Funambule majuscule, Guy Boley

L’amour de l’écriture et d’un auteur, une confession intime et rare

Comment classer ce court livre ? Échange épistolaire, réflexion sur l’écriture, le succès, la dévotion que l’on peut porter à un auteur dont on admire autant l’écriture que la personnalité. Mais aussi retour sur la vie, ses aléas, ses méandres parfois compliqués qui font ce que l’on est ou ce que l’on devient, qu’importe l’âge, puisque Guy Boley lui-même a publié à soixante-quatre ans ce roman que j’avais tant aimé fils du feu, suivi de Quand Dieu boxait en amateur.

Ici, le lecteur retrouve les sentiments de l’étudiant funambule qui admire Pierre Michon et souhaite le rencontrer lors d’une séance de dédicaces à Dijon. Persuadé que la foule sera dense, il arrive tôt et attend de voir passer son idole. Comme le ferait n’importe quel admirateur finalement. Mais ici, point d’embouteillage, il n’y aura qu’une seule dédicace, un seul lecteur, Guy Boley, qui saura dire à l’auteur toute sa reconnaissance et son amour pour les mots, les phrases, les textes qu’il écrit.

Ce court livre est un concentré de sentiments, terriblement intime et personnel. Il est composé du souvenir de cette première rencontre, est suivi d’une longue lettre à celui qui s’est perdu dans l’alcool, puis de la réponse courte mais explicite de Pierre Michon sur le métier d’écrivain. L’auteur y parle de ses souvenirs lorsqu’il était funambule, sa préparation, son vertige, ses angoisses, évoque également ce père qui compte tant dans son œuvre littéraire, puis le bonheur d’écrire, enfin.

À peine soixante pages qui se lisent bien trop vite mais avec un réel bonheur de partager l’amour de Guy Boley pour Pierre Michon, pour les mots, les romans qui ont sans doute fait de lui l’auteur magnifique qu’il est devenu.

Ne me demandez pas pourquoi, mais en le refermant, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ces quelques mots d’une chanson de Pascal Obispo

Ma vie, c’est d’être fan
C’est d’être fan
Sans répit, jour et nuit

Mais qui peut dire je t’aime donc je suis

Catalogue éditeur : Grasset

Avant d’écrire, Guy Boley a lu, énormément, en vrac et à l’emporte-pièce, comme tout autodidacte. Puis, un jour, un livre de Pierre Michon, Vies minuscules. Ébloui par ce texte, il est allé le rencontrer, il y a plus de trente ans, dans une librairie, lors d’une séance de signatures. Ils sont devenus amis. Quelques années plus tard, il lui écrit cette lettre, hommage non idolâtre dans lequel il  compare le métier d’écrivain à celui qui fut le sien des années durant : funambule.
Qu’ont en commun l’auteur et l’acrobate ? Presque tout de ce qui rend la vie séduisante, dont ceci : chacun doit affronter le vertige, le vide, et le risque de la chute. Parce qu’il a su braver la peur et se relever après s’être brisé maintes fois, Pierre Michon mérite, aux yeux de Guy Boley, le titre de Funambule Majuscule. Il nous dit pourquoi. Mais pour illustrer son propos, il se livre également et partage avec nous ses souvenirs d’un temps où il risquait sa peau en traversant le ciel. Il raconte comment il grimpait des mètres au-dessus du sol pour s’élever et tendre ses cordes d’acier avant de se lancer, et nous invite sur les toits, les clochers, les hauteurs, à le suivre.
 
Déclaration d’amour, ce court texte est  le plus intime de Guy Boley.  Il y assume le je pour se confier, se raconter funambule, lecteur et prétendant auteur, mais aussi revenir sur ses rêves utopiques de jeune soixante-huitard ou la mort de son père. Avec une force et une poésie brutes, il nous livre ainsi une confession inédite et une réflexion profonde et terriblement juste sur l’écriture, la littérature, et la beauté que traquent ceux qui la servent encore.
La lettre est suivie de la réponse de Pierre Michon à Guy Boley.

Guy Boley est né en 1952. Après avoir fait mille métiers (ouvrier, chanteur des rues, cracheur de feu, directeur de cirque, funambule, chauffeur de bus, dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre) il a publié un premier roman, Fils du feu (Grasset, 2016) lauréat de sept prix littéraires (dont le grand prix SGDL du premier roman, le prix Alain-Fournier, le prix Françoise Sagan, ou le prix Québec-France Marie-Claire Blais). Son deuxième roman, Quand Dieu boxait en amateur (Grasset, 2018) a également remporté six prix littéraires et figurait sur la première liste du Prix Goncourt.  

Parution : 13 Janvier 2021 / Format : 121 x 184 mm / Pages : 64 / 6.50€ EAN : 9782246825609 / 4.99€ EAN numérique : 9782246825616

3 réflexions sur “Funambule majuscule, Guy Boley

  1. Jean-Paul DEGACHE janvier 16, 2021 / 11:55

    Ah, Dominique ! Tu me donnes envie de lire encore Guy Boley, encore un auteur vu, écouté, apprécié à Manosque puis lu ensuite… Merci !!!

    Aimé par 1 personne

    • Domi janvier 16, 2021 / 18:54

      ce texte là est presque trop court, du coup c’est un peu frustrant finalement. Mais on y retrouve bien l’auteur, tel qu’on l’a entendu à Manosque en effet. Que de bons souvenirs là encore

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s