Rassemblez-vous en mon nom, Maya Angelou

Le récit autobiographique puissant et sincère d’une icône de l’Amérique

Positif, humoristique, honnête, Maya Angelou se raconte sans fard, de ses dix-sept à ses vingt-et-un ans. Fille mère, elle élève seule son fils Guy, et jeune femme noire, ça fait beaucoup dans cette Amérique qui sort de la seconde guerre mondiale.

Si elle fuit d’une certaine façon le racisme du sud, ce dernier n’est pas absent pour autant dans les autres régions des États-Unis qu’elle parcourt de l’Arkansas à San Francisco. Serveuse, cuisinière, maquerelle, danseuse, elle a fait tous ces métiers avec autant de bonne volonté et de sincérité, la plupart du temps même par amour ou par recherche de cet amour, de cet homme qui pourrait la protéger et l’aimer.

Mais ces hommes justement abusent sans scrupule de cette jeune femme positive, intelligente, authentique qui ne demande qu’à être aimée. Elle donne son cœur et sa confiance à de nombreux hommes qui tour à tour jouent de cette naïveté qui la caractérise mais qui d’une certaine façon la protège sans doute.

Le racisme, la difficulté d’être femme, la solitude, sont aussi bien retranscrits ici. La famille, sa mère, son frère, mais aussi les oncles et tantes si froids et égoïstes, les nounous bienveillantes de son fils Guy, et ces femmes qu’elle rencontre vont également forger celle qu’elle deviendra.

Une magnifique traduction de Christiane Besse nous permet de profiter pleinement de ce formidable texte. L’écriture, le rythme, l’humour et la dérision, et je le redis sans doute, la sincérité, font de ce récit un moment inoubliable.

Je connaissais vaguement la vie de Maya Angelou, figure emblématique de la vie politique et artistique américaine, après avoir lu Rassemblez-vous en mon nom j’ai forcément envie d’en savoir d’avantage et de lire ses autres livres.

Maya Angelou, poétesse, écrivain, actrice, militante pour les droits civiques, réalisatrice et enseignante est décédée en 2014 à l’âge de 86 ans.

Catalogue éditeur : éditions Noir sur Blanc Notbilia

Traduit par Christiane Besse
Langue d’origine : Anglais (États-Unis)

Silhouette imposante, port de tête altier, elle fait résonner la voix d’une femme noire, fière et volontaire, qui va devoir survivre dans un monde d’une extrême dureté, dominé par les Blancs. Une voix riche et drôle, passionnée et douce qui, malgré les discriminations, porte l’espoir et la joie, l’accomplissement et la reconnaissance, et défend farouchement son droit à la liberté.

Après l’inoubliablement beau Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage, Maya Angelou poursuit ici son cycle autobiographique. Maya Angelou fut poétesse, écrivaine, actrice, militante, enseignante et réalisatrice. Elle a mené de nombreux combats avant de devenir une icône contemporaine qui a inspiré la vie de millions de personnes. Elle a côtoyé Nelson Mandela, Martin Luther King, Malcolm X et James Baldwin. À sa mort, Michelle Obama, Rihanna, Oprah Winfrey, Emma Watson, J. K. Rowling et beaucoup d’autres encore lui ont rendu hommage.

Date de parution : 20/08/2020 / Format : 12,8 x 20 cm, 272 p., 18,00€ / ISBN 978-2-88250-644-3

Un jardin en Australie, Sylvie Tanette

Deux femmes, une passion et la magie d’un jardin en Australie

Dans les années 1930, Ann a quitté Sydney. Contre l’avis de sa famille, elle a suivi l’homme qu’elle aime dans l’Outback australien. La famille de Justin a fait fortune grâce à l’exploitation de la bauxite dans la cité minière de Salinasburg. L’Australie est encore aujourd’hui le premier producteur de bauxite au monde.

De nos jours Valérie et Frédéric, deux jeunes français qui se sont rencontrés en Australie décident de s’installer à Salinsaburg, dans ces mêmes Territoires du Nord qui s’étendent sur plus de 1 300 000 km². Ils ont le coup de foudre pour une vieille maison abandonnée, celle de Ann et Justin, et pour son jardin asséché et envahi d’herbes folles et de ronces.

Frédéric est médecin. Après ses études en art contemporain, Valérie est embauchée pour organiser le salon d’art contemporain de la région. Cette région dans laquelle on trouve de nombreux artistes et galeries d’Art Aborigène.

Le roman alterne les récits de ces deux femmes attirées l’une après l’autre par cette terre rouge en apparence si hostile. L’une est portée par l’envie de créer un jardin enchanteur dans ces contrées arides, l’autre a décidé de se consacrer à l’art aborigène en réalisant ce festival d’art contemporain sur ces mêmes terres. Chacune à sa façon rêve de se réaliser. Mais cette émancipation n’est pas sans conséquences pour ceux qui les entourent et qui leur sont les plus proches, Justin pour Ann et Elena pour Valérie.

Ann hante toujours cette maison qui était toute sa vie. Il y a une certaine poésie dans sa façon de transmettre sa singularité, sa force et son amour de la nature à Valérie et à sa petite Elena. Un roman qui parle d’amour et de transmission, de vie et de passion.

