Un dernier Charleston Louise, Daniel Bernard

Rencontrer Louise Brooks, inoubliable star des années folles

A l’aéroport d’Idlewild de New-York, Angela accompagne Hans-Jorg, son époux atteint d’un cancer qui part faire des adieux à sa famille en Allemagne. Quelques années plus tôt, le couple a fui Allemagne nazie et s’est réfugié aux États-Unis. S’ils ont décidé de ne rien avouer de la maladie qui les frappe, le moment est pourtant venu d’aller retrouver la famille et de resserrer les liens distendus par les années et la distance.

À côté d’elle, une belle femme brune fait également des adieux à un passager du Constellation en partance pour la même destination. Elles entament une conversation et prennent un verre ensemble pour se remettre de leurs émotions. Ce sera le début d’une étrange amitié.

Cette belle femme brune n’est autre que Louise Brooks, l’actrice emblématique du cinéma muet des années folles. Elle doit sa gloire à un unique film, Loulou, qui est sorti à la fin des années 20. Ce film qui l’a fait connaître et qui sera ressorti des limbes dans lequel il se détériorait par Henri Langlois. C’est lui qui initie la restauration des bobines du film et qui redonne vie à Louise Brooks en la mettant en lumière en cette année 1956.

Tout au long du roman, par les conversations qu’elle a avec Angela, Helmut, et tant d’autres, et dans lesquelles elle égrène ses souvenirs, Louise Brooks revit sous nos yeux. Les années de gloire, la chute, les voyages, Berlin, Paris, New-York, les nombreux amants, les blessures de l’enfance jamais effacées, le succès puis l’oubli, l’écriture et le travail à la fondation Eastman qui lui a permis de vivre toutes ces années pendant lesquelles le cinéma l’a oubliée.

Je connaissais très mal la vie de cette actrice dont chacun connaît pourtant au moins le nom et la coiffure si caractéristique, frange et carré coupé court dévoilant la nuque. J’ai apprécié de la découvrir avec ses qualités et ses défauts, et de revisiter à travers sa carrière une partie de l’historie récente de nos deux continents que sont l’Europe et l’Amérique du Nord.

Catalogue éditeur : éditions Lemart

Alors qu’Angela accompagne son mari à l’aéroport d’Idlewild de New-York, un soir de 1957, elle fait la rencontre d’une femme brune : » Je ne me suis pas présentée. Je suis Louise Brooks ! » C’est l’actrice du muet, rendue célèbre 30 ans plus tôt pour son rôle dans Loulou.
Louise, elle, raccompagnait Helmut à son avion. Il avait été 3e assistant sur le film de Wilhem Pabst. Que s’était-il réellement passé entre eux à l’époque ? A peine quelques verres de gin consommés, son passé resurgit au fil de la conversation.
Le départ de l’avion Lockheed Constellation ouvre le roman, avec le vrombissement de ses quatre moteurs et leurs panaches de fumée.

EAN : 978B08SW5CN7Q / 205 pages / 13/01/2021 / 19,90€

Tant que le café est encore chaud, Toshikazu Kawaguchi

Prendre une leçon de vie dans le café de tous les possibles

Quel est le lien entre les différentes personnes qui fréquentent un même lieu, en l’occurrence, le café Funiculi funicular à Tokyo ?

Dans ce café insolite on retrouve tour à tour Fumiko, cette jeune femme qui a rendez vous avec son petit ami au café ;
Mlle Hiraï, cette autre jeune femme toujours pressée, les bigoudis sur la tête, qui semble être une femme tellement libre, pourtant elle refuse de rencontrer sa sœur Kumi chaque fois que cette dernière vient la voir à Tokyo ;
Mr Fusagi et son éternelle revue de voyage qu’il annote depuis tant de mois, accoudé à l’entrée du café et son infirmière la très discrète Mme Kotâke ;
Kei, l’épouse de monsieur Nagare qui tient le café et attend leur premier enfant, malgré de réels soucis de santé ;
Et cette femme en blanc qui lit toujours le même livre, assise chaque heure de chaque jour à la même place, sur la même chaise, inlassablement.

