Nicolas de Staël, la fureur de peindre

On ne peint jamais ce qu’on voit ou croit voir, on peint à mille vibration le coup reçu, à recevoir

Nicolas de Staël La fureur de peindre (© Pascal Gely)

Ils sont trois sur la scène du Lucernaire, au milieu de draps tendus comme les toiles de l’artiste. Un acteur, et deux musiciens qui improvisent un accompagnement musical chaque soir. Ils font revivre le temps d’un spectacle le talent, les émotions, les interrogations et la vie de Nicolas de Staël. Sur les toiles, des projections de certaines œuvres nous rappellent la fulgurance de sa créativité, les formes qui se dissolvent pour n’être plus que tonalités, aplats de couleurs, alternance entre l’éclat de tons chauds et de couleurs intenses et la mélancolie douce et froide de gris et de noirs.

Un peu plus d’une heure pour entrer dans l’univers de l’artiste, pour mieux comprendre son œuvre à travers les lettres qu’il a envoyées de 1943 à 1955 à ses amis, en particulier à René Char, mais aussi à Jeanne, à sa femme, à Paul Rosenberg, son galeriste new-yorkais, etc. Assez pour apprécier la qualité et la force de cette correspondance abondante, mélancolique parfois, passionnée et sincère, souvent poétique, jamais amère même dans l’adversité.

Les textes alternent les moments heureux avec ceux où le manque d’argent se fait sentir au point de demander de l’aide, la rencontre avec Jeannine sa compagne artiste comme lui puis le décès de cette dernière, la rencontre avec sa femme, puis avec Jeanne dont il tombe éperdument amoureux, enfin la réussite qui exacerbe ses questionnements sur la qualité de sa création et le plonge dans le doute et la dépression.

Les mots de Staël pour décrire sa peinture, ou celle de Vélasquez et des artistes qu’il admire au musée du Prado sont un émerveillement et une ouverture pour mieux appréhender son œuvre. Nicolas de Staël aura peint en quelques années des centaines de toiles, des nus, des marines, des paysages, des ciels et des nuages aux couleurs sans cesse réinventées…

Le temps passe trop vite, l’accompagnement musical donne une densité et une force aux textes et aux moments de sa vie ainsi abordés. L’acteur n’essaie pas d’être Nicolas de Staël, mais d’une certaine façon, à travers ses mots, il incarne cette créativité et cette recherche de perfection qui habitent cet artiste si singulier.

Ce qu’en dit le Lucernaire :

D’après lettres 1926-1955 de Nicolas de Staël (éditions le bruit du temps) et René Char, Nicolas de Staël, correspondances 1951-1954 (éditions des Busclats, © éditions des busclats pour René Char)

Adaptation et mise en scène Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco
Avec Bruno Abraham-Kremer (comédien) Hubertus Biermann (jeu et contrebasse) jean-baptiste Favory (électroacoustique)

À l’écoute des lettres de Nicolas de Staël, on est saisi de stupeur et d’émotion. Éblouis, on pénètre comme par effraction dans son atelier, au cœur de sa création, dans son monde de ciels et d’eau, de matières incandescentes… mais aussi dans l’intimité de sa vie, de ses amitiés, dont celle du grand René Char, de ses passions amoureuses. Le spectacle est une tentative de transmettre ce cadeau à tous : par la performance d’un trio d’acteur et de musiciens, faire renaître la vibration intérieure de l’artiste, sa poésie, la fulgurance de sa parole et « l’intensité de sa frappe » sur la toile blanche.

