordides et véridiques petites annonces pour récupérer un esclave en fuite (bien utiles aux chasseurs d’esclaves)- Colson Withehead ose avec talent nous rappeler une fois encore que les races et les différences ne sont que des subtilités temporelles, que le regard que l’on porte sur les hommes est souvent dévoyé par l’époque dans laquelle il se place, et surtout que le combat pour l’égalité de tous est permanent et indispensable. Parce qu’il est bon de savoir ce qui a été fait. Mais aussi que ce combat est toujours d’actualité, qu’il est indispensable d’ouvrir les yeux sur le monde et ses inégalités.

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Comment ne pas penser et avoir alors en tête la chanson de Mark Knopfler…

You talk of liberty
How can America be free…
We are sailing to Philadelphia
To draw the line 
The Mason Dixon line

D’après Wikipédia : D’après James A. Banks au cours du XIXe siècle, environ 100 000 esclaves se seraient échappés grâce au « Railroad ». L’Amérique du Nord britannique, où l’esclavage est interdit, est une destination courante, puisque sa longue frontière offre de nombreux points d’accès. Plus de 30 000 personnes sont supposées s’y être échappées grâce au réseau pendant la période de pointe qui a duré 20 années, bien que les chiffres du recensement américain ne fassent état que de 6 000.

Harriet Tubman a œuvré avec les quakers pendant les années 1850 pour permettre au plus grand nombre d’esclaves de gagner la liberté. Les histoires sur les fugitifs du chemin de fer clandestin sont consignées dans une chronique intitulée The Underground Railroad Records.

Roman lu dans le cadre du jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Livre de Poche, Albin-Michel

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir pour gagner avec lui les États libres du Nord, elle accepte.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
Exploration des fondements et de la mécanique du racisme, récit saisissant d’un combat poignant, Underground Railroad est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.

Né à New York en 1969, Colson Whitehead est reconnu comme l’un des écrivains américains les plus talentueux et originaux de sa génération. Undergound Railroad, son premier roman publié aux éditions Albin Michel, a été élu meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, récompensé par le National Book Award 2016 et récemment distingué par la Médaille Carnegie, dans la catégorie « Fiction ». 

416 pages / Date de parution : 27/03/2019 : EAN : 9782253100744

L’envol du moineau, Amy Belding Brown

L’envol du moineau, une grande fresque historique dont le personnage principal captive et émeut par son courage et son caractère. Quand une histoire vraie devient un récit totalement romanesque…

Baie du Massachussetts, en 1672. Les territoires sont habités par les puritains aux règles rigides et strictes. Mary est la fille de John White, un riche propriétaire terrien du Lancaster. C’est l’épouse de Joseph Rowlandson, pasteur de l’église de cette même communauté. Ils vivent relativement aisément pour l’époque, femme au foyer, mère attentive, chrétienne convaincue, Mary respecte les règles imposées par l’église et par son mari. A cette époque et dans cette église pour le moins austère, une femme reste à la maison, n’en sort qu’accompagnée de son mari, prend bien soin de cacher ses cheveux sous son bonnet et peut être punie pour insolence, y compris envers son époux.

Mary et sa famille se conforment aux règles, sans trop y penser. Mais un jour de 1675, leur village est attaqué par les indiens, Mary et ses enfants sont faits prisonniers, puis menés vers les grandes plaines où se regroupent les tribus. C’est vivre alors l’abomination la plus terrible que de tomber ainsi aux mains des barbares, des sauvages, et être asservie. Mary devient l’esclave de Weetamoo, la femme du chef Qinnapin.

Totalement choquée et apeurée dans un premier temps, Mary va pourtant rapidement déceler chez ces indiens des valeurs humaines qu’elle découvre avec étonnement. Ces sauvages qui ont dévasté son village et tué sans pitié les habitants sont capables de compassion, d’empathie, d’entraide, d’amour envers leurs enfants. Elle apprend à leur contact la liberté de mouvement, le bonheur de l’oisiveté, la possibilité dont jouissent les femmes de s’exprimer et de commander, alors qu’elle-même n’était qu’autorisée qu’à se taire dans sa propre communauté.

A leur contact, pendant plusieurs mois de souffrance, contrainte à des déplacements permanent à travers différents États, tenaillée par la faim et le froid au même titre que ses ravisseurs, aidée par James, un indien converti, elle va vivre avec les tribus et remettre en question les fondements de son existence passée. Questions encore plus prégnantes lors de son retour, car tel le moineau prisonnier de sa cage, Mary ne chante plus et rêve de liberté.