Et si le lien était justement le secret de ce café hors du temps qui n’a jamais changé depuis sa création cent quarante ans plus tôt ? Car dans ce café aux trois pendules, le voyage que l’on vous propose est à faire dans le passé ou dans le futur. Mais rien, jamais ne peux changer après que vous ayez fait ce voyage, ni le futur, ni le passé, ni le présent.

S’il y a plusieurs conditions pour pouvoir effectuer ce voyage singulier, la plus impérative est qu’il faut revenir à l’instant présent tant que le café est encore chaud. Alors si c’est aussi compliqué, et si rien ne peut changer, pourquoi tentent-elles leur chance ces femmes qui embarquent pour un voyage dans le temps ? Et si la réponse était simplement dans le fait qu’il existe une autre façon d’accepter et de voir les autres, ne pas chercher à changer ce qui est, mais au contraire comprendre qu’il faut changer soi-même ?

Voilà un joli roman qui interroge sur notre volonté de modifier le cours des choses avant même notre façon d’être. Une leçon de vie et de philosophie à la fois simple et évidente. La sobriété et la délicatesse du Japon émaillent ces pages pour le plaisir du lecteur. Un roman très agréable à lire.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Traducteur : Miyako Slocombe

Chez Funiculi Funicula, le café change le cœur des hommes.
A Tokyo se trouve un petit établissement au sujet duquel circulent mille légendes. On raconte notamment qu’en y dégustant un délicieux café, on peut retourner dans le passé. Mais ce voyage comporte des règles : il ne changera pas le présent et dure tant que le café est encore chaud.
Quatre femmes vont vivre cette singulière expérience et comprendre que le présent importe davantage que le passé et ses regrets. Comme le café, il faut en savourer chaque gorgée.

01 octobre 2021 / 17,90 € / 240 pages / EAN : 9782226458506

Les oubliés, John Grisham

Plonger dans les méandres de la justice avec ce thriller efficace et parfaitement maîtrisé

Cullen Post est un avocat atypique. Pasteur de l’église épiscopale, il a exercé son métier d’avocat en cabinet avant de rejoindre Les Anges Gardiens. Cette association à but non lucratif a pour mission de faire sortir de prison, et parfois même du couloir de la mort, les condamnés innocents des crimes qui leur ont été reprochés. Avant de décider de s’occuper de ceux qui les appellent au secours, une enquête poussée est menée par les membres de l’association.

Le jour où Quincy Miller les sollicite alors qu’il est déjà dans le couloir de la mort et emprisonné depuis 22 ans, Cullen Post prend l’enquête en main.

Quincy Miller à été condamné pour le meurtre violent de Russo, un jeune avocat qui exerçait dans la petite ville de Seabroke. Tout le travail des Anges Gardiens est alors de remonter les étapes de l’accusation et de la condamnation, d’en prouver les incertitudes et de mettre la lumière sur toutes les incohérences et les mensonges qui ont permis cette condamnation inique. Et l’on se rend vite compte que dans cette petite ville, comme dans bien d’autres aux Usa, la culpabilité d’un homme noir arrangeait bien les affaires d’un shérif vénal aux manières fort contestables.

Tout au long de l’enquête qui s’avère longue et délicate, Cullen Post travaille sur d’autres missions en parallèle. Ces multiples intervenants m’ont parfois un peu perdue, mais au final j’ai apprécié ce thriller à l’écriture aussi efficace que sobre. Pas de circonvolutions littéraire ou de description inutile, des faits, des actions, des résultats émaillent cette intrigue réaliste et d’autant plus passionnante que l’auteur s’est inspiré de faits réels.

Il y a longtemps que je n’avais pas lu de thriller de John Grisham. J’ai trouvé que cette version audio met en valeur son écriture dynamique, factuelle, rythmée, et sa connaissance du milieu judiciaire américain.