À propos de Nicolas de Staël

Je sais que ma vie sera un continuel voyage sur une mer incertaine …

Nicolas de Staël (Von Holstein) naît le 5 janvier 1914 à Saint-Pétersbourg, dans une famille aristocratique russe. En octobre 17, ils sont contraints de fuir la Révolution. Sur la route de l’exil, Nicolas perd successivement son père et sa mère, et en 1922, il est recueilli avec ses sœurs à Bruxelles par un couple russe, les Fricero. En 1933, il suit les cours de l’Académie Royale des Beaux-arts de Bruxelles.
En 1938, lors d’un voyage au Maroc, il rencontre la peintre Jeannine Guillou qui devient sa compagne et aura une immense influence sur lui. Le 22 février 42, Jeannine donne naissance à leur fille Anne.
En 1943, la famille retourne à Paris. Jeanne Bucher achète des dessins à Nicolas et prête un logement à la famille. Georges Braque manifeste sa sincère admiration pour le jeune peintre, et ils noueront des liens d’amitié très étroits. Ce sont des années marquées par la faim et les privations. Jeannine meurt en 1946. Peu de temps après, il épouse Françoise Chapouton dont il aura 3 enfants.
En 1949, le Musée national d’art moderne de Paris acquiert Compositions, il exige d’être accroché en haut de l’escalier pour être écarté du groupe des abstraits. En 1951, René Char, lui confie l’illustration de son livre Poèmes. Ce sera le début d’une amitié féconde.
À partir de l’année 1952, riche en création (plus de 240 tableaux), il expose en Angleterre, à Paris et aussi à New York, où il connaît un grand succès. L’exposition du 8 février 54 chez Paul Rosenberg se révèle un très grand succès commercial.
En 1954, il s’installe à Antibes, où vit Jeanne Polge, une amie de Char, mariée, dont il tombe éperdument amoureux. Malgré l’intérêt grandissant autour de son œuvre, Nicolas de Staël se suicide en se jetant du haut de son atelier à Antibes le 16 mars 1955. Il a 41 ans et laisse inachevée sa plus grande toile Le Grand Concert.

Nicolas de Staël réalise au cours d’une carrière fulgurante, entre 1942 et 1955, l’une des productions artistiques les plus libres et reconnues de l’après-guerre, dépassant l’opposition apparente entre abstraction et figuration. L’œuvre de Staël s’inscrit comme un événement unique dans la peinture du XXe siècle

Quand : du 30 septembre au 15 novembre 2020 du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 16h
 : théâtre du Lucernaire 53, rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris

Le peintre du dimanche, David Zaoui

Un roman léger, décalé et rafraichissant, avec un soupçon d’humour et de folie douce

Un roman paru sous le titre « sois toi-même les autres sont déjà pris » phrase empruntée à Oscar Wilde… D’où le changement peut être ?

Alfredo Scali est peintre, artiste, pas en bâtiment. Enfin, ça c’est lui qui l’affirme haut et fort tant à sa famille qu’à son inénarrable conseiller pôle emploi. Pourtant rien n’y fait, personne ne veut de ces rêves d’animaux qu’il a posé sur ses toiles.

Sa chère grand-mère est atteinte d’Alzheimer. Une association lui propose l’aide d’un singe capucin pour l’assister dans ses tâches quotidiennes. Mais c’est sans compter sur l’évolution de la maladie. Aussi, le jour où elle menace d’en faire du bouillon, Alfredo se voit contraint de récupérer Schmitt, le gentil singe amateur de beignets à la pistache. La cohabitation sera facile et plutôt joyeuse, et aura des conséquences inattendues pour Alfredo et la réalisation de ses ambitions d’artiste.

De péripéties en courriers rageurs auprès de son conseiller, Alfredo va finir par trouver le succès auprès d’un galeriste… Mais qui est le véritable auteur des œuvres exposées ? Et comment va-t-il se dépêtrer de ces accommodements pas vraiment raisonnables qu’il mène avec sa conscience.

 Le roman est parsemé de nombreuses invraisemblances et de tout aussi nombreuses expressions empruntées, mais le personnage central est plutôt attachant et la morale de l’histoire est sauve. L’auteur pose également quelques questions, comment vivre en étant réellement soi-même, réaliser ses rêves, être honnête avec soi et les autres. Le tout en fait un moment de lecture qui s’il a quelques défauts est cependant léger et décalé.