J’ai aimé l’évocation des traditions aborigènes, tant dans les croyances évoquées face aux tragédies qui ponctuent la vie d’Ann, qu’aujourd’hui à travers le respect de ces traditions et la mise en avant par Valérie de l’art aborigène, ce bagage culturel qui se transmet de génération en génération depuis des millénaires, grâce à la mise en avant d’artistes contemporains.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Grasset

Deux femmes se racontent depuis cet endroit que les Aborigènes nommaient « le lieu d’où les morts ne partent pas ».

Au début des années trente, en Australie. Contre l’avis de sa famille, Ann choisit de suivre son mari dans un bourg reculé du centre du pays. Là, en bordure de désert, elle conçoit le projet insensé d’entourer sa maison d’un verger luxuriant.
Soixante-dix ans plus tard, une jeune Française, Valérie, crée dans la même région un festival d’art contemporain. Sur un coup de tête, elle s’installe avec son compagnon dans une maison délabrée mais pleine de charme, cachée au fond d’un enclos envahi de ronces, et y attend bientôt un enfant. Alors qu’à trois ans la petite Elena ne parle toujours pas, Valérie, inquiète, décide de faire revivre avec elle ce qui reste du jardin d’Ann…

168 pages / Prix : 7,20€ / Date de parution : 29/04/2020 / EAN : 9782253934127

Grasset : Format : 134 x 205 mm / Pages : 180 / EAN : 9782246818403 Prix : 16.90€ / EAN numérique: 9782246818410 prix : 11.99€

La goûteuse d’Hitler, Rosella Postorino

Une évocation plus romanesque qu’historique du sort peu enviable de jeunes femmes au service du Führer

A Berlin, Rosa Sauer a épousé Gregor, son chef de service. Ils vivent correctement dans leur appartement, et leur travail leur apporte une relative aisance. Mais lorsque la guerre éclate, Gregor s’engage au service de sa patrie en délaissant Rosa qui n’a même pas eu le temps de vivre ni d’enfanter, pour aller se battre sur le front de l’est.

Restée seule, elle partage l’appartement de sa mère qui décède sous les bombes. Son père est heureusement déjà mort (si l’on peut dire) car cet homme-là n’a jamais accepté le nazisme, c’est risqué dans l’Allemagne de 1943. Réfugiée chez ses beaux-parents à Gross-Partsch, en Prusse-Orientale, près de la tanière du führer, Rosa est désignée avec neuf autres jeunes femmes pour aller goûter chaque jour la nourriture destinée à Hitler.

Elles sont jeunes, filles ou mère, célibataire ou mariée avec un homme parti au front, et sont soumises sans ménagement à cette tâche quotidienne et angoissante. Elles ne se connaissent pas, mais les relations sont difficiles, car la confiance, le partage ou l’amitié ne sont pas des notions aisément partageables en temps de guerre.

Qui sont Leni, Elfriede, Augustine, Béate et les autres dans cet univers délétère où chaque geste est épié par les SS, ou chaque bouchée avalée est un pari sur la vie, et dans une région où il est si difficile de se nourrir, une véritable bénédiction tant que l’on ne veut pas voir que c’est surtout un pari sur sa propre mort.

Ce que j’ai aimé ?

Malgré certaines incohérences (l’histoire entre Rosa et l’officier, la propagande végétarienne acceptée sans discussion) j’ai aimé découvrir le quotidien de ces femmes allemandes, leurs peurs, leurs espoirs, leur lassitude et leur force. L’ambiance, la tension, les mensonges, les relations hommes femmes, soumises, dépendantes, fortes aussi, le rejet du nazisme ou le silence, le sentiment de culpabilité ou le manque de volonté de savoir ce qui se passait réellement dans le pays semblent assez plausibles.

Comme dit l’auteur dans une interview « La vie de Margot Wölk était remplie de contradictions. Elle ne croyait ni en Hitler ni au régime nazi, pourtant elle a risqué sa vie pour eux ». Si le roman est basé sur cette histoire vraie, j’aurais malgré tout aimé en savoir d’avantage sur la réalité historique de ces goûteuses, peut-être par des informations plus poussées en fin de roman.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Albin-Michel

1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisée à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité des autres goûteuses. Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.
Inspiré de l’histoire vraie de Margot Wölk, La Goûteuse d’Hitler a été couronné en Italie par le prestigieux prix Campiello.

Livre de Poche : 384 pages / Parution : 25/03/2020 / Prix : 7,90€ / EAN : 9782253262237
Albin-Michel : 400 pages / Parution : 2/01/2019 / Prix : 22.00 € /EAN13 : 9782226401854

Plus loin que l’hiver, Isabel Allende

De l’hiver canadien à l’Amérique du sud, l’auteur nous entraîne à la croisée de trois destins singuliers

Il y a quelques années, je dévorais systématiquement les romans d’Isabel Allende. J’aime son approche si intime de l’Amérique du sud et de ces grands cataclysmes politiques et humains.