Elle doute, qui sont les vrais sauvages ? Qui est le plus cruel, et qui est dans son droit. Est-il vrai que les saintes écritures valident l’esclavage, et de quel droit ? Pourquoi les blancs s’arrogent-ils le droit de traiter les noirs en esclaves et réfutent-ils ce droit aux indiens ? Lorsqu’elle aura recouvré sa liberté, ces interrogations en avance sur son temps la mettront au ban de la société.

Dans cette grande fresque romanesque, pourtant basée sur une histoire vraie et des faits vérifiés, Amy Belding Brown nous plonge dans l’Amérique puritaine du XVIIe siècle où Dieu est le seul maître, le seul refuge, il dicte aux hommes, et par eux, aux femmes, leur rôle et leur mission. Et l’on se demande alors qui des puritains de la Nouvelle Angleterre ou des indiens natifs de ces terres sont les véritables sauvages ? Amy Belding Brown pose les questions de l’extrémisme religieux, de l’esclavage, de l’égalité des races, et soulève une fois encore la question de l’extermination des indiens d’Amérique du Nord chassés de leur terre par les colons.

J’ai vraiment  aimé ce roman qui décrit à la fois l’intime et l’Histoire, qui exprime à la fois les sentiments et la violence, l’amour et la haine, la foi et le doute, et qui est superbement traduit par Cindy Colin Kapen. S’il est largement conseillé par Jim Fergus, il me fait penser au thème de son bestseller « Mille femmes blanches », que j’avais également apprécié lors de sa sortie.

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Catalogue éditeur : Cherche-Midi

Cindy COLIN KAPEN (Traducteur)

Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communauté de puritains venus d’Angleterre. Bonne mère, bonne épouse, elle souffre néanmoins de la rigidité morale étouffante qui règne parmi les siens. Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage. Celle-ci va être ouverte de façon violente lorsque des Indiens attaquent son village et la font prisonnière. Mary doit alors épouser le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquée par l’armée. Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages » qu’elle va trouver une liberté qu’elle n’aurait jamais imaginée. Les mœurs qu’elle y découvre, que ce soit le rôle des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repères. Et, pour la première fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment. Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « à la normale », dans une société blanche dont l’hypocrisie lui est désormais insupportable ?
 
Cette magnifique épopée romanesque, inspirée de la véritable histoire de Mary Rowlandson, est à la fois un portrait de femme bouleversant et un vibrant hommage à une culture bouillonnante de vie, que la « civilisation » s’est efforcée d’anéantir.

EAN : 9782749160924 / Nombre de pages : 464 / Format : 140 x 220 mm / Prix : 22€

Manuel à l’usage des femmes de ménage, Lucia Berlin

Une découverte littéraire rare. Un bonheur de lecture, tout simplement. Mais pourquoi avons-nous attendu aussi longtemps pour en entendre parler !

Couverture du roman "Manuel à l'usage des femmes de ménage" de Lucia Berlin édition Le Livre de poche

S’il est vrai que j’aime beaucoup lire des nouvelles, là, c’est tout simplement autre chose. Il y a tout dans cette écriture, le style, les mots, les émotions, la vie, les douleurs et les joies, la famille et la société, les villes parcourues, les évènements vécus. Lucia Berlin est née dans les années 30 et nous transporte tout au long de ces quelques dizaines d’années de sa vie en 600 pages.

Lucia Berlin est un auteur fabuleux, qui a su m’embarquer dans ses histoires, vraies, puisqu’elle les raconte et ne ment jamais, c’est elle qui le dit. J’ai eu l’impression de la suivre partout, et de la comprendre. Les personnages sont autres, les noms aussi, mais on la retrouve, ainsi que sa mère, sa sœur, ses maris, ses fils, ses amours, ses collègues et ses patrons, ses voisins et ses amis…

Elle parle de son enfance, abusée par un grand-père, aux côtés d’une grand-mère qui n’intervient pas, élevée par une mère alcoolique qui ne montre jamais le moindre signe de tendresse ou d’intérêt pour sa fille, et un père absent, il part à la guerre en 1941, de New York au Chili, du Texas à Oakland. Puis c’est la rencontre avec son premier mari, si jeune, rejeté par ses parents. Trois mariages et quatre fils plus tard, elle aura connu des métiers à la pelle, artiste bohème avec ses maris poète ou sculpteur, mais aussi enseignante, elle parle anglais et espagnol, standardiste, femme de ménage, elle connait des hauts et surtout des bas, alcoolique, seule, abandonnée, amoureuse, trahie, mais souvent entourée, accompagnée, elle aura tout vécu et tout surmonté.