Roman lu dans le cadre de ma participation au Jury du Prix des Lecteurs du Livre de Poche 2020

Catalogue éditeur : Le Livre de Poche & JC Lattès

Tout sourit à Alfredo Scali, peintre ambitieux : il vient d’être repéré par un grand galeriste parisien et peut enfin se débarrasser de son conseiller Pôle Emploi ! Ses parents sont aux anges. Même Schmidt, le petit singe hérité de sa grand-mère, semble fier de lui. Et pour cause : le capucin malicieux, accro aux beignets à la pistache et à Starsky sans Hutch, est le véritable auteur des toiles ! Comment Alfredo va-t-il se sortir de cette situation ?
D’une friterie belge aux plages paradisiaques de République dominicaine, il nous entraîne dans une aventure ubuesque.
Avec sa galerie de personnages hauts en couleur et une belle palette d’humanité, ce roman réjouissant est un bijou de fantaisie.

Né en 1977 en banlieue parisienne, David Zaoui a suivi les cours Florent et travaillé comme réalisateur et producteur dans le cinéma pendant plusieurs années, notamment aux États-Unis. Lauréat du Festival du premier roman de Chambéry 2018 pour Je suis un tueur humaniste, il se consacre aujourd’hui à l’écriture. 

288 pages / Date de parution : 06/05/2020 / EAN : 9782253240679

Le Greco, Grand Palais

Rétrospective chronologique d’un artiste singulier «  dernier grand maître de la Renaissance, premier grand peintre du Siècle d’Or »

Mystique ? Fou ? Tout a été dit sur son œuvre et sur cet artiste atypique. Né en 1541 en Crète, Domenico Theotokopoulos, dit Le Greco, fait son premier apprentissage dans la tradition byzantine.  Inspiré depuis toujours par l’Italie de la renaissance, il va parfaire sa formation à Venise en 1567.

Lorsqu’il s’installe à Rome en 1570, il découvre les grands artistes de l’époque. Il rencontre Le Titien, et les œuvres Michel-Ange mort depuis quelques années. Il emprunte les compostions du Tintoret, le clair-obscur de Bassano, ou les couleurs du Titien, et à son tour passe maitre dans l’art du portrait.

N’arrivant pas à trouver sa place, il quitte l’Italie en 1577 pour Madrid puis Tolède. Là, il reçoit de nombreuses commandes, y compris pour l’Escorial du roi Philippe II. Cherchant à se singulariser, il va proposer d’autres modèles, couleurs, formes, et ainsi créer puis imposer son propre style.

Certains personnages semblent avoir sa faveur, les Saints, la Pietà, Marie-Madeleine ou encore Jésus chassant les marchands du temple. Il les représente souvent méditatifs, visages penchés, comme repentants, aux yeux larmoyants, aux mains fuselées, aux doigts infiniment longs, ou au contraire auréolés de gloire. Il pose sur ses toiles des détails anachroniques, mais aussi parfois les portraits de ses maitres.

Compositions aux personnages rassemblés, ou au contraire démesurément allongées, bras levés vers le ciel, personnages étirés nimbés de couleurs vives sur fond sombres… Tout au long de sa carrière, il aura également peint à de multiples reprises la même toile à laquelle il apporte quelques modifications mineures. Idée reprise dans les séries par Monet ou Warhol ?… Le Greco meurt en 1614 à Tolède, à l’âge de soixante-treize ans.

L’exposition du Grand Palais propose 75 œuvres de divers formats, très peu de dessins, mais il faut dire que très peu sont parvenus jusqu’à nous.

Quand : jusqu’au 10 février
Où : Grand Palais 3 Avenue du Général Eisenhower, 75008 Paris

Torrentius, Colin Thibert

Découvrir la vie tumultueuse et le talent d’un peintre méconnu avec Torrentius, le roman historique réaliste et truculent de Colin Thibert

Né en 1589 à Amsterdam, Johannes van der Beeck dit Torrentius est un peintre qui réalise les natures mortes les plus incroyables de son époque, grâce à une technique inédite qui lui permet d’obtenir une lumière unique. Un émissaire du roi d’Angleterre le remarque et lui passe commande d’une toile au nom du roi Charles Ier d’Angleterre.

Torrentius est un homme frivole qui aime les beaux habits et les bijoux, le vin et les filles. Ce libertin invétéré aime s’encanailler dans les auberges sans toujours y payer son écot, profiter de la vie dans tout ce qu’elle peut lui offrir, et clame haut et fort que son coup de pinceau est l’œuvre du diable. Il profite également de son grand talent pour réaliser quelques gravures pornographiques qu’il fait vendre sous le manteau. Mais vivre cette vie-là, c’est hélas oublier qu’aux Pays Bas à cette époque règnent les prédicants et l’austérité de la religion calviniste.