Je n’ai donc pas hésité devant ce nouvel opus. Plus loin que l’hiver nous entraine à Brooklyn auprès de Lucía Maraz, chilienne expatriée au Canada; du professeur Richard Bowmaster un homme particulièrement acariâtre qui l’a pourtant invitée à donner des cours dans son université ; et de Evelyn Ortega, une jeune émigrée guatémaltèque qui vient percuter leur vie tranquille un soir de violente tempête de neige.

Au chili, pendant les années sombres de la dictature de Pinochet, le frère de Maria a disparu, comme de nombreux autres jeunes hommes ou femmes à cette époque. Leur mère, comme tant d’autres folles de la place de mai, l’a attendu pendant des années, refusant de faire son deuil, jusqu’à la folie, jusqu’à la mort. Puis Maria a vaincu son cancer. Aujourd’hui enfin sereine elle espère profiter de sa vie.

Depuis la disparition de sa femme et de sa fille Richard est un solitaire. Il ne veut ouvrir ni son cœur ni son amitié. Acariâtre et pingre, même en pleine tempête il refuse de monter le chauffage et il supporte tant bien que mal Maria qu’il héberge dans sa maison. Il faut un accident pour que cet homme-là se réveille enfin à la vie.

Un banal accident de voiture met sur leur route la jeune Evelyn. Elle aussi a fui un pays dans lequel elle n’avait plus d’avenir. Mais sa position au Canada est fragile car elle est sans papiers. Elle aura besoin du soutien de tous pour avancer.

Du Chili au Guatemala et au Brésil en passant par le Canada et les États-Unis, nous découvrons trois personnages au passé difficile qui ont du mal à se confier et à se faire confiance. Chacun à sa manière a connu des moments particulièrement douloureux. Mais ils sont prêts à avancer sur le chemin qui mène à la sérénité et au bonheur.

Le roman m’a semblé soit trop court par moments soit au contraire trop dense. Il aborde de nombreux faits historiques, indispensables pour évoquer ces différents pays, du coup ils me semblent un peu survolés. L’opération Condor, la mainmise des hommes du cartel mafieux de la Mara Salvatrucha qui anéantissent l’avenir des jeunes, la torture et les desaparecidos des jeunes au Chili, les mères de la place de mai à la recherche de leurs fils, le trafic d’être humains et le rôle des passeurs, pour ne citer que ceux-là. Chacun de ces thèmes peut faire l’objet d’un roman, du coup je m’y suis un peu perdue. Peut-être en aurait-il fallu un peu moins. Mais dans tous les cas, et si l’on ne souhaite pas les approfondir, alors il suffit de se laisser embarquer et de passer un agréable moment de lecture.

Et pour aller plus loin dans ces sujets, à propos des disparitions au Chili et en Amérique du sud, lire l’excellent roman de Frédéric Couderc Aucune pierre ne brise la nuit

Sur les gangs mafieux, en particulier celui de la Mara Salvatrucha lire le très bon thriller de Gabino Iglesias, Santa Muerte

Catalogue éditeur : Grasset

Traduit de l’espagnol (Chili) par Jean-Claude Masson

Chilienne expatriée au Canada durant la dictature de Pinochet, Lucía Maraz porte encore les profondes cicatrices de son passé. Elle ne s’est jamais tout à fait remise de la disparition de son frère, au cours des premières années du régime, et a également dû affronter un divorce et se battre contre le cancer. Mais lorsque, professeur invitée à l’université de New York, elle s’installe dans l’appartement au sous-sol du brownstone de son collègue, le professeur Richard Bowmaster, elle entame ce nouveau chapitre de sa vie avec entrain et optimisme. Lire la suite…

Parution : 10 Juin 2020 / Format : 154 x 235 mm / Pages : 336 / EAN : 9782246822417 Prix : 20.90€ / EAN numérique: 9782246822578 Prix : 14.99€

Radioactive, Lauren Redniss

L’histoire revisitée de Pierre et Marie Curie, une histoire de passion amoureuse et d’amour pour la science

C’est le roman graphique qui a inspiré le film éponyme de Marjane Astrapi sorti en salles juste avant le confinement.

En 1891, Marie Skłodowska a 24 ans. Elle quitte Varsovie pour Paris. Là elle vient travailler dans le laboratoire du physicien Pierre Curie. Rapidement les relations de travail se font complicité puis intimité. Ce sera une véritable passion amoureuse, mais aussi une passion inassouvie pour la science et la recherche. Ensemble, ils vont faire cette découverte majeure qui va changer le sort de l’humanité, avec la radiothérapie, le traitement du cancer mais aussi le développement du nucléaire.

Radioactive présente cette relation magnifique entre deux scientifiques hors du commun, mais aussi leurs familles, les filles, le gendre, une lignée de chercheurs au service de la France.Et l’auteur développe également les apports de leurs inventions à la science, et les développements qu’ils ont induits par la suite. Rien n’est figé dans leur époque, mais tout y est superbement restitué, les prix Nobel, les récompenses, les différents apport de leurs recherches, le décès de Pierre, le chagrin de Marie puis la maladie consécutive à de longues et dramatiques expositions au radium tout au long de leurs vies, à une époque où l’on n’avait dans doute pas pris la mesure du danger encouru. Et l’évolution de la recherche jusqu’à aujourd’hui.

