Virginia, Emmanuelle Favier

Virginia Wolf, un nom que chacun connait, qui fait partie de notre inconscient collectif lorsque l’on évoque la littérature anglaise. Mais, qui a peur de Virginia Wolf ? Certainement pas Emmanuelle Favier, qui nous enchante avec sa « Virginia »

couverture du roman Virginia d'Emmanuelle Favier, photo Domi C Lire

Qui était la petite fille puis l’adolescente qui se cache derrière l’auteur de talent, derrière la femme  qui s’éclipsera un jour de ce monde des pierres plein les poches, pour ne pas subir ou faire subir à ses proches les affres de la maladie.

Emmanuelle Favier a mis ses pas dans ceux de l’enfant, de la jeune fille, de celle qui deviendra… à travers des phrases, des sensations, des instants de vie, elle nous fait ressentir le poids des traditions, de la famille, l’amour d’une mère et l’amour pour une mère si belle, si solaire. L’amour pour un père autoritaire si représentatif de son époque, et puis surtout l’amour pour une certaine forme de liberté, à peine imaginée, déjà rêvée, bientôt vécue.

Née Adeline Virginia Alexandra Stephen le 25 janvier 1882 à Londres, Virginia est morte en mars 1941. Entre ces deux dates, c’est par une approche chronologique que l’auteur nous dévoile son enfance et sa place dans sa famille. Des parents veufs chacun de leur côté, Sir Leslie Stephen et Julia Stephen Duckworth ont des enfants de leurs premiers lits. George, Stella et Gerald pour Julia, et Laura pour Leslie, puis dans la famille recomposée arrivent Vanessa, Thoby, Virginia et Adrian. Tout ce petit monde vit au  22 Hyde Park Gate, à Kensington. Le père est écrivain, la mère est elle aussi issue d’une famille d’intellectuels, le terreau est propice pour donner à la jeune Virginia le goût de la littérature. Elle saura puiser dans la bibliothèque familiale les bases de son éducation, puisque pour les filles, pas besoin d’école, il suffit de faire un bon mariage et quelques enfants pour être une femme accomplie. Le décès de sa mère alors qu’elle n’a que 13 ans, puis de sa sœur, seront les déclencheurs de sa première dépression nerveuse, elle restera fragile toute sa vie.

Tout au long du roman, les détails posés comme de petites touches impressionnistes, disent la vie des années 1875 à 1904 et peuvent perdre le lecteur. L’écriture est dense, les mots foisonnants, parfois abscons, souvent précis ; elle semble surchargée comme ces intérieurs anglais, mais au fil des pages nous fait ressentir l’opulence et le confort des maisons victoriennes ainsi que le poids des traditions et la rigidité de la condition féminine de l’époque, et cela sans pour autant le dire ou l’écrire. Car ici, point de description fastidieuse ou assommante, c’est plutôt une impression qui se dégage en arrière-plan de cette écriture.

Le lecteur respire avec Virginia qui n’est encore que Miss Jan, erre avec elle sur les chemins de l’enfance, ceux où l’on se cherche, où l’on teste son charme, ses connaissances, son pouvoir d’attraction. Ginia lit, apprend, découvre, aime ou déteste, pleure et souffre de l’absence et de la mort de ceux quelle aime le plus au monde. Qu’il est difficile pour elle de s’affranchir du jugement du père, conforme à la très patriarcale règle victorienne du 19e, les femmes ne peuvent penser par elles-mêmes, encore moins écrire. Il faudra donc attendre la mort de ce dernier pour oser devenir écrivain, et s’émanciper dans la douleur de cette perte.

Si l’auteur se met à sa place pour nous offrir une biographie romancée totalement personnelle, elle nous implique aussi dans sa démarche, car nous sommes ces « nous » qui voient, qui espèrent, qui regardent de loin, sur ces chemins de Cornouailles ou  dans les rues de Londres, à chercher les traces de celle qui fût.

J’ai beaucoup aimé les fins de chapitres qui replacent Virginia dans son époque, avec naissance et morts de ces grands noms qui sont parvenus jusqu’à nous mais que nous avons souvent beaucoup de mal à resituer dans le temps. Bravo pour cette excellente idée !

J’ai eu le grand plaisir de pouvoir échanger avec l’auteur, qui a conforté mes impressions, et sans doute aidé à la compréhension de l’utilisation de cette écriture si dense, si complexe, qu’elle peut sans doute perdre quelques lecteurs au passage. J’avais d’ailleurs ressenti le besoin de faire des pauses, pour absorber les instants de vie, leur complexité, mais aussi toute l’étrangeté et l’ambivalence de certains sentiments.

N’oubliez pas de lire également la très belle chronique de Nicolas Houguet

J’avais particulièrement aimé le premier roman d’Emmanuelle Favier, Le courage qu’il faut aux rivières dont je vous avais parlé ici.

Catalogue éditeur : Albin-Michel

Dans le lourd manoir aux sombres boiseries, Miss Jan s’apprête à devenir Virginia. Mais naître fille, à l’époque victorienne, c’est n’avoir pour horizon que le mariage. Virginia Woolf dérogera à toutes les règles. Elle fera œuvre de ses élans brisés et de son âpre mélancolie. La prose formidablement évocatrice d’Emmanuelle Favier, l’autrice du Courage qu’il faut aux rivières, fait de cette biographie subjective un récit vibrant, fiévreux, hypnotique.

Édition brochée 19.90 € / 21 Août 2019 / 304 pages / EAN13 : 9782226442710

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