Arrêté par le bailli d’Harlem qui a juré sa perte, Torrentius est torturé, jugé puis condamné. Il sera sauvé in extremis par Charles Ier d’Angleterre mais la torture et la prison auront eu raison de sa passion et de son art… Il meurt le 17 février 1644 à Amsterdam.

Dans ce court roman, Colin Thibert fait efficacement ressentir à ses lecteurs l’ambiance délétère qui régnait dans cette Hollande du XVIIe siècle et dans les pays calvinistes. Quand la raison divine devient prépondérante, et que les diktats religieux font fi des relations humaines. Il décrit un homme certes libertin, mais surtout un génie de la peinture au caractère trempé et capable de résister aux épreuves infligées par l’Homme. Un roman qui fait réfléchir sur la nature de l’homme et sur les aberrations qui sont commises lorsque les religions deviennent prépondérantes sur les lois des hommes, et ce qu’elles qu’elles soient.

Si l’on se souvient bien des dégâts provoqués par l’inquisition aussi bien en France qu’en Espagne, on connait souvent moins bien cette chasse aux sorcières et aux mécréants qui a également frappé les provinces du nord. La prospère et bourgeoise Hollande du XVIIe siècle est aux mains des protestants qui prônent une vie aussi rigide qu’austère au service d’un Dieu bien peu compatissant.

Le roman de Colin Thibert m’a fait penser au roman Miniaturiste de Jessie Burton, qui se passe à Amsterdam en 1686, ou encore à La rose de Saragosse de Raphaël Jerusalmy, où l’on retrouve les folies criminelles de l’inquisition.

Le seul tableau de Torrentius qui a survécu à la destruction de toute sa production, Nature morte avec bride et mors, 1614, est conservé au Rijksmuseum d’Amsterdam.

Catalogue éditeur : Héloïse d’Ormesson

Sous le nom de Torrentius, Johannes van der Beeck peint les plus extraordinaires natures mortes de son temps et grave sous le manteau des scènes pornographiques qui se monnayent à prix d’or. Dans l’austère Haarlem du XVIIe, ce provocateur flamboyant, noceur invétéré et fornicateur insatiable, fascine autant qu’il dérange. Certains donneraient cher pour le neutraliser. Un bailli zélé mène l’offensive et le traduit en justice. Sous la menace de la torture, le blasphémateur acceptera-t-il de se renier ?
Aussi précis et raffiné que les toiles de ce génie oublié de la peinture flamande, Torrentius est le roman du destin contrarié d’un avant-gardiste. Recomposant le tableau de cette existence tumultueuse, la plume savoureusement anachronique de Colin Thibert nous invite à côtoyer cet hédoniste libertaire.

128 pages | 15€ / Paru le 22 août 2019 / ISBN : 978-2-35087-537-8

Photo de couverture © Paulette Tavormina, courtesy the artist and Robert Mann Gallery, New York

Hammershøi, le maître de la peinture danoise, musée Jacquemart André

Visiter l’Expo « Hammershøi, le maître de la peinture danoise » et ressentir un moment de sérénité pure à contempler ces toiles en impressions de gris et blancs.

Un artiste éternellement contemporain, superbement étonnant, une jolie découverte. Apparemment tombé dans l’oubli pendant de nombreuses années, Wilhem Hammershøi (1864-1916) est parfois considéré comme le Vermeer du XX° siècle.

Il se dégage de ces quelques 40 toiles, à mesure que l’on progresse dans les salles, une telle sérénité, un tel calme, que l’on a envie d’y revenir. Si le thème des intérieurs était en vogue à l’époque chez les peintres danois, il l’a en quelque sorte sublimé. Les couleurs sont quasi absentes, essentiellement des tonalités de gris, bruns, blancs, tonalités froides donnant une impression de mélancolie, voire d’austérité, peu de meubles ou d’objets, et des compositions de lignes horizontales et verticales pour arrêter le regard… Chaque pièce semble la même et pourtant l’artiste a voyagé et peint les différents intérieurs dans lesquels il a évolué avec sa femme Ida.