Ce roman graphique est superbe, l’histoire a la fois passionnante et les protagonistes tellement humainement attachants. Mais c’est aussi un magnifique objet. Le papier utilisé d’abord, le grain, les aspects lisses et le velouté granité que l’on sent sous les doigts en tournant les pages, la mise en page et les couleurs choisies, dans le spectre chromatique que l’on imagine autour du polonium ou du radium, et qui change en fonction des périodes ou des sujets abordés sur les pages, des vert, jaune, bleu, pour dire aussi la vie, la tristesse, l’exaltation et le bonheur, le chagrin et le désespoir.

Vous ne l’avez pas encore lu ? Alors #tousenlibrairie pour vous le procurer !

Catalogue éditeur : Fleuve éditions

En 1891, Marie Sklodowska, âgée de 24 ans, déménage de Varsovie à Paris où elle trouve du travail dans le laboratoire du physicien Pierre Curie. Cette rencontre inoubliable, marquée par la passion amoureuse et celle de la science des molécules, va influencer également l’histoire de l’humanité. Au point de leur apporter une renommée mondiale et d’annoncer une nouvelle ère scientifique : l’ère nucléaire.

Carine CHICHEREAU (Traducteur)

Date de parution : 05/03/2020 / EAN : 9782265154926 / Pages : 208 / Format : 202 x 279 mm / Prix : 24,50€

Les fureurs invisibles du cœur, John Boyne

Une formidable saga intime et sociale dans l’Irlande du XXe siècle

Émotion, amitié, fou rire et pleurs, famille et deuils, tout y est, pour le meilleur et pour le pire d’une vie, dans cette fresque familiale qui nous entraine des années 1945 à 2015.

Irlande, 1945. Dans ce pays catholique et rigide à l’extrême, il ne fait pas bon sortir du cadre. La jeune Catherine Goggin l’apprend à ses dépens lorsque le curé de la paroisse la chasse de l’église, du village, de sa famille. Elle a seize ans, elle a fauté et son ventre s’est dangereusement arrondi.

Arrivée à Dublin, elle donne naissance à un fils immédiatement adopté par les Avery. C’est ce fils, le jeune Cyril Avery que nous allons suivre tout au long de ces décennies, de Dublin à Amsterdam, de New-York à Dublin.

Le jeune Cyril grandit dans une famille aisée, peu aimante, mais qui lui offre confort et éducation, un bagage correct pour assurer son avenir. Maud, sa mère adoptive, est écrivain, pour la beauté du geste on pourrait dire, puisque de son vivant  elle ne supporte pas d’être célèbre, c’est tellement ordinaire. Cyril ne sera jamais un vrai Avery, ses parents le lui répètent à l’envi tout au long de ses années de jeunesse et même après. C’est un beau gamin puis un jeune homme séduisant.

Dans cette Irlande catholique et rétrograde, s’il ne fait pas bon être fille-mère, il est encore plus dangereux d’être homosexuel, car même un père est quasiment en droit de tuer son fils sans que la justice n’y trouve à redire. Et Cyril est terriblement attiré par Julian, ce garçon qu’il admire en secret depuis l’enfance. Il mettra quelques années à s’avouer qu’il préfère les garçons, et à comprendre que ce n’est ni une maladie, ni une perversité.

Si l’amour dure sept ans, les chapitres de ce roman également, qui rythment ainsi la vie tantôt heureuse, tantôt plus difficile de Cyril, de 1945 à 2015. Cyril traverse les années de jeunesse dans cette Irlande rétrograde et catholique bienpensante, puis la vie et les aspirations enfin assumées à Amsterdam,  enfin les terribles années SIDA dans le New-York des années 80.

J’ai aimé suivre ce parcours totalement atypique. J’ai aimé ce jeune homme aussi fragile et ambivalent que fort et décidé, qui tente de vivre sa vie dans un pays, une famille, un environnement pas toujours idéal. L’auteur nous propose une belle fresque historique, mais aussi une analyse factuelle et parfois cruelle de la société de cette fin du XXe siècle. Avec une religion qui dicte sa loi dans une société qui n’accepte pas les différences, et cette façon de renier ceux que l’on a aimés, comme elle le fait pour Julian et sa fin de vie. Le roman est à la fois fort, émouvant, et parfois désopilant, on se surprend à rire aux éclats face à certains dialogues ou situations, même quand la situation est tout à fait tragique. En cela, il m’a effectivement fait penser au fatalisme et au cynisme face à la vie, mais aussi à certains scènes d’anthologie du roman Le monde selon Garp (si vous avez lu, souvenez-vous de la scène du levier de vitesse dans la vieille guimbarde).