Cette écriture est magique, en quarante-trois nouvelles, j’ai été plongée dans toute époque. Rien n’est lassant, on tourne les pages et on avance avec bonheur dans cette vie si singulière, si atypique. Il y a de l’émotion, de la tendresse, de l’espoir, c’est à la fois critique et violent, sensuel et poignant, et ce n’est jamais amer. Il  y a des descriptions, imagées, émouvantes, vibrantes. Les couleurs, les sons, les gestes, sont là pour dire la vie ou la mort. La maladie est présente mais magnifiée par l’amour des deux sœurs, leur complicité, leurs souvenirs, leurs arrangements aussi avec ces souvenirs, ceux de la mère en particulier, avec ses suicides à répétition et son désamour pour sa seconde fille. C’est aussi gai que mélancolique, c’est cruel et intime, incisif et tendre, bluffant de justesse et de vérité, le tout porté par un rythme, un souffle, une maitrise de l’écriture assez unique. Alors si vous hésitez encore, allez-y, vous ne serez pas déçus !

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Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury des lecteurs du livre de Poche 2019

Catalogue éditeur : Le livre de Poche & Grasset

Elle est une grande écrivaine injustement méconnue, une reine de la narration. Lucia Berlin (1936-2004), mariée trois fois, mère de quatre garçons, raconte ici ses multiples vies en quarante-trois épisodes. Élevée dans les camps miniers d’Alaska et du Midwest, elle a été successivement une enfant solitaire au Texas durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille riche et privilégiée à Santiago du Chili, une artiste bohème dans le New York des années 1950 et une infirmière aux urgences d’Oakland. Elle a su saisir les miracles du quotidien jusque dans les centres de désintoxication du sud-ouest des États-Unis, égrenant ses conseils avisés et loufoques tirés de ses propres expériences d’enseignante, standardiste, réceptionniste, ou encore femme de ménage. Un destin exceptionnel.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Valérie Malfoy

Éditeur d’origine : Grasset / Date de parution : 26/09/2018 / EAN : 9782253071402 / 600 pages / Prix : 8,70€

Crédit photo 1963 Buddy Berlin © 2015 – 2018, Literary Estate of Lucia Berlin LP

Mon inventaire 2018

Une année 2018 particulièrement riche en découverte de beaux romans, de nouveaux auteurs et en rencontre avec les auteurs, les blogueurs, les lecteurs qui partagent cette passion pour la lecture que d’aucuns pourraient trouver dévorante.

Essayer de faire un bilan est d’autant plus difficile, mais dans ma liste à la Prévert cette année je veux retenir …

Ce roman récit qui m’a tellement émue qu’il est hors concours…

Philippe Lançon & Le lambeau

Ces romans qui m’ont fait vibrer et qui, chacun à leur façon, m’ont apporté quelque chose

Franck Balandier & APO

Frédéric Couderc & Aucune pierre ne brise la nuit

Catherine Cusset & Vie de David Hockney

Diane Ducret & La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose

Simonetta Greggio & Elsa, mon amour

Olivier Liron & Einstein, le sexe et moi

Véronique Mougin  & Où passe l’aiguille

Joachim Schnerf  & Cette nuit

Angélique Villeneuve & Maria  

Valentin Spitz  & Juliette de Saint-Tropez

Ces premiers romans bouleversants …

Martin Dumont  & Le chien de Schrödinger

Violaine Huisman  & Fugitive parce que reine

Jean-Baptiste Naudet  & La blessure

Ce premier roman étranger solaire et tellement poétique

Shih-Li Kow  & La Somme de nos folies

Une BD

Halim  & Petite maman

Ces romans policiers ou thrillers qui m’ont sortie de mon quotidien !

Simone Gélin & Sous les pavés la jungle

Jean-Pierre Rumeau & Le vieux Pays

Tim Willocks & La mort selon Turner

Ces romans en format poche, à lire à faire lire…

Laurent Seksik & Romain Gary s’en va-t’en guerre

Benedict Wells & La fin de la solitude

Claudio Fava & Silencios

Et vous ? Qu’avez vous lu, aimé, quels livres avez-vous envie de partager de votre année 2018, quels conseils pour l’année qui vient ?