Si la fiancée est représentée de face, l’épouse quant à elle ne le sera que de dos ou visage penché. Un parti pris artistique, pour ne retenir du tableau que les formes, la lumière, la pièce dans laquelle elle se situe ?

Alors oui, avouons-le, ce rendu est superbe. On a l’impression de se trouver face à des partis-pris photographiques, cadrage resserré, ombre et lumière, contrejour, suite de pièces et de portes… L’artiste est mort jeune, 51 ans, on peut se demander jusqu’où serait allé son désir d’abstraction dans ses œuvres…

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Le musée Jacquemart André met l’artiste danois à l’honneur jusqu’au 22 juillet. Ouvert 7/7 de 10h à 18h, nocturnes les lundis jusqu’à 20h30.

Nymphéas noirs, Cassegrain, Duval, Bussi

Être autant embrouillée par l’intrigue originale que séduite par l’adaptation de Duval et Cassegrain. Pari réussi pour l’adaptation en roman graphique du thriller de Michel Bussi, Nymphéas noirs, aux éditions Dupuis.

Nymphéas noirs est l’un des romans de Michel Bussi dont les lecteurs m’ont le plus parlé, mais que je n’avais encore jamais lu ; je commence donc par une expérience originale, et avouons-le géniale, l’adaptation en BD chez Dupuis de ce roman paru en 2011.

Il était une fois trois femmes, Stéphanie Dupin, la jeune et jolie institutrice du village, la vieille sorcière qui habite au moulin, et Fanette Morelle, une jeune fille très douée en dessin. Toutes trois vivent dans ce joli et champêtre coin de d’Eure. Joli, mais étouffant semble-t-il, car irrémédiablement figé au temps des impressionnistes. Trois femmes qui vont voir leurs vies bouleversées pendant quelques jours en mai 2010, parenthèses maudite entre la découverte du cadavre d’un notable du village, et un deuxième assassinat.

Enquête, contre-enquête, l’auteur brouille les pistes avec une intrigue hors du temps, maniant avec dextérité les illusions. Le graphisme superbe, tout en douceur et en nuances, fait la part belle à la magie qui opère au fil des pages. C’est beau, étrange. Un superbe hommage au talent de Claude Monet, en son village de Giverny. Ce roman graphique aborde avec bonheur les codes des impressionnistes et les mêle savamment à ceux du roman noir ; on s’y laisse prendre, avec l’envie de tout reprendre à zéro quand on a enfin terminé, car la surprise finale est à la hauteur de celles dont sait nous gratifier Michel Bussi. Quel plaisir de lire et pourquoi pas offrir ou faire lire, cette BD particulièrement réussie.

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Lire également les chroniques des romans de Michel Bussi :

Catalogue éditeur : Dupuis

Dans le village de Claude Monet, à Giverny, vivent trois femmes : une fillette passionnée de peinture, une séduisante institutrice et une vieille dame recluse qui observe tout depuis sa fenêtre. Lorsqu’un meurtre est perpétré dans ce tableau pourtant idyllique, ce sont tous les secrets et les non-dits qui ressurgissent…
Une remarquable adaptation par Fred Duval du roman culte de Michel Bussi, auquel Didier Cassegrain rend sublimement hommage à la façon des impressionnistes.

Collection : Aire Libre / Genre : Suspens & Thrillers / Roman graphique / Drame / Age du lectorat : 15+ / Date de parution : 25/01/2019 / EAN : 9782800173504 / Nombre de pages : 144

Pauline de Perval, L’or du chemin

« L’or du chemin » de Pauline de Perval nous transporte au cœur de la Renaissance italienne, à la recherche de l’amour, dans le milieu des artistes qui ont fait la gloire de l’Italie.

Couverture du livre "L'or du chemin" Pauline de Perval blog Domi C Lire

Parvenu au bout du chemin, Giovanni se tourne vers son passé. Cet artiste florentin (né de l’imagination de l’auteur) rêvait d’absolu, jeune apprenti dans l’atelier de ses maitres successifs (bien réels quant à eux !). Il écrit une lettre, mais à qui ? La réponse, comme sans doute une partie des réponses à sa quête d’absolu, n’arrivera qu’à la fin du roman.