Si le roman vous semble trop épais, n’ayez aucune crainte, la lecture est fluide, on a toujours envie d’aller plus avant, et même un certain regret en fermant le livre, une fois arrivé à la dernière page.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et JC Lattès

Traduit de l’anglais par Sophie Aslanides

Cyril n’est pas « un vrai Avery » et il ne le sera jamais – du moins, c’est ce que lui répètent ses parents, Maude et Charles. Mais s’il n’est pas un vrai Avery, qui est-il ? Né d’une fille-mère bannie de la communauté rurale irlandaise où elle a grandi, devenu fils adoptif des Avery, un couple dublinois aisé et excentrique, Cyril se forge une identité au gré d’improbables rencontres et apprend à lutter contre les préjugés d’une société irlandaise où la différence et la liberté de choix sont loin d’être acquises.

864 pages / Date de parution : 02/01/2020 / EAN : 9782253237853 / 9,90€
JC Lattès : EAN : 9782709659772 / Parution : 22/08/2018 / 580 pages / 23.90 €

Les fleurs sauvages, Holly Ringland

Le parcours enchanteur et captivant d’Alice Hart à travers les lieux sauvages ou rêvés d’Australie


Dans une famille où l’on utilise plus aisément le langage des fleurs que la parole pour exprimer ses sentiments, Alice grandit au bord de la mer, entourée de ses parents et sans contact avec l’extérieur.
Sa mère aimante et fragile est passionnée par les fleurs et leur langage, Clem, ce père au caractère changeant peut devenir jaloux et très violent envers sa femme et sa fille. Alice voudrait tant qu’il disparaisse et rêve même de le voir tel un phœnix renaitre de ses cendres. Jusqu’au jour où ses parents décèdent dans l’incendie de leur maison.
Choquée, blessée, et même muette, la petite fille de neuf ans est recueillie par June, sa grand-mère paternelle dont elle ignorait jusqu’alors l’existence. elle l’emmène dans sa ferme horticole de Thornfield, là où se sont également réfugiées des femmes cabossées par la vie. Alice cherche en vain des réponses aux mystères et aux secrets de sa famille auprès de cette grand-mère qui ne lui dira pourtant jamais rien.
Au fil des ans Alice apprend le langage des fleurs, le seul qui permet à ces femmes de s’exprimer. Car de lourds secrets pèsent sur ses aïeules, des secrets dont le poids s’alourdit de génération en génération. Lorsqu’elle découvre qu’elle a été trahie, Alice quitte cette famille et cette vie qui la maintiennent hors du monde. Elle fuit dans le désert et coupe toute relation avec la ferme horticole, le seul moyen d’enfin réussir à se retrouver au cœur de sa propre histoire et de sa liberté enfin gagnée.

Secrètes, aimantes, blessées ou fortes, maternelles ou amantes, les vraies héroïnes de ce roman – en dehors des fleurs et de leur langage –  sont les femmes de la famille Hart et celles qui les entourent et parfois les protègent. S’ils n’ont pas vraiment le beau rôle, Alice saura malgré tout croiser la route d’hommes qui font figure d’exception et l’aideront sur le difficile chemin vers la résilience et le bonheur.

De nombreux thèmes sont abordés par Holly Ringland. En particulier ceux de la famille et sa complexité, du poids de la jalousie, de la solitude et du deuil. Elle aborde aussi le difficile sujet des violences faites aux femmes, de façon terriblement lucide, en particulier lorsque la passion amoureuse leur fait accepter l’inacceptable. Sans jamais juger, elle pose là des situations difficiles qui nous amènent à nous interroger sans pour autant trouver de réponse universelle.

Grâce à Alice, nous voyageons d’un bout à l’autre de ce pays continent. Chaque chapitre commence par un superbe dessin et par le nom et l’explication d’une fleur endémique d’Australie, sa signification en langage des fleurs ayant à chaque fois un rapport avec le dit chapitre. L’auteur nous transporte par son écriture et ses descriptions dans des paysages magiques, en nous permettant d’en voir la beauté et quasiment d’en sentir les parfums. Non seulement dans ces régions qui font la beauté et l’attrait de l’Australie mais aussi dans ceux tout droit sorti de son imagination. Comme ce cratère dans le désert devenu le Parc national de Kililpitjara. Il est inspiré à la fois par la beauté de la floraison et par l’endurance des pois du désert et par le cratère de Wolfe Creek au cœur du parc national du cratère de Wolfe Creek dans l’État d’Australie-Occidentale. A Kililpitjara fleurissent ces merveilleux pois du désert symbolisant le courage de ces femmes. Que l’on aimerait aller le visiter tant elle a su lui donner corps et vie, on le souhaiterait réel tant il semble beau.

Un roman de résilience avec ces beaux portraits de femmes, de vie et de passion, à glisser dans votre valise cet été !

J’avais eu le bonheur de rencontrer Holly Ringland à l’ambassade d’Australie pour le lancement du roman, je suis très heureuse qu’il soit mis en avant dans cette sélection.