Catalogue éditeur : Audiolib et JC Lattès

À Seabrook, petite ville de Floride, le jeune avocat Keith Russo est tué à coups de fusil alors qu’il travaille un soir dans son bureau. L’assassin n’a laissé aucun indice. Aucun témoin, aucun mobile. Mais la police trouve bientôt un suspect, Quincy Miller, un homme noir et ancien client de Russo. Quincy est jugé et condamné à une peine de réclusion à perpétuité. Pendant vingt-deux ans, il se morfond en prison et ne cesse de clamer son innocence. Il n’a pas d’avocat, personne pour le défendre. De désespoir, il écrit une lettre aux Anges Gardiens, une fondation où travaille Cullen Post, avocat et ancien pasteur de l’Église épiscopale. Les Anges Gardiens n’acceptent que très peu d’affaires. Post sillonne le pays pour tenter de réparer les erreurs judiciaires et sauver des innocents. Le cas de Quincy Miller, toutefois, représente un défi d’une tout autre nature. Des gens puissants, violents et sans pitié ont assassiné Keith Russo, et ils ne veulent pas voir Quincy Miller disculpé. Ils ont tué un avocat il y a vingt-deux ans, ils en tueront un deuxième sans hésitation.

Traduit par Dominique Defert / Lu par Nicolas Charbonneaux

Parution : 07/07/2021 Éditeur d’origine JC Lattès Durée 11h04 EAN 9791035406288 Prix du format physique 24,90 € EAN numérique 9791035406202 Prix du format numérique 22,45 € Date de parution 07/07/2021

Une famille presque normale, M.T. Edvardsson

Jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour sauver votre enfant ?

La famille Sandel est une famille tout à fait banale, nonobstant le fait que le père soit pasteur. c’est un homme respecté par la communauté, dont l’épouse avocate ne compte pas les heures pour réussir dans son métier, au détriment parfois de la relation avec leur fille unique. Cette dernière est régulièrement en rébellion contre ses parents, comme le sont souvent les adolescents.

Pourtant, le jour où Stella est soupçonnée de meurtre de Christopher Olsen, son petit ami, chacun va tenter de comprendre son geste, si geste il y a eu, et surtout essayer à tout prix de la disculper. Comment cette jeune fille rebelle mais qui n’a qu’un seul but depuis des mois – celui d’économiser pour partir en voyage en Asie- peut-elle avoir commis l’horrible meurtre dont on l’accuse. Bien sûr elle conteste l’autorité parentale, bien évidement elle s’oppose fermement à tout ce qui la choque ou la contrarie, oui, elle a une vie secrète dont les parents n’ont pas la moindre idée, mais de là à assassiner son amoureux du moment il semble y avoir un grand pas…

Tour à tour, le père, la fille puis la mère, narrent cette histoire, chacun avec sa vision. Ils en dénouent les fils en donnant à chaque fois leur version des différents événements, et bien sûr en dévoilant des éléments connus d’eux seuls.

Peu à peu, la tension monte, les soupçons pèsent tantôt sur l’un ou l’autre des protagonistes sans que le lecteur ne sache vraiment à quoi s’en tenir, tentant de relier entre elles les différentes pistes qui lui sont proposées.

L’auteur nous pose ici la question essentielle qui est de savoir jusqu’où des parents sont prêts à aller, y compris s’il le faut à se parjurer, pour sauver leur enfant, et ce quelle que soit la faute présupposée de ce dernier. Et interroge sur la famille, normale ou pas, et sur les relations pas toujours sereines entre parents et enfants.

J’ai apprécié aussi l’intéressante mise en relief de l’appareil judiciaire suédois, du travail des avocats et de la police. C’est efficace, ça sonne juste, et c’est rondement mené. Un thriller psychologique qui malgré quelques lenteurs embarque ses lecteurs jusqu’à la dernière page.