Au début de la Renaissance, cet apprenti d’à peine 16 ans déjà très doué pour la peinture, souhaite plus et mieux. Ce ne sont pas les mathématiques qui doivent lui indiquer le chemin, point de codification ou de règle, seuls ses sentiments, son art, et ses recherches doivent le guider. Il veut produire des œuvres qui iront au plus près de l’émotion, puisant la force de ses réalisations au plus fort de sa passion, cherchant à atteindre le beau à travers son inspiration, en transfigurant la réalité pour accéder au sublime.

Il rencontre la belle Léonora, les deux jeunes gens tombent amoureux, mais ils ne font pas partie de la même classe de la société, toute union est impossible entre eux. Le jour où le père de Léonora lui choisit un mari, tous deux s’enfuient loin de la ville pour vivre leur amour cachés. Mais le sort et la morale les rattrape, et Léonora est enfermée au couvent, inaccessible et invisible. Giovanni part alors en quête de cet absolu qu’il tentait de poser sur la toile, pratiquant maints métiers manuels, cherchant à trouver L’or du chemin, vers sa vérité intérieure, par cet éloignement et les épreuves qu’il s’impose.

Dans l’Italie du XVe siècle et les débuts du Quattrocento, la peinture et les commandes sont essentiellement des sujets religieux. La richesse de l’église lui permet de s’offrir ces merveilles réalisée par les plus grand maitres qui sont parvenues jusqu’à nous. C’est dans ce contexte que Giovanni ressent un besoin d’absolu. Par son art, comme d’autres par la prière ou par l’amour du prochain, il tente de donner un véritable sens à sa vie. En fuyant, c’est sa vérité qu’il tente de trouver.

L’auteur a ancré son intrigue dans la réalité, restituant les techniques de la peinture de l’époque, la complexité de l’usage des pigments, le rôle de chacun dans un atelier, les tensions entre riches familles et gouvernants qui dirigent en partie la vie du pays. L’Histoire est présente tout au long de l’ouvrage, même si le sentiment principal qui persiste à la suite de cette lecture est celui d’une certaine poésie et de l’importance d’aller au bout de la quête de soi, quel que soit le contexte … En cela, le roman est intéressant et agréable. Il m’a pourtant manqué un peu plus profondeur, de réalité, ou un je ne sais quoi pour m’attacher vraiment à Giovanni. J’ai eu l’impression de rester devant la toile sans entrer réellement dans sa vérité.

💙💙💙

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Qu’est-ce qu’aimer ? Comment mener une vie qui vise à l’essentiel ? Comment œuvrer à rendre l’homme meilleur ?
Ces questions d’hier et d’aujourd’hui sont au cœur de la quête de Giovanni,  un peintre florentin du début de la Renaissance. Pauline de Préval nous raconte son parcours singulier : les épreuves qu’il traverse, son combat contre ses doutes, mais aussi contre l’emprise de l’argent qui façonne la société de son temps, comme sa volonté de doter sa vie de sens. Léonora, sa bien-aimée, Brunelleschi, son ami, Starnina, son maître, le guident tour à tour vers le plus intime de lui-même.
Dans l’Italie enfiévrée du XVème siècle, un roman initiatique porté par une émotion intense, qui propose à chacun de retrouver la clef du paradis.

Édition brochée : 14.00 € / 30 Janvier 2019 / 140mm x 205mm / 144 pages / EAN13 : 9782226438874

Léonor de Recondo, Manifesto

Ce roman autobiographique nous entraine à la rencontre de Félix de Recondo, de sa fille Léonor et de l’ami Ernesto Hemingway.

Léonor de Recondo, écrivain violoniste, Félix de Recondo, peintre et sculpteur, se rejoignent dans cette chambre 508 de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière pour la longue et éprouvante dernière nuit du père. Là, les pensées de Félix s’envolent vers l’enfance, l’Espagne et le pays basque, mais aussi vers Ernest Hemingway, l’ami plus âgé que Félix va retrouver, car la mort aboli toutes les différences, d’âge en particulier.