Catalogue éditeur : Fayard/Mazarine et Le Livre de Poche

Traduit de l’anglais (Australie) par Anne Damour

Lorsqu’une tragédie change à jamais sa vie, la jeune Alice Hart, âgée de neuf ans, part vivre chez sa grand-mère, qu’elle ne connaît pas. Quittant le bord de l’océan où elle a grandi, elle trouve refuge dans la ferme horticole de June, où celle-ci cultive des fleurs sauvages d’Australie. Au fil du temps, Alice oublie les démons du passé et apprend à perpétuer la tradition familiale en utilisant le langage des fleurs pour remplacer les mots lorsqu’ils se font trop douloureux. Mais l’histoire des Hart est hantée par de nombreux secrets que June cache à sa petite-fille. Une fois adulte, révoltée par ce silence et trahie par celles qui lui sont le plus chères, Alice se rend compte qu’il y a des choses que les fleurs seules ne peuvent raconter. Si elle veut être libre, elle doit partir.

Holly Ringland est une auteure australienne. Après avoir travaillé quatre ans au sein d’une communauté aborigène perdue dans le désert australien, elle a déménagé en Angleterre où elle a obtenu un master d’écriture créative. Les fleurs sauvages est son premier roman. 

512 pages / Date de parution: 10/06/2020 / EAN : 9782253101758 / Prix : 8,70€

Miss Jane, Brad Watson

Roman de la différence, de l’acceptation de soi et du courage dans L’Amérique rurale du XXe

Miss Jane est née en 1915 d’une mère un peu trop âgée d’une famille banale du Mississippi. Elle souffre d’une malformation urogénitale de naissance particulièrement handicapante. C’est malgré tout une enfant facile, brillante, curieuse, qui comprend vers l’âge de six ans qu’elle ne pourra jamais être comme les autres. Car avec son handicap il lui est impossible d’aller à l’école, de fréquenter les autres enfants, d’aller dans les autres familles.

Élevée avec sa sœur qui sera longtemps proche d’elle, elle se retrouve rapidement seule avec ses parents. Les fils ont quitté le foyer pour s’installer ailleurs. Sa sœur se rebelle et s’enfuit dès qu’elle peut pour vivre et travailler à la ville. Car dans cette famille, entre une mère mutique et si peu aimante, et un père qui tâte bien souvent de la bouteille, histoire de tester sa production d’eau de vie, la vie n’a rien d’idyllique.

Le docteur Thompson a assisté la mère lors de ses différents accouchements, il est veuf sans enfants et prend soin de Miss Jane comme si c’était sa propre fille. Il tente tout ce qui est en son pouvoir (c’est-à-dire bien peu) pour essayer de réparer ce handicap, contactant sur de nombreuses années tous les plus grands spécialistes des États-Unis. Mais hélas, la médecine de cette époque n’a pas encore assez évolué pour opérer de façon efficace et sans risque. Cette jeune fille singulière sera toute sa vie différente des autres filles. Jane n’aura jamais de relations avec un homme ni d’enfants. Elle l’accepte comme une fatalité dont on pourrait facilement s’accommoder alors qu’elle implique une vie de solitude et d’indépendance forcée, allant à l’encontre de la vie dite « normale » d’une femme de son temps.

L’auteur s’attarde longuement sur l’enfance de Miss Jane, sur ces années qui forgeront le caractère de cette petite fille jolie, optimiste et intelligente. Ces années cruciales qui lui permettent de s’accepter, de devenir cette femme forte au caractère bien trempé qui vivra de longues années dans cette solitude acceptée. Un peu moins d’informations sur sa vie de femme qui a su trouver dans cet isolement une forme de bonheur acceptable.

Roman de la différence, de l’acceptation de soi, dans cette Amérique rurale du XXe où cette femme hors du commun apprend à survivre dans ce corps qui l’opprime, seule, incomprise mais aussi parfois aimée par ceux qui l’entourent pourtant bien mal. On ressort de cette lecture avec une impression de solitude et de tristesse face à ce gâchis face auquel on est impuissant, épaté par le courage de cette enfant, de cette femme, qui accepte cette différence contre laquelle elle ne peut rien.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche et Grasset

Traduction Marc Amfreville

Jane Chisolm vient au monde en 1915, dans une petite ferme du Mississippi. Quelques instants après sa naissance, le docteur constate que Jane est née avec une malformation. Il s’agit d’un véritable handicap, avec lequel elle devra composer sa vie durant.
Ses premières années sont insouciantes. Ce n’est qu’à l’approche de ses six ans que la fillette prend conscience de sa singularité. Mais sa soif d’apprendre est plus forte que les réticences de ses proches. Elle entre à l’école, se plonge dans les livres. Puis arrivent l’adolescence et les premiers émois amoureux…
Dans une Amérique rurale que le XXe siècle est en train de bouleverser, Miss Jane est l’histoire poignante et pleine d’espoir d’une héroïne hors du commun qui fait face à son destin. Un grand roman de formation et d’émancipation, porté par une écriture sensible et délicate.

Grasset : Parution : 5 Septembre 2018 / Format : 140 x 205 mm / Pages : 384 / EAN : 9782246814641 / Prix : 22.00€ / EAN numérique : 9782246814658 Prix : 7.99€

Le Livre de Poche Prix : 7,90€ / Pages 360 / Date de parution : 27/05/2020 / EAN : 9782253237983

La résurrection de Joan Ashby, Cherise Wolas

Quand une écrivaine de talent se perd dans le couple et la maternité, quel est le prix à payer pour se retrouver ?