Un roman lu dans le cadre du jury du Prix Nouvelles Voix du Polar Pocket 2021

Catalogue éditeur : Pocket

Rémi Cassaigne (Traducteur)

Une famille suédoise tout ce qu’il y a de normal, ces Sandell…
Le père, pasteur. La mère, avocate. Une fille de 19 ans, bosseuse, qui rêve de voyages au long cours.
Le samedi, on file au cinéma. Le dimanche, en forêt. Ils trient leurs déchets, n’oublient jamais leur clignotant, rendent toujours à temps leurs livres à la bibliothèque.
Normale en apparence, du moins, comme toutes les familles qu’un meurtre sordide s’apprête à faire basculer dans l’horreur…

Né en 1977, Mattias T. Edvardsson a été élevé à Trelleborg, en Suède. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont deux pour la jeunesse. Professeur dans le secondaire, il vit avec sa famille à Löddeköpinge, en Suède. Une famille presque normale (Sonatine, 2019) est son premier roman traduit en français.

8.70 € / EAN : 9782266294539 / Nombre de pages : 624 / Date de parution : 15/10/2020

Le Pensionnat des innocentes, Angela Marsons

Faut-il déterrer les plus sombres secrets ?

Ils étaient cinq, penchés vers on ne sait quel secret qu’ils protègent depuis dix ans.

Lorsque l’une d’entre eux se fait assassiner dans sa baignoire, tous commencent à trembler. Mais qui est capable de les relier entre eux, quel secret inavouable ont-ils en commun, et pourquoi cette vengeance aussi longtemps après. Ce sont bien les questions que se pose Kim Stone, excellente et atypique enquêtrice du Pays Noir.

Kim Stone est inspectrice de police, tout chez elle respire l’enfance malheureuse et les problèmes, et cela se ressent au quotidien dans sa relation aux autres, pourtant elle excelle dans son étier. Aussi lorsqu’on lui demande de venir sur les scènes de crime, elle comprend vite que la réponse n’est sans doute pas aussi évidente qu’elle pourrait le paraître.

Enfant de l’assistance, une mère malade et meurtrière, un jumeau décédé trop jeune, et la voilà à fleur de peau face aux injustices que de vie. Elle va rapidement déceler le mystère et les silences, les relations entre des personnages qui de prime abord n’ont rien en commun. D’abord, pourquoi tenter d’interdire des fouilles archéologiques à priori sans incidence, pourquoi tenter d’empêcher de retourner la terre du côté du pensionnat pour jeunes filles de Creestwood, si l’on n’a rien a cacher. D’autant qu’il semble que les victimes se multiplient comme les petits pains, et que tous avaient au moins un point commun, avoir travaillé là.

Ce que j’ai aimé ?

Malgré quelques invraisemblances, ou alors la vie est bien dure, le rythme et le sujet sont particulièrement prenants. Addictifs même. Des personnages différents, aux caractères et aux passés bien campés, qui donnent tout son intérêt au roman.

La pauvreté a fait quelques ravages dans cette région oubliée de la Grande Bretagne. Car la misère, le chômage et le manque d’éducation ne permettent pas vraiment de s’en sortir. Alors on fait avec et on appartient à cette région du Pays Noir pour le meilleur mais surtout pour le pire.

J‘ai aimé ce personnage un peu cassé d’inspectrice au caractère bien trempé, pas très sociale ni attentionnée mais tellement efficace. S’il m’a semblé avoir déjà lu sur le sujet, le traitement est malgré tout intéressant, en particulier dans la façon d’envisager la relation à l’autre. Qu’il s’agisse du poids de l’enfance, de la maltraitance, des pensionnats pour jeunes filles considérées comme des rebuts de la société par quelques bien pensants au dessus de tout soupçon, mais aussi la maladie et la différence, le handicap et le regard porté sur celui qui en souffre, sont autant de thèmes abordés avec justesse et sensibilité, souvent sans en avoir l’air et sans faire perdre au lecteur le rythme de l’intrigue.

Difficile de ne pas penser en refermant la dernière page au roman de Jean-Christophe Tixier, Les mal-aimés, ou à Nickel Boys de Colson Whitehead.

