Le cœur battant du monde, Sébastien Spitzer

Quand Sébastien Spitzer écrit, il parle de la chair et du cœur des hommes avant de parler d’Histoire, et on aime ça ! Le cœur battant du monde, un roman qui ne vous lâchera pas !

couverture du roman le cœur battant du monde, photo Domi C Lire

Sébastien Spitzer enchante ses lecteurs par son écriture, même si ce sont des épisodes de vies bien sombres qu’il dévoile à chacun de ses romans. Une chose est sûre pourtant, on plonge, on respire un grand coup et on lit jusqu’au bout tant on ne peut se détacher de ces noirceurs terriblement humaines.

Dans le Londres de 1860 où les miséreux viennent chercher fortune, les filles mères sont contraintes d’avorter clandestinement si elles ne veulent pas être mises au ban de la société. Charlotte l’irlandaise aime Evans, mais son amoureux a traversé l’océan pour chercher fortune en Amérique. Lorsque le bon docteur Malte, qui n’a de docteur que le nom, se porte à son secours après une agression, il constate qu’elle attend un enfant. C’est pour lui l’occasion rêvé de sauver à la fois cette mère et un autre enfant dont personne ne veut, un bâtard qu’il faut éliminer, cacher, oublier.

Dans le Londres de 1860 Engels est un riche homme d’affaires qui a hérité d’une usine de coton, le plus beau, le plus fin d’Angleterre. Il mène sa vie comme bon lui semble, avec ses deux femmes. C’est aussi l’ami inconditionnel de Karl Marx, et c’est lui encore qui fait vivre la famille Marx, qui aide, qui finance, qui cache. Karl Marx a épousé la baronne Johanna von Westphalen, fui l’Allemagne. Il est bientôt le père du Capital, et déjà un père de famille « rangé ». Johanna lui a donné de beaux enfants, trois filles, les fils ne survivront pas.  Mais Engels va devoir faire disparaitre le fils naturel de cet ami que l’on surnomme le Maure.

Alors Charlotte va élever Freddy, le fils caché de Karl Marx, dans cette époque, dans cette ville où la vie ne fait aucun cadeau à la classe ouvrière, et encore moins aux femmes qui n’ont que leurs charmes pour survivre.

Le contexte politique et économique est particulièrement sensible. D’abord avec la guerre de sécession qui n’en finit pas de finir. Les différents blocus en Amérique privent l’Angleterre de son approvisionnement en ballots de coton et donc grèvent son industrie. Puis avec la famine en Irlande, et ces hommes, ces ouvriers qui ont besoin de travailler, se révoltent contre les patrons qui les exploitent. Enfin, ces femmes qui pour survivre offrent leur corps, leur jeunesse, au plus offrant, au plus menteur, au plus lâche.

Il y a dans ce roman à la fois la révolte et la soumission, le désespoir et l’attente, la misère des femmes et la compromission des élites. Alors comment accepter un Karl Marx qui se dit humaniste, communiste et près du peuple, quand il vit dans le luxe et le confort. Quelle contradiction entre l’homme et ses écrits, quelle complexité entre sa vie et sa pensée. Et tout au long de ces pages éclate l’amour d’une mère pour ce fils qu’elle a fait sien, l’amour d’un fils pour cette mère qu’il croit sienne. Malgré la fange et la misère, les plus beaux sentiments savent émerger et s’affirmer envers et contre tous.

C’est dense, envolé, rythmé. J’aime ces phrases courtes, sèches, directes, qui donnent un tempo impressionnant et vivant à ce roman. Car loin d’être un récit historique banal, Le cœur battant du monde nous plonge au cœur des sentiments, des vivants et des perdants aussi.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Dans les années 1860, Londres, le cœur de l’empire le plus puissant du monde, se gave en avalant les faibles. Ses rues entent la misère, l’insurrection et l’opium. Dans les faubourgs de la ville, un bâtard est recueilli par Charlotte, une Irlandaise qui a fui la famine. Par amour pour lui, elle va voler, mentir, se prostituer sans jamais révéler le mystère de sa naissance.
L’enfant illégitime est le fils caché d’un homme célèbre que poursuivent toutes les polices d’Europe.

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21.90 € / 21 Août 2019 / 140mm x 205mm / 448 pages / EAN13 : 9782226441621

2 réflexions sur “Le cœur battant du monde, Sébastien Spitzer

  1. Laure septembre 11, 2019 / 16:09

    Je suis très curieuse de ce livre, il m’attire beaucoup (Londres, le 19e, etc), et en même temps, je crains les trop bons sentiments …

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    • Domi septembre 11, 2019 / 19:31

      Je le trouve très réaliste, et j’aime beaucoup le style de l’auteur qui rend tous ces protagonistes terriblement humains.

      J'aime

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