Joan Ashby le sait, elle est faite pour être écrivaine, c’est sa vie. A seulement vingt-trois ans, reconnue et adulée par son lectorat, elle excelle dans ce rôle. Après deux recueils de nouvelles et des tournées de librairies et de salons dans tout le pays, elle sait que c’est ce qu’elle aime et qu’elle fait le mieux. Elle a peu de certitudes mais certains préceptes inébranlables : ne jamais arrêter d’écrire, ne jamais avoir d’enfants.

Pourtant, la rencontre avec Martin, si elle n’est pas forcément un coup de foudre est malgré tout une évidence. Elle l’épouse, change de cadre de vie, quitte New-York et ses promesses pour déménager dans la petite ville où il a installé sa clinique et découvre sa grossesse déjà avancée. Malgré son envie de ne pas avoir d’enfant, malgré les promesses de Martin, malgré ses rêves, elle s’engage sur le difficile chemin de la maternité heureuse. Car Joan n’est pas faite pour devenir mère, elle le sait, cependant pour plaire à Martin, pour devenir cette jeune femme accomplie conforme aux exigences, elle va prendre son rôle très au sérieux. Et si la maternité n’est pas désirée, elle saura malgré tout donner tout son amour à ses enfants et les aider à grandir à ses côtés.

Les années passent, avec ces deux fils magnifiques, Daniel le rêveur développe tout jeune des talents pour l’écriture, Éric le surdoué autodidacte, inventeur d’un programme informatique à seulement treize ans, est très difficile à canaliser. Martin poursuit avec talent son métier de chirurgien ophtalmologue. Il parcourt le monde pour réaliser des opérations miraculeuses pour des malades toujours plus reconnaissants. Une belle famille composée d’éléments disparates qui s’accordent et grâce à qui la vie devrait être formidable.

Mais dans ces conditions, à toujours faire passer le bonheur des autres avant le sien, comme le font souvent les mères, Joan n’arrive plus à écrire. Devenue mère et épouse avant d’être écrivaine, il lui faudrait pour se réaliser pleinement plus de calme et de sérénité. Alors elle privilégie son rôle de mère au détriment de ses passions, ses envies, ses aspirations. Pourtant en cachette, elle réussit à s’évader et à créer son premier grand roman.

Jusqu’au jour où… c’est la trahison, l’abandon et la fin du rêve éveillé, ce rêve de réussite et de retour à l’écriture. Et la trahison est destructrice. A partir de là, les coutures commencent à craquer, la famille explose, le fils génial part au bout du monde, l’ainé se terre et coupe les ponts. Joan part seule se ressourcer à Katmandou. Elle va enfin le faire ce voyage qu’elle avait reporté d’année en année, pour tenter de se trouver au bout du chemin, pardonner, avancer. La rencontre avec les autres – femmes, religion, méditation – va lui permettre d’avancer sur le difficile chemin qu’il lui reste à parcourir.

Ce premier roman est un portrait de femme à la fois terriblement ambitieux – plus de six cent pages tout de même – et vraiment étonnant. L’auteur nous entraine sur plusieurs dizaines d’années de la vie de Joan Ashby. Cette jeune femme embrasse la maternité presque contre son grès, parce que les conventions, les convenances, parce que le mari, les traditions, mais certainement pas par véritable désir intime, comme c’est trop souvent le cas encore aujourd’hui.

J’ai aimé également cette intéressante approche sur la difficulté pour un enfant de trouver sa place et de forger sa personnalité dans une famille où chaque membre est surdoué, chacun ayant des spécialités si écrasantes, si évidentes, qu’il faut trouver le moyen de devenir soi.

A sa vie se mêlent ses différents écrits, ses nouvelles, son romans, puis le récit de son fils, comme des boites que le lecteur va ouvrir à mesure pour comprendre et appréhender toute la complexité de ce personnage, des relations humaines, de la difficile acceptation de la vie familiale. Il faut du talent pour donner un style différent aux écrits qui se suivent ; parfois un peu difficiles à suivre, mais les différentes polices utilisées aident bien à la compréhension. Ça foisonne, c’est dense, et ce gros pavé est un vrai plaisir de lecture, à la fois original, singulier, humain, il parle à chacun d’entre nous.

Citation : Elle comprend qu’elle vivait comme cousue de l’intérieur depuis très longtemps et que les coutures commencent à craquer.

La résurrection de Joan Ashby, par son approche un peu iconoclaste de la maternité m’a fait penser au roman Amour propre de Sylvie Le Bihan que j’avais également beaucoup aimé, pour cette vision qui dérange mais qu’il est primordial d’exprimer.