Un roman lu dans le cadre du jury du Prix des nouvelles Voix du Polar 2021 éditions Pocket

Catalogue éditeur : Belfond, Pocket

Valérie BOURGEOIS (Traducteur)

2004. Par une nuit glaciale, cinq personnes scellent un pacte au-dessus d’une tombe fraîchement creusée.
Mais les secrets finissent toujours par remonter à la surface…

De nos jours, Teresa Wyatt, ancienne directrice du foyer pour filles de Crestwood, est retrouvée noyée dans sa baignoire.
Au même moment, Crestwood fait la une des médias : des fouilles archéologiques viennent de mettre au jour le squelette d’une adolescente enterrée dans le jardin. 
Coïncidence ? L’inspectrice Kim Stone n’y croit pas. Et quand les ossements d’autres fillettes sont exhumés, l’affaire prend rapidement un tour personnel pour cette jeune flic au tempérament plus tranchant qu’une lame de rasoir. Elle qui a connu l’assistance publique est bien décidée à rendre justice aux innocentes oubliées de tous dans ce lieu cauchemardesque…

Angela Marsons a rencontré un succès éditorial considérable avec Le Pensionnat des innocentes (Belfond, 2018 ; Pocket, 2020), premier tome des enquêtes de l’âpre inspectrice Kim Stone. Depuis, la série n’en finit pas de séduire les lecteurs, avec plus de quatre millions d’exemplaires vendus à travers le monde. Nos monstres est le deuxième épisode à paraître chez Belfond. Angela Marsons vit dans le Black Country, en Angleterre, avec sa compagne et leur petite ménagerie.

Collection : Belfond Noir : Date de parution : 16/05/2018 / EAN : 9782714476425 / pages : 432
Pocket : EAN : 9782266297394 / pages : 464 / 8.20 €

Prix des Nouvelles Voix du Polar 2021 éditions Pocket

Voici les finalistes du Prix des Nouvelles Voix du Polar français et du Prix des Nouvelles Voix du Polar étranger des éditions Pocket.
Comme les deux années précédentes, j’ai la chance de faire partie du jury.

Un mois pour lire les 4 titres en lice et voter pour son favori. Ce sont les votes des lecteurs qui permettent d’élire les lauréats 2021.

La sélection Polar français

  • Alexis Laipsker, Et avec votre esprit (Michel-Lafon)
  • Vincent Ortis, Pour seul refuge

La sélection Polar étranger

  • Angelo Marsons, Le pensionnat des innocentes (Belfond)
  • M.T.Edvardsson, Une famille presque normale (Sonatine)

La maîtresse du peintre, Simone van der Vlugt

Faire tomber Rembrandt de son piédestal à travers sa relation avec Geertje Dircx, la nourrice de son fils

Geertje Dircx n’est sans doute pas née sous la meilleure étoile possible, même si une partie de sa vie a malgré tout été heureuse et confortable. Pourtant, Simone van der Vlugt nous dévoile ici la relation ambiguë qu’elle a eu avec Rembrandt et la façon bien peu glorieuse qu’à eu l’artiste pour s’en débarrasser. Car s’en débarrasser est bien l’expression qui convient. En 1650, lorsque s’ouvre le roman, Geertje est arrêtée par la maréchaussée et emmenée de force dans une maison de correction dans laquelle elle passera douze très longues années. Que s’est-il donc passé pour en arriver là ?

Issue d’un milieu très modeste, la jeune femme travaille à Édam au marché aux poissons, puis part à la ville pour se proposer comme servante dans une auberge à Hoorn. Elle y rencontre Abraham, un marin qui souhaite rapidement l’épouser. Hélas, la jeune femmes devient veuve très jeune et ses espoirs de vie meilleure s’envolent avec le décès prématuré de son époux. La voilà ensuite entrée au service d’une famille aisée de sa ville pour s’occuper de leurs enfants. Elle entre au service de de Rembrandt, pour aider son épouse, puis devient gouvernante de son fils Titus au décès de Saskia.