Les chapitres, très courts, alternent les voix de Félix, de Léonor et d’Ernesto, pour nous rendre compte des belles choses du passé. La voix de Félix pour évoquer l’enfance, Amatxo et la grand-mère, l’amitié avec Ernest Hemingway, mais aussi la guerre civile espagnole, la destruction de Guernica, le franquisme, la lutte, la fuite vers la France, et l’exil, définitif qui vous ampute d’une partie de vous-même, la mort de ses enfants d’un premier lit. La voix de Léonor pour évoquer l’enfance aussi, avec ce père artiste qui lui façonne un violon unique, mais aussi pour évoquer la douleur de la perte du père, que l’on aime par-dessus tout, et ses dernières heures qui s’étirent dans la douleur et le souvenir, dans une austère et impersonnelle chambre d’hôpital. La voix d’Ernesto pour évoquer l’amour, les femmes, la guerre, la mort.

J’avais déjà aimé Amours du même auteur. Ici, dans un style différent, plus personnel, Léonor de Recondo nous offre un roman triste et beau comme des notes de violon qui s’échapperaient d’une chambre où l’on veille celui qui bientôt ne sera plus… Manisfesto est indiscutablement un superbe roman de cette rentrée de janvier.

Roman lu dans le cadre de ma participation au jury du Prix des lecteurs BFM l’Express

Catalogue éditeur : Sabine Wespieser

« Pour mourir libre, il faut vivre libre. » La vie et la mort s’entrelacent au cœur de ce « Manifesto » pour un père bientôt disparu. Proche de son dernier souffle, le corps de Félix repose sur son lit d’hôpital. À son chevet, sa fille Léonor se souvient de leur pas de deux artistique – les traits dessinés par Félix, peintre et sculpteur, venaient épouser les notes de la jeune apprentie violoniste, au milieu de l’atelier. L’art, la beauté et la quête de lumière pour conjurer les fantômes d’une enfance tôt interrompue.
Pendant cette longue veille, l’esprit de Félix s’est échappé vers l’Espagne de ses toutes premières années, avant la guerre civile, avant l’exil. Il y a rejoint l’ombre d’Ernest Hemingway. Aujourd’hui que la différence d’âge est abolie, les deux vieux se racontent les femmes, la guerre, l’œuvre accomplie, leurs destinées devenues si parallèles par le malheur enduré et la mort omniprésente.
Les deux narrations, celle de Léonor et celle de Félix, transfigurent cette nuit de chagrin en un somptueux éloge de l’amour, de la joie partagée et de la force créatrice comme ultime refuge à la violence du monde.
Parution 10 janvier 2019 / Prix : 18 €, 192 p. / ISBN : 978-2-84805-314-1

Deux stations avant Concorde. Peire Aussane

Dans « Deux stations avant Concorde » Peire Aussane  évoque les questionnements du couple, l’amour, la fidélité, ces belles promesses que l’on a envie de tenir, et la nécessité de se délivrer des entraves du passé pour mieux vivre son avenir.

Eve est artiste peintre, elle semble porter le poids de blessures intimes anciennes et se cherche chaque jour dans sa peinture et dans sa vie de mère de famille, d’épouse, de femme. Antoine, son mari est un nez, il hume, détecte, crée, assemble ces parfums qui nous enivrent. Mais le train-train, les enfants, et une certaine instabilité font que la vie d’Eve n’est pas aussi heureuse ni sereine qu’elle le souhaite.

Lorsque Antoine, part quelques jours en Russie pour son travail, Eve court se ressourcer auprès de ses parents à Paris. Les enfants sont pris en charge par leur grands-parents, Eve jouit du bonheur de parcourir la capitale en toute liberté, quand deux stations avant Concorde, elle croise le regard d‘un homme, et ce regard l’électrise, la transporte, réveille ses sens et ses envies.

De péripétie en coup de tête, Eve va se retrouver à Tokyo, là où semble habiter cet homme, là où sa grand-mère est partie après son divorce, là où semble-t-il les amants se retrouvent, se découvrent, se transportent. Arrivée là, Eve va donc suivre les traces improbables non de cet inconnu du métro, mais bien de sa grand-mère et de la vie qu’elle a vécue là-bas.