Catalogue éditeur : Delcourt littérature

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carole Hanna

Joan Ashby a toujours voulu devenir écrivaine et a établi très tôt quelques préceptes de vie pour mettre toutes les chances de son côté : « Ne pas perdre de temps », « Écrire tous les jours », et surtout « Ne jamais avoir d’enfants ». Elle touche au but à 23 ans et devient la nouvelle sensation de la scène littéraire new-yorkaise avec un premier recueil de nouvelles singulières. Mais elle fait un premier pas de côté en épousant Martin, puis découvre avec effroi qu’elle est enceinte. Elle prend alors une décision fatale à sa carrière et s’efface dans une vie de famille non préméditée. Mère de deux fils diagnostiqués précoces, Joan laisse filer les années. Sur le point de renouer enfin avec la vie qu’elle a mise en suspens, une trahison aux proportions shakespeariennes va l’acculer à questionner tous les choix qu’elle a faits…

Sélectionné par le PEN/Robert W. Bingham Prize for Debut Fiction, La Résurrection de Joan Ashby est le premier roman de Cherise Wolas, par ailleurs productrice de cinéma. Native de Los Angeles, elle vit aujourd’hui à New York et a publié en 2018 son deuxième roman, The Family Tabor.

Parution le 22 janvier 2020 / 624 pages / Prix : 23.90€

Modifié, Sébastien L.Chauzu

Humour, tendresse et émotion sont au rendez-vous avec Modifié

Embarquement immédiat pour le New Brunswick, ses grattes et un adolescent étrange et envoûtant.

Martha est une fille Erwin, cette grande famille qui règne en maitre sur la ville. Comme son père avant elle, elle rejette en partie ses origines. Elle vit simplement avec Allan son mari, les deux bichons de de ce dernier qu’elle abhorre presque autant qu’Allison, sa belle-fille. Ils sont tous terriblement envahissants, et la famille est bien déjantée. Martha trouve cependant un certain équilibre entre les conflits familiaux, l’alcool, et quelques passades avec de belles femmes auxquelles elle ne sait pas résister.

Un soir de froid et de neige, elle croise la route d’un étrange animal. Quand Allan arrive à son secours, ils découvrent Modifié. L’adolescent coiffé d’un bonnet à oreilles attend dans un froid polaire l’hypothétique arrivée d’un chasse-neige, d’une gratte.

Martha la reine des énigmes est détective pour les besoins de la multinationale Erwin. D’abord pour le compte du grand-père. Aujourd’hui elle ne sait pas de qui viennent les ordres, mais on lui confie toujours des affaires à élucider. Elle doit enquêter sur le meurtre d’un professeur, trouvé dans la piscine du lycée. Son neveu semble impliqué, à elle de le disculper.

Chaque matin, le jeune Modifié s’installe chez elle, dégage la neige à grands coups de pelle, puis s’assoit sur un banc devant la maison, dans le froid. C’est un garçon différent, étrange, harcelé au lycée, mal aimé, mal compris car autiste. Une entente improbable avec Martha la déjantée, pourtant si peu maternelle, va peu à peu se construire. En parallèle à son enquête, elle découvre plus en profondeur ce gamin attendrissant et parfois terriblement bouleversant.

J’ai aimé le ton de ce roman. L’auteur n’hésite pas à incarner des personnages avec de terribles défauts, des pensées qu’il vaudrait mieux taire, mais qui sont réalistes. Il a su nous présenter un jeune garçon différent et attachant que l’on aimerait comprendre et aider. Modifié le mutique parle peu, cependant Martha lui fait dire ce qui est essentiel – Modifié était authentique. Leurs dialogues et leurs interactions expriment toute la subtilité et les spécificités de sa personnalité. Mais c’est vrai, Modifié dégage le neige comme s’il dégageait les mauvaises pensées et traçait la route. L’attraction qu’il exerce sur Martha et la façon dont son point de vue évolue à son contact sont aussi émouvantes que parfois hilarantes. Enfin, la relation avec la belle-fille est terriblement humaine, amour, haine, difficulté de se comprendre, tout est si bien dit.

Catalogue éditeur : Grasset

Parfois la vie nous réserve de drôles de surprises, capables de faire vaciller les êtres les plus sûrs de leurs principes. Martha Erwin par exemple, dont le mot d’ordre était jusque-là : famille je vous hais. 
Femme d’une quarantaine d’années en couple avec Allan depuis longtemps, préférant le whisky aux enfants et le silence aux longues discussions, Martha menait une existence plutôt tranquille. Détective improvisée pour le groupe Erwin, la quatrième fortune du Canada, dirigée par son oncle, son ambition tenait à son indépendance. Certes, filer les employés du groupe et vivre avec les deux boules de poils qui servent de chiens à Allan, n’est pas exactement ce dont elle avait rêvé. Mais Martha sait se contenter de plaisirs simples, par exemple rendre folle Allison, la fille d’Allan, pour l’empêcher d’emménager chez eux. Jusqu’à un soir d’hiver où un jeune garçon répondant au nom de Modifié se met en travers de sa route. Lire la suite…

Sébastien L. Chauzu est professeur dans un lycée du New Brunswick au Canada. Modifié est son premier roman.

Parution : 11 Mars 2020 / Format : 144 x 205 mm / Pages : 288 / EAN : 9782246821090 Prix : 20.00€ / EAN numérique: 9782246821106 prix : 14.99€