Une relation d’abord ambiguë, puis amoureuse s’instaure alors entre l’artiste et la jeune femme. Mais dans la Hollande puritaine de l’époque, il est impossible de vivre une relation amoureuse hors mariage. De promesses en mensonges, Rembrandt se lassera vite de celle qu’il ne pourra dans tous les cas jamais épouser.

Ce que j’ai aimé ?

Cette incroyable et violente incursion dans la vie de Geertje, la façon dont elle sera traitée par son amant qui pourtant a tant besoin d’elle, la violence du rejet après l’amour et le bonheur de façade, jamais consolidé par de quelconques liens. Et surtout la façon ignoble dont le maître absolu de la peinture flamande s’est débarrassé de celle qui le gênait.

Je ne peux que vous recommander cette lecture, émouvante, instructive, avec de vrais accents féministes, qui replace les hommes à leur vraie place et montre une fois de plus à quel point il est difficile pour les petits d’entrer durablement dans le cercle des grands. J’ai aimé le côté historique du roman qui nous fait découvrir les us et coutumes du Amsterdam du siècle d’or. Cela m’a fait penser au roman Miniaturiste, Jessie Burton, qui se situe en 1686, et que j’avais également beaucoup aimé.

Catalogue éditeur : 10/18, Philippe Rey

Traduction de Guillaume Deneufbourg

L’histoire saisissante et vraie de Geertje Dircx, maîtresse désavouée du peintre Rembrandt, ici réhabilitée. Un jour de juillet 1650, Geertje Dircx est arrêtée par la ville d’Amsterdam, poussée de force dans une voiture et conduite à la Spinhuis de Gouda, maison de correction pour femmes où elle restera enfermée douze… Lire la suite

Auteure à succès aux Pays-Bas, Simone van der Vlugt a publié des romans historiques et des thrillers. Elle a reçu plusieurs récompenses, dont le prestigieux Prix du Livre de l’année.

Date de parution : 20 mai 2021 EAN : 9782264078063 / pages 312 / prix 7.80 €

Le dilemme, B.A. Paris

Parler, ou se taire ? Quand silences et non-dits troublent l’équilibre d’une famille

Livia rêve de cette fête d’anniversaire depuis ses vingt ans. Le jour est enfin arrivé, elle a quarante ans et tout est enfin prêt pour célébrer cette date qu’elle veut unique, festive, joyeuse, et qui va remplacer la cérémonie de mariage qu’elle n’a jamais eue. Adam, amoureux comme au premier jour, ne sait pas comment faire plaisir à sa femme. Il a organisé une jolie surprise pour son épouse.

Ils ont deux enfants. Josh est né lorsqu’ils étaient encore étudiants. Il a bouleversé l’avenir de Livia, l’a privée de ses études et du mariage dont rêvaient pour elle ses parents, mais il fait le bonheur de sa mère. Marnie, étudiante à Hong-Kong, est la fille à son père, celle qu’il adule en secret et à qui il pourrait passer toutes les folies. C’est grâce à leur entente parfaite que Marnie et Adam ont concocté dans le plus grand secret la surprise idéale pour Livia.

L’auteur nous entraîne alternativement dans la tête et les pensées de Livia, puis d’Adam, tout au long de cette journée unique de bien des façons. Et pendant ce temps, Marnie nous apparaît en fil rouge, tantôt fille aimante et aimée, tantôt mystérieuse et presque haïssable, sans qu’à aucun moment elle ne puisse s’expliquer.

Tout l’intérêt du roman, malgré certaines invraisemblances dans les sentiments et les situations décrits, vient du dilemme vécu par chacun des protagonistes, à propos de ce qu’il doit révéler ou pas. Peu à peu, on découvre que l’un comme l’autre connaissent des secrets à propos de leur fille, mais aucun des deux n’est prêt à les dévoiler pour ne pas gâcher la fête.

Alors, dira, dira pas, angoisse, inquiétude, chaque parent tait ce qu’il sait mais que le lecteur découvre par leurs points de vue. À chaque instant, on attend l’explosion, le clash, le retournement de situation, les mots qui doivent sortir mais restent muets, la journée se déroule heure par heure dans l’inquiétude, le quiproquo, l’interrogation secrète et tourmentée de l’un puis de l’autre.