Un roman qui nous parle d’amour et de la complexité des relations, de la vie à deux, de la difficulté à maintenir les liens amoureux. De la difficulté sans doute aussi de se réaliser en tant que femme… et de la peur de la rupture, la prise de conscience de l’amour, du couple, de sa solidité et sa fragilité, du bonheur de créer et de maintenir la cohésion d’une famille. Une bonne connaissance du Japon nous entraine vers des paysages et une ambiance exotique à souhait et plutôt poétique. Même si les situations paraissent pour le moins incohérentes, Deux stations avant Concorde est un roman qui se laisse lire agréablement.

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Catalogue éditeur : Michalon

« Le mouvement des passagers dans le wagon m’oblige à le frôler pour sortir de la rame. J’avance sans réfléchir. Rien d’autre que l’intensité de ce face-à-face encore vivant ne peut s’infiltrer jusqu’à mon cerveau. Je m’en remets au rythme de mes pas qui m’éloignent de lui. J’écoute cette musique pour éviter de penser.
Cette musique est celle de ma survie, ou de ma plus belle erreur. »

Poussée par le mystère d’une rencontre improbable et enchanteresse dans le métro parisien, une jeune femme s’envole pour le Japon, laissant pour un temps son compagnon et leurs enfants.
Seule au cœur de Tokyo, ses pas la conduiront malgré elle vers le passé, réveillant une mémoire restée trop longtemps silencieuse.
Sensuel, insondable, le roman d’un retour à la vie et du souffle retrouvé.

Peire Aussane vit à Paris. Deux stations avant Concorde est son premier roman.

Broché – format : 13 x 20 cm /  ISBN : 978-2-84186-894-0 / 30 août 2018 / 192 pages

Que faire à New York ?

Visiter l’exposition Georgia O’keeffe, au New York Botanical Garden…

Domi_C_Lire_NYBG_Georgia_Okeeffe…et admirer les tableaux peints par l’artiste lors de son séjour à Hawaï, les plantes, les paysages qui l’ont inspirée, puis les retrouver tout au long du parcours au NYBG.
J’avais découvert quelques oeuvres de Georgia O’Keeffe lors de l’exposition The age of Anxiety, qui présentait des peintres américains au musée de l’Orangerie à Paris, et j’avais apprécié ses représentations de fleurs. Je l’ai donc retrouvée avec plaisir lors de cette visite.

Artiste peintre pionnière du modernisme américain, Georgia O’Keeffe (1887–1986) a été fortement inspirée par les paysages qui l’entouraient, des paysages du nouveau Mexique aux gratte-ciel de New York. Les fleurs, la nature, sont des thèmes qu’elle a également abordé et aimé tout au long de sa carrière d’artiste.

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L’exposition dans la galerie d’Art du NYBG offre une rétrospective (un peu trop courte à mon goût !) des œuvres peintes lors de son séjour de neuf semaines en 1939. Elle était missionnée par la Hawaiian Pineapple Company et devait en rapporter des œuvres pour une de leur campagne de promotion. on retrouve d’ailleurs le tableau Ananas dans leurs publicités de l’époque.

Elle y a peint des toiles représentant les fleurs, les paysages, et même les hameçons des pécheurs, une nature inspirante ! Et pourtant, là-bas aussi, ces œuvres font énormément penser à la photographie, aux prises en gros plan, cadrages décalés, modernes, qui sortent des poncifs habituels, et toujours, sous-jacente, une connotation sexuelle dans la représentation de certaines fleurs, certains plans, comme une image de marque de l’artiste.

 

Si les toiles de Georgia O’Keeffe  sont peu nombreuses, seulement 17 peintures qui par ailleurs n’avaient jamais été exposées ensemble depuis 1940, l’intérêt de la visite tient aussi au fait que le jardin botanique adapte l’ensemble de son espace et propose dans ses serres une documentation fournie ainsi qu’une partie de la flore et des fruits des iles Hawaï.

 

Retrouvez ici le site du New York Botanical Garden, l’exposition se tient jusqu’au 28 octobre.