Le poids des non-dits, les secrets, les silences, pèsent sur chacun des protagonistes et polluent leur relation heure par heure jusqu’au final que chacun attend comme une délivrance. Tant il est vrai que face au silence, les comportements des individus deviennent parfois incompréhensibles, et peuvent être interprétés différemment par celui qui les reçoit ou celui qui les émet, et cela perturbe profondément les relations entre les êtres humains.

Voilà un thriller que l’on peut qualifier de psychologique ou domestique, intéressant malgré quelques longueurs. Si j’ai aimé ma première lecture de cet auteur, il m’en faudra d’autres pour l’apprécier à sa juste mesure.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche, Hugo et Cie

Livia rêvait d’une soirée inoubliable pour son quarantième anniversaire. Alors Adam, son mari, a fait en sorte que la fête soit grandiose. Leurs amis sont tous là. Ne manque plus que leur fille, Marnie, qui viendra exprès de Hong Kong – Livia ne le sait pas, ce sera une surprise. Un sujet de conversation jette un furtif voile d’ombre parmi les invités : un avion s’est écrasé au Caire, le matin même. Mais il suffit d’un verre ou d’une invitation à danser pour ne plus y songer. Seul Adam le sait : Marnie aurait dû être à bord de cet avion. Heureusement, pense-t-il, qu’elle a manqué sa correspondance et qu’elle n’a donc pas pu monter à bord. Sans doute a-t-elle été transférée sur un autre vol. Dès lors, pas la peine d’inquiéter Livia, n’est-ce pas ?…

Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Vincent Guilluy.

Date de parution : 26/05/2021 / prix : 7,90€ / 384 pages / EAN : 9782253241508

Éditeur d’origine : Hugo et Compagnie / parution 8/05/2020 / ISBN papier : 9782755644777 prix 19,95€ / ISBN numérique : 9782755648829 prix 9,99€

Harvey, Emma Cline

Harvey Weinstein, manipulation ou emprise, séduction ou violence, autopsie d’un déni

Le procès vient de se dérouler. Long, ennuyeux, parfois même soporifique pour Harvey pourtant le premier intéressé. Cette dernière journée avant les résultat et la nuit qui va suivre s’annoncent longues et perturbées. Pourtant, il est serein cet homme en plein déni, rien ne peut lui arriver, et même si tous se sont détournés de lui, les affaires vont bientôt reprendre Il en est convaincu.

Armé de son déambulateur et de son mal de dos, mais surtout de son aveuglement et aplomb légendaire, rien ne peut l’atteindre. Sa dernière soirée dans la maison du milliardaire Vogel s’annonce longue et solitaire. Fort heureusement sa fille Kristin et Ruby, sa petite fille, viennent le voir pour alléger la soirée. Mais il n’est pas stressé, la confiance est là même si parfois un sournois regain de lucidité fait vaciller son assurance.

Les appels des avocats, les appels aux journalistes, à ces soutiens qui semblent l’avoir fuit, la visite du docteur avec son shoot miracle aux antidépresseurs pour apaiser ses douleurs, et les projets plein la tête avec son voisin Don DeLillo sont là pour lui montrer la lumière qui l’attend au bout du chemin.

C’est le récit imaginaire d’une nuit d’incertitude, la veille des résultats du procès en pleine période #metoo. Celle d’un homme dans le déni qui ne prend jamais la mesure de ses actes, espère et imagine jusqu’au bout des lendemains qui chantent. Après le succès du déroutant « The Girls » roman dans lequel elle s’est inspirée de l’affaire Charles Manson, Emma Cline évoque à nouveau un personnage réel de l’actualité contemporaine américaine, nous parle de ses faiblesses, de sa folie, de son rapport aux autres, aux femmes en particulier, à travers emprise et séduction, manipulation et violence.

J’ai aimé cette vision décalée et très personnelle qui amène ses lecteurs à envisager les affaires médiatiques dont elle s’empare sous un autre angle, beaucoup plus intime et au plus près de l’humain.

Condamné en mars 2020 à vingt-trois ans de prison pour viol et agression sexuelle et incarcéré depuis, Harvey Weinstein a fait appel, lundi 5 avril 2021 de cette décision, estimant que ses droits à la défense n’ont pas été respectés.

Catalogue éditeur : La Table Ronde

Traduction (Anglais) : Jean Esch

Harvey a mal partout. Le bracelet électronique n’arrange rien, il a les chevilles fragiles et craint de chuter dans l’escalier tapissé de la villa qu’on lui a prêtée. Demain c’en sera fini, il sera disculpé de tout ce qu’on lui a mis sur le dos dans le seul but de lui nuire. Dès demain il pourra se… Lire la suite

Paru le 06/05/2021 / 112 pages – 115 x 190 mm / ISBN : 9791037108272 / 14€

Francesca, Lina Bengtsdotter

Quand une inspectrice boderline résoud un énigmatique cold case

Charlie Lager est une inspectrice tourmentée depuis sa dernière enquête sur la disparition d’une jeune femme, Annabelle. Mais pas seulement par cela, car sa vie semble bien compliquée. Pourtant, lorsque son chef lui demande de prendre quelques jours de congés pour se ressaisir, c’est vers Gullspång qu’elle se tourne. Gullspång, la ville où s’est déroulée l’enquête et où elle a grandit. Elle vient soutenir Susanne, l’amie d’enfance tout juste larguée par son mari. Mais des rêves récurrents lui rappellent une autre disparition qui a eu lieu trente ans plus tôt.

Elle est secondée par Johan, un journaliste qui souhaite écrire un papier sur des cold case ayant pour sujet des disparitions. Ils se lancent à la recherche d’indices. Dans cette ville pauvre où la jeunesse désœuvrée n’a pas grand chose à espérer, si ce n’est partager quelques beuveries ou quelques joints, l’enquête s’avère compliquée. L’auteur alterne l’enquête de Charlie avec le récit de Francesca, des années auparavant, pour nous mener par le bout du nez vers un final très habilement mené. On s’y laisse prendre et la lecture devient rapidement addictive.

Ce que j’ai aimé ?

Découvrir une nouvelle autrice nordique à la plume bien trempée. Caractères, situations et psychologie des personnages sont bien campés. La vie dans cette bourgade tout comme les états d’âme des jeunes mais aussi ceux de la police de Stockholm sont finalement tout à fait universels. Les descriptions et l’environnement constituent un dépaysement assez fort pour avoir envie d’y retourner.

Par contre, je n’avais pas lu le premier roman, Annabelle, mais avec les nombreux retours et allusions à la précédente enquête, il me semble important de l’avoir lu avant pour apprécier encore mieux celui-ci.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2021 Policier

Catalogue éditeur : Marabout, Le Livre de Poche

Charlie Lager espérait ne plus avoir à revenir à Gullspång, la petite ville où elle a grandi. Mais voici qu’une affaire non résolue refait surface : une trentaine d’années plus tôt, Francesca, seize ans, avait quitté la propriété familiale sans laisser de trace. Quelque chose dans cette histoire préoccupe Charlie, qui ne tarde pas à faire des rêves étranges. Lorsque son amie d’enfance, Susanne, que son mari vient de quitter, lui demande de la soutenir, Charlie la rejoint aussitôt. Elle embarque avec elle ses cauchemars et les questions sans réponse sur la disparition de Francesca. Rapidement, elle est confrontée au silence de ceux qui n’apprécient pas qu’on vienne déterrer les vieux dossiers.

Après Annabelle, Lina Bengtsdotter nous plonge dans une nouvelle enquête sans répit de l’inspectrice Charlie Lager.

Traduit du suédois par Anna Gibson.

Prix 8,40€ / 480 pages / Date de parution : 07/04/2021 / EAN : 9782253079330